La Bourlingueuse

19 janvier 2020

Le rendez-vous à la Rotonde

Le rendez-vous à la Rotonde

23ème devoir de Lakevio du Goût

Hopper me rappelle chaque fois quelque chose de nouveau, me raconte une nouvelle histoire, un angle de vision que je ne soupçonnais pas.
Et vous ?
Que vous dit cette toile ?
Que fait la cette jeune fille ?
Qu’attend-elle ?
Dites le lundi…

 

C’était mon premier séjour à Paris, et je découvrais la capitale en me promenant seule dans la journée. Je logeais chez une parente qui travaillait et ne pouvait m’accompagner que le soir et les samedis et dimanches.

J’étais fascinée par tout ce que je voyais, et mes vingt ans trop sages me maintenaient dans les rails d’un chemin exempt de frivolité. Ainsi, j’avais dès le premier jour, visité le musée des Arts et Métiers où je tenais absolument à voir… le fardier de Cugnot ! Pour tout dire, je n’étais pas une marrante…

Un bel après-midi, je flânais sur les quais de la Seine, regardant avec surprise une jeune femme qui plongeait une sorte d’épuisette le long du quai et la remontait verticalement en raclant la paroi, avec à chaque fois, une écrevisse brune qu’elle posait avec d’autres dans un panier déjà bien garni. En ces temps-là, l’eau de la Seine était assez claire pour que l’on puisse voir les écrevisses accrochées aux parois des quais de pierre.

Un homme s’était accoudé près de moi et entama une conversation au sujet de la scène que je regardais depuis un long moment. Je ne réagis à ses propos que lorsqu’il me posa la question

-         Je suis sûr de vous avoir déjà rencontrée…

-         Je ne crois pas, non, je ne suis pas d’ici

-         Mais si… vous posez à l’Académie de la Grande Chaumière. Je me trompe ?

A ma grande surprise, je n’envoyais pas cet homme sur les roses. L’Académie dont il parlait avait une si bonne réputation qu’elle était venue jusqu’à la provinciale que j’étais et j’avais confiance.

Je regardais mon interlocuteur avec curiosité mais sans aucun à-priori : il émanait de lui une gentillesse et une courtoisie indéniables. Ma suspicion habituelle tomba et nous avons continué de converser en marchant le long de la Seine.

J’appris ainsi que, peintre et Américain, il était de passage en France et cherchait des sujets à peindre. Paris l’avait séduit et il ne pousserait sans doute pas ses explorations au-delà.

Il m’avoua alors avec simplicité que d’évoquer l’Académie de la Grande Chaumière avait été un prétexte fallacieux pour m’aborder, mais ma silhouette épanouie lui avait immédiatement fait penser que je pourrais être le modèle qu’il souhaitait peindre pendant les quelques semaines de son séjour à Paris…

N’étant pas majeure, il fallait l’autorisation de mes parents auxquels je devais écrire et attendre leur accord… si toutefois ils acceptaient.

 

§

 

Et voilà pourquoi je me trouve aujourd’hui à la Rotonde où je suis arrivée très en avance, attendant Mr Hopper et son chaleureux sourire.

J’ai une absolue confiance en cet homme qui m’a parlé en termes émus et si chaleureux de son épouse et de ses trois enfants restés à New York.  

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15 janvier 2020

Le carrefour et les petites annonces

En retard sans doute, mais vous en aurez deux pour le prix d'un !

Le carrefour du Zabrenn

Le carrefour du Zabrenn

Nous sommes en 1943, j’ai onze ans et reviens de la ferme de mes grands parents où je dois aller chaque jeudi chercher le lait pour ma tante chez qui je suis réfugiée depuis les récents et massifs bombardements de Nantes. Les autres jours, d’autres que moi en ont la charge.

La maison sur la gauche est un bistro de campagne que fréquentent les paysans du coin qui viennent aussi y acheter le gros tabac gris de leur ‘’décade’’, qu’ils rouleront dans du papier OCB entre leurs grosses mains calleuses et maladroites.

Le bouquet d’arbres au loin borde l’allée qui conduit à la maison qui m’abrite depuis quelques mois. En fait, je passe depuis toujours les vacances d’été chez mes oncle et tante où mes cousins sont mes compagnons de jeux.

