La Bourlingueuse

26 février 2017

Route de neige

Ainsi que chaque lundi, je rends ma copie pour lakévio. canalblog.com

Route de neige

Mildred est intriguée…

Depuis qu’elle a reçu ce coup de fil de Granny lui demandant de lui rendre visite au plus vite, mais de garder le secret, elle bout d’impatience. Elle a bien compris que la vieille dame n’a rien de grave à lui faire savoir, le ton léger de sa voix lui est habituel. Au contraire même, elle semblait y déceler une note joyeuse.

Mildred réfléchit : aucun anniversaire dans la famille, aucun mariage ni de fiançailles en vue, Christmas est passé, alors…

 Elle n’a pu prendre sa bicyclette même si la distance qui sépare les deux maisons familiales n’est pas si grande, mais l’épaisse couche de neige ne lui aurait pas permis de rouler aisément. Pas question de demander à Dad ni à Bobby le grand frère d’emprunter leur voiture… puisque secret il y a ! Son loden qui la protège du froid humide a une cape qui lui couvre les épaules. Elle n’a pas pris son bonnet à pompon, le jugeant trop voyant et repérable au cas où un voisin la verrait passer, et se trouvant assez couverte par son épaisse chevelure blonde dont les longues tresses lui balaient la poitrine.

 Elle a donc marché sur la route quasiment déserte, sans vouloir lever le pouce pour se faire offrir un bout de chemin par la seule voiture rencontrée et qui aurait pu la prendre en auto-stop. Mildred a refusé l’offre souriante de la conductrice inconnue.

La neige s’est accumulée sous ses bottes, et elle doit s’en débarrasser en tapant sur les jeunes troncs d’arbres qui bordent la route.

 En prenant l’étroit chemin qui mène à la maison de Granny, son regard tombe sur l’impressionnante bâtisse de la minoterie abandonnée depuis des années et qui devait être transformée en hôtel de luxe. La vieille dame se bat pour que le projet n’aboutisse pas mais les financiers (des requins dit-elle) ont les moyens de réaliser cette folie. Elle a remué ciel et terre avec le soutien de la famille et de quelques amis écologistes ; un procès est même envisageable.

Mildred ne croit pas que le secret de Granny soit lié à cette affaire, parce qu’elle n’aurait eu aucune raison de le cacher à la famille. Alors…

 Son cœur bat la chamade quand elle frappe à la porte qui s’ouvre aussitôt. Elle tombe dans les bras de sa délicieuse grand-mère qui l’entraîne vivement dans le salon où elles s’installent devant l’âtre où ronfle une belle flambée.

 

Mais ce qu’elles ont à se dire restera entre elles…

Posté par bourlingueuse à 19:57 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


22 février 2017

Un bayou désert ou presque... hélas !

P1090580

Un misérable village d’esclaves est resté presque intact tout à côté de l’invraisemblable boui-boui où est prévu le déjeuner. Le décor me rappelle celui de Wal & Mikes en Alaska en plus vaste et plus rock’n roll encore…

P1090583

IMG_0083

Une accumulation de license plates éparpillées un peu partout me laisse à penser que je vais pouvoir contenter l’un de mes descendants auquel il en manque 7 sur les 50 des USA du continent (mais qui a déjà celles d’Hawaii et de Guam…) sans parler de Panama, Bolivie etc… Ici, il y a même quelques plaques françaises. J’ai pu « faire affaire » avec le pittoresque patron qui m’affirme que je ne trouverai pas facilement une plaque d’immatriculation de Washington DC… mais me souhaite bon courage ! Le District de Columbia dans lequel est située la ville de Washington abrite non seulement la Maison Blanche, mais aussi  le Capitole et la plupart des ambassades étrangères. Du beau linge dans de belles voitures dont les plaques périmées n’inondent pas le marché des collectionneurs ! il faut se souvenir qu’ici la loi fait obligation et ceci depuis longtemps, qu’une voiture garde toute sa vie la même immatriculation.

