La Bourlingueuse

Carnets de voyages

15 mai 2008

Pour vous faire rire un peu

J'ai laissé mes pinceaux faute d'inspiration... alors je vous emmène à nouveau sur les pistes patagoniennes où, pour passer le temps, on a beaucoup ri en se racontant des histoires. Ne pincez pas la bouche : si elles ne vous plaisent pas... passez votre chemin en attendant la suite !

On se raconte des histoires…

Mardi 18 mars

Le téléfon de François a ses vapeurs dès 6 heures du mat’, et, bien entendu, nous sommes prêts bien trop tôt pour les 7.15 h du rendez-vous dans le hall. Les Mots Croisés de Michel Laclos m’aideront à patienter. Panique à bord, les croissants ne sont pas arrivés et le gérant de l’hôtel appelle frénétiquement son pâtissier. Il n’a, heureusement, pas entendu parler de Vatel, et, aux dernières nouvelles, aurait survécu, car les croissants n’arriveront pas.

A Bariloche, et jusqu’à San Martin de Los Andes, les constructions, les réverbères, les clôtures, les panneaux, les bancs publics avec un toit, tout est en bois, avec plus ou moins de bonheur. Allemands et Suisses s'y sont établis.

Aujourd’hui, il va falloir pédaler dur et avaler les kilomètres, mais rien 19_Jusqu___Chos_Malal_02n’empêche d’ouvrir les yeux pour admirer le paysage. Plusieurs arrêts panoramiques permettront d’en garder les images, dont l’un pour un étonnant lac-miroir qui pourrait refléter les montagnes lointaines, si, précisément, elles n’étaient pas si loin !

Le Volcan Lanin nous montre au loin sa silhouette parfaite, couronnée de glaces, et un gros nuage blanc donne d’ici l’illusion qu’il fume. Il joue à cache-cache avec nous selon le relief de la piste. « Quelle femme accepteraVolcan_Lanin de montrer ses jambes pour qu’Edmundo nous conduise au pied du volcan ? »  demande Christian, « ça ne sert vraiment à rien de s’encombrer de nanas ! ». Maïté ne soulèvera pas ses jupes, mais c’est elle qui viendra gentiment faire un bisou au chef d’expédition… qui doit expliquer que le Lanin est beaucoup plus loin qu’il n’y paraît, et nous avons de la route à avaler… beaucoup de route !

Edmundo nous a confié qu’il a mis son petit Edmundito sous la protection des dieux tutélaires incas, et que sa photo a été déposée par un de ses amis andistes au sommet du plus haut sommet du Pérou.

L’arrêt pique-nique se fait dans un virage qui semble un lieu sacrGaucho_Jil_1é, domaine Defuntade divers saints, connus et inconnus. Y figurent Difunta Correa, bien sûr avec son lot de bouteilles d'eau, Gaucho Jil évidemment, mais aussi une quinzaine de petites chapelles pitoyables, alignées au petit bonheur des deux côtés de la route. « C’est un car entier qui a dû se renverser ici ! » dit Maïté. Christian ramasse une étonnante pierre verte, qu’il pense ajouter à celles qu’il a déjà dans ses sacs. Pourrons-nous faire confiance à Aeroliñeas Argentinas pour faire décoller un avion surchargé ?Chapelles

Le panorama change à chaque heure et de la Pistemontagne verte aux monts pelés par le vent, la steppe et les canyons, la palette est large. Pour passer le temps, on se raconte des histoires, et Bernard attaque le premier :

Un père de famille est à l’agonie, et ses trois fils, voulant lui montrer leur gratitude et le remercier de la bonne éducation qu’ils ont reçue, se retrouvent à son chevet et décident de lui offrir quelque chose qu’il puisse emporter dans sa tombe. L’aîné pose sur la poitrine du patriarche un billet de 500 € en disant toute sa reconnaissance. Le cadet, ne voulant pas faire moins, dépose aussi un billet de 500 €. Le plus jeune a lui aussi, les mêmes sentiments que ses frères, mais il n’a pas assez d’€ dans son portefeuille, qu’il a d’ailleurs oublié. Saisissant soudain les deux billets, il dit au moribond « Je te fais un chèque de 1.500 €, ainsi, tu ne perdras rien »…

Edmundo embraye avec celle des trois hommes qui parlent de leurs stupides épouses :

Le premier dit « Rendez-vous compte, ma femme veut conduire une voiture, et elle n’a même pas de permis ! »

Le suivant : « La mienne est pire, elle veut piloter un avion, et elle ne sait pas conduire une voiture »

Le dernier rit un bon coup avant de conclure : « Vos femmes sont bêtes, d’accord, mais à côté de la mienne… Pensez, quand elle part en voyage, elle emporte des préservatifs, et elle n’a même pas de zizi ! »

Une autre encore :

Un artisan cloutier de Cuzco vivait tout à fait heureux de son sort. Un Jacques Ségala local (Yago Segalo ?) vient le voir un jour et lui dit « Pourquoi ne pas vous faire connaître, faire de la pub, vous vendriez plus, et vous pourriez même exporter votre production ! ». Après avoir longtemps hésité, car il n’avait pas de grandes ambitions, il finit par accepter de faire une pub, comme ça… pour voir. Deux jours plus tard, on lui apporte une maquette qui montre Jésus sur la croix avec ce commentaire « 2.000 ans de référence, le clou Cuzco tient ! ». Le cloutier est effaré « Non ! non ! je suis bon catholique, Rome va me tomber dessus… pas question d’accepter ça, je refuse ! »

Deux jours plus tard, nouvelle maquette : Jésus n’est plus sur la croix, il a sa couronne d’épines, les cinq plaies, mais il  dévale le mont des Oliviers poursuivi par deux Romains dont l’un dit à l’autre « Tu vois, si tu avais utilisé les clous Cuzco !!! »

Nous évoquons aussi le survol des lignes de Nazca, pendant lequel Annette avait la tête dans le sac à vomir… « C’est donc bien une femelle ! » commente Alice.

Il a fallu rouler sans pratiquement s’arrêter, et

645 km

plus tard, nous étions enfin à 7.30 h à Chos Malal, où trouver l’hôtel n’a pas été chose facile, mais un adolescent nous conduit à des « cabanas » de briques en dehors du village, nichées sous un rideau d’arbres. Trois chambres à deux lits dans chaque bungalow, nous changeons de partenaires, et je retrouve Maïté.H_tel

Dix Français débarquent dans le resto d’un petit village, où clients et serveur ont l’œil rivé à l’écran TV où se dispute le match de football Chili-Paraguay qui met en présence les Catholicos contre les Portens. Le patron propose en entrée une tranche de langue de bœuf avec une sauce épicée, 2 ou 3 beefsteaks selon demande servis avec des salades variées, flan maison ou salade de fruits. Le tout pour 18 pesos, avec le vin. Tous les beefsteaks n’ont pas la même qualité, mais chacun a eu au moins un morceau tendre.

Nos adorables z’Ed, malgré leur fatigue, sont venus nous chercher pour nous éviter de rentrer à pied, et les 4 x 4 emportent même ceux qui avaient des velléités de marche.

