27 avril 2009
On termine le voyage ?
Je n'ai pas trouvé les photos des derniers jours de cet extraordinaire périple de découvertes à travers l'Argentine et le Chili... Vous n'aurez donc que le raccourci de mon carnet de voyages, et je vous mettrai mes dernières toiles demain, juste avant le départ.
Bon voyage !
Bon anniversaire Annette !
Mercredi 26 mars
Edwar a dû changer une roue… Le pôvre a dû prendre le cric et la manivelle dans une cache secrète pour procéder à la réparation des dégâts.
Un pèlerinage est périodiquement pratiqué dans la montagne par la population du village, auprès d’un Christ de la Patience, dans un décor de cathédrale. Un petit sanctuaire abrite un Christ descendu de sa croix qui, assis dans une attitude d'expectative, attend quoi ? Une photo de nos z’Ed assis sur leurs 4 x 4, et une autre du groupe marquent la fin réelle de notre belle Aventure…
Retour par le village, et, à travers une campagne devenue verte où les taches rouges dans les champs sont des piments mis à sécher, nous grimpons peu à peu dans les nuages jusqu’à 3240 m, mais la vue promise a du plomb dans l’aile. Visibilité nulle.
En bas, nous retrouvons le soleil, des cultures, les piments et des champs d’oignons. Un hameau de quelques maisons abrite une chapelle construite par les Jésuites et qui, après qu’ils ont été chassés, a été entretenue par les prêtres d’une autre communauté. Puis une estancia s’est construite autour, et la chapelle a fini par faire partie intégrante du domaine. Peu à peu, elle est tombée en ruines, une grange a été bâtie à son chevet, abritant la nourriture du bétail et le matériel agricole. Puis le jeune couple qui en a hérité s’efforce depuis plusieurs années de lui redonner vie, a refait le toit, restauré les murs, repeint les statues, et une artiste française a même sculpté un chemin de croix en bois et le leur a offert. Ils ont fait un travail colossal, et sont récompensés car une messe y est dite chaque mois. Afin de continuer leur œuvre, une modeste contribution est demandée aux visiteurs. Qui d’entre nous se souviendra du nom de cette touchante chapelle, que j’ai oublié de noter ?
Dans un village, où sur la place abritée d’arbres vénérables, un camion à plateau fait le ramassage scolaire devant un petit resto sympa où nous allons déjeuner. J’ai récupéré la bouteille d’eau minérale du repas, et l’ai mise inconsidérément dans mon sac… la tête en bas ! Mes dernières cartes postales timbrées n’ont pas vraiment aimé ça…
A force de chercher ses chaussettes disparues, Alice a fini par faire bouger les choses. Edwar a consenti à explorer la cache secrète du cric, et les fugueuses ont été retrouvées… Pour dire vrai, l’intérieur des deux 4 x 4 est devenu de vrais sèche-linges.
Dans la vallée, des falaises aux teintes contrastées s’opposent violemment, et l’étonnant vert vif d’un dévers est hallucinant. Un rio sage permet de comprendre comment il peut tout emporter après quelques heures de grosses pluies qui gonflent ses eaux qui roulent les rochers qui encombrent son lit. Rien ne peut arrêter cette force qui balaie tout. Pour l’instant, c’est un mince filet qui traverse sagement la chaussée, mais, en quelques heures, il peut devenir un maelström auquel rien ne résiste.
Pas triste l’arrivée à Salta, où Edmundo, guidé par les possesseurs de plans de la ciudad, a plus ou moins raté un embranchement. Derrière, essayant de lui coller au train, Edwar, avec son calme olympien et sa remorque, restent tous les trois sur la file centrale de la rocade où slaloment les voitures. Ici, la loi du plus fort est la règle, la priorité facultative et la vitesse excessive… Brusquement, le boss a tourné à droite sur une chaussée latérale, suivi de notre 4 x 4 qui ainsi, a coupé la route d’un camion qui roulait sur la file de droite, et notre remorque lui est passé à quelques centimètres du museau… Coups de klaxons furieux à notre adresse, et langage des sourds-muets qu’on n’a pas besoin de se faire traduire ! Tours et contours du centre, dans la cohue des citadins argentins au volant de leur joujou favori… nous voici enfin rue Balcarde et l’hôtel est là… Un vieil hôtel au charme désuet, avec de longs passages sous treilles… et le reste à la turque, comme partout. Mais une nouveauté nous attend dans la salle de bain : cinq commandes de robinets, pas une de moins, dont l’usage est un peu complexe, mais si l’on prend le risque de se faire asperger, on finit par comprendre la destination d’un jet vertical à usage intime qui surgit de la paroi de la baignoire.
Madeleine, dont je partage la chambre, a été plongée pendant ce voyage dans un livre qui la passionne, et qu’elle me prête gentiment. « Qui se souvient des Hommes ? » ouvrage écrit par Jean Raspail, qui a repris les travaux de José Emperaire, ethnologue français mort en 1955 dans une grotte du détroit de Magellan, qui retrace la terrible histoire des Alakalufs de la Terre de Feu, dont la lente agonie avant leur anéantissement a commencé avec l’arrivée du Portugais.
Ce soir, c’est la fiesta… On fête aujourd’hui avec un peu d’avance l’anniversaire d’Annette, qui profite toujours de nos voyages pour gagner un an ! Trois taxis jusqu’au resto « Boliche Balderrama », où un vendeur à l’entrée propose des sachets de feuilles de coca pour 2 pesos… Serait-ce pour se shooter ou préparer le maté ?
Le champagne est offert par Edmundo, et un chanteur en tenue de gaucho tient la scène en ouverture. Le bife de chorizo est savoureux et la glace est la première de notre voyage. Un couple de danseurs tient maintenant la scène, et l’homme qui a quitté d’épaisses lunettes juste avant son spectacle, a un jeu de jambes stupéfiant. Il termine son show par une démonstration de boliches, ces boules de fonte reliées par une chaîne dont se servaient les gauchos demande une précision et une dextérité absolues. Faisant tournoyer ses boliches à une vitesse stupéfiante, il frôle la tête de sa partenaire couchée à ses pieds, et pour moi qui sais comme il voit mal, j’admire d’autant plus sa performance. Un quatuor masculin est encore sur scène lorsque nous quittons les lieux. Le ténor, la main sur les hanches, est si concentré qu’il ferme les yeux, au grand amusement de Madeleine qui le trouve un brin ridicule…
Salta
Salta… et ses pickpockets dont François fait les frais. Bilan : 10 pesos et des brouettes… Le voleur volé en quelque sorte !
La cathédrale où s’achève la messe est sobrement surchargée d’ors, mais Christian fait remarquer que l’autel « vaut un paquet de cacahuètes », et le siège du chœur est orné d’un soleil flamboyant. Une chapelle close d’une grille est occupée par un grand nombre de fidèles. On fait la queue pour se confesser directement au prêtre assis, devant lequel le pénitent s’agenouille en public. Une femme âgée remonte le bas-côté en avançant à genoux… Beaucoup de monde recueilli, hommes et femmes de tous âges.
Sur la place, une femme au type indien aborde notre groupe, nous parle en espagnol à toute vitesse, et nous quitte avec un grand geste de la main.
La rue Florida est l’axe principal du quartier, où s’ouvrent les boutiques et un marché couvert. La Maison Hernandez est devenue le musée de la ville de Salta et retrace son histoire. Le vrai marché couvert s’ouvre sur un mélange de couleurs et d’odeurs d’épices. Le poulet frites mangé sur place, l’achat d’un chapeau pour Christian, et de « sacs à vin » indispensables pour le transport des précieux médicaments de Louis Pasteur, le marché nous offre l’image toujours véritable de la vie quotidienne. Pas d’autres touristes que nous.
Café ou jus d’orange à la terrasse de l’Hôtel Victoria sur la place plantée de palmiers, où une fillette enceinte cherche à vendre des images pieuses. Elle dit avoir 15 ans mais a probablement moins, et son bébé est pour le mois de mai. Nous l’avons revue un peu plus tard près de la poste : elle a acheté un sandwich avec l’argent que nous lui avons donné. Selon Edmundo à qui nous en avons parlé dans la soirée, après la naissance qui se passera à l’hôpital où elle sera entourée, elle et le bébé n’étant pas pris en charge par des services sociaux inexistants, ils deviendront deux enfants des rues…
Nous avons fait du lèche-vitrine et rapporté un cadeau pour le re-pré-anniversaire d’Annette, un kit de toilette avec peigne et rasoir pour Edmundo qui en a bien besoin, et un ñandou sculpté pour Edwar qui a un œil de lynx pour les voir sur la route.
Deux lettres et deux enveloppes pour leur montrer notre reconnaissance, notre sympathie, ou mieux, notre amitié.
-- On n’a pas de cadeaux pour vous, dit Edmundo
-- Mais c’était tous les jours cadeau, lui avons-nous répondu...
Dernier dîner à Parillas, pendant lequel nous faisons le compte des kilomètres parcourus depuis Ushuaia, plus de 7.000, et sage retour à l’hôtel…
Demain, l'aéroport et la France.