P1090643

 

P1090588

P1090611

Nous allons embarquer sur un bateau à fond plat avec pour captain le fils de la maison qui parle un français savoureux, mais pas toujours très compréhensible. Le bayou que nous allons découvrir est large, aussi large qu’une rivière, mais peu fréquenté par les oiseaux, et seuls quelques-uns se montrent, peut-être pour faire connaissance avec les cousins français ? Jean-Charles a cependant pu tirer le portrait d’une tortue qui musarde au soleil sur un tronc d’arbre mort. Je suis convaincue que nous allons emprunter un bras du bayou plus étroit afin d’apercevoir une faune plus riche, mais nous sommes restés sur le cours principal. Lorsque j’étais venue en Louisiane il y a trois ans, nous avions pris un bayou étroit et le spectacle se déroulait à nos pieds et les mamans alligators regardaient benoîtement ces drôles de gens qui lançaient à leurs bébés des déchets de poulet dont la date de consommation était largement dépassée, mais que les petits avalaient goulûment ! Une multitude d’oiseaux restaient à portée d’objectif et se laissaient photographier en prenant la pose… Ici, rien de semblable ; notre captain a cru entrapercevoir un mouvement dans l’eau et pense qu’il peut s’agit d’un alligator qu’il tente d’appâter avec des chamallows… qui restent en surface sans trouver d’amateur... Cependant, deux yeux affleurent l’eau et glissent vers la végétation de la rive, laissant là les friandises dont visiblement, leur destinataire se méfie.

Le poulet avarié aurait-il été plus apprécié ? Pas sûr...

P1090600

Le bateau s’est approché de la rive boueuse où descend le captain qui rapporte trois coquilles vides d’énormes escargots (immangeables) mais qui, bien nettoyés, sont ici utilisés en carillons d’entrée.

P1090595

C’est quoi ces sortes de panaches ? Quelqu’un près de moi a posé la question. Il est vrai que ces légères mousses végétales qui pendent des arbres en longs filaments légers, ont été, par dérision, appelées « barbes d’Espagnol » par les autochtones, nom qui est encore d’actualité de nos jours… C'est une sorte de parasite, un genre de crin qui s'accroche et pousse sur les branches des cyprès et des chênes.  Séché, il sert d’isolant dans la construction des maisons et pour le rembourrage des fauteuils ou des matelas.

IMG_0023

Le bateau a amorcé son demi-tour sans que nous ayons pu voir les richesses de la faune  qui vit en ces lieux. Un autre bateau rapide à moteur bruyant est passé en provoquant de puissantes gerbes d’eau qui effraient probablement les oiseaux qui préfèrent nicher dans des lieux plus paisibles.

Allons donc nous remplir l’estomac dans la vaste salle où sont alignées les tables devant un orchestre cajun (cadien) constitué de deux ancêtres chapeautés qui vont assurer l’ambiance pendant le repas.

IMG_0068

Un tour aux toilettes permettra aux sceptiques de se convaincre que nous sommes vraiment dans un endroit  atypique dont il ne doit pas en avoir tant aux USA : le petit coin vaut le déplacement et affiche un bel esprit d’originalité. Nul n’ignore que la plupart des Ricains sont plutôt coincés en certains domaines… au moins en apparence ! 

DSCN2873

Quelques-uns ont décidé d’aller voir des alligators miséreux parqués à deux pas du restaurant. J’ai préféré rester sur mes souvenirs de mères alligators en liberté dans leur bayou natal surveillant leurs bébés gloutons…

Posté par bourlingueuse à 10:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

20 février 2017

Le Tabasco... ça pique !

Bâtie sur les rives du Bayou Teche, New Iberia où nous avons déjeuné est finalement devenue le foyer d’Acadiens (Cajuns) avec leurs traditions culturelles et une cuisine unique. Aujourd'hui, la région est le foyer d’une vedette mondialement connue : la célèbre sauce de piment  Tabasco !

P1090530

IMG_0084

Même la Queen notre voisine pimente son porridge au Tabasco ! L'usine installée sur une île entourée de bayous, est la propriété de la firme McIlhenny, et produit depuis près de 150 ans le Tabasco avec trois ingrédients : des piments rouges, du vinaigre et du sel tiré de la mine de l'île. La production annuelle est de 600 000 bouteilles Un documentaire vidéo relate l'histoire de la sauce. Vient ensuite une marche guidée qui permet d'assister aux activités d'embouteillage quand fonctionne l’usine… ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ! La production du piment suit ce processus : 

  • en janvier, les graines sont mises en terre dans des serres. 
  • en avril, les petits plants sont transplantés dans les champs. 
  • en août, alors que le piment est devenu rouge, il est cueilli. 
  • ensuite, il est mélangé avec le sel de l’île et est gardé trois ans dans des barils. 
  • puis on le mélange avec du vinaigre pendant un mois, et mis en bouteille pour la vente.
  • les barils qui ne sont pas parfaits (cela arrive) sont impitoyablement jetés.

