La Bourlingueuse

28 janvier 2012

Guadeloupe... je t'aime !

Les Guadeloupéens ont au moins deux passions… Non ! Je ne parle pas ici du « ti-punch » : les combats de coqs et leur « Grenat » !

Les « pitts à coqs DSC_0710» (gallodrome est le nom officiel) ne sont pas rares en Guadeloupe, mais je pensais que les combats avaient été interdits et qu’ils n’étaient plus que des lieux devenus inutiles. Or, la loi permet qu’ils perdurent dans les régions où ils sont une tradition ininterrompue. C’est pourquoi lorsque j’ai accompagné Bernard  chez l’une de ses patientes pour célébrer le Nouvel An au champagne et punch coco, j’ai été surprise que Paulette m’invite à un combat de coqs qui se déroulerait chez elle le 15 janvier, dans le pitt dont elle est propriétaire… Et elle était fière de dire qu’il viendrait des coqs de Martinique et même d’Antigua : « Ce sera une belle journée ! ». J’ai promis sans savoir si je pourrais venir, curieuse d’assister pour la première fois à un combat, alors qu’il ne me viendrait pas à l’esprit  de voir un match de boxe, même entre deux vedettes du « noble art ».DSCN4791

DSC_0116Paulette m’a placée sur les gradins à côté de Versini son mari, qui m’a expliqué les règles dans un français créole que j’ai fait semblant de comprendre pour ne pas le faire trop répéter. Bien sûr, le spectacle est dans la salle, et les paris se font dans un brouhaha ponctué de cris et des cocoricos de coqs impatients. Les billets de banque se tendent au bout des doigts lorsque les propriétaires présentent leurs champions. Car les paris ne sont pas officiels : chaque spectateur choisit son vainqueur potentiel et parie individuellement avec un autre spectateur, qui peut aussi bien parier sur le challenger avec son voisin, étant sûr dans ce cas de rentrer dans ses frais ! Trois DSCN4811DSCN4812DSCN4819« officiels » examinent et pèsent les coqs, qui combattent selon leur poids et leur âge, et les propriétaires déposent chacun une somme d’argent (j’ai entendu parler de 500 €) et le vainqueur empoche le tout (sa mise et celle du vaincu). C’est à ce moment que chaque coq est équipé d’ergots d’acier. Lorsque sonne la cloche, le public évacue l’arène, chaque coq  est « présenté » à son adversaire avant d’être posé à terre pour que commence l’assaut. Il a été minutieusement préparé pour le combat, sa crête et les barbillons coupés, le ventre et les cuisses déplumés. Il a été longuement entraîné, massé comme un champion sportif… et probablement dopé par les produits vendus en coulisse ! Mais il ne sera pas mis à mort, et je n’ai pas vu de sang couler : de rares plumes ont parfois volé, et quand l’un des deux se couche par deux fois, il est déclaré vaincu. Un « pépé » propriétaire en chapeau comptait une liasse de gros billets lorsque je sortais…

  
Combat de coqs

grenatDepuis si longtemps que connais « l’île aux belles eaux », je n’avais pas remarqué le nombre impressionnant de Motobécanes qui roulent sur les routes de campagne entre les champs de canne à sucre. Ces survivantes des années 1960 qu’on ne voit plus en métropole que dans les musées (et encore !) ont encore belle allure et sont la fierté de leurs pilotes, qui les bichonnent comme d’autres le feraient avec leur voiture de collection.

Pour être « in »,la Motobécanedoit être de couleur chaudron : la bleue est nettement moins cotée ! Mais ici, on l’appelle avec respect « La Grenat »… et avoir une Grenat… c’est le top ! Elle est choyée, astiquée, toilettée, entretenue par son propriétaire qui en parle comme il le ferait de sa maîtresse favorite. Et puisque toute chose précieuse suscite des convoitises, les vols ne DSCN4826sont pas rares et le dépossédé laisse couler toutes les larmes de son corps pour DSC_0466exprimer son chagrin. C’est ce qui est arrivé à Monsieur Fa… l’an dernier ; c’est pourquoi il laisse négligée la « Grenat » qu’il a rachetée, afin de ne pas prendre de risque. Plusieurs de ses cabris ont récemment disparu une nuit avant Noël : son cochon est désormais attaché par une chaîne sous un arbre. Il a sorti « sa Grenat » du hangar de tôle qui l’abrite et m’invite à l’enfourcher. Pari accepté !

Son épouse, prévenue de notre visite, a préparé pour moi une bouteille de schrub (rhum arrangé avec zestes d’orange, cannelle, gingembre, vanille) et des légumes pour Hélène et Bernard. C’est ça la simple générosité des gens « d’en bas ». Eux sont d’origine indienne, dont les ancêtres sont venus au XIXe siècle par contrat faire dans les plantations le travail que les esclaves Noirs affranchis refusaient. Certains purent retourner aux Indes au bout de cinq ans, d’autres furent « oubliés » sur place, et on les appela « coolies ». C’est ainsi que la cuisine créole s’enrichit des saveurs de cari et de colombo. Madame Fa… a perdu un œil après une banale opération ratée de la cataracte, mais j’étais prévenue : elle est l’image de l’éternelle bonne humeur !

