21 juin 2009
Question de langages...
L'orage se déchaînait sur la highway entre Dallas et Fort Worth et, au volant de sa puissante Chevrolet, Joyce ne tentait pas de se garer sur le bas-côté comme beaucoup d'autres automobilistes l'avaient fait. Nous allions accueillir à l'aéroport Gisèle et Bernard, nos amis communs, qui venaient participer au trip prévu dans l'West américain, que nous allions parcourir au cours des semaines suivantes.
Un écran gris illuminé d'éclairs se dressait devant nous, et, comme elle-même, je tentais de percer du regard le mur d'eau pour rester dans le bon couloir et deviner l'obstacle que nous risquions de percuter. Elle priait, tandis que, pour ma part, je restais plus prosaïquement attentive à voir avant elle la bretelle qui nous ferait sortir de ce cauchemar.
Bien entendu, les avions attendus avaient été, soit détournés sur un autre aéroport, soit retardés, ce qui était le cas du vol de nos amis. Dans le hall, nous nous sommes assises et elle a rendu grâce à Dieu d'avoir permis que nous arrivions sans accroc, ajoutant que, pendant le trajet, elle espérait me voir prier aussi.
Joyce s'étant éloignée pour aller aux nouvelles, l'homme sur le fauteuil en face me demanda un renseignement que j'étais bien incapable de lui donner... Il me laissa parler, et, après un regard à sa femme, me dit que c'était seulement pour le plaisir d'entendre mon "charming french accent" qu'il avait posé une question anodine... Eux-mêmes avaient des racines allemandes, et la conversation s'est alors lancée sur les langues et les accents qui nous caratérisent et trahissent nos origines.
Soudain, il me demanda : "Et Jésus, quelle langue parlait-il ?"
Mes yeux ont dû s'agrandir tant la question me semblait surréaliste, mais j'ai eu le réflexe de répondre ce que cet homme attendait : "Si Jésus ne parlait que l'arménien, il savait lire dans les coeurs !"... ce qui a beaucoup plu à Joyce entre-temps revenue.
La religion tient une énorme place dans la vie de nos amis d'Outre-Atlantique : il n'est que de voir le succès des télé-évangélistes qui font leur show chaque dimanche pour un business "enrichissant"... et se souvenir que les premiers "pilgrims" venus avec le "Mayflower" et les bateaux suivants fuyaient les persécutions religieuses de leur pays d'Europe, et que la liberté religieuse figure dans la Constitution américaine.
16 juin 2009
Elles ont choisi...
Me voici donc revenue vivante de ce périple d'un peu plus de 11.000 km (non ! il n'y a pas de zéro en trop !)sur les routes US et québécoises... Vivante... mais sur les genoux bien qu'indemne de la grippe ! Vous saurez tout au fil du temps, mais d'abord, je vais vous donner le palmarès de mes oeuvres, puisque chacune de mes amies a fait son choix à son tour.
A Dallas (Texas), lorsque nous avons aligné mes peintures sur un meuble chez elle, Joyce m'a déclaré qu'elle voulait "La Promeneuse sous la pluie". Je souhaitais que ce soit Scottie, sa soeur aînée, à choisir la première, mais celle-ci n'arrivait pas à se déterminer entre mes "Poulbots navigateurs" et "Le village de Montmartre". Une nuit de réflexion l'a amenée avec mon accord... à garder les deux !
Joyce a poussé un soupir de satisfaction : la "Promeneuse" serait pour elle... Sa fille Anna a flashé pour les "Bouquinistes des quais" qu'elle a vus à Paris. Mary a aimé "L'accordéoniste aveugle de la rue Mouffetard" à cause du store orange de la boulangerie. Marc le fils de Scottie (dont hélas ! le cerveau a oublié de grandir) a choisi "Le fox-terrier du Pont des Arts" ("Aaaaah... the dog" le chien) !
