La Bourlingueuse

17 avril 2019

Au feu !

Un choc si douloureux...

Comme la pluoart des Français, je suis restée pétrifiée devant les images insoutenables que la TV diffusait. Comme la plupart des Français, croyants ou athées, je sais que Notre-Dame fait partie de notre vie.

incendie ND de Paris

J'y ai pénétré pour la première fois en juillet 1952, au ciours de mon premier séjour à Paris. Ma grande amie de l'époque, qui s'est fait religieuse quelques mois plus tard, m'avait demandé d'y brûler un cierge, et j'ai tenu ma promesse. J'avais noué un foulard sur ma tête (à l'époque, les femmes ne devaient pas pénétrer tête nue dans une église, tandis que les hommes, eux, devaient se découvrir. Or, en déposant le cierge sur l'un dese plateaux destinés à les recevoir, une voix, me dit soudain : "Surtout ne bougez pas !". La jeune femme a arraché le foulard qui s'était enflammé et le piétinait sur les dalles de pierre. Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur...

Ce même jour, je suis montée dans la tour et caressé le gros bourdon qui m'impresionnait tellement ! J'ai eu sûrement une pensée pour Esmeralda et Quasimodo. Je suis sûre aussi d'avoir visité le "trésor", mais je n'en ai gardé qu'un souvenir flou.

En décembre suivant, j'ai accompagné une autre amie à la messe de Noël, et nous étions placées par le plus grand des hasard près du pilier où Paul Claudel a découvert la foi.

Je n'ai pas beaucoup fréquenté Notre-Dame lors de mes séjours à Paris, et je crois bien que la dernière fois, ce fut avec des amis du Michigan que j'avais retrouvés lors d'un "tour" qu'ils faisaient en Europe (cinq capitales en une semaine !)

Il n'empêche, Notre-Dame fait partie de MON patrimoine et je pense aux bâtisseurs de cathédrales qui ont édifié ces merveilles qui, des siècles plus tard, nous enchantent encore.

Je suis blessée, malheureuse, comme je l'ai été lorsque St Pierre de Nantes a flambé en janvier 1972 à cause d'un chalumeau, au cours de travaux d'entretien.

Incendie cathédrale Nantes

Je suis blessée, malheureuse, comme je l'ai été lors de l'incendie du Parlement de Bretagne à Rennes en février 1994 après une manifestation au cours de laquelle des fusées de détresse avaient été lancées sur son toit.

incendie Parlement de Bretagne

Ce n'est pas fini : les Nantais ont encore vu flamber la basilique St Donatien en juin 2015, elle aussi en travaux.

Incendie basilique St Donatien

Détruite quasi totalement,au cours d'un raid de la Luftwaffe en 1940, la cathédrale de Coventry n'a pas pu, comme celle de Reims en 1914, être reconstruite à l'identique.

incendie cathéfrale de ReimsCoventry

 

Je ne verrai plus jamais Notre-Dame comme avant, et mon coeur saigne...

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15 avril 2019

Le poète et l'inconnue

Mais voilà qu'il flotte !

Le poète et l'inconnue

John Salminen

"En haut de la rue Saint-Vincent, un poète et une inconnue,
S'aimèr'nt l'espace d'un instant, mais il ne l'a jamais revue.
Cette chanson, il composa, espérant que son inconnue,
Un matin d'printemps l'entendra quelque part au coin d'une rue."

(La Complainte de la Butte)

 C'est de "l'espace de l'instant" que je voudrais que vous me parliez.

 Histoire inattendue, éphémère, dès lundi !

 §

Lilian a relevé le col de son veston élimé aux manches trop courtes qui ne lui couvrent pas ses mains gercées bleuies par le froid. Il a quitté la rue des Saules où les cuisines du Lapin Agile laissent flotter alentour des odeurs de poulet frit qui l’ont fait saliver. Son ventre crie famine malgré le quignon de pain que ce matin, le commis du boulanger, celui d’en face le Consulat, lui a glissé dans la main en douce.