Quel bonheur d’avoir rencontré au pitt Paulette et son mari et M. et Mme Fa… (j’ai oublié leurs prénoms, à ma grande honte)    

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22 janvier 2012

Le mot interdit

DSC_0765lapin

Comme chacun d’entre vous  le sait, il y a des mots qui ne doivent pas être prononçés sur un bateau (tout comme la couleur verte est exclue au théâtre) et particulièrement, celui évoquant l’habituel hôte des terriers et des clapiers, celui qui fait se hérisser des marins aussi endurcis que notre Kersauson national, ce délicat poète au langage fleuri, qui ne parle de lui qu’en ces termes « l’animal aux longues oreilles »…

Ceci vient depuis le temps de la marine en bois, quand les marins partant pour de longues traversées embarquaient des animaux vivants qui leur permettraient de se nourrir autrement que de bœuf et de porc salé… Seulement, il arrivait que les rongeurs boulott(ass)ent leurs cages et aillent (allassent) goûter aux réserves de grains dans les cales, où ils retrouvaient des passagers clandestins, les rats. Que voulez-vous que fît tout ce beau monde avec les quenottes d’ivoire acéré dont le Ciel les avait dotés ? Ils rongeaient ne vous déplaise, tout ce qui leur tombait sous la dent : nourriture, voiles de rechange, cordages, et jusqu’à la coque du navire ! Ils auraient ainsi été la cause de naufrages… mais l’irrépressible vindicte des marins ne s’est pas attachée aux rats, dont le nom peut-être exprimé aussi souvent qu’on le veut…   

Si vous voulez vous faire mettre à l’amende, c’est facile : lorsque vous êtes à bord, il suffit pour lancer la conversation, de raconter un souvenir de jeunesse, évoquer le doudou préféré que vous martyrisiez  en le tenant par le pompon de sa queue (parce que ses oreilles avaient depuis longtemps été arrachées par vos soins), rappeler que le plat préféré de votre grand-père était une gibelotte qu’avait amoureusement et longuement mijotée grand-mère… et vous verrez que le « l-a-p-i-n » pointera vite le bout de son museau sous les exclamations consternées des assistants ! A partir de ce moment, chaque souci de navigation ou telle chose négative qui ne manquera pas d’arriver le sera FORCEMENT par votre faute, à vous qui avez laissé votre langue prononcer le mot fatal !      

DSCN4654DSCN4672Vous avez compris, car je vous sais futés, que c’est moi qui ai laissé échapper le mot interdit ! Nous étions tous sur le « Café de la plage » à contempler les incroyables nuances de bleu que nous offrait la mer. Hélène, délaissant la barre, ouvrit sa boîte à hameçons pour y choisir le plus adapté à la circonstance. Parmi les leurres qu’elle manie à la traîne, se trouvait son préféré, celui qui lui a fait remonter le plus de prises, celui enfin, qui a une longue expérience. C’est alors que j’ai perdu la plus belle occasion de me taire, en rappelant les jours d’autrefois où je cuisinais le gibier du dimanche qu’avait rapporté notre Nemrod favori, et qu’il était d’usage à table, de recueillir les plombs restés dans l'animal, que Jacques mon mari remettait dans ses cartouches sous le prétexte que c’était là « du plomb qui tue ». J’aurais pu parler de perdreaux… de pigeons, de faisans… Non ! J’ai cité sans faiblir le nom honni ! ! !

DSCN4705DSCN4686Alors, bien sûr, ça a été la scoumoune : ligne de pêche coupée (censée résister à une force de 25 kilos) leurre emporté par un poisson de belle taille ; le moteur qui, d’habitude part au quart de tour a fait des caprices à l’entrée de la marina… La seule chose positive est que le « Café de la plage » n’a pas coulé pendant le quart d'heure où je l’ai barré avec difficulté à cause de la houle croisée.

J’ai dû inviter l’équipage et les passagers chez le «Maharadjah », le resto indien du Moule, où le mauvais sort a pu être conjuré.

Je fais ce post depuis le bateau, et il m’a été rappelé que le nom interdit ne doit pas même être écrit !  En revanche, à terre, on s’est lâchés en le prononçant en rafales !

  

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03 janvier 2012

Naissance et baptême de Gros JeF

Guadeloupe en ce 3 janvier 2012

A tous, amis blogueurs connus ou inconnus, j'adresse ici mes voeux pour que l'année nouvelle vous soit douce et que nous puissions continuer à correspondre pour notre plus grand bonheur dans la sérénité de l'esprit...

Bonne année à tous !

Laissez-moi maintenant vous conter en quelques lignes l'histoire du dernier-né de la famille

 

Sous voiles2 sun-magic 44La grosse coque du Sun Majic 44 qui reposait hors d’eau sur sa quille était depuis près d’un an sur un quai de l’île de St Martin, abandonnée de tous,  mais avait été cependant victime de malfaisants. EIle avait été dépouillée de son plafond, de son parquet, et des déchets immondes souillaient ses belles boiseries. Rêvait-t-elle avec nostalgie du tour du monde qu’elle avait déjà accompli « du temps qu’elle était belle » ? Daniel son capitaine, déjà malade, avait fini son dernier parcours dans les eaux du port, où, selon toute vraisemblance, un malaise l’avait fait tomber près de son dinghy resté à quai…

Bernard et Hélène, un couple  atypique venu de Guadeloupe a vu la grosse coque salie mais intacte, felt in love pour elle, et, des étoiles dans les yeux, décidèrent de l’adopter…. Et de la faire revivre… Et d’en faire le « Gros JeF »

charme bien cachéCaptain en secondIls se sont attaqués en fait à un vaste chantier mais le cœur et les compétences ne leur manquent pas. Il a fallu en priorité vider le bateau des débris, anéantir la famille de rats qui squattaient les lieux, regrouper les divers accessoires éparpillés alentour… et ouvrir largement le portefeuille pour les achats de première nécessité ;;; car il a de l’appétit, le Gros JeF ! Combien d’allers-retours Pointe-à-Pitre St Martin a-t-il fallu avant qu'il soit en état de reprendre la mer ? 

Quand on aime, on ne compte pas dit l’axiome populaire… Et ils ont beaucoup aimé, n’ont pas compté leurs heures, même si la crainte des gros yeux de leur banquier a tiédi parfois leurs ardeurs et modéré leur fringale chez les shipchandlers…

DSCN4327Cockpit avant« Il flotte ! » m’a un jour prévenue un coup de fil… « Ben ici, le temps est plutôt beau »… Sur l’instant, je n’avais pas saisi que Gros JeF avait enfin retrouvé son élément : la mer !