Pourquoi le nom du village Chos Malal est-il souvent volontairement rendu illisible sur les panneaux routiers ? Vendetta avec les villages voisins ? Nous n’avons pas eu la réponse.

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12 mai 2008

Roberto, le lièvre argentin

Longtemps que nous n'avons pris la route sur les pistes de Patagonie, même si San Carlos de Bariloche est une ville plutôt mondaine qu'il faut bien traverser avant d'aller plus loin redécouvrir la Nature...

Il court, il court… Roberto !

Lundi 17 mars

Embarquement dans un minibus, conduit par un guide. Le lac Nahuel Huapi a ce matin des couleurs de saphir, mais nous allons au Lago Mascardi, où le parc naturel est géré par les Indiens Mapuches. Le bus suit un chemin étroit et sinueux où il passe à peine, franchit des passerelles en troncs d’arbres recouverts de terre qui permettent de franchir un torrent… nous commençons à nous demander où nous mène Roberto, le guide barbu assermenté. En cas de pépin, qui viendrait nous chercher ici ?

Un bâtiment de bois inachevé est le point de départ de la randonnP3170214ée. Nous pouvons entrevoir le lac Mascardi entre les arbres, mais, suivant Roberto, nous nous enfonçons dans le sous-bois à la vitesse d’un cheval au galop, crapahutant au-dessus des ruisseaux, des troncs d’arbres renversés, enjambant les talus avec l’aide de mains secourables. Bernard et Christian renouvelant leur BA du Pérou, tentent de me hisser en me tirant vers eux, cette fois : la « marche » est haute, et mon pied qui pivote sur la terre pâteuse me déséquilibre, car l’autre ne prend appui que sur la pointe. J’ai bien cru que mes « supporteurs » allaient se trouver avec moi au fond du fossé. On n’a pas fini d’en reparler, si vous voulez mon avis !

Le parcours continue dans le bois, mais j’ai maintenant une canne que m’a trouvée Edwar qui m’aide et m’offre son épaule dans les passages diffic18_Promenade_Bariloche_01iles. Nous voici enfin sur la plage où je décide de rester pendant que le 18_Promenade_Bariloche_15_1groupe va s’épuiser à suivre dans la montagne un « lièvre » argentin de la race robertus velocitus. J'ai choisi de m'installer sous un arbre couché près du lac dans la tiédeur du soleil, et je vais lire mes guides, écrire des cartes, dont une au Dr Coisy, mon chirurgien pour lui dire que ses deux prothèses et moi allons bien toutes les trois… pour le moment ! L’eau bleue a des vaguelettes d’émeraude sous le soleil et leur clapot qui me rappelle la mer me fait un instant penser que la marée vaP3170215 monter.

Plusieurs heures passent ainsi à farnienter, tandis que j’imagine les copains soufflant et souffrant derrière Roberto avec son allure de chèvre des montagnes. Lorsque enfin, ils arrivent épuisés, et, pour quelques-uns, déçus, je m’entends dire que j’ai fait le bon choix de rester les attendre dans un si joli cadre. En fait, Roberto s’est contenté de leur montrer le chemin, grimpant à toute allure sans se préoccuper d’eux, les précédant de 100 m, et continuant sa marche dès qu’il apercevait ses suivants immédiats. Ils ont ainsi monté pendant 2 ½ heures, ont pique-niqué et sont redescendus… Ah ! Roberto n’a jamais voulu admettre que le chemin montait : on lui pouvait bien lui montrer le lac, en bas, il disait « non ».

L’eau du lac a paru douce aux messieurs, et elle leur a rincé la sueur. A son habitude, Roberto avait filé, mais il a fini par revenir nous chercher, et nous avons 18_Promenade_Bariloche_16_1derrière lui rejoint le minibus tout proche en longeant le lac. Pourquoi cette marche inutile ce matin, dans la forêt parsemée de difficultés et de chausse-trapes où j’ai eu tant de mal à avancer ? Avant de quitter le parc, nous restons un moment à observer des oiseaux, peut-être des pics à tête rouge.

Nous prendrons le réconfortant tea-time au luxueux hôtel Mascardi. Luxueux… c’est peu de le dire… Il ouvre toutes ses baies sur le lac du même nom, et ses boiseries somptueuses laissent deviner quel genre de clientèle le fréquente. Les bacheliers fortunés du pays se font offrir un séjour ici, à San Carlos de Bariloche, où ils fréquentent plus les boîtes de nuit que les pistes de ski ou les rives du lac.

Dix Français et un Péruvien dans Bariloche, ce n’est pas monnaie courante. Comme elles sont dures à monter, les rues de San Carlos, tout comme celles de Frisco, ou, plus proches, celles de Cuzco... "La Jauja" est enfin en bout de piste, deux rues plus bas, avec son décor de bois verni, et si certains se laissent tenter par la viande argentine, la truite du lac, est ce soir la vedette.

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23 février 2008

Nous continuons le voyage ?

San Carlos de Bariloche

Dimanche 16 mars

« Padre » Edmundo qui devait dire la messe à 6 h, a dû avoir une panne d’oreiller… parce que lorsque je passe à 7.15 h devant la tente des z’Ed, son grand rire me fait soupçonner que la journée ne sera pas triste !

Les commentaires du p’tit déj’ tournent autour de la température « pas loin de moins zéro » dirait Sylvie Joly, de la fraîcheur ( !) venue sur le matin, de l’onglée de Maïté. J’ai une pensée pour ma cousine, persuadée que je suis folle d’entreprendre une telle aventure à mon âge.17_Alerces___Bariloche_14

Départ à 9 h après les échanges de PQ, chewing-gum et lingettes que chacun s’engage sur l’honneur à rendre après usage. Avant de démarrer, Edmundo achève son maquillage en se passant du blanc à lèvres : pour le rimmel, c’est déjà fait depuis sa naissance…

Il y a de la gelée blanche dans les herbes, les troupeaux divaguent, les vaches et leurs jeunes veaux batifolent au milieu de la piste et Edmundo, ouvrant sa glace, tape sur la croupe de l’une d’elles, au grand scandale d’une voisine qui proteste en meuglant. Quatre chevaux occupent la route, et l’un d’eux rue contre un bai qui s’en éloigne en passant juste devant notre calendre.

17_Alerces___Bariloche_02Arrêt-baños à Cholita, dans le lieu historique où,17_Alerces___Bariloche_03 autour des années 1900/1910, les fameux bandits américains Butch Cassidy et le Kid qui, entre deux hold-up ont tenu leur épicerie. Elle  fonctionne encore mais dans des locaux visiblement rénovés. La vue de villageois qui sortent de l’église rappelle à Bernard une histoire :

Des Terre–Neuvas sont embarqués pour 6 mois dans les glaces pour la pêche à la morue. L’un d’eux vient à mourir ; avant de jeter le corps à l’eau, ses compagnons veulent tout de même prononcer quelques saintes paroles. Hélas ! les copains ont oublié le rituel de la Messe des Morts. Beau chercher, rien ne leur revient, et ils n’arrivent pas à aligner les psaumes. Soudain le visage de l’un d’eux s'éclaire, il a un souvenir : prenant sa casquette, il fait le tour de ses compagnons pour faire la quête…

Le pique-nique se déguste au bord d’un rio où pêchent des nativos, bordé P3160191de buissons de mûres, avec une chaîne de monts enneigés pour toile de fond. Christian a voulu franchir le rio à gué. Que croyez-vous qu’il arriva ? Pantalon et chaussures furent trempés, mais les chaussettes restèrent sèches (dans ses poches).