Il n’est pas pressé de rentrer dans la mansarde glaciale qu’il partage avec Arthur, ce gars de Charleville dont les coups de gueule avec Paul, autre poète, lui rendent la vie si difficile. Mais ils n’ont pas le choix, ils tirent tous le diable par la queue. La logeuse sachant qu’elle ne peut louer son galetas qu’à des loqueteux aussi pauvres qu’eux, n’est pas trop exigeante.

La nuit est maintenant tombée, l’allumeur de réverbères a rempli son office et ranimé la flamme de ceux du quartier Montmartre. Lilian est arrivé tout en haut des marches de la rue St Vincent et son regard s’arrête sur une silhouette blottie au pied de l’un d’entre eux. S’approchant, il plonge dans un regard bleu si pâle que son cœur se serre. Sans un sou en poche, il a relevé la jeune mendiante qui lui tendait la main et l’a serrée contre lui. Son fichu qui s’est alors dénoué a laissé flotter des boucles que la lune nimbe d’or roux. Ils restent ainsi serrés, aussi grelottants l’un que l’autre. Il voudrait tellement lui donner un peu de chaleur, mais son pauvre corps est aussi glacé que celui de la jeune fille. Ils se sont longtemps regardé, n’ont échangé aucune parole, mais un long baiser a scellé leurs lèvres gercées par le froid. Ils sont ainsi restés enlacés flottant dans un autre monde où ils n’auraient plus jamais froid ni faim.

Un sifflement bref a soudain sorti les amoureux de leur rêve éveillé. L’adolescente a bondi et couru à toutes jambes vers l’homme massif qui se tient dans la lumière avare d’un réverbère et semble lui demander des comptes. Lilian a esquissé un pas pour secourir son inconnue, mais l’homme a vivement entraîné la jeune fille, lui entourant les épaules d’un châle qu’il avait apporté. Le papa peut-être… que la misère a contraint à envoyer mendier ses enfants ?

Lilian le sait : il la retrouvera et pour cela, il va remuer ciel et terre et composer une chanson qu’elle entendra forcément puisqu’il mettra dans la confidence ses compères musiciens montmartrois qui chanteront pour elle le message qu’il lui lance comme une bouteille à la mer et qu’il appellera :

La Complainte de la Butte

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08 avril 2019

Jusqu'à qand faut-il garder son âme d'enfant ?

 

La vie de quartier

La vie de quartier

En voici une, en voici deux, en voici trois !

De quoi nourrir une vie de quartier, n'est-ce pas ?

Les rideaux se soulèvent...

 On attend les commères... lundi !

 §

Lester Street est animée en cette fin de matinée veille de Christmas : la jeune Jennifer court et semble bien avoir oublié de revêtir son duffle-coat. Mais que fait-elle avec cette allure pressée et un peu ridicule qui ne lui ressemble pas ? C’est une enfant habituellement so quiet !

A la grande surprise du jeune Andrew  venu livrer le pain des Smith, Margaret la voisine d’en face qu’il connaît depuis toujours, a surgi, sauté la barrière et ajustant à la hâte son bonnet de laine grise, court aussi vite qu’elle le peut dans la même direction, sans toutefois tenter de rejoindre Jenny, suivie du jeune Harry échevelé qui a pris la peine d’ouvrir le portillon et s’apprête à courir derrière sa sœur et Jennifer leur voisine qui ouvre la marche.

Andrew a son job à effectuer avant midi et qu’il n’est pas question qu’il aille aux nouvelles afin de comprendre ce qui l’intrigue tellement ! Car il a bien tenté de leur crier « Où allez-vous si vite ? » aucun d’eux n’a répondu, pas même Harry, le galopin en knickerbockers qui lui laissent les genoux découverts.

Mrs Smith a ouvert sa porte et Andrew n’a pu s’empêcher de lui raconter la scène dont il vient d’être le témoin et qui l’intrigue. Saurait-elle par hasard les raisons qui ont fait se précipiter les trois enfants en direction du port ?