Depuis près de trois semaines, nous sommes sans nouvelles de mes parents. Radio-Paris et Ouest-Eclair nous ont appris que Nantes a été écrasée sous les bombes des Alliés, et Grand-mère m’a, cette fois encore, demandé si on savait ‘’quelque chose’’. Comme si ce ne serait pas la première parole que je lui dirais dans le cas où…

Pourquoi ne suis-je pas inquiète ? Etais-je déjà l’indéfectible optimiste que je n’ai pas cessé d’être ? J’avais décidé que mes parents ne pouvaient pas avoir été blessés, ni à plus forte raison tués… Je n’osais pas l’exprimer, et les adultes devaient penser que j’étais insensible.

Cette route file vers le sud-est, et c’est dans ce sens que le 18 juin 1940, nous avons vu passer au bout de l’allée les premiers blindés allemands qui, contre toute attente, arrivaient de Brest où ils avaient foncé tout schuss avant de retourner se déployer en éventail dans le reste de la Bretagne.

Aujourd’hui, je ne reconnais plus le carrefour du Zabrenn : c’est un vaste rond-point au centre duquel trône un vieux chalutier et entouré d’immeubles cossus.

 

Petites annonces

Petites annonces

Henri s’embête ; Henri s’ennuie. Il ne sait que faire de son temps depuis qu’il a été contraint de prendre sa retraite.

Gilberte, la secrétaire du patron, qui avait consulté ses états de service lui avait suggéré que, remplissant tous les critères, il pouvait anticiper son départ.

Mais Henri avait tenu bon et s’était accroché. Il aimait prendre la route le lundi matin et faire la tournée de ses clients sur une grande partie du Grand Ouest.

Son travail de VRP, il le considérait comme une bénédiction, surtout depuis qu’il s’était retrouvé seul après le départ de sa femme Gisèle. Les enfants avaient fait leur vie loin de Paris et il devait bien admettre qu’ils ne lui manquaient pas vraiment.

Il aimait présenter la maroquinerie de luxe de la maison de prestige pour laquelle il travaillait depuis si longtemps. Il avait commencé dans les années 50 comme jeune vendeur dans la boutique du Bd St Honoré où il avait fait si bonne impression qu’on avait fini par lui confier une 203 Peugeot afin qu’il aille présenter en province les nouveautés de la maison qui avait élargi ses activités, tels les bijoux, montres et foulards.

Il avait épousé Gisèle, deux enfants avaient comblé leur vie. Et puis un jour, Gisèle était partie et Henri en fut inconsolable.

La solitude était moins lourde lorsqu’il était sur les routes, et il avait plaisir à retrouver au hasard des étapes, d’autres ‘itinérants’’ le soir à l’hôtel. Il avait ainsi noué quelques amitiés qui n’allaient pas plus loin que ces dîners qu’ils partageaient.

Le verdict était tombé le jour où il dut passer un examen de routine chez l’ophtalmologue. Il ne pourrait plus conduire !

Depuis plusieurs mois, il avait bien pris conscience que sa vue n’était plus assez bonne pour conduire le soir. Il avait bien fallu qu’il admette aussi que ce n’était pas plus brillant le jour : ce n’était plus raisonnable de prendre le volant… mais il n’avait pas envie d’entendre la voix de la raison.

On ne lui avait pas donné le choix : il pouvait prendre sa retraite dans les meilleures conditions, et on l’avait gentiment poussé vers la porte.

Depuis, Henri vivait à contre-courant, dormant le jour, errant la nuit dans les rues de ce Montmartre qu’il avait tant aimé, oubliant de se nourrir et mâchant son ennui et son désoeuvrement.

Ce soir, il s’est assis sous un lampadaire et s’est saisi d’un journal oublié sur le banc le feuillette et lit péniblement mais avec avidité les petites annonces comme s’il cherchait un travail, sachant bien que le travail ne voulait plus de lui.

Au fil des pages, ses yeux tombent sur les avis d’obsèques et soudain son cœur manque de lâcher…

Il lit les noms de celui qui fut son meilleur ami et de ses deux fils qui font part du décès de Madame Gisèle XXXXXX après une longue et douloureuse maladie.

§

Gisèle, dont il ne s’était jamais guéri de son abandon…

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13 janvier 2020

Ca n'a pas pété, mais ç'aurait pu

Que je vous raconte, comme dirait le Goût...