Sortant de notre « bord d’eau », par où tourner ? « On va demander à la dame » dit Edmundo. En effet, une abondante chevelure bouclée attend le bus sur le bas-côté de la route, mais ce qui est dessous n’a vraiment rien de féminin ! Nous avons pu garder notre sérieux pendant le temps nécessaire, mais quel éclat de rire en repartant ! C’est la seconde fois en moins de 24 h que le boss se mélange les pinceaux…

El Bolson, et ses hippies post-soixante-huitards nostalgiques et leurs compagnes un peu blettes, se distingue dès l’abord par l’odeur d’encens qui se répand dans le marché. Colliers et colifichets semblent d’époque, et la vente des objets de cuir artisanaux, de graines et de miel écologiques reste leur moyen de vivre « peace and love ». L’herbe qu’elles fument permet à quelques-unes de rester cool, et même baba-cool pour certaines. L’une d’elles, toutes franges et fanfreluches dehors, a les17_Alerces___Bariloche_24_2 cheveux tressés retenus par un serre-tête, et la fillette qu’elle tient dans ses bras est la réplique de sa mère. Celles qui ont l’âge d’être grands-mères ont un air décalé que je trouve poignant. Les hippies sont venus à El Bolson il y a plus de trente ans, certains ont vieilli en gardant ce choix de vie. Les jeunes sont-ils leurs enfants, ou bien d’autres idéalistes venus les rejoindre ?

17_Alerces___Bariloche_22Il y a aussi des enfants des rues, laissés totalement livrés à eux-mêmes, et l’un d’eux a « gardé » pour quelques pièces nos 4 x 4 pendant notre visite au marché, ce qui permet à nos deux z'Ed ne venir aussi y faire un tour.

Un homme a pris Edmundo pour un touriste… et lui propose avec insistance de venir voir son camping où, dit-il, de gentils nains viennent chaque soir rendre visite aux occupants. « Il a dû trop fumer de moquette dans sa jeunesse » résume Edmundo avec philosophie.

17_Alerces___Bariloche_04Le paysage a encore changé. Nous sommes maintenant dans la haute montagne où la ligne de végétation montre nettement l’altitude au delà de laquelle plus rien ne pousse. Le lac Nahuel Huapi, au bord duquel est nichée San Carlos de Bariloche, est bleu sombre, et des baigneurs s’y17_Alerces___Bariloche_34 ébattent.

Avant de trouver à Bariloche la rue San Marin et notre hôtel Sureñas, il en a fallu des tours, des détours, des contours, et même des tours de c… ! J’ai à peine posé le pied sur le trottoir qu’un homme aux cheveux blancs m’aborde : « Where do you come from ? » « Ushuaia ». La conversation se poursuit en anglais jusqu’à la question de ma nationalité… Il s’exclame dans un grand rire qu’il est Allemand, mais qu'il vit à Toulon, plus précisément à St Mandrier, et il parle parfaitement le français. Il me précise qu’il voyage seul, qu’il avait épousé une Française, fille d’un Résistant, et que leur fils neurochirurgien a vécu à Buenos Aires mais qu’il est maintenant installé à Troyes. Il a 66 ans et des yeux incroyablement bleus à faire chavirer une sainte. Son nom ? Manfred Syruss…

Maïté, qui a oublié son onglée de ce matin, prétend l’avoir vu la première et ajoute (perfidement !) qu’elle lui trouve l’air « allumé ».

17_Alerces___Bariloche_53La chambre que je partage avec François donne surP3160207 un jardin abrupt dont le fond est au niveau du troisième étage, et nous avons de l’eau chaude, ce dont les autres, aux étages supérieurs, devront se passer. Après la douche, balade dans « Bariloche », ville très suisse ou allemande, très européenne en tous cas. Y trouverai-je un drapeau patagonien avec « ma » Croix du Sud ? Une 404 rafistolée de fil de fer, n’est pas pire que d’autres, P3160203mais j’ai eu envie de la photographier. Les bâtiments sont dans le style alpin, les cabines téléphoniques en rondins permettent d’appeler Nantes et la famille ; en un mot, le bois est partout. Les chocolats aussi…

« Al Refugio » est un restaurant où l’on prétend offrir la meilleure viande d’Argentine. Rien que ça ! On sert à chacun un plat pour deux, et quand y en a plus… y en a encore ! Comme les cheveux à Eléonore ? Nous sommes les premiers clients : comme les4_Al_Refugio Espagnols, les Argentins dînent tard. Patron et serveurs sont totalement disponibles pour notre tablée, et ils posent pour les photos, que j’ai promis de leur envoyer par imèle. Leurs prénoms ? Jonatan et Hernan. Les photos ont été envoyées par Internet, et la réponse reçue dans la foulée, où nous sommes invités à retourner les voir…

Nous mettrons leur proposition aux voix.

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16 février 2008

On repart sur les pistes !

Les Alerces

Samedi 15 mars

Y a du relâchement… Non seulement Edmundo n’a pas branché le chauffage central, mais il n’y a pas de croissants ! Le chien noir a trouvé hier soir la cantina à son goût, et il est déjà là à nous faire sa cour avec les yeux doux.

Au cours de la sortie en voiture le long du lac, les paysages sont à couper le souffle. Une balade à pied dans la forêt jusqu’au promontoire nous offre un panorama14_Los_Alerces_10 sur trois lacs et l’occasion de la photo de groupe, que les potes ont attendu mon arrivée pour faire, car j’ai beaucoup souffert pour y parvenir essoufflée. Mon frein moteur à moi fonctionne surtout dans les montées…

14_Los_Alerces_19« Vous gagnez votre paradis » ai-je dit aux copains.

« On est preneurs » répond François.

Merci à Edwar qui m’a cueilli une canne et offert son épaule dans les passages difficiles… et si nous nous sommes attardés sous la feuillée, c’est pour le bon motif : prendre des photos de mélèzes (les fameux alcerces) à contre-jour. Il a été mon ange gardien.P3150155

J’estime avoir fait mon quota de marche pour ce matin, et, pendant que le groupe va faire une politesse à un arbre de 300 ans, né donc sous le règne de Louis XIV, je reste en tête-à-tête avec toi, mon fidèle cahier.

Un pont de bois enjambe le rio aux transparentes eaux P3150160vertes, où folâtrent des truites arc-en-ciel de belle taille dont on voit nettement les dos sombres. J’ai entendu un « plouf ! » et les cercles concentriques autour du lieu de plongeon disent clairement que ce n’était pas une truitelle. Le sous-bois est magnifique et les sommets couronnés de blanc s’encadrent entre les branches. Le temps sec est magnifiquement ensoleillé, et le Groupo Hardy a été content de sa marche dans l’île.