  •       Ah ! c’est donc cela ! J’ai en effet entendu dire qu’aujourd’hui peu avant midi, un clipper venu de l’Antarctique par le Cap Horn et transportant Santa Claus ferait escale au wharf 32. Le vieux bonhomme aurait voulu laisser ses rennes se reposer cet hiver et, profitant des avantages de la modernité, a cette fois pris le bateau…
  •       Mrs Smith, vous vous moquez de moi… ce n’est pas gentil…
  •       Non, Andrew… Je n’ai pas lu cela dans le Times, bien sûr, mais Mrs Glover m’a assurée de la chose…
  •      Si encore nous étions le 1er avril, je pourrais penser que Mrs Glover vous a joué un tour, mais nous sommes le 24 de décembre !
  •       Pour être certaine que l’information est bonne, je vais y aller moi aussi. Donnez-donc ce pain à Mr Smith et dites-lui que je suis partie aux nouvelles. Santa Claus aura besoin de toutes les bonnes volontés pour faire avancer son traîneau, d’autant plus que nous aurons cette année un Christmas sans neige…

§

Dubitatif, Andrew a fini sa tournée, mais, ne sachant « si c’est du lard ou du cochon » comme on dit en France, il a couru lui aussi vers le port où le clipper « Victory » était bien amarré au wharf 32, mais il n’y avait plus personne sur le quai désert… et il se pose la question : aurait-il son cadeau ce soir s’il dépose ses socks au pied de son lit ?

§

Réponse peut-être la semaine prochaine !

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01 avril 2019

Bouffées d'air sur un balcon

Un balcon

Un balcon

Fabian Pérez - Cendrillons de la nuit

Pour une bouffée... d'air.

 Nous saurons si la soirée a été bonne, lundi !

 

Quittant le salon où continuent de bavarder les autres invités, Geneviève et Jackie se sont isolées sur le balcon qui surplombe la rue violemment éclairée par les lampadaires équipés d’ampoules LED récemment installées pour des raisons d’économie… selon les édiles municipaux.

La douceur de ce printemps précoce a fait que les deux cousines ont toutes deux choisi, par le plus grand hasard, de porter la même petite robe noire qu’elles ont achetée sans le savoir dans la même boutique qui habille les élégantes de la ville. Elles en ont ri et lorsqu’elles se sont vues, et n’en ont pas été gênées… bien au contraire ! Cela prouve seulement que leur entente est si réelle que, comme auraient pu le faire des sœurs jumelles, elles ont séparément opté pour le même modèle. Il est vrai qu’on les prend souvent pour telles, et cela les amuse beaucoup au point qu’elles laissent planer l’ambiguïté.

Geneviève fume nerveusement, contrariée par l’annonce qui a été faite au cours de la semaine passée : il va falloir vivre dès demain à l’heure d’été et avancer sa montre d’une heure… Elle va devoir se lever plus tôt, alors que les soirées se prolongeront, et elle n’aime pas se coucher de bonne heure… Geneviève est une couche-tard dont les programmes TV qu’elle préfère passent en dernière partie de soirée. 

Elle déteste cette obligation qui date de bien avant leur naissance, alors que Jackie s’en réjouit.

-         Justement, dit-elle, nous pourrons rester au jardin ou sur la terrasse bien après avoir dîné, et, comme chaque     été, se baigner sur la plage jusqu’à la tombée de la nuit avant de dormir…

Ce n’est pas souvent qu’elles sont en désaccord… mais cette fois, chacune peaufine ses arguments.

-         Oui mais lundi matin et jusqu’en octobre… il va falloir sortir du lit trop tôt ! Ma grand-mère aussi dit que sous l’Occupation, les Française devaient vivre à cette heure de Berlin, l’heure allemande comme on disait, qui la faisait aller à l’école dans la nuit noire chaque matin d’hiver. Mon horloge biologique refuse de se plier à cette décision inepte, d’autant plus qu’il y a d’autres moyens d’économiser l’énergie avec les nouvelles technologies…

-         Dis-toi que peut-être… peut-être… cette heure d’été sera permanente dans quelques années… Alors, console-toi en attendant le mois d’octobre où tu la retrouveras, « ton » heure de sommeil en plus ! Plus de 54 % de ceux qui ont répondu à la consultation proposée par l’Assemblée Nationale ont choisi de garder cette heure d’été que tu détestes… Ce n’est pas rien…

-         Cause toujours, ma belle, tu ne me convaincras pas !