Ellen, ma "merveilleuse" Ellen de Charlotte (North Carolina) celle dont j'ai commencé à vous parler sans encore vous avoir dit l'essentiel, a saisi tout l'humour de la scène du "Peintre du Pont des Arts" qui, sur sa toile, a sans vergogne deshabillé son modèle... Pat connaît à Paris notre vieux Pont Neuf qui a servi de toile de fond à sa photo préférée, celle où elle pose avec Doug, son mari. Comment alors s'étonner de son choix ? Marcia, de Winston-Salem (les cigarettes Camel, ça vous dit quelque chose ?) a aimé "Le baiser aux jonquilles" tandis qu'Eleanor, la soeur de Doug, n'a pas hésité une seconde... et pris "Les deux frangins de Belleville".
Isabelle du Michigan n'a pas choisi : l'éventail s'étant rétréci, j'ai fait deux paquets-cadeau, l'un pour elle, et l'autre pour Annie qui nous a prêté le condominium d'Harbor Springs pour un week-end "entre filles" (à six). Celui qu'elle a ouvert contenait le fameux "Baiser de l'Hôtel de Ville"; à Annie échoirait donc
"L'oeil coquin" du monsieur de la galerie d'art. Je n'ai pas vu Annie, car j'ai pris l'avion à Détroit sans être venue à Jackson où elle vit avec Grant et leurs enfants ; et Isabelle (sa belle-mère) est partie en croisière en Alaska. Je ne saurai donc que plus tard ce qu'elle pense de mon tableau.
Pour mes Québécois, je n'avais plus qu'une toile, "La fin du jour sur la grève", et au moins deux personnes à qui l'offrir. Ce que je n'avais pas prévu, c'est l'accueil inoubliable et chaleureux des familles qui m'ont reçue et pour lesquelles je reprendrai mes pinceaux avec bonheur.
Elle n'est pas belle, la vie ?
26 mai 2009
Ah ! mes Ricains !
Bien sur, il n'y a pas que des gens sympas ici, comme chez nous en France tout n'est pas a jeter ! Pas plus que la Route 66 (la Mother Road) est la seule a traverser les USA...
Beaucoup de routes etaient mauvaises ici a la fin des annees 80 et meme apres. On ne peut plus dire cela aujourd'hui. Je suis etonnee de la courtoisie des automobilistes qui respectent scrupuleusememt les limitations de vitesse et les priorites. Au cours de notre viree, je n'ai pas vu un seul accident...
Le male americain est cependant un drole de personnage : il obeit a sa legitime au doigt et a l'oeil... tout comme, dans sa jeunesse, il obeissait a sa mere. C'est peut-etre pour cela qu'il se defoule lorsqu'il est hors de portee ? J'ai fait des milliers de miles avec mes Texans depuis toutes ces annees, et je n'ai entendu John protester qu'une seule fois apres les ordres de conduite que lui assenait Scottie son epouse "Let me quiet !" (laisse-moi tranquille !). C'est valable pour tous les couples que je connais, sauf pour ceux qui ont divorce, bien entendu ! Pour mes tableaux, seules les femmes ont choisi, le mari restant le spectateur passif, mais enterinant a posteriori avec enthousiasme le choix de l'epouse.
Rappelez-vous le film "American Beauty" ; je pourrais mettre des noms sur le personnage tant il me rappelle des gens que je connais !
Je peux etre deconnectee sans le savoir, je m'arrete la pour aujourd'hui...
24 mai 2009
Salut les blogueurs !
Je vous ecris sur un clavier americain et les fautes de frappe risquent d'etre nombreuses...