Salade « mixte » et pomme pour le déjeuner tardif, mais personne ne s’en plaint ! Pas de sieste, malgré les promesses du boss qui nous entraîne découvrir une 14_Los_Alerces_81grotte avec quelques peintures rupestres (3.500 - 4.000 ans),14_Los_Alerces_82 des dessins en forme de sabliers pointus, des zigzags, peut-être une représentation anthropomorphique. Rien de comparable à

la Cueva

de las Manos , mais cela reste un témoignage de l’aube de l’humanité.

Grimper sur ce roc n’est pas aisé, et j’arrive bonne dernière. De là, une vue panoramique à 360° permettait à ces aborigènes de voir venir le danger.

Un « musée » devant lequel des araucarias font la haie, retrace la vie des premiers occupants de la région, puis des colons, et sont exposés quelques outils astucieux qui facilitaient leur vie quotidienne. Une scène reconstituée montre faune et flore du parc. Maïté aussi se fait tirer le portrait par Marylène « auprès de son arbre » P3150179comme chantait Brassens. Il s'appelle vraiment ainsi...

La cascade Irigoyen est très photogénique, plus encore de lP3150183a route qu’à ses pieds, par le manque de recul. Mais la petite balade qu’elle nous a offert dans la nature reste un bon souvenir. Une cavalière trotte devant nous, le catogan bien sage sur son dos. « Une gaucha » (femme) dit Edmundo en fin connaisseur, ladite a une paire de bacchantes noires qui anéantit ses espoirs lorsque nous arrivons à la hauteur de la monture.

A l’arrivée au camping, pendant que les deux z’Ed s’occupent de l’intendance (cuisine-ciseaux…) nous descendons au lac proche pour voir les P3150188arrayanes (canneliers), ces arbres curieux dont les branches et les racines s’enroulent partout, contournent l’obstacle, cherchant l’eau ou la lumière. Christian se « streep-tease », sauf les chaussettes, probablement pour ne pas avoir froid auxP3150186 pieds, avant de plonger avec un grand cri dans l’eau glacée.

Au menu, soupe au poulet et… surprise… 4 pizzas, directement livrées par Edwar, qui est allé les chercher au village. Légères, goûtées, personne n’a calé, et le chien noir en a été pour ses frais. Au cours du repas, les messieurs se mettent à délirer sur les deux randonneuses que nous avons vues près d’ici. Ils se les partagent déjà au tirage au sort, mais aucun ne songe qu’on pourrait peut-être leur demander leur avis, à elles… Ah ! ces féministes…

Demain  c’est dimanche, et il se pourrait que Padre Edmundo dise la messe à 6 h devant le lac. Je préviens que ce sera sans moi !

Je pense avoir oublié de noter quelque chose, et demande qu’on me le rappelle demain, parce que ce soir… vraiment… je ne suis plus en état. François et quelques autres exigent que je consigne par écrit ce qui précède. Dont acte…

Nous finissons la soirée en évoquant nos plaisirs de la table française : gastronomie, œnologie…

La Croix

du Sud est toujours là, et nous sommes 4 à lui dire bonsoir.

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12 février 2008

Nous repartons en Patagonie

La forêt pétrifiée

Vendredi 14 mars

Maïté et Alice font des expériences non concluantes avec l’eau du lavabo qui, puisque nous sommes dans l'hémisphère  Sud) devrait s’évacuer en un tourbillon tournant à l’inverse des aiguilles d’une montre. Dans quel sens se forme-t-il ? Comme rien de probant ne se produit, Maïté décide que nous sommes (peut-être) sous l’équateur.

Le système WC est efficace si on a compris qu’il faut d'abord plonger la main… noooooon ! pas dans la cuvette ! mais dans le réservoir dépourvu de couvercle, soulever fermement la soupape qu’il faut ensuite reposer à sa place initiale. Elémentaire, mon cher Watkin !.. dirait (à peu près) Sherlock Holmes.

Le car Mercedes de don José a beaucoup plus de 50 ans ; il a visiblement P3140128connu des jours meilleurs, mais question folklo kitsch, il vaut son pesant de cacahuètes ! Il est même « climatisé » grâce à un ventilo de radiateur orienté du côté des voyageurs. Son pare-brise est réparé de gros tapins de mastic au milieu des fentes en étoile. Un sifflet (pour quoi faire ?) est accroché prèsP3140129 du volant. La photo d’une pin-up en tenue de footballeuse donne la note artistique qui manquait à l’ensemble. En voiture Simone ! Nous allons en cet équipage visiter la forêt pétrifiée, pendant que nos deux Ed iront faire le marché au bourg de Sarmiento, et surtout essayer de trouver une solution pour le remplacement de la chambre à air.

Un (tout petit) plein de gazole à YAP permet à un jeune Hollandais de se joindre au groupe des Dix pour les 40 km de route et la visite du site. Il n’est pas près de revoir son plat pays, puisque, après l’Argentine, il envisage de visiter le Pérou !

C’est Omar, le fils de don José que nous avons vu hier préposé à la cuisson des bébêtes, qui va nous guider dans le parc. Il a 28 ans, mais on voit qu’il reste un petit garçon à côté de l’écrasante personnalité de son « padre ». Il est seulement chaussé d’espadrilles de toile noire, alors que nous avons besoin de nos solides chaussures de randonnée.

Aujourd’hui nous avons de la chance, le vent n’est pas très fort dit Omar… il peut seulement nous renverser. La p’tit’ laine, le coupe-vent, les polaires sont de sortie, et aussi les lunettes de soleil. Curieusement, il n’y a pas de poussière, depuis longtemps balayée…

P3140135Un tronc solitaire couché donne l’illusion parfaite de ce qu’il était quand il était vivant, et il faut y poser la main pour réaliser qu’il est devenu une roche dont on sent le froid comme sur un marbre lisse. Comment s’est passé le processus de pétrification ? Ces arbres, arrachés par la force gigantesque d’une éruption volcanique, ont été recouverts de terre, de cendres. De l’eau, chargée de silicate s’est peu à peu introduite dans les fibres du bois, en a pris la place et le tout s’est calcifié en quelques millénaires. En somme, le bois a dû servir de moule au pain de silicate. Simple, non ? La Vallée de la Lune offre au regard sa désolation minérale  multicolore. Les pierres  viennent de minéraux variés et d’origines diverses : elles sont ocre, roses, rouges, grises, vertes… la palette ne manque même pas de bleu puisqu’il est au-dessus de nous. Ce serait le site le plus important au monde de boisP3140140 pétrifiés (même Yellowstone ne peut aligner que 3 troncs, c’est dire…) et il y aurait ici des restes de dinosaures. Feuilles et fruits ont aussi laissé leurs traces, mais nous n’avons regardé que les centaines de troncs, que leur pétrification a gardés intacts en apparence.

