La Bourlingueuse

16 janvier 2017

Le repos

La Bourlingueuse est dolente et si elle a voulu participer au "devoir du lundi", le coeur n'y était pas vraiment et son imagination lui a fait défaut. D'ailleurs, elle retrourne se coucher : son médecin pense qu'elle a eu une pneumonie et pas une simple bronchite...

Repos

Léa est rentrée fourbue de l’hôpital où elle a assuré une permanence au service de cardiologie. La nuit a été rude pour toute l’équipe médicale mais leur satisfaction a été grande d’avoir pu réussir le challenge pour lequel ils sont si soudés : tous les entrants ont pu être sortis d’affaire… même et surtout cet homme encore jeune qui a eu la mort entre les dents et qui lui a fait si fort penser à Pierre…

 De retour à la maison, elle a cru s’allonger un instant sur le sofa mais a profondément dormi plusieurs heures. Léa ne s’est pas aperçue que Pierre est venu la rejoindre et que, sans façons, il s’est assis sur ses jambes qui fourmillent maintenant sous le poids des siennes.

 Comme elle voudrait qu’il l’écoute ! Elle veut absolument lui raconter le combat que l’équipe a mené pour faire repartir un cœur qui semblait vouloir s’arrêter… Mais Pierre est « ailleurs ». Elle voit bien que ses yeux ne suivent pas le texte du livre posé sur ses genoux. Et sa grande main qui a pris possession de sa cuisse à elle caresse machinalement le jean fatigué.

 Pourquoi insister ?

Elle commence à rêver à une oreille attentionnée, à une âme-sœur sensible aux mêmes engagements, aux mêmes combats qui les font si heureux d’avoir vaincu !

La prochaine fois, Léa acceptera l’invitation à dîner de ce jeune chirurgien nouvellement arrivé dans le service…

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09 janvier 2017

Le bus

A tous ceux et celles qui m'ont envoyé leurs voeux, sachez que j'émerge tout juste de quelques jours de léthargie : je n'ai rien vu du passage à la nouvelle année, et n'ai pas pu profiter pleinement de la famille venue de si loin. Je soujaite à tous une excellente année.

Le bus

Voilà… c’est fait !

Seule sa sœur était dans la confidence et c’est elle qui lui a permis de préparer sa valise et de la dissimuler dans la grange du ranch. Sous le prétexte d’aller au drugstore du village chercher du baume pour soulager les mamelles douloureuses de Blackie la Noiraude, sa vache préférée, Suzy a posé la valise dans le pick-up familial, cueilli au passage Francesca au coin du champ de maïs… et en route pour la gloire !

Car les deux sœurs n’en doutent pas : le succès est au bout de cette longue route qui de Madison à Hollywood, va faire sortir de l’anonymat Baraboo, le village endormi du Wisconsin au nom un peu ridicule où elles sont nées.

Dad était si fier le soir où Francesca a été élue Reine des Cranberries. Etre le père de la plus jolie fille du coin, croyez-moi… c’est pas rien ! Les choses se sont gâtées lorsque la jeune beauté a commencé à rêver en feuilletant les magazines de cinéma qu’elle empruntait à la « library » du collège. Dad ne s’est pas tout de suite rendu compte que Francesca n’avait plus le cœur à l’ouvrage pour aider Mum à préparer les repas, et qu’elle rembarrait volontiers Jim Johnson le fils du fermier voisin, avec lequel jusqu’alors, elle aimait tant plaisanter, au point que, Dad en était sûr, ces deux là finiraient leur vie ensemble.

Un soir à table, il avait bien fallu crever l’abcès…

« Hollywood ? Tu es crazy ma fille ! Si tu crois qu’on attend avec un pont d’or une pécore à l’accent de la campagne, tu es bien naïve »

« Et Ava Gardner ? elle n’est pas sortie des champs de tabac, peut-être ? »

« Moi vivant, tu ne partiras pas. Je t’aime trop pour te laisser prendre le risque de t’anéantir dans cette ville de chimères. Crois-moi Francesca, reste avec nous… C’est ici ta vie »

Mum, comme à son habitude, n’a rien dit pour ne pas contrarier son homme, mais si elle l’avait pu, peut-être aurait-elle encouragé sa croqueuse de gloire ?