Avec tous ces événements, j'ai omis de vous parler d'une aimable plaisanterie dont quelques Nantais (qui n'ont pas d'humour) n'ont pas apprécié la drôlerie.Jugez-en...

Le lundi 16 décembre peu avant midi, voulant préparer mon repas, j'ouvre le gaz sans méfiance aucune, ... et rien ne se passe... Je vérifie la clé pour être sûre que, par distraction ou par l'effet Alzheimer, je n'aurais pas inversé la manoeuvre.

Pas de gaz. J'appelle ma voisine qui répond que leur haudière est sans doute en panne et ils attendent le technicien. Ma remarque lui met du coup la puce à l'oreille et nous sonnons à la porte d'un autre voisin : celui-ci annonce que sa femme a appelé Gaz de France (je ne suis pas sûre que GDF existe encore avec toutes ces magouilles, je veux dire ces bouleversements financiers), sa femme donc, a téléphoné à la Société qui distribue le gaz et qui lui a été répondu que des travaux étaient en cours mais que tout serait OK avant le soir. Le chauffage en sommeil a fait descendre la température ambiante à 15°, mais c'était supportable. Que diantre ! on en a vu d'autres dans une vie de vielle dame. J'ai connu la guerre et l'Occupation, avoir froid dans la maision, je connais... Comme la Nature qui a prévu des couches de peaux superposées pour l'oignon, j'ai donc accumulé les lainages, enveloppé le tout dans une robe de chambre confortable... et attendu la renaissance de la petite flamme bleue. Ma cuisinière étant dotée d'un feu électrique, j'ai tiédi la cuisine grâce à lui, réservant le four pour l'instant où j'aurais vraiment trop froid.

Le mardi 17 au matin, toujours pas de gaz (ni de chauffage, bien sûr). J'ouvre frébrilement Ouest-France qui ne mentionne pas l'incident dont nous sommes victimes. Par chance, le courant électrique avait bon pied bon oeil, et confiants, nous attendions la fin des travaux. Cela d'autant plus que la rue où débouche la nôtre n'avait pas ces désagréments, ni celle de mes enfants dont la maison est à 150 m de la mienne... Nous ne comprenions pas où se trouvait ce chantier qui coupait le gaz aussi longtemps.

C'est une amie qui dans l'après-midi, m'appelle pour dire que la CGT à la radio venait de revendiquer la coupure de gaz dans "quelques rues de Nantes" et ce, depuis le dimanche 15 au soir. Youpiiii ! la nôtre a donc été tirée au sort ! On a gagné quoi ? Les grévistes sont formels : ils ne céderont pas... et les 1500 foyers nantais sans gaz cintinueront de se geler...

Mercredi 18 : statu quo on continue de se peler, et Ouest-France donne quelques détails prudents.

Jeudi matin 19 enfin... Une équipe de volontaires venue du Morbihan sonne à la porte et vérifie que tout est OK (chaudière et robinets de la cuisinière fermés) avant d'ouvrir la vanne individuelle qui est sur le trottoir devant chaque maison.

Je ne discute pas ici du droit de grève, mais laissez moi vous dire que je suis indignée de tels faits. Comment peut-on faire prendre de tels risques d'asphyxie ou d'explosion à une population qui ne peut rien pour faire avancer leur schmilblick ? Comment ont pu vivre une telle situation les mamans de jeunes enfants frigorifiés ? Par chance, le temps était plutôt doux. Ma propre maison est ancienne (130 ans) mais bien isolée et ses murs épais ont gardé la tiédeur ambiante... Mais il y a des immeubles et des habitations où il ne fait pas chaud en hiver... sans parler de ceux qui limitent le chauffage faute de pouvoir payer les factures.

J'ai parfois envie de mordre...

 

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16 décembre 2019

L'âne et le boeuf s'imlpatientent

Cette toile de Claude Guilleminet, avec son bœuf et son âne gris, me rappelle quelque chose, mais quoi ?
Je trouverai bien quelque chose à vous en dire.
Je suis sûr qu’à vous aussi elle va inspirer une belle histoire.
Alors lectrices et rares lecteurs mais chéris aussi, je compte bien vous lire lundi…

 L'âne et le boeuf

L'âne et le boeuf s’impatientent en l’étable reconstituée dans le coin du transept de l’église…

 Depuis l’aube le coq juché (non plus sur le tas de fumier comme dans les histoires d’autrefois, mais sur le capot de la vieille Deudeuche de Monsieur le Curé) a guetté la route déserte où pas même la camionnette du boulanger n’est apparue.