Une longue marche dans ce qui me fait penser à la garrigue de Pagnol, mais où manqueraient le thym, les yeuses et asparagus… ici, de courts buissons d’épineux, dans les pierrailles des anciens bois éclatés. J’ai laissé les autresP3140137 crapahuter dans les caillasses pour aller voir de plus près une falaise que je vois parfaitement avec mes jumelles. Pourquoi me faire des misères ? J’ai tout le site pour moi, si on excepte un couple de photographes munis d’objectifs « longs comme ça », et même encore plus. J’ai l’impression d’être dans un lieu de désolation totale, mais les couleurs intenses sous le soleil atténuent mon sentiment, et cela d’autant plus que quelques toutes petites plantes parviennent à fleurir dans ce désert.

J’ai failli me perdre, mais mon sens de l’orientation m’a aidée à retrouver le bus en arrivant en haut d’un promontoire d’où j’ai pu le voir tout en bas, où est aussi resté don José.

Nous avons laissé notre Hollandais à la même station-service où il trouvera bien un autre véhicule pour continuer son voyage, avant de retrouver nos z’Ed à l’estancia. La souriante maîtresse de maison joue l’Arlésienne ce matin, et seuls don José et Omar nous font de grands signes au moment du départ.19_Jusqu___Chos_Malal_11_1

Nous repassons devant l’autel en hommage à Gaucho Jill, le Robin des Bois argentin qui volait les riches pour donner aux pauvres...

Un lac incroyablement vert a fourni hier les truites du dîner. Des familles pêchent ; est-ce pour leur consommation ou pour vendre afin d’améliorer leur ordinaire ? Nous avons peu vu de traces de la crise que traverse actuellement le peuple d’Argentine, ruiné par ses gouvernants indignes : seulement quelques files d’attente devant des P3140143bâtiments officiels… même dans des petits bourgs. Une "deudeuche" nous surprend au coin d'une rue de village !

De plat, l’horizon est devenu vallonné, puis la Cordillère des Andes s’annonce au loin, avec ses neiges. Des chansons ont agrémenté notre après-midi, "le ciel clair de Buenos Aires", mais aussi "les midinettes de la chaussée d’Antin", "Lili Marlène", "le chant du guardian de Camargue", bref, les avant-derniers tubes de l’été austral… Des flamants roses sur un plan d’eau le long de la route font13_Bois_p_trifi_s_24 sortir les appareils photos. Ce sont les seuls que nous verrons. Ah ! nous avons vu aussi 5 motocyclistes…

Des rails ! oh ! pas bien larges,  75 cm, mais ce sont bien des rails qui traversent la route ! Ce sont ceux du mythique petit train de Patagonie, qui a failli mourir, et qu’une bande de « fêlés » a pu sauver de l’oubli. Il est là, plus loin, sur une voie de garage, mais il fume ! Il est devenu mondialement célèbre parce qu’un écrivain a donné son nom à un de ses livres : Old Patagonian Express. C’est aussi 13_Bois_p_trifi_s_28non loin d’ici que Butch Cassidy et le Kid se sont installés pendant plusieurs années, après avoir échappé à la police des USA qui les poursuivait pour leur série de méfaits à la fin de l’avant-dernier siècle. Il y a quelques années dans le Far West américain, nous avions mangé dans le restaurant (alors une banque) où ils avaient commencé leurs exploits.

Nous sommes près d’Esquel, et nous devons stopper à un énième barrage de police, qui cherche peut-être encore Butch et le Kid ? Le policier de kaki vêtu, fait l’important et demande les papiers des chauffeurs, ceux des véhicules, la liste des passagers… qu’il va vérifier au poste sur son ordinateur. Il aura de la matière ce soir pour gonfler le rapport circonstancié qu’il soumettra demain à ses supérieurs. Pensez : des 4 x 4 boliviens, conduits par deux Péruviens, transportant dix Français sur les routes d’Argentine… de quoi, selon Edmundo, se voir attribuer des points supplémentaires sur son « permis d’emm… le monde ».

Il reste 80 km avant d’arriver au parc des Alerces, et nous louvoyons un peu dans Esquel, parce que c’est la première fois qu’Edmundo vient ici. Le « parque » enfin atteint est gigantesque, et nous apprécions mal les distances sur le schéma des dépliants qui nous ont été donnés à l’entrée. Maïté : « Dommage qu’on n’ait pas d’échelle », ce à quoi rétorque Bernard «… et sans échelle, c’est pas facile de grimper ! »

Beau écarquiller les yeux, pas de camping à l’horizon, mais des buissons de fuchsias sauvages (j’ai trouvé la bonne orthographe !) et de curieuses fleurs blanches qui font penser à des marguerites au cœur sombre. La route nous semble longue ; serait-il possible qu’Edmundo soit passé devant sans le voir ?

Pucon Paï… nous y voici enfin ! Devinez qui a dit « Pus qu’on paye, pus qu’on est bien »…

Après l’apéro (toujours le pisco chilien !) il y a au menu la soupe du sachet (aux pâtes) un plat argentin selon la recette de Daniela, la femme d’Edmundo : des courgettes revenues avec des oignons sur lesquelles on jette des œufs battus, et servies avec du poulet pané : ceci pour compenser les agapes gastronomiques faites chez don José. S’il l’osait, le « boss » dirait que nous faisons carême ! car le tout est suivi de poires au jus, et arrosé de vin de Burgoñas… le luxe, quoi ! Un chien noir finit les restes, et même un peu plus, car Madeleine va fouiller dans la poubelle pour lui.

La douche est chaude, et les petites lessives sont étendues sur des ficelles que des routards ont laissées là. Chaque tente a son lampadaire, sa table-bancs et une prise électrique, bien pratique pour recharger les batteries des caméras et appareils photos..

Un coup d’œil admiratif à la Croix du Sud avant d’aller dormir sous ses étoiles… Nuit fraîche ? On peut le dire… mais j’ai eu la flemme de sortir un bras du duvet pour me recouvrir de ma parka. En revanche, mon matelas se serait-il dégonflé ? Non ! j’ai seulement fait un demi-tour de trop et suis par terre...

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04 février 2008

On continue le voyage ?

La troublante Cueva de las Manos

Jeudi 13 mars

A travers la fenêtre, le sunrise offre au regard les Andes lointaines dans leur splendeur rosée par le soleil levant, mais le spectacle est court et François est arrivé trop tard. Pas de lumière dans la chambre… et ce n’est pas un faux contact de ma lampe de chevet.

Des voyageurs néerlandais moins chanceux que nous, ou arrivés trop tard, ont dû passer la nuit dehors et ils ont planté leur tente à l’abri du vent près d’un hangar, mais ils ont pu cependant profiter des « commodités » de l’hôtel, où l’électricité a été rétablie à 8 heures.

Les équipages ont changé de 4 x 4 ; Bernard, Annette, Jean-Claude, Alice et P3130093moi sommes maintenant avec Edmundo. Le Big Chief Christian, Marylène, Maïté, Madeleine et François vont enfin pouvoir goûter aux délices des sièges défoncés (ou des amortisseurs fatigués ?) du carrosse d’Edwar. Ils verront ce que c’est d’être paumés derrière le greyhound conduit par le chef d’expédition ! Chacun son tour d’être largué dans la pampa patagonienne… Ah mais !