Puis le grand jour  est arrivé où le billet d’avion a été un aller simple, car même si le moteur avait encore des ratés,  notre vaillant équipage allait hisser les voiles jusqu’à la Guadeloupe et amener le « Gros JeF » à son nouveau mouillage de la marina de St François. Pour ceux qui souhaitent lire des détails sur cette première navigation, il leur suffit d’aller sur http://grosjef.canalblog.com

DSCN4281Le voilà donc à quai dans la marina de St François, non loin de son petit frère « Le Café de la plage » dont la coque rouge opéra  est facilement repérable. Je devrais dire de sa petite sœur puisque la tradition des marins venue dela Navy veut que l’on parle d’un bateau au féminin : Gros JeF et Café de la plage sont donc « sisters ». Pourquoi cet usage ?  Ce serait par allusion au caractère imprévisible des femmes. Mais le vieux marin qui, dans ma lointaine jeunesse m’en a parlé pour la première fois disait qu’un bateau est aussi capricieux qu’une femme… ce qui est moins gentiment dit  !

C’est donc là, juste devant la capitainerie du port, que j’ai fait sa connaissance le jour de mon arrivée dans l’île aux belles eaux

J’ai cru fondre de bonheur lorsqu’un soir, la question m’a été posée : « Veux-tu être la marraine de Gros JeF ? ». Ni Bernard, ni Hélène n’ont eu à la répéter. Ca n’arrive pas si souvent dans une vie d’être marraine d’un bateau… et je vais leur en envoyer des ondes positives à lui mon filleul et à son équipage ! Chaque jour, à travers les mers et océans, ils recevront mes pensées portées par Neptune, Eole et les vents alizés…

DSCN4328DSC_0628Le baptême de Gros JeF a été fixé au 28 décembre, jour anniversaire du mariage de son équipage, et croyez-moi, les choses ont été bien faites ! S’il avait été des nôtres, Brassens aurait sans doute chanté « Les copains d’abord » car ils étaient tous là ou presque, venus avec leurs  grands rires et leur amitié, avec du champagne aussi, ce qui a fait un nombre impressionnant de bouteilles à ajouter à celles qu’avait prévues Hélène, le captain en second, qui est aussi le cook du bord. Quiches lorraines « maison », feuilletés divers et gâteaux-maison avaient pour rôle d’éponger les bulles.

DSC_0634Le moment est venu de casser la bouteille sur l’étrave de Gros JeF, car « un DSCN4344bateau qui n’a pas connu le vin connaîtra le sang » dit le proverbe. Hélène qui, ainsi que chaque année a revêtu sa robe de mariée, est accrochée au génois et prend la parole pour évoquer avec émotion les deux hommes dont le bateau porte les initiales : « J » comme Jacques, son papa, et « F » comme François, celui de Bernard, tous deux disparus, mais qui leur ont légué leurs mains en or pour bricoler.

Réussirai-je l’exploit de briser la bouteille de champagne au premier choc ? J’en ai saisi fermement le DSCN4346goulot dans ma main protégée par un gant épais et frappé de toutes mes forces… une fois… puis deux… Il a fallu quatre impacts pour qu’enfin elle se brise et explose dans un nuage DSCN4345de mousse et d’éclats de verre sous les hurrah de l’assistance.

Ce n’est que plus tard que nous avons su qu’en sciant légèrement la bouteille, elle aurait été fragilisée et se serait brisée facilement… Qu’importe ! la mousse a largement arrosé l’étrave du Gros JeF : et il a aimé le vin !..

Et puis enfin, les quatre mousses prêts à embarquer...

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19 décembre 2011

Mon homard à l'américaine

Voilà que Noël arrive et chacun se réjouit de retrouver sa famille devant une table agréablement décorée sur laquelle seront servis les plats un peu exceptionnels et raffinés qu'auront préparé les cordons bleus...

Chaque année je cuisine quelques jours à l'avance les homards à l'américaine dont je vous ai déjà communiqué la recette, car, contrairement à ce que prônait ma maman "un secret de cuisine est comme un secret d'Etat : il ne se divulgue pas", moi je me répands pour le plus grand bonheur des amateurs. En fait, ce n'est pas "mon" homard, mais plutôt celui d'un vieux restaurateur de renom qui, retraité, allait en automne à la chasse avec mon mari. Ils avaient fini par devenir de bons amis et ce restaurateur fut un jour convié à dîner avec son épouse. La jeune femme que j'étais alors n'en dormit plus pendant quelques nuits tant je me sentais si peu à la hauteur de ce qui m'était imposé ! J'ai oublié ce que j'avais préparé en entrée, mais le plat principal était un beau coq élevé par nos soins sous la peau duquel j'avais glissé de fines tranches d'une truffe qui était la première que j'ai vue de ma vie... Et au dessert j'avais servi une omelette norvégienne maison, dont la couverture n'était pas une banale et écoeurante meringue, mais un "appareil" onctueux doré à point, sur les conseils d'une amie qui avait suivi les cours de la "rue Madame" à Paris, qui préparait les filles de la haute socitété à devenir de parfaites maîtresses de maison capables de diriger du personnel.

Bref, je m'en étais tirée avec assez de panache pour que Constant (puisque tel était son nom) ne m'ait fait aucune remarque. Au fil du temps, il me donnait parfois des conseils, des "trucs", des tours de main dont je continue à faire mon profit... Et un jour, il arriva avec sa recette de homard à l'américaine, "simple à réaliser" ajouta-t-il. Son épouse me confia par la suite qu'il fallait que Constant me tienne en haute estime pour qu'il ma fasse ce cadeau. Voici donc "le" homard de Constant...

Pour1,5 kgde homard :                             une grande sauteuse ou une cocotte

            Huile d’olive

            3 gousses d’ail émincées

            1 petite boîte de concentré de tomates (trop peut dénaturer le goût ...)