 Que se passe-t-il ? La chose est inexplicable. C’est la première fois que Marie et Joseph sont en retard pour figurer dans la crèche vivante du village de Sainte-Marie-sur-l’Ellé, si célèbre maintenant que l’on vient de partout la visiter.

 C’est Médor, le chien-loup du notaire, qui a donné l’explication que personne n’attendait : les Gilets Jaunes ont bloqué tous les ronds-points alentour. Marie et Joseph attendent fébrilement qu’on les laisse passer, car la naissance pourrait être prématurée et l’enfant arriver avant Noël, ce qui aurait de quoi bouleverser les traditions, non ?

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15 décembre 2019

Les ennuis recommencent !

Lucien mon petit-fils est passé hier et, par acquit de conscience, est allé vérifier à la cave que tout allait aussi bien que je venais de le lui affirmer.

Il y a encore une semaine, tout me paraissait redevenu normal me semblait-il... Lorsqu'il pleuvait (et il a beaucoup plu les jours suivants) je me sentais délivrée d'un grand poids, puisque les travaux qui avaient défoncé le sol de mon garage avaient permis de trouver une conduite en PVC fendue sur 15 cm.

Lucien est remonté avec une mauvaise nouvelle : la petite fosse était à nouveau pleine d'eau qu'il a aussitôt vidangée dans un seau qu'il a vidé dans le jardin en plusieurs fois... Il va revenir chaque jour.

J'ai assitôt pris contact avec mon assureur. Par chance, l'interlocutrice au bout du fil a été cette fois à mon écoute et a pris en compte toutes mes remarques. Car, n'ayant pas fourni le devis des maçons AVANT les travaux, l'assurance était en droit de ne pas me rembourser du tout (elle n'a pris en charge qu'une partie de mes débours, et je ne parle pas de la franchise). Mais le maçon m'avait dit qu'il ne pouvait faire de devis, les conduites défectueuses pouvaient l'amener à creuser sur plus de six mètres, 3 dans le garage et 3,30 m dans une pièce de vie carrelée.

Comme si, en cas d'incendie, on envoyait un devis à son assureur avant d'appeler les pompiers...

J'en suis là, le moral dans les chaussettes comme vous pouvez le penser !

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10 décembre 2019

La plage sous la lune

La plage sous la lune

La plage sous la lune

Il fallait vraiment que la mission soit importante pour que l’Amirauté anglaise fasse prendre de tels risques au sous-marin qui allait débarquer les six hommes chargés de la réaliser dans la France occupée.

 Car enfin, faire surface  si près d’une côte surveillée par les canons et les mitrailleuses allemandes par une nuit de pleine lune à peine voilée de nuages était pure, folie se disait le vieux Fanch qui attendait le bref rayon du projecteur lui annonçant que le transbordement n’attendait plus que lui et ses équipiers.

Heureusement, en cette fin de nuit, les sinagots concarnois sous voiles chalutaient le long de la côte, hors des champs de mines, et retiendraient peut-être, du moins l’espérait Fanch, l’attention des veilleurs dans les blockhaus qui couronnaient la côte de granit.

Deux canots seraient nécessaires ce soir et les quatre rameurs devraient souquer dur avant d’arriver jusqu’au submersible sans se faire repérer, embarquer les hommes, trois dans chaque bateau et vite revenir à la côte, poussés par la marée montante. Fanch n’est pas tranquille mais ne laisse rien paraître. Il est probable que chacun d’eux rumine les mêmes pensées. Reviendront-ils chez eux ?

§

 Fanch et ses compagnons sont revenus… Peut-être cette nuit là, les artilleurs teutons rêvaient-ils de la Lorelei, égarée en Bretagne par la fée Viviane et son compère Merlin ou par la redoutable Morgane la magicienne ? 