Suzy a conduit le pick-up jusqu’à la gare routière de Madison. Francesca s’est assise dans le Greyhound qui va rouler jour et nuit à travers le pays jusqu’à Hollywood et Beverley Hills. A-t-elle un pincement au cœur ? Suzy l’a longuement serrée contre elle et elles ont fondu en larmes.

Francesca a regardé le paysage défiler, a parfois échangé quelques mots avec des voyageurs éphémères, puis a plongé confiante dans un sommeil peuplé de rêves en couleurs.

§

Ce que Francesca ne sait pas encore, c’est que, déçue, elle reviendra à Baraboo sans avoir connu la gloire, qu’elle épousera Jimmy, qu’ils auront des enfants et, en fin de compte, elle aura été très heureuse.

Un jour cependant où elle était restée seule dans le ranch pour quelques jours, Clint Eastwood passera en repérage pour un film : il recherchait un sujet, sachant seulement dans quel décor il voulait placer son histoire. Ils parcourront  ensemble la campagne sous le prétexte de photographier les ponts couverts du comté… et elle finira par lui confier sa folle escapade à Hollywood.

Bien des années plus tard, il ferait de cette rencontre un film où Méryl Streep tiendrait son rôle à elle, Francesca…

Ce chef d’œuvre a pour tire

Sur la Route de Madison  

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19 décembre 2016

Le collier d'Eurypyle

Le collier d'Eurypyle

Une femme élégante descend d’un taxi et presse le pas dans Old Bond Street comme si elle craignait d’être abordée par les passants qui déambulent en jetant des regards distraits sur les vitrines des prestigieuses boutiques de luxe de ce quartier huppé de Londres.

Son visage est connu pour avoir été célébré dans un passé lointain.

Elle est encore très belle en dépit de la cinquantaine qui a fané l’éclat de son visage, mais le regard est resté très doux, ombré de longs cils bruns. Sa longue silhouette pulpeuse a gardé sa superbe démarche et cette beauté si appréciée de l’homme dont elle a partagé la vie en secret pendant tant de longues années, ce peintre qui lui répétait que sa peau veloutée accrochait tellement bien la lumière…

Elle est entrée chez Tiffany après que Timothée, le vieux chasseur en uniforme chamarré qui se tient devant la porte et accueille la clientèle, l’a saluée en soulevant son chapeau à plumet rouge. Il a juste assez prolongé son geste pour lui faire savoir qu’il l’a reconnue, et cela lui a fait chaud au cœur, la ramenant aux temps bénis où elle venait avec John W Godward choisir les bijoux dont il aimait la parer et qu’il immortalisait sur ses toiles.

Sir Forsythe est le maître des lieux chez Tiffany, et s’il est venu la saluer, il a fait signe à l’un de ses subordonnés pour s’occuper d’elle qui ne fait plus partie de la gentry ; lui se réservant la clientèle du gotha… C’est qu’elle traîne aussi derrière elle un parfum sinon de scandale, du moins de trouble depuis le suicide inexpliqué l’an dernier du peintre dont elle était le modèle (et sans doute un peu plus selon la rumeur).

Elle a sorti de son sac l’écrin où dort le collier d’Eurypyle et doucement le caresse des yeux. C’est un crève-cœur mais sa situation est désespérée et elle doit se séparer de ces grains de lapis-lazuli et d’opale qui ont orné son cou au temps de sa splendeur et dont l’image éternelle est désormais accrochée aux murs du Metropole Museum of Arts de New-York, le prestigieux MET…

Ainsi va la gloire du monde…

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18 décembre 2016

Evangéline et le drame acadien

Pourquoi me suis-je mis en tête que la ville d’Evangéline était Martinville ? Pour y être déjà venue deux fois, mes souvenirs ont dû se télescoper avec un autre endroit !