Les nouvelles ? Mes Texans m'ont emmenee pour une folle viree de 5.667 miles a travers l'West americain, que je connaissais deja : aucune decouverte mais le bonheur de revoir des paysages uniques. Lac Powell, Salt Lake City et ses Mormons, le Grand Canyon que nous voulions voir de la rive Nord, Grand Teton (eh oui !) Yellowstone, Seattle et le Mt Olympic, Le Mont Rainier qui a consenti a se laisser voir, le Mt St Helen entrevu, la Route 66 empruntee a plusieurs reprises, Redwood Park et ses immenses arbres, a ne pas confondre avec leurs grands cousins les sequoias, San Francisco traverse, helas a la vitesse du son, Albuquerque, et retour a Dallas avec des cartes memoire saturees. Et ceux de l'Amerique rurale (si loin des cliches que nous entretenons) simples et cordiaux qui, me decouvrant Francaise, allaient chercher au fond de leur memoire les 3 mots de francais qu'il leur reste ! Et l'accolade pour se quitter.
Me voici a Charlotte, en Caroline du Nord, ou mes amis me font la fete. On peut ne pas aimer les Americains, mais quel peuple chaleureux ils sont ! Les Blue Ridges sont une splendeur, a toutes les epoques de l'annee... La fleur symbole de l'etat, le dogwood, est en pleine floraison, et le cardinal, bel oiseau rouge aussi symbole, hante les jardins. Et les vins americains s'ils ne sont pas des grands crus, se laissent boire avec plaisir... meme si le rouge sort direct du refrigerateur !
A Yellowstone, j'ai vu dans la nature mon premier ours brun, mais les rangers ont fait signe de ne pas nous arreter pour notre securite, donc pas de photos. Et au Grand Canyon rive sud, un elan trainait pres des poubelles. Je ne vous parle pas des bisons, on ne s'arretait plus les regarder. Les geysers de Yellowstone font leur show a toutes les heures, principalement Old Faithfull (le vieux fidele).
Vous devrez attendre mon retour pour les photos, je suis sur l'ordi de mes amis.
Ah ! mes oeuvres... Hier sont partis le "baiser aux jonquilles" mon prefere, " Le peintre du Pont des Arts" et "le Pont Neuf". Me reste a placer pour ceux que je n'ai pas encore vus 'le Baiser de l'Hotel de Ville', le "Regard en coin" du monsieur a la vitrine, les deux freres retour des commissions et mon coucher de soleil sur un port breton.
Vous aurez les details sur les personnalites de mes amis et les raisons de leur choix. Curieusement, aucun n'a ete revendique deux fois. Leurs preferences ont ete nettement marquees.
28 avril 2009
Mes oeuvres pour les copains Ricains...
... qui les accrocheront après mon départ dans leur garage... ou dans leurs toilettes, à moins qu'elles ne soient données pour les tombolas de leurs oeuvres caritatives.
J'ai eu bien du plaisir à les faire, et cela m'a fait replonger dans mes années de jeunesse. Toutes ne sont pas tirées des photos de Robert Doisneau, mais les deux du milieu (le Pont Neuf et Montmartre) sont de mon père. Le point de vue de Montmartre est resté le même depuis cette lointaine époque : j'ai pris un cliché que je vous montrerai à mon retour qui pourrait être calqué sur le tableau, pris vers 1936.
Je vous laisse, amis blogueurs pour quelques semaines...
27 avril 2009
On termine le voyage ?
Je n'ai pas trouvé les photos des derniers jours de cet extraordinaire périple de découvertes à travers l'Argentine et le Chili... Vous n'aurez donc que le raccourci de mon carnet de voyages, et je vous mettrai mes dernières toiles demain, juste avant le départ.
Bon voyage !
Bon anniversaire Annette !
Mercredi 26 mars
Edwar a dû changer une roue… Le pôvre a dû prendre le cric et la manivelle dans une cache secrète pour procéder à la réparation des dégâts.
Un pèlerinage est périodiquement pratiqué dans la montagne par la population du village, auprès d’un Christ de la Patience, dans un décor de cathédrale. Un petit sanctuaire abrite un Christ descendu de sa croix qui, assis dans une attitude d'expectative, attend quoi ? Une photo de nos z’Ed assis sur leurs 4 x 4, et une autre du groupe marquent la fin réelle de notre belle Aventure…
Retour par le village, et, à travers une campagne devenue verte où les taches rouges dans les champs sont des piments mis à sécher, nous grimpons peu à peu dans les nuages jusqu’à 3240 m, mais la vue promise a du plomb dans l’aile. Visibilité nulle.