            1 grand verre de muscadet ou de vin blanc sec

            3 vraies échalotes hachées

            2 pincées de cayenne

            Persil, thym, 1 petite feuille de laurier

           125 gde beurre

            1 verre de cognac ou whisky

               Sel (attention !), poivre

 Sur une planche de bois posée sur un plateau (afin de recueillir l’eau et le jus des homards), séparer la queue de la tête, et couper aussitôt cette dernière en deux (pendant l’opération, j’ai l’habitude de parler au bestiau afin de le rassurer, pour lui prouver que j’ai la main douce !). Réserver la partie verdâtre de l’intérieur de la tête. Faire 3 tronçons de la queue, séparer les grosses pinces de la tête, et les couper en deux.

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Dans la sauteuse, faire chauffer l’huile d’olive et mettre les gousses d’ail à prendre couleur. Ajouter les homards et faire revenir chaque morceau en le retournant jusqu’à ce que la carapace soit devenue rouge sur tous les côtés.

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Jeter l’huile et l’ail, remettre tous les morceaux de homard dans la sauteuse, et verser le whisky. Faire flamber, puis couvrir.

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Ajouter la tomate concentrée délayée dans un grand verre de muscadet, puis le persil, thym, laurier, cayenne et échalotes. Laisser cuire 10 minutes à très petit feu.

 

Allonger le beurre pommadé et les parties vertes de la tête dans le jus récupéré du plateau, et du persil haché. Faire chauffer doucement sans laisser bouillir, et ajouter au dernier moment avant de servir. En chauffant, les parties vertes deviennent rouges. Si besoin, rectifier l’assaisonnement. Il peut arriver que les homards n’expriment pas assez de jus ; dans ce cas, pas de panique, prévoir une boîte de bisque qui allongera la sauce !

 

                                                    Bon appétit !

  

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13 décembre 2011

Sauvetage en mer

DSCN234857 – Océan Pacifique – en mer

Mercredi 2 mars 2011

 9 heures : la piscine vient d’ouvrir et j’y suis seule. J’ai tâté les jacuzzi du bout de l’orteil, mais ils sont trop chauds. Une petite demi-heure après, mon corps s’étant trop rafraîchi, il est temps de sortir de l’eau. Nous nous rapprochons de l’Equateur, mais la brise marine et l’air ambiant restent très « tonifiants », c’est le moins qu’on puisse dire…

 Le commandant annonce que nous sommes dans des eaux très profondes, sans que mon cerveau ait pu enregistrer en feets (pieds) quel creux il y a sous la quille. Il est vrai que 100 ou10000 m, où est la différence quand on marine dans l’eau glacée après un naufrage ? Précisément aujourd’hui, j’ai fait la sourde oreille en n’allant pas à l’exercice d’évacuation qui est pratiqué pour la quatrième fois depuis notre départ : il y a des fois où je déDSCN2336cide de ne plus comprendre l’anglais…

 La démonstration de cuisine indonésienne dont la recette de potato meat cake (gâteau de viande et purée de pomme de terre) est donnée pour… 50 personnes, ne m’a pas convaincue, d’autant que la dégustation a révélé la chose grasse et pâteuse. Le riz sauté qui l’accompagne peut être accommodé à la manière que l’on veut, mais il n’y a pas besoin de sortir de chez Bocuse pour le cuisiner. J’y ai rencontré Roberta, qui avait encore des étoiles dans les yeux après sa visite en trois jours et deux nuits de Machu Picchu et Cuzco (3.599 dollars par personne en chambre à deux, ou 3.999 dollars en chambre individuelle)… Pour ce prix-là, notre copain Christian nous a fait visiter le Pérou entier, La Paz et la Bolivie en prime !

DSCN2425Mes ambitions n’ont plus de limites : en classe d’aquarelle, j’ai appris que 7 des miennes ont été vendues, et Lorraine m’a demandé l’une de celles qui restent pour sa collection. Je me sens pousser des pinceaux au bout des doigts ! J’ai soudain senti une agitation autour de moi, sans y prêter attention, car je suis occupée à une aurore boréale qui ne vient pas aussi facilement que je le souhaiterais. Une annonce est faite que je n’écoute pas… lorsque quelqu’un me tape sur l’épaule « See outside ! » (regardez dehors). Le Princendam, non seulement a stoppé, mais il a viré de bord et un bateau de pêche qui DSCN2340DSCN2354s’est approché lui passe sous l’étrave. L’équipage crie et j’ai un instant pensé qu’ils sont en grève (ben oui… chez nous les pêcheurs manifestent aussi !). Peu à peu, j’apprends que le tanker d’eau potable des pêcheurs a eu une fuite, qu’il est à sec et ils sont en manque depuis plusieurs jours. Le temps de préparer les filins et les treuils qui vont permettre le transfert d’eau et de nourriture, près d’une heure a passé, et deux marins se jettent à la mer pour récupérer des bidons tombés… Quand c’est fini, l’enthousiasme et les hourras de tous, sont soulignés par la sirène du paquebot, déclenchée par le capitaine depuis le nid de pie, vont être la conclusion de cette histoire : la happy end en quelque sorte ! Car ces huit hommes sont à cinq jours de la terre… Je les ai longtemps regardés s’éloigner, petite tache claire sur le bleu de l’océan.DSCN2361

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Prinsendam le saint-bernard de l'Océan Pacifique 

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07 décembre 2011

Lima et ses chevaux Paso

55 – Lima – Pérou

Lundi 28 février 2011

Thibaud, le plus jeune de mes petits-fils célèbre aujourd’hui ses 19 ans et j’ai pu sans (trop) de mal lui adresser un courriel, puisqu’il n’y a pas de 29 février, ni de « Bougie du Sapeur » cette année !