Je m’apprête à faire amende honorable à Annick mais elle ne m’en laisse pas le temps et m’aborde l’œil sombre et la bouche amère pour me faire remarquer que c’est elle qui avait raison…

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Déjà la veille nous avions eu un clash quand, dans notre chambre, elle avait parlé de « nos ancêtres acadiens déportés », je lui avais fait remarquer que ni elle ni moi n’avions d’ancêtres acadiens… Il n’empêche : Annick tient à « ses » ancêtres.

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L’église de Saint Martinville est modeste, peinte en blanc et jaune pâle. Dans le jardin qui l’entoure, la statue d’Evangéline semble authentifier la réalité du mythe imaginé par Henry Longfellow dans son poème épique qui relate la terrible déportation des Acadiens depuis le Canada jusqu’en Louisiane. Cette légende a pris tant de consistance qu’il est probable que beaucoup pensent à la réelle existence d’Evangéline. Le long poème raconte qu’elle fut séparée de Gabriel son grand amour lorsqu’ils furent chassés d’Acadie. Elle devint infirmière, puis retrouva Gabriel qui, moribond, mourut dans ses bras et elle en devint inconsolable…

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Mais une autre version dit qu’Evangéline attendit des années à St Martinville sous un chêne vert qui est devenu gigantesque, et que si Gabriel revint, lui, s’était marié et était devenu père de famille. Elle en mourut de chagrin.

Vous choisirez l’un ou l’autre de ces dénouements selon votre sensibilité...

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Le chêne d’Evangéline est incontournable et ses branches gigantesques s’étendent largement, donnant un ombre fraîche à ceux qui auraient la velléité de s’y reposer. Je n’étais jamais entrée à l’intérieur de l’église où je retrouve les saints familiers : notre roi Louis IX (St Louis), Jeanne d’Arc la Lorraine, la petite Thérèse de Lisieux… et même la grotte de Lourdes est reconstituée sur l’un des côtés. Saint Martin en soldat romain casqué qui a donné son nom à la ville, n’a pas encore coupé la moitié de son manteau pour le pauvre homme grelottant de froid qu’il a rencontré, mais il a déjà le glaive à la main et montre le ciel d’un index impérieux. Un drapeau américain est accroché juste à côté de la statue.

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Il y a une Amérindienne dans le panthéon des saints de l’église. Serait-ce Katrini, celle qui a été canonisée et dont j’ai entendu parler pour la première fois au Québec ?

 St Martinville enterre aujourd’hui son héros local, l’ancien capitaine des pompiers, mort à 76 ans, que tout le monde semble regretter. De nombreux véhicules sont de sortie tous feux clignotants et on rubane de noir chacun d’entre eux en signe de deuil. Une limousine attend la famille et la brigade en grande tenue s’apprête à défiler pour la levée du corps.

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13 décembre 2016

Journée du Grand Réveil Acadien à Lafayette

Lorsqu’on regarde une carte de la Louisiane, ses contours font immanquablement penser à une botte, moins élégante de celle de l’Italie, et dont le bout effiloché laisse penser que celui qui la portait avait beaucoup baroudé dans des conditions difficiles à travers les bayous.

Carte Louisiane

En ce vendredi, le Grand Réveil Acadien se tient au Cajundôme qui réunit des familles cadiennes, tant celles de Louisiane que celles venues d’Acadie, et Jean-Marc va se trouver des cousins Breaux au Festival des Acadiens et Créoles où nous sommes conviés ce jour. Pas bégueules, ils ratissent large en enrichiissant l’éventail de leur patronyme à tous les Breau, Brault, Breault, Braud, Brot, Brow… et il s'est fait adopter !