En bas, nous retrouvons le soleil, des cultures, les piments et des champs d’oignons. Un hameau de quelques maisons abrite une chapelle construite par les Jésuites et qui, après qu’ils ont été chassés, a été entretenue par les prêtres d’une autre communauté. Puis une estancia s’est construite autour, et la chapelle a fini par faire partie intégrante du domaine. Peu à peu, elle est tombée en ruines, une grange a été bâtie à son chevet, abritant la nourriture du bétail et le matériel agricole. Puis le jeune couple qui en a hérité s’efforce depuis plusieurs années de lui redonner vie, a refait le toit, restauré les murs, repeint les statues, et une artiste française a même sculpté un chemin de croix en bois et le leur a offert. Ils ont fait un travail colossal, et sont récompensés car une messe y est dite chaque mois. Afin de continuer leur œuvre, une modeste contribution est demandée aux visiteurs. Qui d’entre nous se souviendra du nom de cette touchante chapelle, que j’ai oublié de noter ?
Dans un village, où sur la place abritée d’arbres vénérables, un camion à plateau fait le ramassage scolaire devant un petit resto sympa où nous allons déjeuner. J’ai récupéré la bouteille d’eau minérale du repas, et l’ai mise inconsidérément dans mon sac… la tête en bas ! Mes dernières cartes postales timbrées n’ont pas vraiment aimé ça…
A force de chercher ses chaussettes disparues, Alice a fini par faire bouger les choses. Edwar a consenti à explorer la cache secrète du cric, et les fugueuses ont été retrouvées… Pour dire vrai, l’intérieur des deux 4 x 4 est devenu de vrais sèche-linges.
Dans la vallée, des falaises aux teintes contrastées s’opposent violemment, et l’étonnant vert vif d’un dévers est hallucinant. Un rio sage permet de comprendre comment il peut tout emporter après quelques heures de grosses pluies qui gonflent ses eaux qui roulent les rochers qui encombrent son lit. Rien ne peut arrêter cette force qui balaie tout. Pour l’instant, c’est un mince filet qui traverse sagement la chaussée, mais, en quelques heures, il peut devenir un maelström auquel rien ne résiste.
Pas triste l’arrivée à Salta, où Edmundo, guidé par les possesseurs de plans de la ciudad, a plus ou moins raté un embranchement. Derrière, essayant de lui coller au train, Edwar, avec son calme olympien et sa remorque, restent tous les trois sur la file centrale de la rocade où slaloment les voitures. Ici, la loi du plus fort est la règle, la priorité facultative et la vitesse excessive… Brusquement, le boss a tourné à droite sur une chaussée latérale, suivi de notre 4 x 4 qui ainsi, a coupé la route d’un camion qui roulait sur la file de droite, et notre remorque lui est passé à quelques centimètres du museau… Coups de klaxons furieux à notre adresse, et langage des sourds-muets qu’on n’a pas besoin de se faire traduire ! Tours et contours du centre, dans la cohue des citadins argentins au volant de leur joujou favori… nous voici enfin rue Balcarde et l’hôtel est là… Un vieil hôtel au charme désuet, avec de longs passages sous treilles… et le reste à la turque, comme partout. Mais une nouveauté nous attend dans la salle de bain : cinq commandes de robinets, pas une de moins, dont l’usage est un peu complexe, mais si l’on prend le risque de se faire asperger, on finit par comprendre la destination d’un jet vertical à usage intime qui surgit de la paroi de la baignoire.
Madeleine, dont je partage la chambre, a été plongée pendant ce voyage dans un livre qui la passionne, et qu’elle me prête gentiment. « Qui se souvient des Hommes ? » ouvrage écrit par Jean Raspail, qui a repris les travaux de José Emperaire, ethnologue français mort en 1955 dans une grotte du détroit de Magellan, qui retrace la terrible histoire des Alakalufs de la Terre de Feu, dont la lente agonie avant leur anéantissement a commencé avec l’arrivée du Portugais.