 §

 Les deux amies ont retrouvé  dans le salon leur groupe d’amis qui débattaient avec fièvre … de quoi au juste ? Vous l’avez deviné…

 Le passage à l’heure d’été !

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25 mars 2019

Laconique

 

Je n'ai pas... mais pas du tout été inspirée par le sujet...

La preuve !

 

Laconique

 

Laconique

Luce appelle Francis.

Nous ne connaissons que les réponses de Francis.A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce, connue pour être très bavarde en toutes occasions, et surtout au téléphone.

Quelle bonne d’idée tu as d’appeler… Je décrochais juste pour te téléphoner !

- Oui ?

- Tu ne devineras pas d'où je t'appelle…

- Non.

- Nous sommes arrivés ce matin. Ca te dirait de passer ta soirée avec la famille ?

- Mais, comme tu veux !

- Tu n’es pas contrariante à ce que je vois… et même pas étonnée !

- Ah bon !

- Il y aura aussi Germaine, il faut que tu le saches… Mais vous n‘avez pas un contentieux ?

- Mais non !

- Elle ne t’avait pas dépannée lorsque tu as eu cet accident et que tu étais en tort ?

- Non

- Je pensais que Germaine t’a avancé une belle somme que tu ne lui aurais pas rendue

- Pas cette fois.

- Parce qu’il y en a eu d’autres ? Je te propose de régler cette affaire au plus vite

- Pourquoi pas.

- Bon, c’est entendu, Hubert passera te chercher puisque ta voiture est indisponible

-  Ah, non !

Pourquoi pas ? Tu es aussi fâchée avec Hubert ?

- En effet.

- Ah ! ce n’est pas ce que m’a dit Hubert. C’est si grave ? 

- Peut-être.

- Pas de quoi fouetter un chat, il m’en aurait glissé un mot. Je le mets au courant ?

- Fais pour le mieux.

- Donc il pourra passer te chercher et te conduire jusqu’à Pornic. Pareil pour le retour ?

- Oui.

- Tu es ma p’tit’ sœur préférée tu le sais… Tu promets de ne pas t’emballer ?

- D'accord.

- Je te fais confiance

- C'est ça.

- A tout à l’heure donc…

- A tout à l'heure.

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18 mars 2019

Le lion

Le lion

Toile de Joshua Miels 

"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."

extrait de  Le Lion de Jodeph Kessel

Admiration, fascination, amour, amitié... Vous inclurez la phrase citée dans le portrait de votre choix.

 A la Galerie, lundi !

- Jeaaaaaaan ! Où es-tu encore ?

Mady parcourut des yeux l’immense jardin qu’avait créé son arrière-grand-père Victor au début de l’autre siècle dans une ancienne carrière de ciment que ses ancêtres avaient exploitée pendant des siècles. La maison familiale avait été bâtie tout en haut de la carrière, d’où le panorama du jardin était incomparable. Mady était toujours émue de reconnaître parfois sur des catalogues de Valmarin ou de Trauffut des photos du jardin de Victor, le patriarche qu’elle n’avait pas connu… Des coins ombragés réservaient leurs fauteuils de fonte peinte en blanc aux amateurs de lecture et aux joueurs de Scrabble ou de Monopoly… enfin… ceux qui, à cette heure  ne faisaient pas la sieste !

- Avez-vous vu Jean ? J’ai absolument besoin de lui pour qu’il m’aide à terminer mon devoir pour demain… Cette peste de prof m’a dans son collimateur et elle ne me fera pas de cadeau si je ne rends pas quelque chose de correct.