La visite de l’usine me semble aussi décevante que lors de ma première visite, on ne voit rien de la fabrication et les visiteurs sont quasiment poussés vers le Visitors Center (la boutique). Je préfère rester flâner à l’ombre et bavarder avec David notre chauffeur.

P1090534

Les Jungle Gardens de la propriété sont des jardins qui incluaient un sanctuaire d'oiseaux, contribuant ainsi à la sauvegarde des aigrettes blanches alors en voie de disparition en Amérique du Nord. Cet endroit qu'on peut visiter en automobile ou à pied a été créé par Edward McIlhenny, écrivain, naturaliste et explorateur. Ce naturaliste a rapporté de Chine, du Japon et de France les milliers de variétés de plantes qu'on retrouve à cet endroit, la propriété McIlhenny, dont la cinquième génération fait aujourd’hui tourner le business Tabasco.

New Iberia  fut fondée par les Espagnols en 1779 conduits par l'officier d'origine française Francisco Bouligny, qui s'installèrent autour du Spanish Lake. Le film de Bertrand Tavernier Dans la Brume Electrique (2009) se passe à New Iberia.

 Nous dormirons ce soir à Houma, mais auparavant nous assisterons à un concert de negro spirituals dans une église baptiste. Dommage que les percussions aient souvent couvert désagréablement les voix des choristes. Le récital gospel se termine par l’incontournable « Oh when the saints go marching in » et voilà toute l’assistance qui se lève et en file indienne, tourne dans l’église en reprenant les paroles et agitant des mouchoirs blancs (kleenex en l’occurrence) dans une ambiance de fête. Ce fut un moment exceptionnel à l’issue duquel nous avons partagé un dîner créole avec la communauté et le chœur des chanteurs.

P1090539

P1090546

P1090568

Posté par bourlingueuse à 18:56 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

Les trois soeurs

Pour celles et ceux qui me lisent pour la première fois : chaque samedi, Lakévio http://www.lakevio.canalblog.com propose une oeuvre sur laquelle les blogueurs doivent écrire une histoire. Voici celle que j'ai imaginée cette semaine sur le thème...

Les trois soeurs

Les trois soeurs

C’est Anne, la plus jeune qui a eu cette idée, mais elle a eu le plus grand mal à la faire admettre à ses deux aînées… Charlotte, peut-être parce qu’étant la plus âgée de la famille s’est arrogé le rôle de chef de clan, a répondu par un non catégorique à la proposition de la « petite ».

Pensez ! aller se faire portraiturer dans l’atelier de ce photographe à la mode dans la gentry en plus… Qu’en penseraient les paroissiens de St Matthew ?

Charlotte a entendu parler de cet inventeur, Niepce, mort prématurément d’une façon bien mystérieuse. Ne seraient-ce pas les produits chimiques dont les plaques sont imprégnées qui l’ont empoisonné ? 

 Anne est folle à lier.

Pourquoi cette lubie soudaine aussi saugrenue ? Et voilà qu’Emily la cadette s’y met aussi… Elles sont deux maintenant à tenter de faire fléchir leur aînée, et cela va durer des jours, puis des semaines, pendant lesquelles la résistance de Charlotte va faiblir peu à peu : elle se sent soudain si laide lorsqu’elle jette un rapide coup d’œil dans un miroir (rarement, car c’est un péché d’orgueil, disait leur père pasteur). La vieille demoiselle n’aime pas l’image que lui renvoie celui-ci : le pli amer de sa bouche édentée, son nez trop long et son regard dur dénoncent à l’évidence l’échec de sa vie. L’homme qu’elle aimait n’a pas voulu d’elle…

De guerre lasse, Charlotte s’est laissé convaincre et les voilà toutes les trois endimanchées dans la salle de pose de ce célèbre photographe londonien qui les a ainsi placées. Anne est au centre, vêtue de sa robe de velours bleu nuit et un camée orne son encolure ; des boucles rebelles se sont échappées de son chignon et elle a posé sa main sur la tablette devant Charlotte. Emily dans sa robe de taffetas grenat porte au cou le collier de (fausses) perles que leur tante Elizabeth lui a légué. Ses lunettes atténuent la lueur de satisfaction qui brille dans ses yeux en dépit de sa bouche serrée qui pourrait laisser croire qu’elle a peur. Quant à Charlotte, son esprit est ailleurs et son regard scrute avec méfiance l’étrange appareil en bois posé sur un fin trépied et percé d’un gros œil sombre, tandis que l’homme de l’art se glisse sous un voile noir pour procéder aux réglages nécessaires.