Ce soir, c’est la fiesta… On fête aujourd’hui avec un peu d’avance l’anniversaire d’Annette, qui profite toujours de nos voyages pour gagner un an ! Trois taxis jusqu’au resto « Boliche Balderrama », où un vendeur à l’entrée propose des sachets de feuilles de coca pour 2 pesos… Serait-ce pour se shooter ou préparer le maté ?
Le champagne est offert par Edmundo, et un chanteur en tenue de gaucho tient la scène en ouverture. Le bife de chorizo est savoureux et la glace est la première de notre voyage. Un couple de danseurs tient maintenant la scène, et l’homme qui a quitté d’épaisses lunettes juste avant son spectacle, a un jeu de jambes stupéfiant. Il termine son show par une démonstration de boliches, ces boules de fonte reliées par une chaîne dont se servaient les gauchos demande une précision et une dextérité absolues. Faisant tournoyer ses boliches à une vitesse stupéfiante, il frôle la tête de sa partenaire couchée à ses pieds, et pour moi qui sais comme il voit mal, j’admire d’autant plus sa performance. Un quatuor masculin est encore sur scène lorsque nous quittons les lieux. Le ténor, la main sur les hanches, est si concentré qu’il ferme les yeux, au grand amusement de Madeleine qui le trouve un brin ridicule…
Salta
Salta… et ses pickpockets dont François fait les frais. Bilan : 10 pesos et des brouettes… Le voleur volé en quelque sorte !
La cathédrale où s’achève la messe est sobrement surchargée d’ors, mais Christian fait remarquer que l’autel « vaut un paquet de cacahuètes », et le siège du chœur est orné d’un soleil flamboyant. Une chapelle close d’une grille est occupée par un grand nombre de fidèles. On fait la queue pour se confesser directement au prêtre assis, devant lequel le pénitent s’agenouille en public. Une femme âgée remonte le bas-côté en avançant à genoux… Beaucoup de monde recueilli, hommes et femmes de tous âges.
Sur la place, une femme au type indien aborde notre groupe, nous parle en espagnol à toute vitesse, et nous quitte avec un grand geste de la main.
La rue Florida est l’axe principal du quartier, où s’ouvrent les boutiques et un marché couvert. La Maison Hernandez est devenue le musée de la ville de Salta et retrace son histoire. Le vrai marché couvert s’ouvre sur un mélange de couleurs et d’odeurs d’épices. Le poulet frites mangé sur place, l’achat d’un chapeau pour Christian, et de « sacs à vin » indispensables pour le transport des précieux médicaments de Louis Pasteur, le marché nous offre l’image toujours véritable de la vie quotidienne. Pas d’autres touristes que nous.
Café ou jus d’orange à la terrasse de l’Hôtel Victoria sur la place plantée de palmiers, où une fillette enceinte cherche à vendre des images pieuses. Elle dit avoir 15 ans mais a probablement moins, et son bébé est pour le mois de mai. Nous l’avons revue un peu plus tard près de la poste : elle a acheté un sandwich avec l’argent que nous lui avons donné. Selon Edmundo à qui nous en avons parlé dans la soirée, après la naissance qui se passera à l’hôpital où elle sera entourée, elle et le bébé n’étant pas pris en charge par des services sociaux inexistants, ils deviendront deux enfants des rues…
Nous avons fait du lèche-vitrine et rapporté un cadeau pour le re-pré-anniversaire d’Annette, un kit de toilette avec peigne et rasoir pour Edmundo qui en a bien besoin, et un ñandou sculpté pour Edwar qui a un œil de lynx pour les voir sur la route.
Deux lettres et deux enveloppes pour leur montrer notre reconnaissance, notre sympathie, ou mieux, notre amitié.