25 avril 2009
Avant le départ
Il va bien falloir que je vous fasse sortir de Patagonie avant de vous entraîner sur les routes des States... Alors, on accélère... d'ailleurs, nous arrivons au terme de ce voyage ou presque. Et nous continuons à en prendre plein les yeux !
Les Quebradas de Calafate
Mardi 25 mars
Bon, deux heures de sommeil, c’est quand même mieux que rien ! Au briefing, Edmundo est décidé à retourner à Quilmes, que nous proposions d’occulter, par pitié pour les chauffeurs. « Ce soir, dit-il, pas de camping, nous sommes tous trop fatigués pour monter les tentes, je vous offre l’hôtel ! Et pas question d’éviter Quilmes »
Changement de 4 x 4, et je retrouve Edwar le discret, efficace et toujours souriant Edwar. Les policiers sont toujours là, sur la route, mais regardent passer sans les arrêter ceux qui étaient censés cette nuit retourner en Bolivie… nous !
L’hôtel a beau être ouvert sur le site des ruines incas, il ne nous intéresse plus à cette
heure. Les Indiens Quilmes ont été conquis par les Incas, mais ils ont résisté 130 ans aux Espagnols. Ils ont depuis disparu, mais la tradition orale dont est dépositaire un gardien explique leur mode de vie communautaire. Le climat a changé depuis cette époque, le déboisement, commencé par les conquistadors pour faire du charbon de bois, a eu pour conséquence d’obliger les Andins à cultiver en terrasses sur les flancs des montagnes.
On a restauré le site, et les pierres non d’origine sont claires par rapport aux autres plus foncées. Deux lamas indifférents toisent de haut la touriste que je suis. La boutique offre un choix artisanal intéressant.
A quelque distance du site, la visite de la bodega (cave) Etchart (un Basque venu de France vers 1860) se termine par une dégustation. Mais avant, il faut visiter les cuveaux, où, grâce à une longue vis sans fin est déversé le raisin, puis les cuves de fermentation en acier inoxydable. La cave enfin, où les fûts de chêne français (c’est écrit dessus) sont réservés au premier jus (il y en a plusieurs) et maintenus à température ambiante. La salle d’embouteillage est automatisée, et seuls quelques hommes s’en occupent, les oreilles protégées par des « non écouteurs ». Plus tard, en voyant le film « Mondovino » j’apprendrai que nous sommes dans le lieu de prestige du vin argentin.
Edwar se précipite… où ? mais dans la voiture chercher le fromage qui donnera du
goût au vin servi. Commençons par un blanc au goût musqué, qui rappelle un Gewurstraminer. Rincette du verre avant le rouge malbec-cabernet, suivi d’un cabernet-sauvignon de moindre qualité. Nous repartons en ayant fait une heureuse, l’hôtesse qui a hérité du reliquat de fromage. J’apprends à cet instant que les produits laitiers et le fromage sont des denrées très onéreuses en Argentine, le bétail étant élevé pour sa viande, non pour le lait. Une maxime puissamment pensée par Louis Pasteur est peinte sur le mur de la bodega, à savoir que le vin est meilleur que l’eau pour la santé. Nos achats sont donc « sanitaires » puisque nous avons l’aval d’un savant !
La place de Cafayate, dite « nonchalante » pour je ne sais
quelle raison, abrite un resto « Carreta de don Miguel » où nous convie Edmundo pour un tamal roulé dans une feuille de locro (bananier).
A la sortie, un enfant propose des vanneries qu’achète Jean-Claude, et accepte les $ US, (même s’ils sont en baisse).
Sous le ciel d’un bleu intense, les 4 x 4 s’engagent dans un
canyon rouge, découpé et sculpté d’une manière hallucinante. Les castillos, les fenêtres, l’obélisque, sont un bonheur pour les photographes. Ce sont les célèbres quebradas de Cafayate, hantées par les condors. Les quebradas sont des rios qui coulent entre deux montagnes de roches ocre rouge, pourpres ou violines.
Lorsque nous faisons demi-tour, c’est pour la bonne cause. Christian vient de lire que, pour le voyageur, il y a dilemme : passer par le canyon dans lequel nous sommes, ou choisir la montagne. Nous allons avoir la chance de parcourir les deux routes « à ne pas manquer » selon les « guides livres ». La première partie est un peu décevante, la piste est poussiéreuse et le fond du décor est la chaîne découpée rouge que nous venons de quitter. Les villages de briques crues, habitées par les populations indiennes les plus pauvres, sont déserts à cette heure de la journée, et Annette peut enfin « avoir dans la boîte » le four de ses rêves, dans la cour d’une petite ferme. Une station d’essence et trois masures autour : le pompiste voit-il plus d’un automobiliste par jour ?
Peu à peu, le paysage s’est creusé, il est devenu minéral. Les
roches de pâte grise se sont sculptées, ciselées et nous roulons maintenant dans une autre vallée de la Lune d’une stupéfiante beauté. Après une longue distance, le camaïeu de gris devient plus contrasté dans la nuit tombante, et nous passons sur le lieu où nous devions dormir si le programme n’avait pas été modifié : au milieu de nulle part, une fois de plus, rien que nous et la Nature…
Mais l’arrivée au petit hôtel Angastaco déclenche tout de même l’enthousiasme à la perspective d’une douche. Edmundo en surgit brandissant un drapeau français qu’il a décroché des murs de la grande salle, mais repart avant qu’on ait eu le temps de lui tirer de portrait. Jean-Claude, toujours obsédé par le démontage de son lavabo entame le travail dans sa chambre par le robinet de sa douche qui tombe à ses pieds…
L’hôtel, de style colonial espagnol, s’il a été pimpant dans un récent passé, n’est plus entretenu. Les piscines sont vides, le jardin délaissé, les murs écorchés, plomberie et électricité sont montés à la turque, et les peintures tellement « beurnazées* » que les carrelages sont constellés de confetti multicolores. Les meubles sont en bois de cactus et cela leur donne un aspect inattendu.
Dans les baños pour damas (toilettes) de la réception, deux lavabos dont l’un laisse couler son contenu sur les pieds de l’utilisatrice, pendant que l’interrupteur expose son derrière de fils électriques. Manque de moyens pour entretenir et peu de laisser-aller. Dommage…
* Beurnazées : mot vendéen emprunté au vocabulaire de Maïté qui signifie "en grosses plaques débordantes"
09 mars 2009
Aurez-vous le courage de lire jusqu'au bout cet épisode ?
Les Naufragés de la piste 63 !..
Lundi 24 mars
Comme Suzanne au bain au petit jour, notre naïade Maïté n’a que le temps de sortir de l’eau et de se voiler la post-face avant l’arrivée des camions d’ouvriers. Ils sont bien 15, et notre installation, si elle les surprend, les gêne visiblement, puisque nous sommes sur les lieux où ils font leur cuisine. Ils nous regardent avec curiosité, notre présence les intrigue, mais ils sourient à mes « hola » bretonnants. Faute de pouvoir utiliser de machines, ils manient la pelle et roulent des brouettes pour continuer le déblaiement des rochers
Le gardien qui a permis notre installation aura 40 pesos pour son obligeance, et nous partons à peu près à l’heure dite vers une « ville » où nous devrions pouvoir faire le change.
Dans l’église sobrement décorée, une statue de notre petite Thérèse de Lisieux est
accrochée à un pilier, et une Vierge de Lourdes est accompagnée de petits bergers argentins aux couleurs voyantes.
De longues lignes droites nous mènent à… Londres où nous attendent... non, ni Zabeth II, ni Charles, son grand fils (qui n’a pas encore trouvé de situation à plus de
50 ans) mais des ruines incas, El Shingal. La ravissante gardienne enceinte arrive à petits pas pour encaisser ses 2 $, ouvrir la barrière et le bâtiment des baños. Le grand chef Edmundo, armé d’un balai, nettoie la table avant le
pique-nique. De gros insectes noirs, peut-être des crickets « grésillent » en chœur sous la baguette d’un chef d’orchestre.
Aux baños tout neufs, le siège est vraiment très bas. Un conseil : si vous y retournez l’année prochaine, n’essayez pas de vous aider du lavabo pour redresser votre situation, vous ne gagnerez pas… Monté « à la turque », il est mobile sur son socle. Une petite marche est nécessaire
pour parvenir au site, en cours de restauration. Edmundo explique le mécanisme de colonisation pacifique que pratiquaient les Incas : ils arrivaient en famille, s’installaient en dehors du périmètre des autochtones, cultivaient selon leurs méthodes en terrasses, puis, le moment venu, faisaient du troc avec eux et, peu à peu, parvenaient à se faire admettre par leurs voisins… jusqu’à l’arrivée de l’armée… et le processus recommençait plus loin ! Puis vinrent les Espagnols, avec la variole, la peste… qui reçurent en échange la syphilis, juste retour des choses.