Lorsqu’il émerge enfin, il tient à la main un étrange instrument qu’il brandit à bout de bras. S’adressant à ses modèles, il leur recommande de rester naturelles…

« Ne bougeons plus… »

L’éclair de magnésium a donné une lumière intense et brève, qui éclaire soudain la scène, suivie d’un long chuintement et d’un nuage de fumée qui ont pour effet d’affoler Charlotte qui veut sortir de ce guet-apens et manque de s’évanouir… Mais où sont donc les sels pour la ranimer ?

 §

Bien des années plus tard, c’est avec émotion qu’Anne se remémorerait cette journée qui lui a permis de fixer sur le papier le visage de ses deux sœurs disparues et qu’elle a tant aimées.

Posté par bourlingueuse à 00:57 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

17 février 2017

Le saut de la mariée

En sortant du musée, une noce joyeuse s’apprête à monter en voiture, et la mariée rebondie porte dans une main un accessoire inhabituel à nos yeux de Français : un balai !

 J’ai voulu en savoir plus et Internet m’a renseignée :

 Partout dans le monde, on note l’existence de nombreuses traditions, qui entourent l’union d’un homme et d’une femme dans le mariage. Parmi elles, on peut citer la curieuse tradition de sauter par-dessus un balai… Pratique courante dans les mariages afro-américains, cette tradition de sauter par-dessus un balai a récemment fait l’objet d’un film. Mais qu’en est-il vraiment de cette tradition, et que symbolise-t-elle ? Apparemment, cette pratique trouve ses origines en Afrique.  Sur le continent, les mariés sont liés aux poignets pendant la cérémonie de mariage. Puis, après avoir été déclarés mari et femme, ils sautent par-dessus un balai pour signifierl’abandonde leur vie de célibataire et de leurs anciens problèmes, pour déclarer à l’assistance leur volonté d’entrer dans une vie à deux, de créer une nouvelle famille, et d’accomplir ensemble les responsabilités domestiques. Cette tradition continue aujourd’hui à être pratiquée aux Etats-Unis, surtout dans les mariages afro-américains : avant de sauter, le couple va tenir le balai ensemble, et dessiner un cercle autour d’eux pour éloigner tout ce qui pourrait nuire à leur mariage. Ils déposent ensuite le balai au sol, et vont sauter par-dessus pour marquer le début deleur vie de mari et femme. Pendant ce temps, une personne récite un texte rituel traitant de l’union du couple, et qui les invite à être bons l’un envers l’autre.

 Pour ma part, je n’ai pas assisté à la cérémonie du saut, ni pris de photo ! Peut-être quelqu’un du groupe a pu en voir davantage ? Chez nous en France, la jarretelle de la mariée suffit au bonheur du couple qui empoche souvent une belle cagnotte à l’issue de la vente !

black-american-wedding2-690x518

Posté par bourlingueuse à 12:01 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


15 février 2017

L'arrivée des Acadiens à St Martinville

Il est peut-être temps que je vous invite à terminer avec moi ce voyage en Louisiane entamé depuis quelques mois... si toutefois vous voulez bien me suivre ?

DSCN2836

Quelle rivière traverse St Martinville ? J’en avais oublié le nom et l’ai retrouvé par hasard : le Bayou Teche. Ce n’est donc pas une rivière, et ses eaux grises coulent lentement entre deux rives sages bordées d’arbres.

Le bayou est un écosystème de zone humide, complexe et amphibie où domine l'eau douce, ce qui le différencie de la mangrove. La biodiversité y est riche. La végétation a développé des systèmes racinaires à l'air libre, qui servent de poumons ou de tubas. Le bayou est un milieu où plusieurs espèces viennent se nourrir : les crevettes, les écrevisses, les lamantins, les dauphins, les alligators. Les bayous sont généralement infestés de moustiques et d'autres insectes volants. Des oiseaux vivent autour des bayous, tels que l'aigrette, le héron, le pygargue à tête blanche, la buse à queue rousse et le carouge à épaulettes. Enfin les bayous regorgent d'alligators que les touristes viennent photographier lors d'excursions en bateau.