-- On n’a pas de cadeaux pour vous, dit Edmundo
-- Mais c’était tous les jours cadeau, lui avons-nous répondu...
Dernier dîner à Parillas, pendant lequel nous faisons le compte des kilomètres parcourus depuis Ushuaia, plus de 7.000, et sage retour à l’hôtel…
Demain, l'aéroport et la France.
25 avril 2009
Avant le départ
Il va bien falloir que je vous fasse sortir de Patagonie avant de vous entraîner sur les routes des States... Alors, on accélère... d'ailleurs, nous arrivons au terme de ce voyage ou presque. Et nous continuons à en prendre plein les yeux !
Les Quebradas de Calafate
Mardi 25 mars
Bon, deux heures de sommeil, c’est quand même mieux que rien ! Au briefing, Edmundo est décidé à retourner à Quilmes, que nous proposions d’occulter, par pitié pour les chauffeurs. « Ce soir, dit-il, pas de camping, nous sommes tous trop fatigués pour monter les tentes, je vous offre l’hôtel ! Et pas question d’éviter Quilmes »
Changement de 4 x 4, et je retrouve Edwar le discret, efficace et toujours souriant Edwar. Les policiers sont toujours là, sur la route, mais regardent passer sans les arrêter ceux qui étaient censés cette nuit retourner en Bolivie… nous !
L’hôtel a beau être ouvert sur le site des ruines incas, il ne nous intéresse plus à cette
heure. Les Indiens Quilmes ont été conquis par les Incas, mais ils ont résisté 130 ans aux Espagnols. Ils ont depuis disparu, mais la tradition orale dont est dépositaire un gardien explique leur mode de vie communautaire. Le climat a changé depuis cette époque, le déboisement, commencé par les conquistadors pour faire du charbon de bois, a eu pour conséquence d’obliger les Andins à cultiver en terrasses sur les flancs des montagnes.
On a restauré le site, et les pierres non d’origine sont claires par rapport aux autres plus foncées. Deux lamas indifférents toisent de haut la touriste que je suis. La boutique offre un choix artisanal intéressant.
A quelque distance du site, la visite de la bodega (cave) Etchart (un Basque venu de France vers 1860) se termine par une dégustation. Mais avant, il faut visiter les cuveaux, où, grâce à une longue vis sans fin est déversé le raisin, puis les cuves de fermentation en acier inoxydable. La cave enfin, où les fûts de chêne français (c’est écrit dessus) sont réservés au premier jus (il y en a plusieurs) et maintenus à température ambiante. La salle d’embouteillage est automatisée, et seuls quelques hommes s’en occupent, les oreilles protégées par des « non écouteurs ». Plus tard, en voyant le film « Mondovino » j’apprendrai que nous sommes dans le lieu de prestige du vin argentin.
Edwar se précipite… où ? mais dans la voiture chercher le fromage qui donnera du
goût au vin servi. Commençons par un blanc au goût musqué, qui rappelle un Gewurstraminer. Rincette du verre avant le rouge malbec-cabernet, suivi d’un cabernet-sauvignon de moindre qualité. Nous repartons en ayant fait une heureuse, l’hôtesse qui a hérité du reliquat de fromage. J’apprends à cet instant que les produits laitiers et le fromage sont des denrées très onéreuses en Argentine, le bétail étant élevé pour sa viande, non pour le lait. Une maxime puissamment pensée par Louis Pasteur est peinte sur le mur de la bodega, à savoir que le vin est meilleur que l’eau pour la santé. Nos achats sont donc « sanitaires » puisque nous avons l’aval d’un savant !
La place de Cafayate, dite « nonchalante » pour je ne sais
quelle raison, abrite un resto « Carreta de don Miguel » où nous convie Edmundo pour un tamal roulé dans une feuille de locro (bananier).
A la sortie, un enfant propose des vanneries qu’achète Jean-Claude, et accepte les $ US, (même s’ils sont en baisse).