A Belem, nous quittons la route 40 pour Andalgala. Au village, comme la plupart du temps, rien n’indique la direction à suivre. On nous confirme que Capillitas est à une cinquantaine de km en prenant par la gauche un chemin creux où notre passage fait aboyer les chiens et s’ouvrir les yeux des paysans. A un T, où aller ? A droite, plus de pierres peintes en blanc qui balisaient jusqu’ici le bas-côté, nous allons donc à gauche… Pris cependant d’un doute, Edmundo s’arrête au premier village où trois femmes confirment sans montrer de surprise que Capillitas, c’est de l’autre côté. Demi-tour sur place, suivi d’Edwar avec sa remorque. Quelques kilomètres dans les
agaves et les bananiers sur un chemin de montagne qui a été creusé dans la paroi… Nous allons entamer une montée dans les Andes, lentement, prudemment, klaxonnant à chaque virage. Peu à peu, nous prenons de la hauteur, et sur le versant opposé, plus haut, la tra
ce de la piste est visible, et, si on jette un coup d’œil en bas, Edwar et sa remorque pédalent pour nous rattraper.
Le spectacle des Andes dans le soleil déclinant est un grand moment que chacun vit intensément. Chaque virage nous fait découvrir une autre montée, et le col doit être beaucoup plus haut, peut-être dans les nuages ! Entre la paroi et le ravin, la piste est-elle assez large pour deux voitures ? Soudain, une camionnette venant vers
nous apparaît au loin sur le versant d’en face. Edmundo klaxonne systématiquement pour s’annoncer car le chemin est
si étroit qu’il faudra choisir le bon endroit pour se croiser… Enfin une fourgonnette blanche surgit, et, par chance, là où la piste s’est élargie.
« Qu’est-ce que vous faites là ??? »
« Vous êtes fous ! »
Rires…
Edmundo dit où nous allons… l’homme répond que c’est tout droit… « Je ne connais que jusqu’à Capillitas, mais je crois qu’après, c’est la pampa… » Tout plat ? Nous verrons bien…
La nuit est maintenant tombée, nous sommes dans les nuages, on ne voit plus rien au-dessous, et ça monte toujours ! Au col enfin, à 2800/3000 mètres, quelques chèvres, des gauchos, de pauvres maisons… L’illusion nous fait croire que ça monte toujours, mais Edmundo est formel : le moteur, lui, ne se trompe pas, la descente est commencée. Derrière, quelqu’un plaisante « Attachez vos ceintures, éteignez vos cigarettes, la descente vers Lima est amorcée ; la température au sol est de … oh ! pas très chaud ! la visibilité est… est… nulle !
Effectivement, nous sommes dans le caca, un caca tout blanc, car c’est un mur dense qui est devant nous. Bernard a proposé de sortir et de marcher devant le 4 x 4, Edmundo a stoppé un instant, nous ne voyons rien ! Lui semble avoir le don de voir au travers du brouillard épais comme un manteau. Le silence s’est fait dans la voiture, personne n’a plus envie de blaguer, je guette la paroi de la montagne tout près de la portière : tant qu’on la devine, c’est qu’on est assez loin du ravin pour ne pas tomber.
A Capillitas, qui est une chapelle au croisement d’un Y, nous attendons les copains : la pendule du bord indique 20.00 h, il n’y a plus de brouillard, c’est la nuit noire, il fait froid, il bruine, et aucun phare n’est en vue derrière nous. Impatient, Edmundo sort de la voiture, fait le va et vient, remonte la pente ; il est en T-shirt et ne semble pas sentir la pluie glaciale… Les minutes passent, rien ne s’annonce… 20.17 h enfin, une galopade, un sourire comme lui seul sait en faire, Edmundo saute en voiture, et youpi ! ils sont là !!!
La descente se poursuit, avec nos « Oeils de Moscou » qui essayent de ne pas lâcher la lueur des phares d’Edwar qui essaie de suivre. Dans la vallée, loin devant, une lumière apparaît au détour des virages, et c’est bon de penser que la vie continue en bas…
« Pu… tain, je ne passe pas ! »
La piste s’est arrêtée net. Devant nous, une cassure, le chaos d’un rio qui a charrié de la boue et des rochers, et, en face, à 25 mètres, un mur de 60 cm de terre nous barre le passage. De l’autre côté, deux phares immobiles nous rassurent : si une voiture est là, c’est qu’on peut passer. On fait marche arrière pour prendre une autre piste qui s’amorçait quelques mètres avant, mais, là aussi, le passage a été emporté par le torrent maintenant tari…
« Qui a une torche électrique ? » demande Edmundo. Tout le monde en a… au fond des sacs sur le toit ! Il finit par en trouver une et, avec Edwar enfin arrivé et qui est accouru aider son chef. Ils examinent les abords, traversent à gué le rio qui a laissé un fossé profond, essayent de trouver un passage praticable. On voit les lueurs de leur torche aller et venir, partir plus loin en exploration… Il fait froid, et les étoiles dans le ciel noir donnent une sombre lumière diffuse, d’autant plus que nos phares éclairent loin au-delà du rio.
Une silhouette s’avance sur l’autre rive, traverse le lit à sec et vient vers nous. Il semble un touriste qu’on pourrait croire Allemand, et, bien sûr, nous pensons qu’il vient proposer son aide. En fait, il est, lui aussi, bloqué avec deux compagnons, mais de l’autre côté ! La lumière dans la vallée, c’était celle de leurs phares.
A Edmundo et Edwar maintenant revenus, il explique qu’il veut se rendre à Andalgala, d’où nous venons, et qu’à l’aide des 4 x 4, il nous sera facile de le tirer du lit de pierres qui bloque son pick-up Ford. Un autre homme, lui aussi de type germanique, vient se joindre à son compagnon pour convaincre nos guides. Le temps passe, il est bientôt 11 h du soir. Alice et moi proposons de passer la nuit sur place : demain, il fera jour…
Ces hommes se sont engagés sur cette piste abominable, notée comme « route secondaire » sur les cartes routières, sur les allégations des policiers du coin qui leur ont affirmé que depuis le cataclysme, les bulls étaient passés, et que tout était rentré dans l’ordre ! Confiants, ils ont donc suivi leur avis.
Les 6 hommes passent sur l’autre rive pour dégager le pick-up qui nous empêcherait de passer dans le cas où nous en aurions la possibilité. Edmundo a refusé d’utiliser les 4 x 4 pour le faire traverser, arguant qu’il a la responsabilité de 10 personnes. Les trois autres ne veulent pas faire demi-tour, et nous comprendrons plus tard pourquoi.
Beaucoup d’allées et venues, de palabres, d’éclairs de lampe-torche. La nuit s’avance, et nous sommes 15, de part et d’autre du rio, dont nous sommes les naufragés.
En fin de compte, avec l’aide des hommes, le pick-up est dégagé de sa prison de pierres et peut faire demi-tour. Edmundo dit « Je vais traverser par le premier gué ». C’est celui des « murs » où il a stoppé net il y a près de deux heures. Les 4 roues sont en position indépendantes, et tous les passagers vont traverser à pied. Seuls Jean-Claude et moi restons avec lui. Alice et Annette s’abritent sous la même parka, les autres se sont emmitouflés dans leurs capuches, et notre chef d’expédition va montrer ce qu’il a dans le ventre… ll s’accroche aux commandes du frein à main… la bascule en avant du 4 x 4 est impressionnante (nous serions pratiquement debout sur nos sièges sans la ceinture de sécurité) mais l’arrivée a pu se faire presque en douceur. La voiture suit le lit du rio entre les rochers jusqu’à l’endroit qu’il avait repéré sur la rive opposée avant de retrouver la trace de la piste. Le pick-up est reparti.
Le boss retourne alors aider Edwar et la remorque qui sont passés aussi, et chacun ayant repris sa place, les 4 x 4 avancent cahin-caha, tout doucement… Car ici, ça a dû être apocalyptique ! Il n’y a plus de route, rien que des graviers et de grosses pierres charriés par des eaux folles. Plusieurs fois, Edmundo a dû descendre avec sa torche pour repérer si on passe ou pas, et par où, toujours suivi d’Edwar, prêt à prendre sa part. Les feux rouges du pick up sont devant… Les plaques métalliques qui balisent la piste et indiquent les km restants nous rassurent lorsque nous les voyons : c’est que nous sommes sur ce qui a été la chaussée. Des dizaines de rios et arroyos ont ainsi balayé la plaine, et je vois les heures défiler sur le cadran du tableau de bord : 1.00 h, puis 2.00 h et nous ne voyons toujours pas la fin du cauchemar… Pendant un moment, nous avons perdu de vue les feux de nos trois « dépannés ». Nous avons enfin compris pourquoi ils ne voulaient pas faire demi-tour : ils savaient, eux, l’état du chemin ! Si nous ne les voyons plus, c’est qu’ils ont pris de la vitesse et que les conditions de route sont meilleures… Erreur… à un détour, ils sont là, devant nous, tout près, cahotant d’un bord sur l’autre.
Edmundo est furieux contre lui, et ce que j’entends en espagnol, même si je ne comprends pas les paroles, j’en reconnais l’air !