Cajundome Lafayette

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Imaginez un vaste hall où chaque famille tient un stand sur lequel est exposé son arbre généalogique qui remonte au Grand Dérangement et au-delà. Bien que la langue française soit celle de leurs ancêtres, tous ne la parlent pas, car s’il y a eu durant un temps ici en Louisiane une désaffection pour le français, il semble aujourd’hui avoir repris sa place auprès des plus jeunes. Lors de mon premier séjour avec mes amis, nous avions longuement parlé à Bâton Rouge avec un couple qui gêné, avouait que leurs adolescents refusaient de parler le français qu’ils jugeaient vieillot, démodé, hors d’âge.

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Nous avons été regroupés dans une grande salle où sera servi le repas, mais la journée commence par la prestation d’une fillette qui va interpréter un chant avec une voix bouleversante. Elle a douze ans et une tessiture d’adulte.

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Le maire de Lafayette, arrivé en retard, a fait son discours entièrement en anglais, et doit visiblement ignorer les simples mots « bienvenue », « bonjour », « merci »… Choquant dans ce contexte, non ?

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Puis des cohortes d’enfants rieurs ont longuement défilé à grand bruit et pour leur plus grand plaisir !

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Après le repas, bien qu’ayant renoncé à assister à la réception donnée par le maire de Lafayette (qui je vous le rappelle ne semble connaître aucun mot de français) le groupe revient avec un certificat faisant de chacun d’entre nous un(e) « Citoyen(ne) d’honneur de Lafayette » et me voilà, comme les autres, nantie moi aussi de ce qui sera sans doute le dernier diplôme de ma vie…

Un orchestre de musiciens amateurs n’a cessé de jouer dans le hall, entouré du public qui danse ou reste assis selon le tempo de la musique. Je me suis longuement attardée à écouter ces rythmes particuliers dont on dit qu’ils ont influencé la country music.

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Dehors, c’est la fête où la bière locale et la musique ont coulé à flot, les chanteurs qui avaient de la bouteille ont assuré l’ambiance tandis que les chapelets de saucisses ont grillé en parfumant l’air ambiant.

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12 décembre 2016

Les roses de Formose

Les roses de Formose

Formose ce 14 décembre 1949

Song est tourmentée… Quatre jours qu’ils ont quitté le continent pour se réfugier sur cette île de Formose sous la pression du rival vainqueur  et de son armée de loqueteux.

Tchang a refusé qu’elle reste avec lui à l’état-major au cas où… car même si les Américains ont protégé leur repli (leur retraite ?) à travers le détroit, elle pourrait devenir une cible pour l’ennemi.

Song n’a pas eu le choix et malgré ses protestations, son mari l’a fait conduire dans cette maison isolée loin des dangers qu’il refuse de lui faire partager.

Tchang cependant lui a fait envoyer avant-hier ce bouquet de roses d’hiver  dans lequel elle a voulu enfoir son visage, surprise de ne lui trouver aucun parfum.

-- Ces fleurs ne sentent rien ! 

-- C’est normal, lui a dit Li-Ming, la responsable de sa garde rapprochée

-- Ces roses n’ont pas eu leur compte de soleil et sont aussi plus pâles qu’en été.

Li-Ming a respecté la consigne de Tchang et n’a pas quitté Song un seul instant. Les deux femmes ont fini par liquider deux bouteilles de baijiu pour corser le thé que le personnel désigné par Tchang tient prêt afin de satisfaire les besoins de la femme déchue, celle qui était jusqu’alors la Première Dame de la République de Chine.

Tchang n’a donné aucune nouvelle depuis ces deux derniers jours et sa radio reste muette. L’inquiétude monte dans l’esprit de Song et les noisettes qu’elle a prises machinalement dans le panier sont restées sur la table.

La brume épaisse de la saison d’hiver assombrit tristement le décor.

Mais… n’est-ce pas le bruit familier du moteur de l’automobile du général ?

Song a cru voir bouger les branches basses de l’arbuste devant la fenêtre et s’est subitement précipitée dans le parc, suivie comme son ombre par Li-Ming.

Il pourrait bien pleuvoir à torrents, Song s’en moque éperdument, l’homme de sa vie est revenu auprès d’elle et ils pourront désormais prendre à deux les rênes de la République de Chine : ils redeviendront ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. 