Sous le ciel d’un bleu intense, les 4 x 4 s’engagent dans un
canyon rouge, découpé et sculpté d’une manière hallucinante. Les castillos, les fenêtres, l’obélisque, sont un bonheur pour les photographes. Ce sont les célèbres quebradas de Cafayate, hantées par les condors. Les quebradas sont des rios qui coulent entre deux montagnes de roches ocre rouge, pourpres ou violines.
Lorsque nous faisons demi-tour, c’est pour la bonne cause. Christian vient de lire que, pour le voyageur, il y a dilemme : passer par le canyon dans lequel nous sommes, ou choisir la montagne. Nous allons avoir la chance de parcourir les deux routes « à ne pas manquer » selon les « guides livres ». La première partie est un peu décevante, la piste est poussiéreuse et le fond du décor est la chaîne découpée rouge que nous venons de quitter. Les villages de briques crues, habitées par les populations indiennes les plus pauvres, sont déserts à cette heure de la journée, et Annette peut enfin « avoir dans la boîte » le four de ses rêves, dans la cour d’une petite ferme. Une station d’essence et trois masures autour : le pompiste voit-il plus d’un automobiliste par jour ?
Peu à peu, le paysage s’est creusé, il est devenu minéral. Les
roches de pâte grise se sont sculptées, ciselées et nous roulons maintenant dans une autre vallée de la Lune d’une stupéfiante beauté. Après une longue distance, le camaïeu de gris devient plus contrasté dans la nuit tombante, et nous passons sur le lieu où nous devions dormir si le programme n’avait pas été modifié : au milieu de nulle part, une fois de plus, rien que nous et la Nature…
Mais l’arrivée au petit hôtel Angastaco déclenche tout de même l’enthousiasme à la perspective d’une douche. Edmundo en surgit brandissant un drapeau français qu’il a décroché des murs de la grande salle, mais repart avant qu’on ait eu le temps de lui tirer de portrait. Jean-Claude, toujours obsédé par le démontage de son lavabo entame le travail dans sa chambre par le robinet de sa douche qui tombe à ses pieds…
L’hôtel, de style colonial espagnol, s’il a été pimpant dans un récent passé, n’est plus entretenu. Les piscines sont vides, le jardin délaissé, les murs écorchés, plomberie et électricité sont montés à la turque, et les peintures tellement « beurnazées* » que les carrelages sont constellés de confetti multicolores. Les meubles sont en bois de cactus et cela leur donne un aspect inattendu.
Dans les baños pour damas (toilettes) de la réception, deux lavabos dont l’un laisse couler son contenu sur les pieds de l’utilisatrice, pendant que l’interrupteur expose son derrière de fils électriques. Manque de moyens pour entretenir et peu de laisser-aller. Dommage…
* Beurnazées : mot vendéen emprunté au vocabulaire de Maïté qui signifie "en grosses plaques débordantes"
16 avril 2009
Le baiser de l'Hôtel de Ville
Qui ne connaît le célébrissime "baiser" qui a fait le tour du monde et, je présume, la fortune de l'auteur de la photographie ? Je ne pouvais m'inspirer de son oeuvre sans mettre dans mes bagages l'image la plus représentative de cette époque.
Je n'ai pas réussi à rendre l'ambiance un peu brumeuse qui flottait autour des personnages, mais j'ai mis de la couleur sur le siège du premier plan. Mon préféré reste le précédent, avec les jonquilles...
Les deux dernière toiles que j'emporterai ont été faites d'après des photos d'un livre sur la France des années 1930/1939, soit l'immédiate avant-guerre, et vous les verrez d'ici quelques jours.