Le musée est tout à côté et la flamme éternelle brûle en hommage aux souffrances subies par ce malheureux peuple au cours de  la diaspora acadienne. Mais une carte évoque aussi la déportation des Africains jusqu’aux Amériques afin de les réduire en esclavage.

DSCN2837

DSCN2838

 Mais le point d’intérêt principal reste le tableau de Robert Dafford représentant les Acadiens débarquant en Louisiane, où les personnages grandeur nature sont les descendants des premiers arrivants. Par la suite, sur la Butte Ste Anne à Nantes, un tableau mural plus grand fut peint par le même artiste, commémorant cette fois le départ de Nantes de ces mêmes Acadiens qui avaient été chassés du Canada. Encore plus tard, la représentation de St Martinville (l’arrivée) fut reproduite à Chantenay toutefois en format plus réduit que l’original. L’œuvre en Louisiane est à l’intérieur du musée, alors qu’à Nantes, les deux peintures sont à l’air libre sur un mur d’école dans la rue … des Acadiens !

DSCN2850

Je n'ai pas eu assez de recul pour prendre la scène dans son intégralité

P1020016

La copie à Nantes

P1020015

Le départ de Nantes pour St Martinville

 Des familles dispersées par la déportation ont parfois eu la chance de retrouver quelques uns des leurs qu’ils croyaient disparus à jamais, mais pour la plupart, ils furent séparés pour toujours.

 Je me suis longuement attardée devant les quilts (patchworks) cousus qui, naïvement, montrent la vie quotidienne des déportés dans les champs, où l’église est toujours présente non loin des cabanes de rondins où ils vivaient. En Louisiane, les terres marécageuses étaient plus dures à travailler que celles, infiniment plus riches du Canada dont ils avaient été spoliés. Ces quilts ont traversé plus de deux siècles et restent un témoignage précieux d'une époque douloureuse.

DSCN2841

DSCN2845

DSCN2847

DSCN2848

DSCN2849

 

Posté par bourlingueuse à 19:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

13 février 2017

Dialogue de bêtes

Voilà ! j'ai fait avec retard (je n'étais PAS DU TOUT inspirée) le devoir que nous propose Lakévio pour le lundi, et je vais mieux : encore quelques séquelles mais je reprendrai d'ici quelques jours le cours normal de la tenue du blog et j'irai prendre de leurs nouvelles chez les copinautes.

Dialogue de bêtes

Dialogue de bêtes

 

Sur le siège arrière de sa Bentley, Sir Edward caresse doucement la tête des deux chiots dont son ami Lord Shaffey vient de lui faire cadeau.

Les bloodhounds tout juste sevrés sont les fils de deux champions qui obtiennent les grands prix d’honneur à chaque concours international auquel leur maître les fait participer. Ils valent une fortune mais Lord Shaffey est au-dessus de ces détails et c’est avec élégance qu’il a offert à son ami les deux petits les plus vifs de la portée.

Ils se serrent l’un contre l’autre dans la corbeille que Sir Edward tient sur ses genoux, prêts à adorer cet humain qui leur parle si doucement. A l’arrivée à Northborough Manor, celui-ci confie la corbeille à James le majordome, qui les installe sur un coussin moelleux dans le petit salon-fumoir où une flambée éclaire d’une lumière dorée les murs où sont accrochées des toiles de scènes de chasse.

 

-- Je ne sais pas ce que tu en penses Moogli, mais je crois que nous n’avons pas perdu au change ; on va se payer une sacrée belle vie avec Sir Edward

Chez Lord Shaffey, nous étions dans le chenil, confortable, certes, avec notre « mommy » qui nous dorlotait, mais ici, vraiment c’est le top, que pourraient nous envier les corgis de notre Queen Elizabeth II !

 

Moon est bien d’accord et ils se frottent la truffe de contentement…

 

-- Et si nous allions explorer un peu plus loin près de la porte-fenêtre ?

 

C’est alors que les deux chiots découvrent une chatte lovée dans une bergère de velours vert qui les observe depuis un long moment. Amie ? ou ennemie ?   Pearl estla maîtresse des lieux et de son œil vert amande, elle observe avec curiosité ces intrus. A l’évidence, nulle hostilité dans le regard, et le dialogue devrait pouvoir s’entamer, si toutefois la chatte leur adresse la parole la première…

 

-- Bienvenue à Northborough Manor, mais sachez que nous aurons peu d’occasions de nous rencontrer à l’avenir, car ne croyez pas que vous allez longtemps vous faire cocooner ici au château.