 Song a fermé les yeux et peut enfin se serrer dans ses bras.

 

§

 

Song, la veuve du généralissime Tchang Kai Chek, est morte à New York en 2003 âgée de plus de 105 ans. L’armée de loqueteux qui a écrasé le Kuomintang était commandée par Mao-Tsé-Toung et l’île de Formose est devenue Taïwan, où, bien plus tard est née Jasmine Huang, la talentueuse aquarelliste qui a peint ce bouquet de roses…

 

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09 décembre 2016

Fais dodo et laisse bon temps rouler !

Nous les cinq Nantais sommes les seuls du groupe qui n’avons aucune attache familiale avec les Cajuns d’Acadie ou de Louisiane.

La nuit est tombée lorsque nous arrivons à Lafayette pour le « fais dodo » traditionnel. Car nous voilà entrés non seulement en Louisiane, mais nous sommes  au cœur du pays (a)cadien !

La Louisiane, le plus français des états d'Amérique du Nord fondé au XVIIe siècle, a connu le Grand Dérangement en 1755, lors de l’arrivée des Acadiens après leur déportation du Canada, chassés par les Anglais parce qu’ils ne voulaient pas faire allégeance au roi d’Angleterre. Il existe ici une tradition que les Cadiens (Cajuns) ont su se transmettre de génération en génération et qui perdure de nos jours. Il s'agit du fais-dodo, bal familial du samedi soir. L'expression viendrait de l'habitude qu'avaient les mères cadiennes d'emmener leurs jeunes enfants au bal et de leur dire de s'endormir au son de la musique. Elles mettaient les enfants dans une pièce annexe de la salle et chantaient « Fais dodo Colas mon p'tit frère…» puis s’en allaient danser tout à côté !

En 1755, les Acadiens avaient donc été chassés de leurs terres d'Acadie (territoire canadien) par les Anglais. Ils ont alors trouvé dans les bayous de Louisiane un endroit bien plus chaud (mais aussi plus dangereux) pour s’y installer. Les bayous sont des marécages formés par les divers bras du Mississippi. Outre les maringouins (gros moustiques) on y trouve des alligators, des serpents, des ratons-laveurs, mais aussi une grande variété d’oiseaux. La langue des Acadiens (devenus au fil du temps Cadiens) est le français du XVIIIe siècle aux accents québécois.

Peut-être pour surmonter leurs malheurs, ils se sont fait une belle réputation de joyeux lurons qui aimaient danser ! Les familles se réunissaient le samedi soir chez l’un ou l’autre des habitants du village, en emmenant les enfants, y compris les bébés. La gastronomie et la musique faisaient partie de leur vie. Tout prétexte était bon pour faire la fête, et ainsi prendre le temps pour bien profiter de la vie. On y servait le jambalaya, à base de riz, de crevettes et d’ananas. Quand venait l’heure de danser, on installait les enfants n’importe où ; ils pouvaient dormir sur un banc, sous une table avec des couvertures… On leur disait alors « fais dodo » et les parents pouvaient alors danser jusqu’au matin ! La musique cadienne, jouée par un accordéon, un violon et un triangle (ou 'ti fer) est un mélange de genres musicaux et d'influences culturelles. Elle sera ensuite également interprétée à la guitare, la planche à laver (frottoir) et l'harmonica. Aujourd'hui, le fais-dodo est resté un bal populaire en Louisiane où parents et enfants dansent le quadrille sur des musiques Cajuns : le Zydeco (qui vient de l’expression les z’haricots sont pas salés) créé par les Créoles dans les années 30 et le Swamp boogie, rock’n’roll chanté avec l’accent acadien, deux variantes de la musique cajun.