11 avril 2009
Des voyages comme Corail aime
Après avoir donné tant de mal à son propriétaire, découvreur et retapeur de génie, Le Café de la Plage beau sloop de 36.7 pieds (12 mètres à peu près) a vogué dans la vraie mer. Jusque là nous ne l'emmenions ou plutôt il nous emportait vers Marie Galante, Petite Terre, les Saintes, et puis moi je trouvais que le Capitaine Troyes manquait un peu d'ambition. Mine de rien, j'oubliais le "Patuelli" (bible de la navigation aux Antilles) à la page Dominica, lui contait les charmes de Portsmouth l'inoubliable accueil des Dominicais, bref, un jour, c'était décidé, nous y allâmes. Mer formée, vent très soutenu, nous surfâmes jusqu'à 9.6 noeuds. Bien sûr, pour les fans de la Route
du Rhum, c'est pas beaucoup, mais pour notre jolie coque de 42 ans ayant subit les affres de trafic de cocaïne, fouille de douaniers, oubli dans un hangar pendant 2 ans puis vente
aux enchères et ré-oubli de son avant dernier propriétaire, c'est beaucoup. Du coup, le Capitaine Troyes, n'en pouvait plus, il FALLAIT qu'il aille plus loin. C'est décidé, on descend en Martinique et si on a le temps, à St Lucie. Mais le Patuelli en main, on constate qu'il y a Antigua (vraie naviguation hors de vue) et aussi B... dont nous tairons le nom pour sauvegarder sa sauvageté, sa sauvagesse, sa sauvageonne.
Précision : ce que C. Troyes a fait à l'intérieur, il l'a fait aussi à l'extérieur ! Donc, à part la voile qui s'est déchirée et qui a demandé 3mètres de coutures dans ce voyage à Corail à Port Louis, il est complètement refait ! D'ailleurs, on va lui offrir une "garde robe neuve" à ce petit ! parce que les voiles quand même c'est important pour un voilier. Sur la photo de la plage de B... on voit : Le Café de la Plage, et une épave sur la plage, et C EST TOUT !

Comment faire pour aller de là à de là ??? Qu'est ce qu'elle raconte ??? Attendez, il y a un isthme qui commence sur la plage et qui donne sur un lagon intérieur où on ne peut pas aller car il n'y a pas assez de fond. Donc, si on veut visiter "la capitale de B..." (C...) on doit traverser cette lagune. Ou alors faire tout le tour mais comme la plage fait 12 km de long, même si on est au milieu, il reste au minimum 24 km à faire à pied...
Il suffit donc de sortir ses jambes du youyou et de marcher à travers la bande de sable ! Il fallait y penser... La prochaine fois, je vous montrerai comment on fait pour se nourrir à bord. Mais là on s'est levés très tôt (4h) pour passer les ponts de la Rivière Salée... On a mérité une petite sieste.
Pour se laver, c'est pas difficile, on saute dans le jacuzzi !!!
Pour la petite histoire, le prix d'une voiture ordinaire, 1 an de galère de poussières de ponçage, de restratification, de couture, de peinture, bureau Véritas, grosses réparations en tout genre, affres administratives, dégâts causés par les manipulations portuaires faites par des "professionnels"... Puis, peaufinage éternel, amour infini d'avoir sauvé du grand plongeon ce bateau qui nous rend si bien le temps qu'on lui a accordé.
08 avril 2009
Le baiser aux jonquilles
Je crois que, de toute la série, c'est mon tableau préféré, même si le visage de l'homme d
oit être repris. J'ai eu plaisir à modeler les plis du vêtement de la demoiselle, et à jouer avec les nuances de jonquilles, dont j'ai fait tomber une à terre (ma touche créative...)
J'ai pris quelques libertés avec le premier plan, et posé une caissette sur une structure d'osier imaginaire, tout comme les carottes qui dépassent du sac, faute d'avoir pu identifier l'original... (autre touche créative ?)
Cette photo est moins connue que celle de l'Hôtel de Ville (dont vous verrez mon interprétation dans quelques jours) mais je la trouve plus esthétique, plus naturelle, même si, comme l'autre, elle a dû être posée.
Je suis en ce moment la stakhanoviste du pinceau, car le départ approche, et mes amis nombreux Outre-Atlantique !
Qu'en pensez-vous ?





