- Je l’ai vu passer avec une serviette de bain rejoindre son copain Léo qui voulait se rafraîchir au bassin…

- Quelle bonne idée ! Je reviens avec mon maillot…

Mady a bondi vers le bassin avec sa serviette autour du cou et le livre de Kessel sous le bras. Ses pieds nus ne font aucun bruit… et elle se fige en dévalant la volée de marches de pierres qui mènent au bassin. Le ciel vient de lui tomber sur la tête : Jean, son grand frère Jean, son préféré, enlace Léo, son ami, dont elle, Mady est follement amoureuse ! Elle avait flashé au premier regard sur ce bel homme aux yeux clairs… et elle aurait juré qu’il n’avait pas été insensible à son charme juvénile d’adolescente… Jean et Léo… Mady était anéantie, elle qui avait tellement rêvé de conjuguer Léo m’aime à tous les temps !

Elle détesta soudain Kessel, qui, à tout jamais, resterait lié à la découverte qu’elle avait reçue en pleine face… Elle qui était juste venue pour que Jean l’aide à comprendre afin de disserter sur une phrase tirée du livre Le Lion : "Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt. 

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11 mars 2019

Une silhouette derrière la vitre qui a changé ma vie

Silhouette

Silhouette

Fanny Nushka-Moreaux - Une journée ensoleillée - 2014

On ne distingue pas pas encore les traits mais on y projette toujours quelque chose. Je vais lire vos délires,lundi !

 

Yves n’était pas encore arrivé ; il m’avait demandé de le retrouver au bar de la Cigale sur la place Graslin, où nous avions nos habitudes. Ce soir là, il tombait des cordes, à croire que les écluses célestes s’étaient ouvertes pour se vider avant un été que l’on annonçait torride.

 Habituellement ponctuel, Yves se faisait attendre, probablement parce que la chaussée en bordure de l’Erdre avait été inondée et que la circulation devait en être ralentie, et peut-être même interdite par mesure de sécurité.

 Une table derrière la vitre constellée de gouttes d’eau était libre et je m’y installai afin de guetter l’arrivée de l’homme de ma vie. Tout en sirotant mon irish coffee mes yeux se portèrent sur la colonnade du théâtre, à peine visible dans la sombre clarté venue du ciel sous son déluge. J’en fus surprise, car la façade claire paraissait devenue gris sale.

Yves arriva enfin, son imperméable dégoulinant et les cheveux trempés malgré la courte distance qu’il avait eue à parcourir depuis le parking couvert où il avait laissé sa voiture.

 Son visage avait une expression que je ne lui connaissais pas, et je lui en fis la remarque. Il éluda mes questions et commanda lui aussi le même irish coffee. Il me confirma que ce qu’il m’avait dit plusieurs semaines auparavant, et qu’il espérait autant qu’il redoutait à la fois avait été entériné par sa direction. Il avait été muté à New York et me proposait de m’y installer avec lui…

 §

 Mais que faisait cette fille sous ce déluge derrière la vitre, qui ne quittait pas Yves des yeux en brandissant le cadran d’un téléphone portable où n’apparaissait aucune photo ? La présence de cette silhouette floue vue à travers le rideau de pluie qui la déformait m’intriguait.

Yves avait pâli et s’était figé : visiblement, il n’attendait plus ma réponse ; il me faisait penser à un souriceau fasciné  par le serpent qui va l’avaler. Cette fille en short tenait dans l’autre main un dossier rouge sur lequel le regard d’’Yves restait fixé. 

Elle le défiait la tête haute,  fit un geste puis s’éloigna soudain.

Yves s’était levé, me laissant là sans un mot, et se précipita au dehors pour la rattraper. Je le vis un court instant lorsqu’il passa devant la vitre derrière laquelle je me tenais, paralysée et incapable de penser.