Un peu plus d’une demi-heure plus tard, nous sommes déjà sur la route 40P3130094_copie vers les Manos Pintadas (les Mains Peintes). Après une quarantaine de kilomètres dans la plaine sans fin, un cañyon s’amorce, puis s’enfonce profondément. Nous connaissons 12_Cuevas_manos_01ces paysages qui rappellent les gorges du Sud de

la France. Le

gardien du site nous invite à laisser nos noms sur un cahier, pendant qu’Edmundo indique le chemin qui descend abruptement : un sentier pierreux court le long de la falaise, au bord du précipice, et serpente jusqu’à la grotte protégée par un surplomb… où se trouvent déjà nos Néerlandais !12_Cuevas_manos_08

Les peintures rupestres sont là, sous nos yeux, à l’air libre, en pleine lumière ! Des mains par dizaines, par centaines (il y en aurait 800…) rouges, blanches, noires, jaunes et on devine que, comme dans d’autres sites, les hommes ont soufflé sur leur main la bouillie colorée qu’ils avaient dans la bouche, ou bien à l’aide d’os creux. Quelques menottes d’enfants, et d’autres à six doigts ont laissé leur trace à travers le temps. Des silhouettes humaines, quelques animaux, mais aussi des symboles, qui seraient beaucoup plus tardifs. Les plus anciennes peintures dateraient approximativement de 9.300 ans, les plus récentes de 1.300 ans. Peut-on considérer que ces dernières sont des actes de vandalisme ? Quoi qu’il en soit, il y a prescription ! Le site a été découvert dans les années 40 et l’UNESCO l’a inscrit au Patrimoine de l’Humanité en 1999. C’est un choc de voir ces traces du balbutiement de l’art (ce triomphe de l’inutile…) et nous restons sans voix devant ces témoignages venus du fond des âges. Etonnante similitude de l’expression par delà l’espace, à l’aube de notre humanité.12_Cuevas_manos_09

« L’art est universel » a dit… qui au fait ???12_Cuevas_manos_30

Madeleine ne veut pas croire à l’authenticité des peintures. Et vous ? C’est vrai qu’elles sont étonnamment fraîches et on pourrait croire qu’elles ont été retouchées… Mais elles sont protégées par le surplomb de la falaise, et l’air ici est très sec. La seule végétation visible ne pousse que près du rio, tout en bas, au fond du cañyon.

12_Cuevas_manos_32

Moi, je veux y croire… J’ai tellement envie de garder de ce cadre étrange le souvenir de la magie qu’il dégage !

Retour par le même chemin jusqu’à Baja Caracoles, où nous attend notre chère route 40. le paysage est maintenant vallonné, et les roches aux teintes colorées étalent leur palette. Il fait trop froid pour pique-niquer ; Edmundo propose alors de s’arrêter dans une estancia.

12_Cuevas_manos_52_1

Une maison de bois nichée sous un arbre vénérable, une femme souriante qui accourt pour ouvrir la porte d’une salle où trône une vaste cheminée, et la met à notre disposition le temps du repas, décidément, la tradition ne ment pas : l’accueil est chaleureux et sincère chez les Argentins. Elle est allée hisser en haut du mât le drapeau français à côté de celui de l’Argentine… La table de la salle est une très grande roue de chariot.12_Cuevas_manos_52_3

Des poules sont accourues nous voir, et elles profitent des largesses de Madeleine (maïs), et de Christian, moins généreux (pain). Comment Edmundo a-t-il su que la dame de Telken a demain 50 ans ?

Bon anniversaire

Nos vœux les plus sincères

Que ces quelques fleurs

Vous apportent le bonheur…

  12_Cuevas_manos_52_5… elle est très touchée de notre petite chorale et va chercher son Livre d’Or, sur lequel je suis chargée d’écrire notre message, mais j’oublie de préciser « Expédition Ushuaia-Salta ». Elle garde de notre passage une photo du groupe, et nous le souvenir du sourire d’une Argentine d’origine espagnole. Son mari est aujourd’hui « à la ville ».

Edwar s’est aperçu que son radiateur est percé (enfin… celui de son 4 x 4 …) Il y avait tant de cailloux hier, sur la piste !

A Perito Moreno, le magasin près de la station service n’est pas encore ouvert : c’est l’heure de la siesta ! Il faudra parcourir les rues du village pour en trouver un dont le rideau levé montre que son propriétaire est déjà réveillé, ce qui nous donne l’occasion de voir que Renault R1 et Peugeot 504 ont ici leurs fidèles. C’est alors qu’Edmundo annonce que nous avons un pneu crevé à l’arrière ! Réparation faite pour les deux voitures, mais deux heures perdues dans un atelier où il y a quelques années, une roue Pirelli explosée a laissé son empreinte au plafond, avant que sa chute ne casse les deux bras, les doigts et le nez du patron, lui offrant d’un coup 7 mois de farniente… évidemment sans aucune assurance ! Impossible de trouver une chambre à air neuve pour le cas où…

Il est 17.30 h lorsque nous quittons le village Perito Moreno . Non… je ne me trompe pas… nous ne sommes pas revenus au glacier ! Mais le nom de cet expert argentin a été donné à de multiples lieux en hommage à celui qui a eu le grand mérite de faire cesser les chicanes en fixant les frontières de l’Argentine et du Chili en suivant les plus hauts sommets des Andes qui séparent les deux pays.12_Cuevas_manos_56

Encore une longue route, d’autant plus difficile que la première partie de

la R

40 est particulièrement défoncée. Le paysage, de plat qu’il était, se vallonne au fil des heures. La piste est rectiligne, mais les plis du terrain ont des ondulations que nous franchissons avec de grands « olé ! » à chaque dos d’âne. Le coucher de soleil pare de rose les lointains. Plusieurs lapins échappent au 4 x 4, grâce la bonne volonté évidente d’Edmundo, et des moutons qui divaguent s’écartent au dernier moment. Un tatou s’est précipité sous nos roues, et il a fallu un miracle de réflexes de notre chauffeur pour lui éviter le suicide.

Au croisement de la route de Sarmiento, des drapeaux rouges et des pancartes plantés au coin de la route sont un hommage au Gaucho Jil, le « pendant » mâle de Difunta Correa, et qui, lui aussi, fait des miracles, et qui, s’il n’a pas encore été canonisé par Rome, l’a été par les Argentins. Il était une sorte de Robin des Bois, qui prenait aux riches pour donner aux pauvres…

La nuit est tombée, nous approchons de l’estancia Maracaïbo, où don José12_Cuevas_manos_63, sexagénaire coiffé d’un chapeau de gaucho, nous accueille avec de grands gestes d’amitié. Je lui trouve plus un type germanique qu’espagnol.