Serons-nous ce soir dans le même endroit qu’en novembre 1997 la première fois que je suis venue ici à Lafayette avec les copains sous une pluie battante ? Dès l’abord, je ne reconnais rien et j’en ai la confirmation par le décor intérieur : une grande salle où sont alignées des tables, et au fond, un vaste espace parqueté où se tient un orchestre où quelques couples d’âge divers dansent déjà. Un grand ventilateur d’un mètre de diamètre tourne dans une cage qui protège le public de ses longues pales. Je remarque deux sexa-septuagénaires qui chaloupent en cadence avec un plaisir évident. Ils m’expliquent qu’ils ne sont que de passage à Lafayette mais ne manquent aucune occasion de venir ici « laisser bon temps rouler » selon l’expression populaire. Si je n’ai pas dansé (ça c’était dans une autre vie) Paulette, Dominique et quelques autres se sont laissé aller à la bonne humeur ambiante. La cuisine servie à table est cadienne, vous l’avez deviné…

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A 21 heures tout s’arrête et chacun rentre chez soi !

L’alligator de bois qui s’étale devant l’entrée a-t-il quelquefois fait peur au passant ?

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08 décembre 2016

Frogmore la plantation de coton n'est pas le Tara de Scarlett !

En route maintenant pour Frogmore Plantation à Ferriday. C’est la première fois que j’ai l’opportunité de visiter une plantation de coton, et celle-ci couvre 700 hectares ! Il y a peu de coton en Louisiane, l’agriculture étant principalement axée sur maïs, riz, soja, légumes dont la patate douce. C’est la pleine saison de récolte du coton, mais la visite commence dans un vieux bâtiment de bois qui est aussi le musée de Frogmore, où est projetée une vidéo en français que nous commente ensuite la propriétaire des lieux qui souligne les conditions de vie des esclaves d’autrefois. Il y a encore en activité des machineries presque centenaires qui égrainent le coton et en peignent les fibres.

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Aux murs sont accrochés des documents et des photos qui témoignent des débuts de la plantation. En 1860, William Gillespie, le fils des premiers planteurs, possédait 159 esclaves pour faire le travail et un nombre important de têtes de troupeau : 48 mules, 18 boeufs, 25 vaches laitières, 24 bestiaux (?), 80 moutons, 23 chevaux, 1200 acres (480 hectares) de production fermière, 10.000 boisseaux de maïs ; il récoltait 800 balles de coton...

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La maison des maîtres est relativement modeste : le décor reconstitué laisse penser que la vie mondaine n'était pas la préoccupation primordiale des planteurs de Frogmore avant la guerre de Sécession.

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06 décembre 2016

Nous entrons en Louisiane !

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Ici, nous sommes en Louisiane, l'état du Mississippi est sur l'autre rive du fleuve

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Nous avons eu tort de ne pas petit-déjeuner à l’hôtel en Louisiane où nous avons dormi, car l’accueil qui nous est réservé dans celui du Mississippi a été inversement proportionnel à nos attentes. Un personnel totalement dépassé qui proposait un café clairet servi après une longue attente, et au lieu de thé vert, servait une sorte de tisane… Pas de pain ni viennoiserie : comme d’autres, j’ai dû me contenter d’un pâton mal cuit et me suis focalisée sur le décor qui s’ouvrait par la vaste baie pour rester zen en la circonstance. Notre hôtel (l’autre, ou nous avons dormi) apparaissait au loin près des entrelacs d’acier du pont aux lignes vieillottes qui enjambe le Mississippi.

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Halloween se décline un peu partout et les pumpkins exposent leurs couleurs éclatantes dans ce matin d’automne. Et il y a même un étonnant vélocipède, ou plutôt un "grand bi" !

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Francette a une fois de plus râlé parce qu’il y a eu un retardataire qui était mécontent et qui avait tenu à être servi comme il l’entendait…

La traversée du Mississippi que nous faisons pour la quatrième fois depuis hier nous offre l’émotion d’un instant exceptionnel que notre ami Michel Lefèvre (chef d’orchestres) marque au saxo soprano à l’instant précis où nous entrons en Louisiane. Je n'ai pas su charger la vidéo qui est assez lourde parce que le Mississippi est très large et que Michel n'a pris son son saxo qu'au moment précis où nous arrivions en Louisiane, et je vous ai fait manquer un beau moment musical !