 §

Yves est parti sans moi à New York pour une nouvelle existence : il ne m’a plus jamais donné signe de vie…

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04 mars 2019

Une partie de pêche

 

Une partie de pêche

Une partie de pêche en Bretagne

Un jeudi d’avril, de bon matin, debout sur une roche polie par le temps, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires de l’Ellé. J’étais revenue pour quelques jours dans mon nid natal et je n’avais pu m’empêcher de me saisir du matériel de mon père, grand pêcheur devant l’Eternel. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce multicolore en plumes de coq  sur l'eau agitée comme le ferait un insecte, tout à coup une série de fortes secousses répétées m'avertit que le leurre avait fait son office  et que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée. L’émotion me saisit soudain car j’eus la vision de mon papa qui, lorsque j’avais sept ans, m’avait initiée à la pêche à la mouche en ces lieux mêmes.

C'était un gros poisson, ou plutôt une très grosse « arc-en-ciel » ! Je le laissai filer, et puis, relevant avec précaution la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

S’il me voit, comme mon papa doit être fier de moi !

(d'après Erckmann-Chatrian)

 

Doublez le texte (au moins !) grâce à l'ajout d'adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc...

Bref, noyez le poisson !

 

Pêche aux textes, lundi !

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25 février 2019

Séquence à trois en mai 1937

Séquence à trois

Séquence à trois

Jan Toorop - Trois dames de profil avec rue. 

C'est le devoir à trois points de vue...

A lundi !

§

- Mais où courent donc tous ces gens endimanchés ? Serait-ce enfin la Révolution préparée depuis si longtemps par nos amis de la Cagoule et notre si cher ami Eugène ?

Anastasie est la mère désabusée et aigrie de Pélagie qui a hérité de ses traits mais pas encore totalement de sa méchanceté, et de l’adorable Irma,  qui a si peur des deux autres qu’elle n’ose même plus penser, et à plus forte raison exprimer ses sentiments à haute voix tant elle craint de subir les foudres maternelles…

- Mais non Maman ! Aurais-tu oublié qu’aujourd’hui s’ouvre au Palais de Chaillot cette Exposition Universelle où vont se précipiter tous les moins-que-rien de la capitale mais sans doute aussi de province, et peut-être de l’étranger… Il pourrait même y avoir des billets de train à tarif réduit, comme pour les congés payés de l’été dernier.

- Que me dis-tu là, Pélagie ? J’avais en effet oublié d’avoir entendu dire qu’il se construisait un pavillon de l’URSS à Chaillot ! Comment peut-on laisser entrer les Soviets et leur Œil de Moscou dans notre chère patrie ? Il n’est pas question que nous allions nous mélanger à cette populace vulgaire, même pour visiter le pavillon de nos amis allemands qui exposent l’ordre nouveau prôné par leur Führer, ou celui de l’Espagne, où le général Franco a tant de mal à remettre de l’ordre, combattu qu’il est par la lie internationale….     

Irma la Douce regarde fixement la foule serrée qui se presse pour aller voir l’Expo. Elle donnerait son âme pour être parmi ces gens joyeux et accompagner l’enfant en patinette qui précède ses parents et son grand frère à vélo… Mais voilà : elle est clouée ici par ces deus harpies qui délirent dans leur certitude d’être l’élite d’un pays qu’elles disent décadent et qui attendent… qui attendent quoi ?  Timidement, elle ose tout de même murmurer :

- Maman… Pélagie… il y a un mois tout juste que Guernica a été ravagée par les avions de M. Hitler, tuant des civils, femmes et enfants innocents. Je le sais, j’ai lu les journaux…

- Lirais-tu l’Humanité ma fille ? Ce torchon infâme ? Où ? Chez qui ? Je veux savoir. Ta place devrait être dans une maison de redressement !

Mais la douce Irma a détourné son regard : elle ne regarde plus sa mère, ni sa sœur, son regard a bondi dehors et elle se voit courir rejoindre cette foule joyeuse qui fait si peur aux fascistes… Heureuse… elle est enfin heureuse ! 