 

-- Pourquoi ?

 

-- Mais parce que vous êtes des chiens de chasse et la place de la meute est dans le chenil avec les veneurs. Ne croyez pas que Lord Edward vous gardera dans son fumoir : il ne tolère que moi qu’il laisse s’installe sur ses genoux lorsqu’il lit The Times. Les jours de chasse à courre, vous devrez avec les autres poursuivre le renard et rentrer au chenil fourbus, crottés et boueux…

 

-- Je ne peux y croire dit Moon, Qu’en dis-tu Moogli ?

 

-- Grr… Et si on retournait d’où nous sommes venus ?

 

Dépités, la queue basse, Moogli et Moon reviennent lentement vers l’âtre près duquel est posé leur coussin, ils échangent un regard, se sont compris… et se soulagent sans états d’âme sur le somptueux tapis persan, un précieux Chiraz…

 

L’œil vert de la chatte s’est éclairé d’une lueur perfide : Pearl est enchantée… son mensonge, aussi gros fut-il, a parfaitement fonctionné et elle a réussi ce qu’elle voulait : que les envahisseurs se mettent en tort et cessent de plaire à Sir Edward  duquel Pearl tient à rester la favorite, la préférée.

 

A elle les caresses du maître… à eux leur vie de chiens !

 

Ah mais !

Posté par bourlingueuse à 20:34 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

06 février 2017

La croûte impayée de Mrs Freeman

Trépidations

Non Mrs Freeman, je ne vous paierai pas ce tableau que pourtant je vous avais commandé pour l’offrir à nos parents ! Je comprends aujourd’hui les raisons qui vous faisaient refuser que nous jetions un œil sur votre toile après chaque séance de pose !

Pourquoi nous avoir fait ces têtes d’ahuries à ma sœur Teresa et moi ? Vous nous aviez demandé d’être aussi naturelles que possible, et c’est ce que nous nous sommes efforcées de faire ! Je voulais que mon visage soit le reflet de mes pensées positives et ne revivais que des souvenirs agréables et j’anticipais le plaisir qu’auraient nos parents d’avoir chaque jour sous les yeux le portrait de leurs deux filles souriantes.

Votre notoriété grandit et nous avons fait confiance au galeriste qui nous a adressé à vous, disant que vos portraits sont remarquables et vos prix encore abordables malgré votre célébrité montante.

Je ne prendrai même pas de photo de cette … chose qui est plus proche d’une caricature que d’une œuvre de Patricia Freeman. Ma sœur ne supporterait pas de se voir avec un tel visage de crétine dégénérée et je refuse de lui donner un tel choc.

Ah ! autre chose Mrs Freeman : je vous demande instamment de détruire cette toile, et, dans tous les cas, sachez que  je vous attaquerai en justice si, malgré cette injonction, vous l’exposez ou si vous la publiez sur Internet.

Vous m’avez bien comprise ?

Au plaisir de ne jamais plus vous revoir Mrs Freeman !

Posté par bourlingueuse à 13:41 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

30 janvier 2017

Les yeux de Rachel

Il es 13 h, je viens de me réveiller après presque 12 heures de sommeil ! Je ne parviens pas à récupérer mes forces bien que je ne fasse rien d'autre que de délirer sur le thème que nous impose Lakévio...

Voici mon devoir de ce lundi :

Les yeux de Rachel

Rachel au café

Les yeux de Rachel

 

Lorsqu’elle m’a appelée, j’ai immédiatement compris au son de sa voix que Rachel était tourmentée. Elle ne pouvait m’en dire davantage au téléphone, disait-elle, mais avait besoin de me voir aussitôt que possible.

Elle tenait à me rencontrer seule et c’est la raison pour laquelle elle me fixait un rendez-vous le jour même au buffet de la gare de Nantes où elle me rejoindrait entre deux trains. Elle précisait que ce serait dans le plus grand secret : et me fit jurer de n’en parler à personne…

« A personne, tu m’entends bien ? »

Et nous voici dans le décor banal de ce buffet de gare où sa somptueuse chevelure auburn met si bien en valeur ses magnifiques yeux bleus. Elle n’a pas encore entamé son café et un carnet de notes manuscrites est ouvert devant elle. Elle me saute au cou et me serre contre elle comme une noyée le ferait de son sauveteur.