DSCN2106DSCN2107Je suis restée dans la cabine pour que Monica puisse m’y appeler… J’ai attendu longtemps, et m’apprêtais à lui envoyer un mail lorsque le téléphone a sonné : en fait, sa mère et elle ont été retardées mais elles sont toutes les deux à bord et vont venir jusqu’à la chambre 378. Maria Antonietta est la maman de deux enfants, Carlos et Monica. Après avoir fait connaissance, nous sommes parties en taxi depuis le port de Callao, et notre chauffeur s’est arrêté prendre de l’essence (pas plus de dix litres (peut-être moins) vu le peu de temps du remplissage) pour lequel DSCN2116Monica a tendu un billet. Un chapelet est accroché au rétroviseur qui tient le rôle de notre St Christophe ? En chemin, une superbe DS19 Citroën nous a croisés, et j’ai expliqué que cette voiture française a plus de cinquante ans ! Beaucoup de VWDSCN2114 roulent encore en Amérique Latine…

  A la place d’Armes, je me suis retrouvée comme onze ans auparavant, devant la cathédrale et le palais présidentiel où, avec les copains, nous avions assisté en l'an 2000 à une scène d’opérette relève de la garde. Sur le côté du palais que je me souviens avoir longé, le taxi s’est arrêté à la porte d’un restaurant devant lequel nous sommes forcément passés. Carlos DSCN2128vient peu après nous rejoindre. Il a 30 ans, un sourire éclatant et DSCN2131ses cheveux grisonnent. Il parle plusieurs langues dont le français. Sa mère a enseigné l’espagnol à Hambourg avant son mariage.

Je les ai laissés choisir le repas (péruvien est-il besoin de préciser ?) que nous avons entamé avec un verre de pisco mousseux (un  mélange d’alcool citronné et blanc d’œuf battu) et arrosé de la bière cervoise locale. Nous n’avons parlé qu’en français, que Maria Antonietta peut comprendre un peu. Carlos DSCN2121DSCN2136travaille toDSCN2133ut près dans un journal sportif où il dessine. Il doit repartir travailler, et nous allons revenir toutes les trois au bateau. La cathédrale proche est pour l’heure transformée en musée dont l’entrée est payante. L’ayant déjà visitée avec Edison et les copains nantais, je la regarde une dernière fois… Je m'étais déjà dit la même chose lors de mon premier séjour, mais cette fois, je n'y reviendrai plus !

DSCN2147DSCN2154Trouver un taxi pour Callao (le port de Lima) n’est pas une mince affaire : les conducteurs travaillent dans une zone DSCN2156délimitée, et lorsque l’un d’eux accepte enfin, il nous laissera à la périphérie de Lima dans un lieu où nous trouverons un bus jusqu’au port de Callao. C’est la première fois que je vois un chauffeur de taxi en cage ! Le trajet m’a semblé beaucoup plus long qu’à l’aller, et je réalise que si le parc automobile des Liméens a changé (il n’y a plus d’épaves roulantes)

DSCN2140DSCN2160leur manière de conduire est restée la même. Ici on utilise principalement deux des commandes de la voiture :DSCN2189 le klaxon et l’accélérateur ! Le clignotant, c’est seulement en option !

Le petit bus qui s’arrête et qui va nous permettre de regagner le port est occupé par des familles que je prends en photo sous les DSCN2175DSCN2176yeux amusés de l’encaisseur puis du conducteur réjoui qui en plaisante. Sur le trottoir près de l’entrée du terminal, nous nous serrons toutes les trois par sécurité, car le quartier n’est pas sûr… et mes deux compagnes se méfient et sont visiblement vigilantes.

A l’entrée du Prinsendam, Monica est reconnue et elleportrait NB a plaisir à DSCN2109présenter sa maman aux collègues… Joey que nous croisons, me propose pour demain une visite à un haras où nous verrons le dressage des chevaux andins. Le Lido est le lieu des délices où nous allons déguster une crème glacée. Maria Antonietta va continuer avec sa fille la visite du bateau, tandis que je vais aller choisir LA photo qui sera le dernier vrai portrait de ma vie, parmi les 36 clichés proposés. Diana s’est endormie et n’est pas parue au dîner, parce qu’elle pensait que tous les autres se rendraient au repas italien donné sur le pont central (elle a fait erreur, c’est prévu demain).C’est un magicien qui a régalé son public de tours inédits et on a beau le savoir : y a un truc… mais on n’y voit que du feu ! La vente a rapporté 6.600 et qq $ sans que j’aie pu savoir à combien sont parties mes (chefs d’)œuvre. Joyce avait mis une option sur l’une d’elles, mais quelqu’un a surenchéri. J’aurais aimé savoir laquelle a été le mieux vendue et à quel prix.

 56 – Lima – Pérou

Mardi 1er mars 2011

DSCN2233Joey a repris le même taxi driver qu’elle avait hier et il est ponctuel. Luis est d’origine africaine évidente, et ils sont peu parmi les Péruviens dont les traits andins très marqués leur viennent des Quechuas, quand ils ne sont pas d’ascendance espagnole. Y aurait-il eu des esclaves au Pérou qui seraient ses ancêtres ? Ou sont-ils venus du Brésil jusqu’ici au cours des siècles ?