« Il faut être positif, Edmundo, personne n’est malade, et nous sommes tous là ! » J’essaie aussi de l’aider en lui parlant de tout et rien… pas pour le garder éveillé, parce qu’il ne risque vraiment pas de s’endormir ! Alice et Annette guettent les feux d’Edwar, et nous l’attendons lorsqu’il tarde à venir. Quand « ça ne passe pas », les deux sortent chercher avec la torche le parcours à suivre.
Le pick-up qui est maintenant à 20 m devant nous, tourne soudain à droite… sur la route 40… Nous y sommes enfin, après 70 km de cauchemar ! Du Ford qui s’est arrêté, un homme descend, s’approche d’Edmundo, le remercie, et reprend sa route.
Notre chef d’expédition s’agenouille alors, et, comme Alice en son temps, baise l’asphalte de la route 40… Maintenant que le pire est passé, Alice pince-sans-rire susurre « Hier, les thermes démolis, aujourd’hui la piste effondrée, il ne nous reste plus que le détournement d’avion… »
Il nous reste à atteindre Santa Maria et Quilmes où est notre hôtel. Même la route bitumée nous semble longue… si longue… Je ne veux pas dormir et voudrais aider Edmundo en lui parlant de temps en temps. Mes yeux ne peuvent lui être d’un grand secours, il voit tellement mieux que moi ! mais si nous sommes deux à être vigilants, le ciel nous aidera, c’est sûr… En fait, nous sommes trois, car Alice, derrière, est prête à prendre le relais pour le cas où je flancherais.
Santa Maria est illuminée, mais déserte. Enfin, sur la gauche, l’entrée du site des ruines incas nous indique l’hôtel à 5 km, où nos chambres ont été retenues. Aucune lumière n’apparaît aux fenêtres, mais il est 3.45 h du matin. Nos deux z’Ed n’arriveront pas à réveiller le taulier qui était pourtant prévenu ! Qui a vu le découragement sur le visage d’un homme peut imaginer ce que je lis sur celui d’Edmundo. Il faut aller à Cafayate à 50 km d’ici. Le croirez-vous ? Un énième barrage de police nous fait stopper : nous sommes toujours des touristes français qui, conduits par des Péruviens, rentrent en Bolivie. Nous ne sommes plus à un mensonge près, et puis, c’est pour la bonne cause : éviter à nos z’Ed des questions trop insiquitoriales… Le policier dit que nous devrions trouver des hôtels à Cafayate. Au village suivant, une hosteria a bien son enseigne allumée, mais le veilleur est, lui aussi, dans les bras de Morphée, et le restera malgré les cris de nos z’Ed.
A Cafayate enfin, l’Hôtel des Asturies, dans une rue en sens interdit que l’on a prise à contresens, a 6 chambres disponibles… Il est 5.20 h le 25 mars 2003, et nous nous écroulons dans les lits. Nos deux Ed sont bons pour le Paris-Dakar, et nous serons leurs meilleurs supporters.
17 février 2009
Ce que nous aurions dû voir à Fiambala...
Je trouve ces photos qui montrent les thermes en leur état habituel...
Plouf !
Faute d'avoir de la peinture à vous offrir, je vous invite à continuer notre voyage en Amérique du Sud, puisque nous avons quitté le territoire de la Patagonie depuis quelques jours.
Les thermes engloutis…
Dimanche 23 mars
Lorsque Edmundo donne le signal du départ, deux lapins tra
versent en
sautillant devant nous et filent dans les buissons. L’étroite piste rouge qui serpente entre les montagnes est bordée de champs de saguaros. Au col, un panneau indique que l’altitude est de ? ? mètres et nous descendons vite vers Chilecito, l’ancienne ville minière où autrefois venaient travailler les Chiliens, d’où son nom. On exploitait dans la montagne des gisements d’or, d’argent, d’étain, de cuivre. Un petit musée retrace aujourd’hui
l’histoire de la mine et des trente cinq km de câble qui reliaient la station 1 en bas où nous sommes, jusqu’à la dernière tout en haut. La mine fut ouverte par les Allemands au début du siècle, en 1908, puis exploitée par les Anglais jusqu’en 1928 qui la fermèrent quand la chute du cours de l’or fit qu’elle n’était plus rentable. Rouverte un temps par les Argentins, elle est définitivement arrêtée depuis 1953. La gardienne sort les livres de comptabilité des années 20, calligraphiés à la plume, mais une impressionnante machine à écrire trône encore, et des téléphones d’époque sont alignés sur une étagère.
La noria immobile des wagonnets est encore visible sous un hangar
et ceux qui veulent en savoir plus grimpent dans les étages à la suite de la jeune femme qui explique les difficultés du travail, les accidents, et le contrôle rigoureux du poids des minerais, effectué à chaque station. Aux jumelles, on voit parfaitement le câble métallique et les innombrables poteaux de soutènement qui le supportent à perte de vue.
Des enfants se sont agglutinés autour des 4 x 4 et demandent « money ». Ils sont sales, morveux, certains à demi nus, les cheveux gras, mais ils sont visiblement en bonne santé. Une toute petite fille à la tignasse impressionnante, est totalement nue et marche sur le sol pierreux sans gêne apparente à la remorque de sa grande sœur.
Pendant notre visite, les z’Ed sont allés faire leur marché, et notre
lieu de
pique-nique sera le sympathique jardin du musée, qui était à l’origine celui de la direction de la mine. Les pleins de gazoline ne se feront pas à la station voisine, faute de combustible dans les citernes qui n’ont pas été approvisionnées.
Plusieurs fois des derniers jours, Edmundo nous a parlé de thermes volcaniques et de bains chauds que nous pourrons prendre en pleine montagne dans un cadre… mais dans un cadre… à l’entendre, si ce n’est pas tout à fait le paradis, ça y ressemble !
A Fiambala, deux tours de place nous sont nécessaires à Ed
war pour
trouver du pain en cette fin d’après-midi dominicale, mais nous voilà enfin sur le chemin des thermes. La position des roues 4 x 4 motrices est nécessaire pour franchir certains passages de la piste, où des parties de la chaussée ont été emportées. Visiblement, Edmundo ne se pose aucune question, il est seulement impatient de se plonger dans l’eau chaude des thermes. Il nous assure que nous y serons seuls, nos tentes seront plantées à proximité immédiate de la dizaine de bassins qui se déversent l’un dans l’autre, les derniers étant plus tièdes que celles du niveau supérieur.
Soudain, une chaîne barre la route à laquelle, pendent des triangles de plastique rouge (danger). Un coup de klaxon fait bientôt apparaître un homme qui s’avance vers la portière d’Edmundo et ses dénégations en espagnol aux questions nous font vite penser que… tout est fichu ! Je crois bien avoir entendu un gros mot dans l’air ambiant… le chef d’expédition semble consterné : puis les choses s’accélèrent, le gardien va chercher quelque chose, monte derrière près de Jean-Claude, et les voitures grimpent sur la piste complètement défoncée, jusqu’à un espace entre deux tas de pierrailles.
C’EST LA ??? Où allons-nous planter les tentes ? Un paysage de désolation s’étale devant nous : la montagne est littéralement tombée sur le site, tout simplement. Fin janvier, un torrent de boue et de rocs a dévalé la pente pour remplir les 12 piscines naturelles aménagées par des murets de pierres. Deux bassins ont commencé à être nettoyés, mais l’eau détournée ne les pénètre pas encore. Seules, deux piscines sont utilisables, même si des cailloux restent encore dans le fond.
Où va-t-on planter les tentes ? Je saisis au vol une phrase qui, d’un coup, me requinque le moral : nous allons dormir dans le bungalow des fonctionnaires municipaux : 4 chambres à 4 lits individuels. Il faut seulement apporter son duvet. Le chemin qui grimpe dur n’est pas aisé entre les caillasses, les déblais, les trous, mais il ne nous faut pas longtemps pour nous mettre en petite tenue ! Le défilé des maillots de bain fait son petit effet, et, sauf Maïté qui ne trouve pas ses slips noirs, nous voici tous à la baille, pendant que nos z’Ed préparent un lomo saltado aux oignons frits dont le fumet nous chatouille les narines.
L’apéro se résume au whisky/rhum pour ceux qui aiment et il n’y a plus de vin pour les dîneurs. Dans la faible clarté de la lampe, assis sur des demi-parpaings autour d’une table ronde de lave polie échappée du désastre qui n’a pas été emportée, à la manière des scouts de notre jeunesse, nous entamons une veillée en chansons.
Que cache donc Edwar derrière son dos ? C’est un cadeau à la « Non Difunta Blanquita » (la non-défunte Blanche), et les deux bouteilles qu’il brandit ont fait plus de kilomètres que nous : c’est le reliquat d’une caisse de 12, offerte à Edmundo il y a longtemps par un ami, et cachées dans une cave secrète sur laquelle nous étions assis, et qui nous ont suivis partout…
Pendant la vaisselle, nos deux z’Ed se sont éclipsés, et les grands rires de nos éphèbes nus à la patouille s’entendent dans la nuit noire...