Nous avons d’abord fait une halte au post-office afin d’acheter les timbres qui nous manquent pour les cartes postales aux proches. Une bonne vingtaine de voyageurs disciplinés et seulement trois guichetiers disponibles qui ont pris tout leur temps. Vingt six stamps : 20 pour la France et 6 pour les amis US… me voilà parée !

Natchez  est construite sur une haute falaise qui domine le Mississippi et que l’on atteint par des escaliers depuis la rive du fleuve. Des arbres abritent les maisons qui ont une vue plongeante sur les eaux grises de l’Old Man River…

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Toujours planté sur la levée du fleuve, je retrouve le gazebo blanc au toit hexagonal rouge du haut duquel le copain Christian nous avait déclamé un poème de son cru lors de mon précédent séjour.

Les nombreuses maisons antebellum (d’avant la guerre de Sécession) sont un témoignage historique de ce que fut la ville dans son flamboyant  passé colonial…

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Stanton Hall est la plus belle et la plus vaste maison de l’époque : 72 m de longueur ! Construite à partir de 1857 par un riche Irlandais courtier en coton, il n’en profita que peu de temps puisqu’il est mort en 1859. Même pour l’époque, elle était d’un luxe incroyable, et les vastes miroirs de ses salons sont venus de France ! Les troupes de l’Union (Nordistes) ont occupé la maison pendant la guerre civile.

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Une jeune femme se tient sur le péristyle en robe du XIXe siècle beige rosé et pose pour la photo avec le sourire.

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Le déjeuner est servi dans un vaste bâtiment annexe. Francette nous a désigné les tables qu’elle nous a attribuées et recommande d’attendre qu’elle fasse signe avant d’aller se servir au buffet. Comme elle semble avoir oublié sa consigne, chacun va faire son choix, arrosé d’eau ou de thé glacé.

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04 décembre 2016

Bronzette au soleil

Demain lundi, j'aurai d'autres chats à fouetter et je risque d'oublier Lakévio : alors je prends un peu d'avance !

Bronzette sur la terrasse

Ah qu’il est doux de ne rien faire en se dorant au soleil !

Sur les planches de Deauville, la Promenade des Anglais à Nice ou sur la Croisette à Cannes, on ne parle plus que de cela : il FAUT avoir le teint hâlé pour être à la mode ! Ben oui… c’est nouveau… ça vient de sortir ! Pendant si longtemps, les élégantes ont protégé leur carnation sous des ombrelles afin d’en préserver la blancheur laiteuse… Seules les paysannes osaient montrer leur visage cuit et recuit qui prenait, quelle horreur ! des teintes de pruneau !

Puis est venue Gabrielle Chanel, dite Coco, coqueluche de la haute société qui n’était pas encore « branchée ». Fini tout ça ! Aujourd’hui en 1930, les blancheurs blafardes des bourgeoises sont  out,comme le dit Boy, son sweetheart. La grande couturière qui lance ses nouveautés dans le gotha avait subi un regrettable coup de soleil lors d’un séjour sur la Côte d’Azur qui l’avait fait revenir à Paris la peau dorée qui la rendait si belle que ses admirateurs (on ne disait pas encore les fans) adoptèrent illico son style de vie et sa bonne mine. De plus, tout le monde avait eu aussi un coup de cœur pour Joséphine Baker, et le bronzage était ainsi devenu une mode incontournable et un « must » social.

En ces années 1930, toute la gentry désormais profite du moindre rayon de soleil pour faire savoir au bon peuple des petites gens qu’elle passe son temps à ne rien faire d’autre que de se dorer la peau, mollement allongée sur des transatlantiques à la terrasse du Negresco, du Ritz ou du Carlton… en attendant de se faire servir les rafraîchissements. Le petit personnel est là pour son confort, quand ne rien faire est devenu un art de vivre, non ?

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