Il nous a conduites par le chemin le plus long par la côte du Pacifique (mais Joey avait négocié hier le forfait pour la journée d’aujourd’hui). C’est avec surprise que je reconnais la playa où nous avait reçus Suzanna dans sa jolie maison-forteresse du bord de mer. Je raconte à Joey que le mari de celle-ci, pilote de chasse, avait été tout bonnement viré de l’Armée après un accident cardiaqueDSC2208

DSCN2219Les villas-bunkers sont édifiées derrière des murs entre la route Panaméricaine et le Pacifique. De l’autre côté, des collines offrent au regard une incroyable aridité lunaire, même si la condensation couvre leurs flancs de nuées statiques qui ne les mouillent pas. Un double portail défend l’entrée de l’hacienda « Los Ficus » dont le DSCN2246décor de bougainvillées et d’ombre fraîche semble un éden après l’absolue sécheresse que l’on vient de voir. Nous sommes invitées à boire un pisco sour servi avec des petites pommes de terre rondes qu’à DSCN2245l’aide d’une pique on plonge dans une sauce au safran très légèrement relevée. Après cette pause bienfaisante, l’hôtesse chapeautée d’un panama nous propose de la suivre pour visiter l’hacienda. Nous sommes dans un domaine privé, dont la trentaine de chevaux qui y vivent sont essentiellement des reproducteurs de la race de chevaux péruvienne : le Paso. Il faut se souvenir que les chevaux étaient inconnus des autochtones Indiens lorsque les conquistadors espagnols arrivèrent avec les leurs. Quelques-uns de ceux-ci s’échappèrent et se reproduisirent librement en DSCN2250DSCN2252redevenant sauvages.

Une naissance est attendue et espérée pour ce soir. Un poulain de deux semaines haut sur pattes joue près de sa mère, dont il sera séparé à quatre mois pour être regroupé avec les jeunes du même âge. Puis il (elle) sera éduqué(e), mais son heureux caractère en fera une monture exceptionnelle. Les meilleurs des meilleurs seront sélectionnés et leur semence vendue à prix d’or, tandis que les DSCN2258DSCN2266femelles poulineront. Une exhibition est prévue à 13 h, à laquelle devraient participer une quinzaine de passagers du Prinsendam qui ont payé cher leur excursion (dont Jane qui est stupéfaite de nous voir là). Nous avons eu deux heures pour tout voir de l’hacienda avant leur arrivée, depuis les enclos où chaque étalon a son propre abri et son espace d’herbe, jusqu’aux prés où paissent les futures mères, et d’autres prairies encore où les jeunes folâtrent comme des poulains qu’ils sont entre les juments qu’ils tètent au passage. Nous avons vu aussi le pitt où se mesurent  les coqs de combat : le propriétaire des lieux en a une bonne centaine dans des boxes individuels… Le jardin est abondamment fleuri, et un puits généreux fournit à l’hacienda toute DSCN2287DSCN2302l’eau qu’il lui faut pour les chevaux et l’arrosage des pelouses.

Plusieurs présentations de « danses » de chevaux avec des cavaliers de blanc vêtus montrent la docilité et l’extrême fluidité de leur marche élégante. J’ai savouré ces moments particuliers dans ce décor si raffiné. Avant le lunch, ceux qui le souhaitent peuvent monter. Je vais voir si mes prothèses vont supporter l’épreuve… Oui ! Mais si monter en selle n’a pas posé trop de DSCN2305DSCN2320difficultés, descendre m’a paru plus périlleux, et j’ai été bien contente d’avoir l’aide de deux caballeros. Le petit tour du pré n’a pas fait de moi une cavalière émérite, mais au moins, j’ai pris quelques instants de bon temps ! Joey, à l’inverse, a une bonne assiette qui montre une longue expérience.

Elle m’a longuement parlé des trois ans et demi qu’elle a passés non loin de Limoges, dans un bourg de campagne de moins de 300 P3010508personnes, dont le rejet à leur égard, eux Américains, a été systématique (hormis le vétérinaire qui s’occupait de leurs deux chevaux devenu un ami) et les tracasseries administratives des édiles qui frôlaient l’illégalité. J’ai eu honte de mes compatriotes et le lui ai dit. Sa réponse « Oui ! Vous pouvez en effet avoir honte d’eux… ». Son mari et elle ont fini par vendre la maison à un jeune couple qui, n’ayant pas l’argent disponible, a accepté la proposition de Joey de leur avancer l’apport personnel qui leur a permis d’obtenir un prêt bancaire, et qu’ils s'étaient engagés à rembourser un an après. C’était en 2007 : le jeune couple n’a pas payé et ne répond pas aux lettres du notaire… Elle a en des dizaines à raconter : des histoires de mitoyenneté, de plan d’urbanisme, d’un voisin venu lui vendre des champignons cueillis dans son propre pré… Ils ont mieux compris quand, lors d’une élection, ils ont vu que plus de 20 % des électeurs avaient voté pour le Front National.  Le nom de cette commune si P1010014accueillante ? Saint Martial le Mont…

Au cours de cette journée, une cinquantaine d’enfants de l’école des sourds-muets de Lima ont passé la journée sur le bateau où ils ont joué, déjeuné, se sont déguisés, ont emporté des tas de cadeaux et le chèque de 6.600 dollars et des brouettes, fruit de la vente des tricots, photos et aquarelles.

Lisa, ancienne infirmière d’hôpital, pouffe soudain de rire au cours du dîner, et nous fait DSCN2330profiter des raisons de son hilarité : le récipient dans lequel la jeune sommelière fait décanter le vin rouge à la table d’honneur fait plus penser à l’ustensile connu sous le nom de « pistolet » qu’à une carafe de grand cru ! Où les designers vont-ils donc chercher leur inspiration ?

Paul et Jana ont été les grands lauréats du « Dancing With the Stars », et lorsqu’ils évoluent sur la scène, personne n’est surpris de ce succès, tant ils sont en harmonie, souples et gracieux…

 

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03 décembre 2011

Le vieil Amsterdam

Débarquons du "Prinsendam" pour une courte escale dans le soir qui tombe sur le vieil Amsterdam... J'avais accompagné en novembre 1998 dans la région des îles de la Frise, ma fille Hélène (Corail) et mon petit-fils Antoine, venu de Guadeloupe participer aux championnats d'Europe de planche à voile dans la frrrrrrraîcheur de la Mer du Nord. Il s'était cependant honorablement placé à la fin de la première moitié, frigorifié qu'il était !