« Oh marraine… si tu savais ! »…

Ma première impression est que Rachel est amoureuse et qu’elle a choisi d’aimer dans la clandestinité, car je sais que ses parents ont l’esprit assez ouvert pour accueillir un gendre ou un petit ami atypique… mais libre !

Non ! Rachel n’est pas amoureuse… enfin pas vraiment, même si c’est son chéri du moment qui est à l’origine de ses tourments. Il lui a dit hier tout de go :

« Mais où t’as été chercher tes yeux bleus alors que toute ta famille a les yeux sombres ? »

« Toi-même Marraine, comme Papa et vos parents, vos yeux sont noisette ou marron. Fred et Marc mes frères aînés aussi. Alors ? Un doute affreux me taraude depuis et j’ai passé une nuit affreuse à bâtir des hypothèses...

  • Je suis certaine de n’avoir pas été adoptée : j’ai souvent vu le livret de famille et je sais que ma naissance a été enregistrée le jour même
  • J’ai peut-être été substituée à un autre bébé à la clinique et nous sommes alors deux à vivre dans une famille qui n’est pas la nôtre
  • Et la pire, l’inacceptable : je ne suis pas la fille de mon Papa ton frère, mais le fruit d’un adultère

Je t’en supplie Marraine, dis-moi ce que tu en penses !

Abasourdie, assommée, me voilà soulagée par cette révélation inattendue de sa part, car je croyais le sujet réglé depuis des années, mais visiblement, Rachel a oublié les recherches auxquelles la famille s’était livrée avec l’aide d’un ami biologiste. Les lois de Mendel sur l’hérédité ont révélé que la probabilité pour des parents aux yeux marron d’avoir un enfant aux yeux bleus malgré le gène récessif est rare, mais pas exceptionnelle.

« Et sache que tu es bien la fille de tes parents, et aussi ma nièce exceptionnelle et adorée ! Dès ce soir, tu vas leur parler à cœur ouvert et leur avouer tous les doutes qui t’ont assaillie depuis hier parce que tu avais oublié une vérité que ton jeune âge t’avait fait occulter ! ».3

 

Rachel, transfigurée, a repris son train avec des ailes aux pieds !

Posté par bourlingueuse à 13:20 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

22 janvier 2017

L'aveu

L'aveu

Tout est prêt ; je les attends et si j’ai choisi de couper quelques têtes d’hortensias roses du jardin que j’ai disposées dans le vase sans même une couronne de verdure, c’est que Jeanne, ma sœur Jeanne, ne les aime qu’ainsi : nues au bout de leur tige. Elle adore aussi montrer son savoir de botaniste et ne les appelle que par leur nom d’hydrangea macrophylla, ce qui impressionne beaucoup les néophytes.

J’ai retrouvé dans un tiroir du grenier l’étoile de mer séchée de notre dernier séjour à la plage sur les côtes de Bretagne avant la vente précipitée de la villa familiale qui a suivi le décès de Stanislas, notre grand-père dont les parents avaient fui la Russie en 1917 pour échapper aux Bolcheviks.

Se rappelleront-ils que le guéridon est celui-là même que la Babouchka faisait tourner en invoquant l’esprit de ses ancêtres qui avaient vécu à la cour de Saint Petersburg ? Les cadres ne contiennent que les photographies récentes de la famille qui aime à se rassembler aussi souvent que possible.

Personne n’a semblé se poser de question sur les raisons qui m’ont poussée à organiser cette réunion familiale hors des dates traditionnelles. Mais ils devraient tous être présents, même si, à chaque fois ou presque, il en manque un, et c’est souvent pour dire adieu que la famille se retrouve autour de l’absent.

J’ai décidé de leur dire une vérité que l’on vient juste de me révéler : je suis condamnée à court terme mais j’ai aussi choisi de décider du moment où, en Suisse, l’on m’aidera à faire le grand saut dans l’inconnu…

J’ai rapproché le fauteuil du guéridon afin de faciliter l’accès au jardin inondé de lumière. Je m’y installerai afin de laisser dans l’ombre mon visage qui porte déjà les stigmates du mal qui me ronge, mais je laisserai le soleil doucement me caresser la nuque et je les ferai rire une dernière fois !

Posté par bourlingueuse à 18:11 - - Commentaires [16] - Permalien [#]