 

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24 février 2019

Escapade dans le delta de la Volga

Afin de bénéficier du prix réduit pour 20 participants, nous avons ratissé large, et un couple de Suisses s’est joint à nous, ainsi que Lisa. Une heure et demie plus tard, nous voici dans ce qui doit être une colonie de vacances d’été. Dans l’entrée des photos de pêcheurs aux prises prestigieuses d’esturgeons gigantesques prouvent que le coin est bon ! Depuis un ponton, nous sommes invités à prendre place dans trois canoës après avoir enfilé un gilet de sauvetage. Seule France, et Catherine son alter ego, embarquent les premières dans un endroit plus aisé pour notre invalide en chaise roulante.

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Quant à moi, la doyenne de la troupe, je vais descendre l’échelle verticale du ponton sous les yeux d’Hélène qui guide ma progression et aide à la réception. Nous sommes dans le dernier bateau qui file rapidement sur une eau tranquille. Elisabeth, Lisa et les Suisses sont avec nous. Sainte Claire aussi puisque le ciel est sans nuage et qu’il faut se protéger du soleil avec chapeau, capuche et lunettes teintées.

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Le bras sur lequel nous naviguons est aussi large que l’est la Loire à Cheviré, et nous savons que le fleuve peut être très profond à certains endroits. Les roselières se succèdent et les poissons sautent autour des bateaux. Une incursion dans un bras secondaire et nous voici réunis en un lieu où croissent d’étranges végétaux aux longues racines aquatiques et aux petites feuilles rondes. Nos pilotes cueillent des petites excroissances poussant sur les tiges, qu’ils dépouillent et font apparaître des sortes de noisettes qu’ils nous font goûter : ils les appellent « noix d’eau », et leur goût est plaisant. J’ai voulu rapporter l’une de ces plantes déracinées qui, bien enveloppée dans un sac plastique qui lui garderait son humidité, n’a pas voulu vivre en France. L’eau de pluie dans laquelle je l’ai transplantée n’avait sans doute rien à voir avec celle de sa Volga natale…  

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La balade se prolonge et il n’est pas facile d’imaginer l’incroyable lacis des eaux de ce delta, et le réseau serré des bras du fleuve : de quoi se perdre pour un touriste livré à lui-même. Un autre détour et nous voilà face à un lotus : il en reste un, un seul survivant en ce début d’automne. Vite une photo… Hélas ! le bateau suivant entre trop vite dans la nappe des plants de lotus et, bien sûr, ce rescapé de l’été en perd la moitié de sa parure au grand dam de tous !

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Voyant notre déception, le pilote de notre canoë redémarre et, en quelques minutes, nous trouve un endroit encore fleuri sur lequel on peut marcher et prendre les photos comme les graines des fleurs fanées.

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Notre Suisse n’a pas voulu salir de boue ses chaussures claires et nous sommes restés à bavarder… J’ai voulu l’amuser en lui posant la question :

-          Vous avez donc des comptes en Suisse ?

-          Chuuuuuut ! surtout ne le dites à personne… Ca ferait une affaire d’Etat et ma femme ignore tout !

J’aime les gens qui saisissent aussitôt et embrayent rapidement sur la plaisanterie…

Le soir va tomber et cette balade prendre fin. Le retour au ponton, l’escalade de l’échelle et l’abandon du gilet de sauvetage marquent le terme de notre expérience dans le delta de la Volga si près de la Mer Caspienne. Faut-il le dire ? Cette journée a été pour beaucoup d’entre nous l’apothéose du voyage.

Une modeste basse-cour abrite quelques lapins, un coq et quelques poules, mais celui qui s’en croit le souverain est un dindon blanc qui veille sur ses quatre dindes. J’avais oublié comme c’est laid un dindon ! Il a beau se prendre pour un roi, les pendeloques rouges et charnues qui lui pendouillent  du cou et sous le bec en font un épouvantail à nos yeux, mais les dindes n’ont visiblement la même échelle des valeurs que les humains ! Ils ne savent pas que leur sort sera réglé à la fin de l’année, même si le calendrier russe leur donne une semaine de répit à Noël ou deux au Nouvel An…

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