Le championnat fini, nous nous étions attardés à Amsterdam, mis pour la nuit le camping-car (loué) sur un parking payant près du Rijkmuseum,, pris le bateau pour visiter la ville et admiré l'enfilade des ponts qui enjambent les cours d'eau, flâné dans les rues jusqu'à la nuit et mangé dans un resto où l'ambiance chaleureuse nous avNelly à Amsterdamait définitivement conquis.

J'ai gardé de cette soirée une image colorée que j'ai tenté de reconstituer sur la toile... toujours avec ces reflets dans l'eau que j'essaie de "rendre".

 

A l'atelier, sans me le dire, Nelly suivait la progression de mon travail et lorsque la toile a été enfin finie, a montré sa déception que je l'aie laissée à la maison... Elle a timidement osé me demander... à l'acheter ! Oui ! J'ai vendu ma première oeuvre... Merci Nelly !

 

Tabl 68 Le soir tombe à Amsterdam

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30 novembre 2011

Le Chandelier des Andes

53 – Ocean Pacifique – en mer

Samedi 26 février 2011

Mer gris-bleu, ciel légèrement voilé… Le navire est revenu à la hauteur du Tropique du Capricorne, mais le Pacifique est un océan très froid qui tempère la chaleur que nous aurions à terre ou sur l’Atlantique.

DSCN1914DSCN1927Joyce me rappelle que nous sommes invitées à la table du capitaine pour le lunch à 11.30 h. Ca m’était sorti de la tête, et me laisse peu de temps pour assister en entier à la démonstration de cuisine donnée par le chef pâtissier du bord. A la poche à douille, il a fait une magistrale décoration d’un gâteau qui donne l’illusion d’un « basket cake » en vannerie, et montré comment faire des roses en pâte d’amande. Elémentaire, mon cher Watson : il n’empêche qu’il faut y penser !

DSCN1946DSCN1939J’ai quitté le Culinary Center juste à temps pour être avant l’heure à l’entrée où Joyce n’était pas. Pour être franche, le capitaine ne nous a pas invitées à sa table : nous étions près d’une centaine répartis en groupes de huit, mais le pacha était bien là en personne pour nous accueillir individuellement. Diana et moi décidons : soit Joyce la manquante ne nous a pas attendues pour entrer, soit, et c’est peu probable, elle est en retard. Nous lui avons gardé un siège en vain. Chacun a trouvé à sa place un DSCN1934DSCN1945dessous de verre en faïence de Delft avec un certificat d’origine, et le champagne sera servi à volonté. Le menu est plus succinct qu’au dîner, mais il y a de quoi trouver son bonheur. Après la coupe de crevettes, j’ai choisi la sole du Pacifique, dont Diana dit "si c’est de la sole, Je suis Napoléon »… Je suis sûre pour ma part que c’est de la sole, la peau blanche du dessous est parfaitement reconnaissable (j’en ai si souvent dépouillé !), mais elle est convaincue qu’on ne sert jamais la peau de la sole... Je suis sortie de table gentiment pompette... même si le prétendu champagne n'était qu'un bon blanc de blancs pétillant venu de France ! A 1 h, le capitaine annonce que le Prinsendam a quitté les eaux chiliennes et que nous sommes DSCN1952DSCN1955maintenant dans celles du Pérou.

La vente des « œuvres d’art » de la classe d’aquarelle doit se faire à 1.30 h. L’argent récolté sera consacré à aider deux enfants péruviens sourds-muets. En fait, chaque acheteur potentiel inscrit près de l’objet (car ce peut être des tricots, des photos…) le prix qu’il accepte de débourser pour celui-ci. J’ai ajouté mon bananier, et il sera ma douzième contribution…

Nous naviguons entre le Tropique du Capricorne et l’Equateur. La chaleur derrière les vitres du Lido a fait déménager les aquarellistes près du deck DSCN1950DSCN1957extérieur. Je suis toujours à chercher mes effets de vagues ou de reflets dans l’eau. Le tout avec les trois couleurs primaires, et c’est un challenge d’obtenir du noir ou presque avec le bleu cyan, le rouge magenta et le jaune… mais j’aime ça !

Un p’tit tour à la piscine qui a dû être remplie d’eau de mer, car elle porte bien mieux que d’habitude. Ce doit être vrai qu’on a puisé l’eau dans l’Antarctique. Elle est tiède, bien sûr… l’eau glacée de l’autre pool c’était dans les glaciers et pour le fun du bain avec les pingouins. J’ai longuement bavardé avec Marilyn et Rodney, et ai pour la première fois remarqué qu’elle a une scoliose prononcée (en fait, elle est bossue) et sa main droite est atrophiée, mais elle a des gestes si naturels qu’on ne remarque pas son handicap. Ainsi, il y a quelques jours, elle m’avait confié son appareil photo pour un cliché, en me montrant le maniement de celui-ci, mais la difformité de sa main (que j’avais sous les yeux) m’avait totalement échappée.

 Solé a remplacé Arip au dinning-room, et Yohat nous demande d’intervenir auprès de son manager pour qu’il puisse garder « ses » trois tables de 8 convives, dont l’une est inoccupée (nous sommes 6/7), et surtout, elles sont près des cuisines, ce qui leur évite d’avoir à parcourir la longueur de la salle avec de lourds plateaux...

54 – Paracas – Pérou

Dimanche 27 février 2011-02-28

Lorsque j’écarte les rideaux de la cabine vers 6.30 h, tout est noyé dans une brume épaisse. Sera-t-il possible d’apercevoir le mystérieux et célèbre Chandelier des Andes, ce géoglyphe gravé dans la montagne et qui ne peut être vu que de la mer ? Nul ne sait quand et par qui il fut creusé dans la roche, ni quelles en furent les raisons. Etait-il un amer pour les navigateurs ? Faut-il l’associer aux lignes de Nazca toutes proches, auxquelles Maria Reiche a consacré sa vie sans pouvoir en trouver la signification ? Ces lignes ne furent découvertes que vers les années 30 du XXe siècle, car indécelables au sol, elles ne sont visibles que d’avion. Ces sites ont été préservés par l’extrême sécheresse des lieux. Les pluies venant de l’Atlantique sont arrêtées par les hauts sommets des Andes, dont les versants est sont arrosés et verdoyants, tandis que ceux faisant face au Pacifique sont un désert absolu.