La table est dressée dans une vaste salle et après la répartition des lits (3 « gigognes » dans chaque chambre), nous sommes invités à aller voir cuire les « bêtes ». Il faut contourner les bâtiments avant d’arriver dans les communs où dans une vaste 12_Cuevas_manos_57cheminée, de chaque côté d’un feu clair, deux bêtes grillent, en effet, un agneau et un métis cochon/marcassin sous l’œil du fils de la maison. La famille vit dans la partie adjacente de celle où nous sommes, et l’estancia est visiblement prévue pour recevoir des voyageurs qui, comme nous, y font étape.

La brune maîtresse de maison semble beaucoup plus jeune que don José ; elle a le type indien et sourit en apportant les salades qu’elle a préparées. Il y a le choix des mets, et rien n’empêche de choisir les trois ; la truite du lac proche a ses adeptes, les bébêtes sont trop grasses à mon goût, mais il faut bien savoir de quoi on parle, et y plonger les doigts. Les vins sont « ANC » (appellation non contrôlée) mais goûtus… et le dessert fait maison est une crème aux œufs caramélisée. Au cours du repas, on m’a proposé plusieurs os de rechange, mais j’exige qu’ils soient de parfaite qualité. Je dois y réfléchir…

La lampe qui éclaire la grande salle est une bouteille de butane surmontée d’une tige avec un manchon, mais ici, il y a l’électricité, et les ampoules de 25 watts finissent par s’allumer progressivement, mais leur lumière ne tarde pas à s’atténuer jusqu’à en faire des veilleuses.

Don José est venu passer la soirée avec nous et il prend plaisir à me taquiner en disant que mon chapeau est en plastique.

Il faut prendre son tour pour accéder aux toilettes uniques. A douze, ça bouchonne !

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28 novembre 2007

Pas d'embouteillages sur la piste

La steppe patagonienne… c’est plat !

et même raplapla

Mercredi 12 mars

A 9 h tout est plié, nous partons confiants vers l’unique sortie de la capitale mondiale du trekking… mais la route est coupée pendant une heure pour travaux (les éboulements de ces derniers jours). Il a neigé cette nuit sur la montagne en face : normal, c’est la fin de l’été, le mauvais temps ne va pas tarder. Après avoir11_Cascade_El_Chalten_04 admiré le panorama, le temps n’en finit pas de s’étirer, et le quiproquo se dissipe : nous avions compris qu’il y avait une heure d’attente. Erreur ! c’est jusqu’à 1 h ! Après négociations, il se pourrait qu’on puisse dégager à midi.

Les uns partent à pied jusqu’à la cascade que j’ai découverte hier avec Edwar, les autres font du shopping, de cuir en particulier, dans l’unique boutique un peu « relevée » du coin. En plus des tapis de souris, il y a des batiks indiens. Je craque pour un chapeau de gaucho en cuir de Patagonie pour compléter ma collection de bitos « from everywhere » dont Edmundo se coiffe illico. Je rapporte de chacun de mes voyages un chapeau que j’arbore parfois à certaines occasions.T_en_as_un_beau_chapeau

La station téléphonique n’a qu’une seule cabine qui permet d’accéder à l’international. Nous avons du temps à perdre et attendons sans impatience en observant les Chalteniens qui, n’ayant pas le téléphone à la maison, viennent ici, comme autrefois en France, nous allions aussi à

la Poste.  Lorsque

chacun a pu parler à ses « chacuns de France», (excepté moi qui n’arriverai jamais à joindre Pierre et Dany quand je suis en vadrouille), cap sur la brewery de Manuela et Lazaro (tous deux absents ce matin) pour se vider (se remplir ?) la vessie. Le sol a été lavé à grande eau et les fenêtres sont largement ouvertes pour faire entrer l’air et le soleil.

La Mamma

aussi, a de l’entregent et on devine aisément par qui les gênes ont été transmis à la « chica » ! Avec beaucoup de gentillesse, elle descend les sièges des tables afin de  nous permettre de nous installer, parce que, en fait, la brasserie est encore fermée à cette heure.

A midi et des brouettes, nous pouvons enfin quitter El Chalten et la civilisation, puisque la route 40 traverse la steppe patagonienne. Ce soir, l’étape est prévue à Baja Caracoles où, si tout va bien, nous devrions être entre 8 et 9 h.

12_Cuevas_manos_00_1Dire de la station-service où nous allons pique-niquer à l’abri du vent qu’elle est vraiment loin de tout est un euphémisme : elle est au milieu du néant, mais une Toyota nous y a cependant précédés. Quelques condors et des guanacos ont été, depuis El Chalten, nos seuls compagnons de voyage, hormis un couple de cyclistes avec remorques, celle de la femme ayant en plus, un petit nounours ! Le vent a beau les pousser dans le dos, la perspective de la distance qu’il l09_Vers_El_Chalten_42eur reste à parcourir dans cette morne plaine me déprime…

D’étranges nuages couronnent les sommets, prouvant que des vents tourbillonnants soufflent entre les montagnes. A quoi vous font-ils penser ?

P3150178Lapins morts, tatous vivants ou écrasés sur la piste sont, avec un troupeau d’une vingtaine de ñandous, les seuls témoignages de vie de notre journée. Ah ! n’oublions tout de même pas les 4 voitures ou camionnettes croisées en 7 ½ heures de conduite… Presque une autostrade, cette route 40 dite Panaméricaine… qu’on a seulement oublié de goudronner.

Sur le bord de la route, au bout du chemin qui conduit aux estancias, des maisons miniatures montent la garde. J’imagine que c’est là où le facteur dépose le courrier et les colis de la Redoute.

« Les marchands de clôture doivent faire fortune ici » réalise soudain Bernard… « Vous m’en mettrez 20 km pour commencer ».

P3130092Baja Caracoles est un hameau de 100 habitants qui, ainsi que beaucoup d’autres de même « non importance » figure sur la carte nationale d’Argentine, et où on peut trouver la police, un hôtel, une station-service-combustibles et c’est tout. Pas question de sortir en boîte cette nuit ! Repas à 9 h, et, en attendant, certains vont faire le « tour du bourg » dans le vent glacial qui balaie violemment la steppe, ce qui permet à Marylène de constater que la station-service n’est pas combustible ainsi qu’elle l’avait cru en lisant trop vite l’enseigne… François et moi sommes arrivés un peu tard pour fixer un étrange nuage rose dans le couchant. La fenêtre de notre chambre ne pouvant s’ouvrir, il nous a fallu remonter un interminable couloir, longer deux murs pour voir enfin la portion du ciel qui nous intéressait. Mais le vent en altitude a vite modifié notre nuage, qui ne ressemblait plus à rien.P3130090

Les autres clients de l’hôtel sont un groupe d’ingénieurs qui travaillent dans les exploitations pétrolières de la région. Même menu pour tout le monde : ragoût de bœuf aux pâtes et crème chocolat en dessert, arrosé de vin Santa Ana.

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23 novembre 2007

Ca vous a plu ?

El Chalten

capitale mondiale du trekking

Mardi 12 mars

Marylène, qui a fini par décrocher son bac (dans ses cauchemars, elle tente de l'avoir depuis plus de trente ans...) a vu cette nuit un immeuble où nous étions installés s’écrouler par le vent, mais nous étions tous saufs…

Après le p’tit déj’, Paolo se pointe juste comme les sandwiches sont en phase finale de préparation. En voiture !.. Une vingtaine de kilomètr10_Fitz_Roy_04es après El Chalten, un modeste restaurant El Pilar, situé au bord du torrent, nous offre la place où garer les 4 x 4.