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02 décembre 2019

Le serre-volant de Jeannette

Le serre-volant de Jeannette

Le cerf-volant

La petite Jeannette est si heureuse ! Elle aussi va pouvoir enfin courir dans la prairie en faisant voler ce que Pierrot son grand frère a bricolé pour elle avec ce qu’il a trouvé dans la remise de la ferme des parents… Mais auparavant, ils étaient allés tous les trois près de la rivière où poussent les saules, afin d’en couper les fines pousses si souples, nécessaires pour faire l’armature sur laquelle il fallait tendre la toile bise plus qu’à demi usée, vestige d’un vieux drap cent fois raccommodé.

Elle est impatiente, mais Pierrot tient absolument que  la queue dont il a garni l’engin soit longue, plus longue en tout cas que celle de l’objet que la prétentieuse Yolande qui regarde Jeannette de haut avec son jouet acheté dans un magasin spécialisé de la ville. Depuis plus d’une semaine, la fille du manoir vient la narguer dans la prairie de ses parents où paissent leurs vaches. Yves, le petit frère plie les papiers que Pierrot accroche un à un.

Jeannette n’en peut plus… elle veut courir et se mesurer à Yolande. Impatiente, elle veut s’élancer et faire voler son serre-volant bien plus haut que celui du marchand de la ville, même s'il a plein de belles couleurs…  

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25 novembre 2019

Balade hivernale

Balade hivernale

Balade hivernale

Quelque chose m’est suggéré en regardant cette toile.
Mais vous ? Que vous dit cette toile ?
Si voulez bien faire ce « devoir de Lakevio du Goût », vous le commencerez par cette phrase « J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier. »
Et le clorez par « Ce fut un chagrin désordonné. »

J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier.

Confortablement chaussée de mes hautes bottes, celles que je préfère et que je traîne depuis des années, j’étais bien décidée à faire remonter de mon subconscient les détails qui me permettraient de reconstituer les faits tels qu’ils s’étaient déroulés et que les années avaient estompés. Bien sûr, les rues de Ste Barbe-sur-l’Ellé même en hiver ne ressemblaient pas vraiment à ce quartier de Paris où la neige s’était invitée inopinément, mais tout de même, l’ambiance s’y prêtait : je voulais absolument tenter de reconstituer  un bref instant de mon enfance.

Je devais avoir six ans et la neige épaisse qui recouvrait notre rue m’avait incitée à quelques timides glissades… Nous les filles étions désavantagées par rapport aux garçons, car il n’était pas question qu’en cas de chute, on put laisser voir ne serait-ce qu’un bout de notre culotte ‘’Petit Bateau’’ ! J’étais seule et j’avançais prudemment sur mes ‘’claques’’ de bois en glissant sur la neige tassée, et ma foi, je m’en tirais assez bien et savourais ma performance avec un plaisir sans mélange.

J’avais bien remarqué une voiture stationnée au bout de la rue, mais sans y avoir vraiment prêté attention. Après plusieurs allers et retours, je fus frappée par le visage de cet homme au volant qui ne me quittait pas des yeux en me fixant intensément. Ses traits me paraissaient familiers et cependant, j’étais certaine de ne l’avoir jamais vu auparavant. Qui pouvait-il être ? On m’avait tellement recommandé de ne jamais parler à des inconnus que, malgré mon envie, je ne fis rien pour m’approcher de lui.

Mes glissades finirent par me lasser, et l’homme était toujours là. Il avait baissé la vitre de la voiture et, visiblement attendait que je m’avance. 

Pourquoi, rentrée à la maison, n’ai-je parlé à personne de cette rencontre qui n’en était pas une puisqu’aucun mot n’avait été échangé ? Quelque chose m’avertissait que c’était un terrain brûlant et qu’il valait mieux ne rien dire…

Me voilà aujourd’hui dans cette rue de Paris si pareille à celle de la maison de mon enfance, et je laisse remonter les images enfouies. Le visage de l’homme au volant se précise. Un flash : je comprends pour la première fois qu’il s’agissait de mon grand-père maternel, celui dont on ne parlait jamais, dont aucune photo ne figurait dans le panthéon familial. Je sens confusément qu’on a voulu me protéger d’un danger en puissance…

Malgré moi, j’ai levé les yeux vers le bout de la rue parisienne que je parcours avec difficulté dans la neige molle. Une voiture est garée mais personne n’est au volant. 