08 février 2009
Le désert de Talampaya
Je crois avoir trouvé la raison des décalages de la mise en page bouleversée du dernier message (et d'autres auparavant, mais dans une moindre mesure). Ce qui ne veut pas dire que je me l'explique... Si quelqu'un peut m'éclairer ? Donc, si j'écris dans un texte copié/collé "la Croix du Sud", le fait de mettre une majuscule à Croix perturbe la technique, mais si j'écris "ma Croix", ça fonctionne : de même pour la Vallée de la Lune, 3 m, bref... la technique n'aime pas !
Je repars à zéro pour les peintures, donc, prenez patience et continuons de voyage en Patagonie... si vous le souhaitez !
La nuit dans le désert
Samedi 22 mars
On ne parle plus du suicide de Saddam Hussein, même si Bagdad est toujours sous les bombes, et les perruches qui n’ont pas sans doute pas regardé la télévision commencent leur journée, et tournent en un grand vol circulaire avec des cris prolongés et discordants.
Aujourd’hui, la traversée des villages montre plus de vie : c’est samedi… Les écoliers sont en congé et courent dans la rue, des vaches ont été sacrifiées dans un cagibi qu’il est difficile d’appeler abattoir, et la piste est toujours aussi poussiéreuse ! Un cheval mort au pelage roux gît sur le bas-côté, que les charognards n’ont pas encore entamé. Je suis aujourd’hui dans le « greyhound » d’Edmundo qui a dû stopper afin d’attendre Edwar et sa remorque qui roulent moins vite. Un coup d’œil de l’autre
côté de la piste révèle une fleur blanche qu’un cactus nous offre en cadeau, et dont nous emportons le souvenir.
Deux maras (lièvres patagoniens) courent devant les voitures d’une curieuse allure sautillante, sans avoir le réflexe de sortir de la route. Pendant près de 500 mètres
Un condor nous accueille dans le ciel du parc de Tulampaya, puis un autre mara qui marche sur le côté de la piste : il est perché sur ses hautes pattes et se déplace comme un chien. Un petit renard gris déambule sans crainte à l’endroit sans un arbre où nous allons planter nos tentes, sous un soleil de plomb et à midi solaire… Pas une ombre, seulement des grosses pierres qui ont délimité un foyer, et quelques résineux autour desquels rôde toujours le renard gris. Notre linge, pas sec de la veille
ne tardera pas à l’être, étalé sur les tentes ou sur les buissons alentour. Avant le repas pour lequel nos z’Ed refusent de l’aide, nous allons voir ce que propose la petite cabane de souvenirs (qui tient lieu de visitors center) où une jeune Indienne vend d’adorables poupées de papier.
Le plat péruvien (arroz ?) qu’ils nous ont préparé est un délice que nous préférons manger au soleil, où il fait plus frais (enfin… disons nettement moins chaud) que sous la tente du mess. Marylène est volontaire pour laver la vaisselle, histoire de se tremper les mains dans l’eau « froide ».
L’accueil du parc est un vaste bâtiment avec toilettes et lavabos rudimentaires, sans électricité, et une salle de restaurant un peu boui-boui qui permet au visiteur de boire l’eau ou la bière tièdes, et de manger simplement. Avant d’aller y prendre le café, nos deux zèbres s’adossant au mur semblent faire la manche. N’écoutant que son grand cœur, Jean-Claude leur file une pièce.
Le départ est donné par un guide assermenté du parc
qui va nous faire visiter le cañyon, et les quatre voitures se suivent en cortège dans un paysage de grès rouge aux étonnantes sculptures. Des pétroglyphes vieux de – 500 à + 900 ans de notre ère posent leur éternelle énigme à laquelle personne n’a encore donné de réponse.
Une « cathédrale gothique » naturelle est taillée dans la paroi rose, et des couples s’y seraient mariés, selon le guide. Un condor de pierre semble la sentinelle du lieu.
Les falaises entre lesquelles nous progressons rappellent curieusement Bryce Canyon par la couleur de ses cheminées, mais aussi Petra lorsque les parois se rapprochent en un étroit défilé. Un oasis est niché au fond du canyon : la nappe phréatique est à trois mètres au-dessous et des caroubiers de 300 ans étendent leur ombre sur un surprenant jardin botanique. Beaucoup de végétation dont la présence s’explique par la présence de l’eau. Des pétroglyphes plus récents, qui datent sans
doute d’après l’arrivée des Espagnols puisqu’on devine la tête et les jambes de devant d’un cheval. Une cheminée semi-circulaire monte droit dans la falaise… « 1… 2… 3… ECHO ! ». il répond trois fois : ECHO… ECHO… ECHO… Nous avons renouvelé l’expérience avec « Hurrah ! » ça marche aussi !
Le moine et la bouteille. Je trouve au premier une
ressemblance avec St Louis couronné, mais ici, qui connaît le fils de Blanche de Castille ? La longue promenade se poursuit dans une végétation plus dense qu’en haut des falaises où sont nos tentes. Sur une paroi lisse un dessin évoque nettement un hippocampe, ce qui pourrait laisser penser à une population qui a connu la mer…
Sont-ce des têtards qui sont gravés sur la roche, ou des personnages qui dansent ?
De l’eau suinte et court en mince filet, le défilé se resserre et l’analogie avec Petra devient évidente, mais il n’y a
plus à Petra la moindre trace d’humidité. Nous laissons les voitures pour continuer à pied, pataugeant dans ce qui est maintenant devenu un ruisselet d’eau claire, filtrée dans le sable et les
roches. Des algues vertes et des têtards y prolifèrent. Après la traditionnelle photo de groupe, nous profitons de la fraîcheur de son
ombre bienfaisante.
Nous devrions avoir un coucher de soleil qui éclairera de rouge les falaises en face de notre camp. Edmundo nous dit qu’ils sont les seuls guides assez fous pour proposer de camper à un pareil endroit. Le petit renard gris est revenu rôder, mais il ne faut pas lui donner à manger, il doit savoir se nourrir seul.
Le ciel qui, dans la journée avait été pur, se couvre de brumes légères qui voileront « ma » Croix du Sud, et
compromettront l’éclairage du coucher de soleil sur les falaises, que les jeunots du groupe sont allés gravir pour être aux premières loges. Ils n’ont pas vu le soleil, caché dans les nuages, mais ont dévalé la pente plus vite qu’ils ne le voulaient et, à l’arrivée, leur exubérance est proportionnelle à la quantité de sable qu’ils ont dans leurs chaussures.
Puisque j’ai failli, une fois de plus, être abandonnée dans la nature, on a décidé de me sanctifier dès ce soir sous le vocable de « Blanquita de la vallée de la lune », et le premier, Jean-Claude vient faire ses dévotions en déposant à mes pieds deux kils de rouge afin de laisser à Difunta Correa l’exclusivité des bouteilles d’eau !
Non seulement ma Croix du Sud était là, dans le ciel redevenu clair, mais j’ai fait connaître aux copains le Nuage de Magellan*, que nous avons longuement observé aux jumelles. Le petit zorro gris est-il venu rôder ? Je n’ai rien entendu.
* Les nuages de Magellan sont deux galaxies naines irrégulières qui orbitent autour de la voie lactée et sont ainsi des membres de notre Groupe local de galaxies.
Le Grand Nuage de Magellan et le Petit Nuage de Magellan sont les objets du ciel profond remarquables de l'hémisphère sud. À l'œil nu, ils ressemblent à de petits morceaux qui se seraient séparés de la voie lactée.
03 février 2009
Faute de montrer mes oeuvres, je vous emmène en voyage !
Je n'étais déjà pas satisfaite de mes deux tableaux sur lesquels j'avais tenté de reconstituer mes souvenirs d'aurores boréales roses et rouge orangé, mais j'ai tout fichu par terre en essayant un nouveau vernis dont "l'aspect laiteux disparaîtra au séchage". Ca c'est la théorie et l'argument de vente... Mes tableaux semblent givrés. Mais comme je ne me considère pas comme battue, je remettrai l'ouvrage sur le métier, et je tenterai de faire mieux !
Et si on continuait ensemble le voyage en Patagonie ? Vous n'êtes pas obligés de faire l'effort de me suivre et nous nous retrouverons dans quelques jours si vous le désirez...
La Vallée la Lune
Vendredi 21 mars
C’est aujourd’hui le printemps, mais ici, c’est le premier jour de l’automne, mon fils Hervé a 45 ans, Saddam ne s’est pas suicidé, et le lit d’Alice a tremblé… ce sont les nouvelles du matin !
Course de vitesse pour prendre possession de la douche, car WC et douche ne font qu’un, et celui qui occupe la place, même s’il n’utilise qu’un seul des ustensiles, laisse les autres prétendants le bec dans l’eau (si j’ose dire !)
Les sandwiches préparés, les petites lessives étendues, les photos dans la boîte (le disque dur de Christian), le départ est donné pour le lancement vers la Lune la Vallée la Lune. 80 km
récent orage, rencontre de gauchos (beaux comme au cinéma, dis !) mais aussi de
vautours dans un arbre et d’autres tournoyant dans le ciel autour d’une carcasse.