Le sentier boueux, en partie inondé, est impraticable, et, derrière Paolo, nous devons marcher dans les roches, enjambant arbres morts et gros cailloux. Merci Monsieur Decathlon de vos confortables croquenots de randonnée dans lesquels je me sens en sécurité. Nous progressions jusqu’ici sous les arbres en suivant le torrent, mais il s’agit maintenant de le franchir sur des troncs d’arbres entassés et couchés par-dessus. Leur stabilité est suffisante pour des sportifs aguerris, mais moi pensant à mes prothèses, comme les chevaux, je renâcle… On a beau me dire « Viens… » je reste sourde ! Annette a beau cligner de l’objectif à mon intention, les autres crieraient bien « olé ! » s’ils l’osaient, je tiens bon… C’est François qui emporte la décision en m’annonçant que la TV est là…

10_Fitz_Roy_08  Pas après pas, avec l’aide de deux copains tenant un bâton qui me sert de garde-corps, un troisième qui me tend la main, je franchis le Rubicon. « L’ai-je bien traversé ? » aurait demandé Cécile Sorel. La progression continue dans les éboulis et la caillasse, mais au gué suivant, je dis « non ! », laissant les courageux poursuivre seuls leur longue marche dans la montagne (6 heures prévues).

Edwar, le pôvre, a été désigné pour tenir le rôle de mamy-sitter ; s’il est contrarié, il n’en laisse rien paraître et garde le sourire. Nous revenonsP3110054 Edwar_au_Fitz_Roy  à pas mesurés par le même chemin en bavardant. Des lichens sur une roche dessinent un bouquet. Le passage du gué sur les troncs mal calés est moins difficile qu’à l’aller, et puisque je ne dois compter que sur la main d’Edwar et sur moi-même, j’y vais bravement.

Au « Pilar », je m’assois au bord du torrent pour guetter le FitP3110056z Roy dans son écrin de nuages. Dans une trouée bleue, il dénude une épaule, mais me refuse son sommet. Il a été vaincu en 1952 par Lionel Terray, un Français que j’ai eu le grand bonheur de rencontrer vers 1950, après sa victoire de l’Annapurna avec Maurice Herzog. Il faisait une tournée de conférences pour trouver l’argent nécessaire à l’expédition qu’il projetait au Fitz Roy. Bien que de hauteur moyenne, cette muraille verticale de granit était réputée impossible à conquérir, et nul jusqu’ici n’y était parvenu. J’avais assisté à l’une des conférences « Connaissance du Monde » qu’il avait données à la salle Colbert, et, bien entendu, j’étais toute fiérote d’en parler autour de moi. Or, Lionel Terray dormait chez les parents de l’une de mes anciennes amies de classe qui m’a invitée à aller chez elle. J’avais 18 ans, et au cours de cette soirée, n’ai dû lui dire que des banalités, mais je l’ai beaucoup écouté… J’étais, comme le futur Fitz Roy, sous le charme de cet homme qui parlait avec tant de simplicité. Il est mort quelques années après, d’une chute dans le Vercors, et les journaux avaient titré : « Le Lion abattu ».

Edwar soulève les capots de ses chers 4 x 4, et observe les moteurs qu’il fait ronronner. Un homme jovial qui lui a parlé apprend par lui que je suis Française. Il s’illumine soudain et dit avec un fort accent espagnol « Mon grand-père est venu ici de France et je m’appelle Alberto Bilotte ». Berger basque venu de Bayonne au début du XXe siècle, le grand-père a eu une trentaine de descendants, dont certains, comme lui, parlent encore le français. Son épouse et les amis qui l’accompagnent ne connaissent que l’espagnol, mais leur sourire est chaleureux. Je suis invitée à poser avec eux pour une photo de groupe, dont Alberto me dit que j’en suis le personnage principal ; on se quitte après une embrassade générale.

Edwar propose de retourner au-delà d’El Chalten, sur la route d’El Calafate pour essayer de voir la star Fitz Roy sous un autre angle, mais nous attendrons en vain l’éclaircie qui aurait dévoilé son sommet. Comme quoi les jours se suivent… Hier, il s'offrait à nos regards avec tant de complaisance ! P3100051    Un détour par le minuscule cabanon du Visitor ‘s Center, où on ne donne qu’une seule documentation par groupe… Vous connaissez les Français : je me suis plongée dans l’observation minutieuse des ossements exposés, j’ai étudié les cartes du massif, le gardien a fini par regarder ailleurs… j’ai ainsi pu rafler une pincée de doc pour les copains…

Il est 13.30 h et, après une petite trotte, nous voici, Edwar et moi, dans le décor d’une cascade dont nous ferons notre salle à manger. La nature a prévu des rochers plats pour s’assoir, mais les arbres sont en train de mourir par la faute de chenilles noires et velues qui mangent leurs feuilles et les asphyxient.Cascade

Retour à El Pilar, où les nuages couronnent maintenant le massif aux noms familiers : Guillaumet, St Exupéry (rappelez-vous « Courrier Sud ») Mermoz… Il y a aussi la Montagne Electrique, à deux sommets, l’un rouge, l’autre blanc de neige.

Edwar a encore beaucoup soigné et bichonné ses moteurs pendant que je confie à mon cahier mes états d’âme. Il a dans sa voiture un porte-bonheur : une plume de ñandou (rappelez-vous, ce sont ces petites autruches qui courent sur la piste en ébouriffant leurs plumes) à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux, et qui reste habituellement fichée au revers de son pare-soleil. Dans les moments qu’il juge dangereux pour elle, il la planque quelque part où elle est à l’abri du regard des douaniers ou des policiers qui pourraient lui chercher des poux dans sa plume. Chacune de nous l’a eue en main, mais nous l’avons rendue à son légitime propriétaire, parce que sa rareté la rend d’autant plus précieuse.

Marylène arrive avec Edmundo. Trois heures pour monter, deux pour redescendre, elle en a eu assez. Les autres et Paolo vont revenir par un autre itinéraire (4 heures prévues). Nous rentrons au chalet où je n’ai pas le temps de prendre mon tour pour la douche que les autres arrivent déjà. Eux non plus n'ont pu revoir le sommet du Fitz Roy... Sauf Jean-Claude, les autres filent dare-dare à la micro-brewery où nous ne tardons pas à les rejoindre : une adorable maisonnette de bois abrite une brasserie artisanale dont la vedette est Lazaro, un cardinal du Nord qui a ses P3110074 habitudes et vient taper au carreau lorsqu’il veut entrer. Manuela prétend mal parler l’anglais, mais quel serait son débit si elle le parlait couramment !!! Elle nous fait visiter l’arrière-salle où est brassée sa bière, en expliquant le processus de fabrication, simple selon elle… mais il faut tenir compte de la température ambiante et du temps de maturation suivant le degr