Je sais qu’aujourd’hui je suis assez forte pour aller demander des comptes à ce grand-père inconnu dont l’existence même a été effacée. Mes parents sont morts et je n’ai jamais su de quoi était accusé ce fantôme inexistant…  

Même si je crois aujourd’hui en avoir deviné la cause, ce n’est peut-être qu’une hypothèse… une terrible hypothèse…  

Mon enfance fut privée de la tendresse que mes petites amies avaient pour des grands-parents ‘’gâteaux’’, puisque, me disait-on, mes quatre grands-parents étaient morts, et qu’il n’y avait de photos que de trois d’entre eux.

Ce fut un chagrin désordonné.

§

Mes inondations sont derrière moi et tout est réparé : je vous tiens au courant et vais voir avec l'assurance !

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17 novembre 2019

Champion !

Champion !

Dernière étape

Le petit Raymond a un rêve secret, mais il ne veut pas en parler à sa famille, certain qu’on se moquerait (gentiment) de lui.

 A la ferme dont ses parents sont métayers, il s’entraîne en cachette, bien décidé à faire à chaque fois mieux que la précédente.

 Le dimanche il accompagne souvent ses deux frères qui disputent des courses cyclistes régionales et commencent à se faire un nom. Roulant sur le vélo de sa mère, il lui arrive même parfois de se mesurer à d’autres galopins qui courent aussi sur les routes du village…!

 Raymond est concentré : il a été un élève appliqué auquel son instituteur s’intéressait et à qui il avait confié son rêve : il est convaincu que sa vie est ici, pas ailleurs… Il réussira, il en est sûr… Ce qu’il faut, c’est se préparer avec sérieux et persévérance, et pour ça… Raymond est le meilleur.

 Il s’est inscrit sans le dire à personne, hormis son vieux maître d’école qui l’a encouragé et l’a aidé pour tout ce qui concernait le matériel dont il fallait se munir. Pour ne pas risquer de perdre la face devant sa famille en cas d’échec, ils sont partis seuls jusqu’au lieu de l’épreuve, car même une deuxième place l’aurait mortifié. Il est parti pour gagner !

 Au signal de départ, Raymond a croisé le regard bienveillant de son mentor et il s’est élancé confiant, l’œil maintenant fixé sur la longue ligne droite qu’il s’agit de tracer sans dévier…

§

 Fou de joie, il est tombé dans les bras de son maître d’école avant de monter sur le podium : Raymond est proclamé Champion de France de labour à l’ancienne ! Comme ses parents vont être fiers de lui ! Car la télévision est présente et Raymond Marcillac lui-même l’a interrogé et il lui a confié que le reportage passerait immédiatement après l’allocution du général De Gaulle, chef de l’Etat.

 Il faudra bien sûr aller à Guéret pour assister à son triomphe devant un écran, car personne au village ne possède encore l’étrange lucarne, comme on aime à appeler cet appareil hors de prix, même pour un champion de France de labour à l’ancienne !  

§

Le maçon et son fils sont arrivés chez Gwen et attaquent le sol du garage... Elle vous tient au courant, c'est promis !

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12 novembre 2019

La baigneuse de Degas

La baigneuse de Degas

Degas et le pied

Gwen n’en sort pas : tous les blogueurs ont deviné que Jeanne, c’est elle, et que l’eau de sa cave va partir à l’assaut de ses bonnes bouteilles de pomerol… et elle frémit…

 Son assurance a fini par lui écrire qu’une Multiassistance allait la contacter, mais ça, c’était vendredi… et ce week-end s’étant allongé, il ne s’est encore rien passé.

 Si ! un ami est venu samedi avec un ‘’furet’’ de professionnel, et il semble que le point de rupture d’une canalisation pourrait avoir été détecté. Ne reste plus qu’à défoncer une partie du sol du garage et espérer des jours meilleurs.

 Indéniablement, Gwen sait que l’eau est pluviale, et la montée s’accélère après chaque averse… et elles ne manquent pas en cet automne qui veut faire pardonner la sécheresse de l’été ?

 Le moral dans les chaussettes, elle regarde les niveaux de l’eau infiltrée et traque les repères qui confirment l’hypothèse de la canalisation cassée, sans comprendre comment cela a pu arriver…

 En attendant, pourquoi ne pas se faire couler un bain ?

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