Le parc Ischigualasto (à vos souhaits !) dont le nom indien signifie « terre sans vie » se mérite. Il y a 180 millions d’années il grouillait de vie, dinosaures et autres animaux y faisaient leur miel. Le paradis en quelque sorte… et puis, il y a 12 millions d’années, les Andes surgirent, bouleversant le climat, et elles en firent un cimetière désertique que le temps a recouvert de sédiments que l’érosion fait peu à peu réapparaître. Le parc a une importance scientifique considérable, car il est un des seuls endroits au monde où sont représentées toutes les étapes de l’ère triasique (de 248 à 206 millions d’années) et l’Université de San Juan invite les chercheurs du monde entier à venir y faire des fouilles. C’est la raison impérative pour laquelle il ne faut pas franchir les pierres qui balisent les passages.
Nos visages ont été beurrés d’huile solaire d’indices de protection divers, mais les épaules que j’ai oubliées se feront douloureusement sentir dans les prochaines heures.
Dans la cabane de l’accueil le squelette d’un être préhistorique est exposé dans une vitrine, au-dessous d’un panneau de militantes féministes argentines qui proclame « Tu es né d’une femme. Répète-le »
Un guide, Raoul va accompagner nos voitures pour un parcours de 40 km la Vallée la Lune
rocs leur empreinte fossile. Une brume légère voile l’horizon au-dessus de
Armstrong et Aldrin n’étaient déjà plus là lorsque nous y arrivons.
Une courte marche de ¾ d’heure sous un soleil écrasant nous fait parcourir le fond de la Vallée 1500 m
buissons d’épineux arrivent à survivre et font le bonheur des guanacos. Un jeu de pétanque paléolithique apparaît bientôt : des boules de lave ayant tant roulé qu’elles en étaient devenues parfaitement sphériques, puis avaient fini par être recouvertes de sédiments, que l’érosion fait peu à peu disparaître. Le vent a déformé à son
tour ces boules réapparues… Le soleil tape dur, mais une légère brise atténue l’effet de four : nous
sommes à
Habituellement, je suis la victime expiatoire qu’on laisse aux Indiens en cas d’attaque, mais aujourd’hui, on parle de m’abandonner dans la Vallée la Blanche la Lune
L’étape suivante fait réapparaître les saguaros au pied de trois formations en forme de cheminées de fées, mais ici, les fées n’ont pas la cote. La photo de groupe les aura comme décor en toile de fond.
L’ultime halte est pour le « champignon » qui joue les stars sur fond de falaises rouges aux piètements verts, qu’on
pourrait croire des façades de cathédrales. Pas un instant, Edwar ne m’a lâchée, prêtant son épaule ou me tenant la main dans les passages délicats.
Les pauvres bougres qui, à l’entrée du parc, vendent des pierres à 3 francs 6 sous passent leur journée en attendant passivement les quelques pelés qui leur donneront la recette de leur journée pour les aider à vivre.
Sur le chemin du retour, plus de vautours, que leur nombre a permis de terminer le nettoyage de la carcasse de ce matin, qui aurait été celle d’un cheval. Intéressante visite à un petit musée qu’un amateur passionné de pierres a ouvert en
pleine campagne, et qui a permis à quelques-uns d’entre nous de trouver des cadeaux originaux. Sur le chemin du retour, des pourpiers dans un coin de champ ont trouvé assez d’eau pour fleurir…
La fraîcheur du soir est un bonheur pour mes coups de soleil. Le silence est ponctué par les vols de perruches qui piaillent, et une musique assourdie nous parvient du village. La TV
Ce soir, nous avons du cabri grillé pour le dîner, et nos deux z’Ed s’affairent déjà autour du feu. En s’installant à table, Edmundo, gravement, nous donne un instant d’émotion et demande d’avoir une pensée pour les populations civiles de Bagdad, ces pauvres gens qui vont souffrir et peut-être mourir par la folie des hommes parce que, pour leur malheur, il y a du pétrole dans le sous-sol de l’Irak.
Le cabri, grillé à point, arrosé d’un vieux rouge des familles et qu’on doit finir ce soir sous peine de sanctions a ravivé des souvenirs anciens pour plusieurs d’entre
nous. Le chevreau de Pâques était une tradition familiale qui a perduré, malgré une défection de quelques années.
Les crêpes d’Alice, saluées d’une gavotte « le loup, le renard et la belette » avaient déjà allumé plus d’un œil. Mais le clou de la soirée fut lorsque Edwar dut se soumettre à l’épreuve du frontibus, du nasibus, du mentibus… et j’en passe !
Nous avons fini par parler de cette plante dont j’ai oublié le nom, qui est interdite en France parce que, ayant un pouvoir plus sucrant que la canne, elle mettrait en péril les cultures sucrières de nos DOM-TOM, et dont nous voudrions bien rapporter quelques graines juste pour voir...
Les femmes s’étant proposées pour la vaisselle, les hommes peuvent partir en toute tranquillité « courir la gueuse » au village, hormis nos z’Ed, trop sérieux pour se mêler à ces distractions d’ados, mais qui reviennent sans vergogne manger les crêpes qu’Alice s’est remise à cuire. La musique au village n’était pas une fête, mais une réunion électorale où le candidat promettait du travail aux électeurs (la Lune, quoi !) comme les politiciens de tous les pays.
Air connu… « Reviens, Léon, on a les mêmes à la maison ! »
14 septembre 2008
Toujours surbookée
Mon temps est actuellement occupé par la confection de costumes de scène pour la revue annuelle des "Plus Belles Girls", dont vous avez déjà entendu parler dans "Paillettes et générosité".
Claire est venue avec sa petite Nina, qui l'an dernier, bien au chaud dans le sein maternel, était déjà sur scène ! Donc, avant de vous faire partager le spectacle de cette année, je vous entraîne à nouveau sur les pistes de Patagonie... si vous le voulez bien ?
Difunta Correa
Jeudi 20 mars à Mendoza
Le linge « débeigé » n’est pas sec et on le remballe tel quel. P’tit déj’ avec oranges, melon, pastèque, « jelly » jaune et verte (sorte de pâte gélifiée…) confiture, mais pas de beurre. Christian a beau tenter de faire un beau pâté de gelée verte dans sa soucoupe ; il n’y parvient pas, la goûte à peine mais parvient à lui trouver un goût de pomme, et laisse là son œuvre inachevée.
Il me fait signe de venir voir quelque chose dans leur chambre. Un tableau est en effet accroché au mur, mais j’ai beau regarder le dessin, rien ne me dérange, il me paraît bien équilibré, les couleurs harmonieuses… non, vraiment, je ne vois rien ! Il faut vraiment que Christian me mette le nez dedans : l’œuvre encadrée n’a pas été entièrement dégagée de son emballage de plastique d’origine, et les coins de carton en protègent encore les angles !
Départ à l’heure dite et cap sur San Juan où nous sommes lâchés dans un hypermarché, le premier de notre périple, laissant les voitures sous la garde vigilante de Jean-Claude et Bernard… car nous aurons ce soir un dîner français !
Comment savoir quelle montagne est l’Acongagua, le plus haut sommet des Amériques ? il a beau culminer à 6.960 mètres, difficile de le reconnaître de si loin parmi les autres…
Pour l’heure, le pique-nique sur la route se compose de poulets (4…), pommes frites et melon vert. Deux convives se sont invités : un chien craintif et bien nourri au pelage sombre et une femelle blanche allaitante famélique. Ils ne sont pas encore revenus de l’aubaine et ont mangé pour la semaine. Jusqu’au bout, ils ont flairé le sol pour le cas où…
Vallecito abrite le sanctuaire de Difunta Correa… Qu’en dire ??? Je laisse chacun penser ce qu’il veut. Mais pourquoi une telle accumulation d’ex-voto dont la laideur n’est même pas touchante ? Des centaines de plaques minéralogiques sont 




clouées sur les montants du passage qui abrite les pèlerins, des morceaux d’épaves de voiture épars sur un côté du promontoire en font une sorte de décharge. Des « maquettes » de maisons, celle d’une usine de crèmes glacées, sont ainsi mises sous la protection de la « sainte ». Dans le Saint des Saints où est couchée une statue de la Difunta, sont accrochés des témoignages divers, des permis de conduire, une carte bancaire (oui !) des photos de famille, et des rubans « Protégez ma Nissan… ou ma Toyota… ma Ford… ». Diverses chapelles adjacentes abritent des témoignages divers, mais la plus inattendue est celle où sont accrochées une multitude de robes de mariées ou de cérémonie et quelques photographies de mariage. J’aimerais savoir ce que sont devenus les couples qui se sont ainsi voués à la « Sainte »…
Bien entendu, les Marchands du Temple ne sont pas loin et ils tirent tous azimuts : ainsi, vous pouvez leur acheter les rubans imprimés qui mettront votre voiture à l’abri des ennuis. Vous ne me croyez pas ? Si ! si ! j’en connais même une qui a choisi « Protégez ma Peugeot »… C’est dire !
La vallée fertile où nous allons planter nos tentes est précédée d’un semi désert couvert d’arbrisseaux épineux au milieu desquels poussent de somptueux saguaros. Ah ! Colette ! si tu avais pu décider ton Loïc à venir, tu aurais pu les admirer de près… mais sans les toucher, ils n’aiment pas ça…

Une poule faisane ( ?) beaucoup plus élégante que celles de chez nous selon Bernard, a bien failli voir arriver sa dernière heure, mais, non loin, un petit renard gris tapi sur le bas-côté l’a peut-être déjà inscrite à son menu.
Le 4 x 4 gris d’Edwar n’a plus d’amortisseurs, les sièges sont avachis, les copains derrière moi en ont plein le c.. dos, au propre et au figuré. Merci encore de m’avoir laissé la meilleure place, même si c’est celle du mort !
Dans la « Vallée Fertile », les routes sont bordées de bananiers, de palmiers, d’hibiscus et de bougainvilliers en fleurs qui font une voûte au-dessus des voitures.
L’heure de notre arrivée au petit village de San Augustin à la nuit tombante devrait nous laisser juste le temps de monter les tentes avant le repas français…
Mais ce diable d’Edmundo a obtenu 2 nuits dans deux cabañas pour le prix du camping… et personne n’a protesté ! Le cadre en vaut la peine : sous des arbres font cercle sept bungalows de bois autour d’une pelouse agrémentée d’oliviers en fruits, de rosiers en fleurs, et un barbecue où faire griller un agneau… bref, tout baigne ! On s’est réparti les chambres, chacun vaque à ses petites affaires, lessive, cuisine, lavage de la salade, rédaction du carnet de voyage… La vie est belle ! et, en prime, « ma » Croix du Sud nous fait lever les yeux.
La vie n’est pas belle pour tout le monde : Bagdad est en flammes, annonce la télévision allumée dans les bungalows, tandis qu’un débat de journalistes et d’hommes politiques évoque le possible suicide de Saddam Hussein. Les généraux US plastronnent devant les cameras et Mrs G. W. Bush, l’épouse de qui vous savez, éclate bêtement de rire dans une réunion mondaine.
Le dîner a malgré tout été un succès : saucisses porc/bœuf à l’apéro, grillées « à l’argentine » (sans piquer la peau), entrecôte marchand de vin, pommes de terre
à l’étouffée, bananes flambées où le rhum ne manquait pas. Pour ceux qui veulent, le « pousse-café » Bardinet met des lueurs dans les yeux de quelques-uns. C’est le moment où Alice, ne pouvant plus tenir sa langue, crache le morceau et révèle notre projet de SARL, qui devait rester secret. Marylène est dépitée : jusqu’à ce jour, jamais Alice n’avait eu d’affaire immobilière sans sa participation !
Nous sommes tous plus ou moins allumés avec le Martini, le vin d’Argentine et le rhum des îles. Et, comme à l’accoutumée, je suis désignée comme victime expiatoire en cas d’ennuis…
Nos deux z’Ed ont installé 2 matelas dans le séjour, nous laissant ainsi seules, Maïté et moi, dans un dortoir à 4 lits.
04 septembre 2008
Surbookée ! Trop de choses à faire... si on repartait sur les pistes ?
La mythique route 40
et ses gauchos
Mercredi 19 mars 2002
6.30 h, après une nuit ponctuée de bruits de diesels, de portières, de voix d’hombres, d’abois de gros chiens et d’attaques de mosquitos affamés, le réveil tinte et les perruches sont lâchées. Car il y a des vols de centaines de perruches vertes qui, comme chez nous les étourneaux, piaillent en tournant dans le ciel.
Rush vers la salle de bains-WC, et à 7.30 h, le top du départ est donné dans
le flamboiement rose et gris du soleil levant, et, de l'autre côté, la lune joue à saute mouton au-dessus des montagnes. Nous avons changé les équipages, et je me retrouve avec Edwar. Annette, Bernard, Alice, Jean-Claude m’ont, depuis quelques jours, laissé l’exclusivité du siège avant, mes genoux souffraient de ne pouvoir allonger les jambes. Qu’ils en soient ici remerciés.
En montant dans le 4 x 4, j’ai trouvé par terre les lunettes fumées d’Edwar qui avaient eu un accident : une branche est cassée, l’astre aveuglant est juste en face et nous éblouit. Son siège trop bas l’empêche d’utiliser le pare-soleil, et il doit mettre sa main en visière pour rester sur la route sinueuse.
Avant de pouvoir faire aux siennes une réparation provisoire, je lui laisse mes lunettes, et ça me donne une idée de cadeau pour lui… Arrêts photo à chaque virage, ou presque… à ce train-là, on n’est pas rendu à Mendoza ! Le désert commence, et, comme hier, la montagne étale les ondulations de ses roches nues, que l’on pourrait croire faites
de pâte molle, et ainsi qu’à chaque fois, nos tours de manège rectilignes se ponctuent de « Olé ! » à chaque dos d’âne... Les rocs rouge foncé ou violine contrastent violemment avec les lointains bleutés.
A un embranchement, je peux enfin prendre l’écusson de la route 40 (comme j’avais pris celui de la route 66 aux USA) dans le décor d’un vallon, avec des chevaux, et deux Péruviens qui passaient là... par hasard ?
La province de Neuquén et le Rio Colorado marquent la fin de la Patagonie
Des torchères au loin dénoncent la présence de pétrole, et des champs de grosses pierres font dire à Bernard que les petits cailloux donneront de belles récoltes. La piste, asphaltée sur quelques mètres, redevient la « 40 » accoutumée, mais du même rose pâle que celui de la boue séchée qui a raviné les falaises proches.
Combien de petites chèvres ont-elles traversé devant les voitures ? Ont-elles leurs bergers ? Un renard gris se glisse derrière un buisson. On le voit s’éloigner sur la colline, mais il reste cependant non loin de son garde-manger à cornes. Les trois gauchos qui nous croisent sont-ils les gardiens des cabris ? Ils confirment qu’il y en a mille, ce qui était le chiffre que nous avions supposé.
Au bord du Rio Grande, de petites maisons de torchis sont nichées dans un
bas-fond, trop petites pour abriter le troupeau. La piste traverse plusieurs fois ce torrent qui serpente au milieu de la caldera d’un ancien volcan, dont les laves noircies se dressent comme des silhouettes déchiquetées. Le rio a profondément
creusé son canyon, et bouillonne tout en bas du coin qu’a choisi Edmundo pour le pique-nique.
Il ne faut plus s’arrêter, car la piste est vraiment très mauvaise, et nos gars vont devoir foncer pour arriver avant la nuit à Mendoza. A Malargüe, il y a beaucoup, beaucoup de bicyclettes, des voitures en bon état, une forte odeur de gaz, et une foultitude de statues religieuses à tous les carrefours. La ville est visiblement prospère par les richesses de son sous-sol. Sitôt sortis de la ville, nous sommes pris dans un tourbillon de poussière soulevé par un brusque vent de tempête. Le camion de sable qui nous précède sème dans la bourrasque le contenu de son plateau. Nous ne voyons plus RIEN pendant un kilomètre et Edwar doit avancer au pas, à l’aveuglette, dans l’écran opaque. Puis le vent cesse brusquement…
Un troupeau de vaches noires et maigres qui traverse la route sous la houlette de plusieurs gauchos fait sortir vite fait les appareils photos et cameras. Bien entendu, lorsqu’un aigle plane au-dessus des voitures, le matos est rentré !
Un col passé, et c’est un autre décor qui s’étale devant nous :les premières vignes, des alamos centenaires (peupliers), des saules pleureurs le long du chemin, des vergers… et des pommes qu’un camion a renversées sur le bas-côté.
A l’horizon, un énorme chou-fleur de nuages s’agglutine dans le ciel bleu et déverse au loin des cataractes parsemées d’éclairs fulgurants, mais il aura quitté notre route lorsque nous y arriverons, laissant seulement des flaques.
Des mini-puits de pétrole dans les champs nous donnent à réfléchir… si, au lieu d’une hacienda, nous achetions un ou deux puits ? Voyons "petit" pour commencer… Un hangar à vendre nous donne l’idée d’ouvrir une crêperie où nous servirions aussi du cidre, des tartes Tatin (les pommes abondent dans le coin) on ferait « cantina » pour les ouvriers des puits alentour. Vous savez maintenant combien nous aimons "jouer à faire semblant" et, au cours de nos voyages, nous en avons monté des affaires ! Jusqu'à un golf de luxe en North Carolina !
Les rôles dans la société sont distribués illico.
1. Bernard l’ancien banquier nous obtiendra les prêts
2. Jean-Claude sera le gestionnaire
3. Alice et Annette assureront l’intendance
4. Moi ? je serai la taulière
5. Edwar s’occupera de faire la publicité auprès de ses copains, le Guide du Routard et Viva Tours nous inscriront sur la liste de leurs lieux d’étape
Nous ouvrirons d’abord avec 100.000 pesos de capital et la SARL
Nous sommes encore à délirer lorsque, à l’entrée de la province San Rafael, un barrage de police fait descendre tout le monde, sauf moi ; le flic ne m’a peut-être pas vue ? il fouille un peu partout, prend en main la pierre verte que Christian a ramassée près des autels, l’observe puis la repose. Nous saurons plus tard que la police recherche les fossiles, mais aussi les poissons parce qu’ici la pêche est interdite.
Conduire la nuit dans Mendoza n’est pas une mince affaire, surtout avec une remorque. Mais Edwar, dont les yeux commencent à faire « code/phare » par la fatigue colle autrain d’Edmundo et ne se laisse pas distancer.
Carrefour est là !
C & A aussi…
Notre petit hôtel est en plein centre, où la circulation intense ne nous empêchera pas de dormir. L’électricité est montée « à la turque » : fils dénudés, même dans la douche !
Le « Florenza », restaurant proche sur une grande avenue, va nous faire saturer de viande argentine. Le bife de lomo qui nous est servi en terrasse a bien 5 cm
j’ai été servie ! cru au milieu, à peine cuit sur le dessus… Un chat qui a fait les yeux doux à Maïté, a largement profité de nos plats et le chien qui est arrivé après a fini ce qui nous restait,. Je crois ce soir avoir atteint mon quota de carne argentine, et je ne suis pas la seule, d’autant plus que, réflexion faite, nous lui avons trouvé un relent de « pas très frais ».
Des chevreaux ouverts cuisent au feu de bois derrière la vitrine. Une « brouette de livraison » vient apporter de la viande mal emballée dans du plastique, et cela confirme ce que nous avions supposé : l’hygiène n’est pas la préoccupation majeure de la direction du resto.
Vite à la douche, car nous sommes ce soir comme Michaël Jackson : ni noirs, ni blancs… beiges…
La TV de l'hôtel nous confirme que G.W. Bush est un grand homme… il l’a eue, sa guerre, il est content : ses missiles vont frapper de pauvres gens déjà écrasés par une terrible dictature. Ah ! si tous les c… volaient… il y en a au moins un qui ne serait pas à la Maison Blanche.
15 mai 2008
Pour vous faire rire un peu
J'ai laissé mes pinceaux faute d'inspiration... alors je vous emmène à nouveau sur les pistes patagoniennes où, pour passer le temps, on a beaucoup ri en se racontant des histoires. Ne pincez pas la bouche : si elles ne vous plaisent pas... passez votre chemin en attendant la suite !
On se raconte des histoires…
Mardi 18 mars
Le téléfon de François a ses vapeurs dès 6 heures du mat’, et, bien entendu, nous sommes prêts bien trop tôt pour les 7.15 h du rendez-vous dans le hall. Les Mots Croisés de Michel Laclos m’aideront à patienter. Panique à bord, les croissants ne sont pas arrivés et le gérant de l’hôtel appelle frénétiquement son pâtissier. Il n’a, heureusement, pas entendu parler de Vatel, et, aux dernières nouvelles, aurait survécu, car les croissants n’arriveront pas.
A Bariloche, et jusqu’à San Martin de Los Andes, les constructions, les réverbères, les clôtures, les panneaux, les bancs publics avec un toit, tout est en bois, avec plus ou moins de bonheur. Allemands et Suisses s'y sont établis.
Aujourd’hui, il va falloir pédaler dur et avaler les kilomètres, mais rien
n’empêche d’ouvrir les yeux pour admirer le paysage. Plusieurs arrêts panoramiques permettront d’en garder les images, dont l’un pour un étonnant lac-miroir qui pourrait refléter les montagnes lointaines, si, précisément, elles n’étaient pas si loin !
Le Volcan Lanin nous montre au loin sa silhouette parfaite, couronnée de glaces, et un gros nuage blanc donne d’ici l’illusion qu’il fume. Il joue à cache-cache avec nous selon le relief de la piste. « Quelle femme acceptera
de montrer ses jambes pour qu’Edmundo nous conduise au pied du volcan ? » demande Christian, « ça ne sert vraiment à rien de s’encombrer de nanas ! ». Maïté ne soulèvera pas ses jupes, mais c’est elle qui viendra gentiment faire un bisou au chef d’expédition… qui doit expliquer que le Lanin est beaucoup plus loin qu’il n’y paraît, et nous avons de la route à avaler… beaucoup de route !
Edmundo nous a confié qu’il a mis son petit Edmundito sous la protection des dieux tutélaires incas, et que sa photo a été déposée par un de ses amis andistes au sommet du plus haut sommet du Pérou.
L’arrêt pique-nique se fait dans un virage qui semble un lieu sacr
é, domaine
de divers saints, connus et inconnus. Y figurent Difunta Correa, bien sûr avec son lot de bouteilles d'eau, Gaucho Jil évidemment, mais aussi une quinzaine de petites chapelles pitoyables, alignées au petit bonheur des deux côtés de la route. « C’est un car entier qui a dû se renverser ici ! » dit Maïté. Christian ramasse une étonnante pierre verte, qu’il pense ajouter à celles qu’il a déjà dans ses sacs. Pourrons-nous faire confiance à Aeroliñeas Argentinas pour faire décoller un avion surchargé ?
Le panorama change à chaque heure et de la
montagne verte aux monts pelés par le vent, la steppe et les canyons, la palette est large. Pour passer le temps, on se raconte des histoires, et Bernard attaque le premier :
Un père de famille est à l’agonie, et ses trois fils, voulant lui montrer leur gratitude et le remercier de la bonne éducation qu’ils ont reçue, se retrouvent à son chevet et décident de lui offrir quelque chose qu’il puisse emporter dans sa tombe. L’aîné pose sur la poitrine du patriarche un billet de 500 € en disant toute sa reconnaissance. Le cadet, ne voulant pas faire moins, dépose aussi un billet de 500 €. Le plus jeune a lui aussi, les mêmes sentiments que ses frères, mais il n’a pas assez d’€ dans son portefeuille, qu’il a d’ailleurs oublié. Saisissant soudain les deux billets, il dit au moribond « Je te fais un chèque de 1.500 €, ainsi, tu ne perdras rien »…
Edmundo embraye avec celle des trois hommes qui parlent de leurs stupides épouses :
Le premier dit « Rendez-vous compte, ma femme veut conduire une voiture, et elle n’a même pas de permis ! »
Le suivant : « La mienne est pire, elle veut piloter un avion, et elle ne sait pas conduire une voiture »
Le dernier rit un bon coup avant de conclure : « Vos femmes sont bêtes, d’accord, mais à côté de la mienne… Pensez, quand elle part en voyage, elle emporte des préservatifs, et elle n’a même pas de zizi ! »
Une autre encore :
Un artisan cloutier de Cuzco vivait tout à fait heureux de son sort. Un Jacques Ségala local (Yago Segalo ?) vient le voir un jour et lui dit « Pourquoi ne pas vous faire connaître, faire de la pub, vous vendriez plus, et vous pourriez même exporter votre production ! ». Après avoir longtemps hésité, car il n’avait pas de grandes ambitions, il finit par accepter de faire une pub, comme ça… pour voir. Deux jours plus tard, on lui apporte une maquette qui montre Jésus sur la croix avec ce commentaire « 2.000 ans de référence, le clou Cuzco tient ! ». Le cloutier est effaré « Non ! non ! je suis bon catholique, Rome va me tomber dessus… pas question d’accepter ça, je refuse ! »
Deux jours plus tard, nouvelle maquette : Jésus n’est plus sur la croix, il a sa couronne d’épines, les cinq plaies, mais il dévale le mont des Oliviers poursuivi par deux Romains dont l’un dit à l’autre « Tu vois, si tu avais utilisé les clous Cuzco !!! »
Nous évoquons aussi le survol des lignes de Nazca, pendant lequel Annette avait la tête dans le sac à vomir… « C’est donc bien une femelle ! » commente Alice.
Il a fallu rouler sans pratiquement s’arrêter, et 645 km
Dix Français débarquent dans le resto d’un petit village, où clients et serveur ont l’œil rivé à l’écran TV où se dispute le match de football Chili-Paraguay qui met en présence les Catholicos contre les Portens. Le patron propose en entrée une tranche de langue de bœuf avec une sauce épicée, 2 ou 3 beefsteaks selon demande servis avec des salades variées, flan maison ou salade de fruits. Le tout pour 18 pesos, avec le vin. Tous les beefsteaks n’ont pas la même qualité, mais chacun a eu au moins un morceau tendre.
Nos adorables z’Ed, malgré leur fatigue, sont venus nous chercher pour nous éviter de rentrer à pied, et les 4 x 4 emportent même ceux qui avaient des velléités de marche.
Pourquoi le nom du village Chos Malal est-il souvent volontairement rendu illisible sur les panneaux routiers ? Vendetta avec les villages voisins ? Nous n’avons pas eu la réponse.