P1010003DSCN1994Même s’il est connu sous le vocable Candelabra, il ressemble plus à un trident, bien que certains l’assimilent plutôt à un cactus de la région aux propriétés hallucinogènes qui permettaient aux chamans en transes d’annoncer leurs prophéties. La brume s’est peu à peu dissipée et le Prinsendam s’est doucement approché jusqu’à la limite de sécurité de navigation. Nous l’avions mieux vu l’autre fois, car la lumière rasante de l’après-midi en soulignait les reliefs. J’en ai DSCN2003entendu parler la toute première fois à la TV du temps où il n’y avait qu’une chaîne en noir et blanc, à l’émission-culte « Cinq Colonnes àla Une » de Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère… pour ceux qui DSCN2012s’en souviennent ! Pouvais- je prévoir à cette époque que j’aurais l’opportunité de l’avoir sous les yeux non pas une, mais deux fois dans ma vie ?

Le bateau a lentement viré pour reprendre sa route vers Puerto San Martin, du nom du libérateur qui fomenta la révolte qui permit au Pérou de se détacher du royaume d’Espagne. Un service de navettes permet d’aller à Paracas, d’où l’on s’embarque pour les îles Ballestas, où j’ai laissé Joyce aller seule, puisque je connais déjà les lieux. La bande côtière est un désert désséché par les vents du Pacifique et les pluies ne tombent que de l'autre côté des DSCN2016DSCN2018montagnes. J’avais oublié que les conducteurs péruviens (hormis nos guides, qui étaient irréprochables sur ce point) prennent les virages au plus court et doublent en haut de côte sans états d’âme. Mais tout le monde est revenu indemne de la virée.

J'avais imaginé que c’était jour de marché à Paracas, et que j’en rapporterais des images colorées, mais j’ai vu une plage bondée un dimanche d’été. J’en ai fait quelques clichés insolites et pu prendre DSCN2025DSCN2055quelques beaux portraits. Marisole me hèle pendant une tentative de séduction d’un bébé dans les bras de sa mère ravie. Vêtue d’une robe rouge sexy, elle a grande allure et est avec une autre Marisol, sa mère, qui l’accompagne sur le bateau pour ses démonstrations de cuisine. Simon est le patronyme de son mari qui pense avoir des ascendances françaises.

Au dîner, Joyce explique combien elle est ravie de sa balade. « IncredibleDSCN2059 » dit-elle, d’avoir vu tant d’oiseaux, de phoques, de pingouins et d’animaux différents sur les mêmesDSCN2060 rochers. Diana l’attaque de front : « Idiot d’aller voir des animaux qu’on trouve partout (sic) au lieu de visiter des ruines ». Je me sens obligée d’intervenir en lui rappelant que chacun est libre de voir ce à quoi il est sensible. Pour sa part, elle est allée à la plage, "parce qu’on lui a dit que c’était dangereux" et elle s’est baignée pendant qu’une famille surveillait son sac. Je pense qu’elle a confondu avec la ville de Pisco toute proche, où, même de jour, il est risqué pour les touristes de s’aventurer. Je me souviens DSCN2064DSCN2032parfaitement que nos guides nous avaient enfermés dans les 4/4 sous la surveillance d’Edison, tandis qu’Aquiles était parti seul assurer l’intendance.

Diana ne se remet pas de la mort récente de son mari qui a été euthanasié à sa demande, et avec lequel elle a passé sa vie à voyager. Elle a des difficultés à assumer et passe parfois par des phases d'incohérences ou d'agressivité.

DSCN2074DSCN2056Les Oscars sont décernés aujourd’hui à Hollywood et le Prinsendam en est ce soir la succursale. Nous avons tous été « orscarisés » par un collier de pacotille, et le Show-room a déroulé le tapis rouge pour une retransmission en direct à la TV. La moisson qu’a récoltée le film « Inception » me démontre que la cartésienne que je suis a eu tort de ne pas faire l'effort entrer dans son scénario. Pour être franche, je vais au cinéma pour me faire plaisir et non pour me torturer l'esprit. Le grand Prix a été décerné à « King’s speech » dont les extraits m’ont fait penser aux difficultés d’élocution du roi George VI, le père d’Elizabeth II, mais je dois attendre de voir le film à mon retour pour le savoir…

 

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24 novembre 2011

Valparaiso

DSCN1639Avant dAurore polaire 1730e clore le chapitre de l'aurore boréale, je vous soumets l'acte qu'a rédigé le prieur d'un petit bourg de l'actuelle Charente Maritime, sur le "Registre destiné à recevoir les actes de baptême, mariage et sépulture" de a paroisse de Ballon, diocèse de La Rochelle, malgré l'interdiction qui était faite aux prêtres d'y inscrire autre chose que les actes religieux.

Nous allons reprendre la mer comme le chantaient les baleiniers d'autrefois : "Hardi les gars ! vire au guindeau... good bye farewell... Au Cap Horn il ne fera pas chaud... Plus d'un y laissera sa peau... et nous irons à Valparaiso all away hé houla tchalez... où d'autres laisseront leurs os" (version très abrégée)

50/51 – Valparaiso - Chili

Mercredi 23 février 2011 

13.196 knots =24.439 kilomètresdepuis le départ…

Mer grise, ciel gris, l’été austral ne se met pas en frais pour nous qui lui rendons visite. A la boutique du bord, après avoir hésité sur la capacité potentielle de deux sacs, j’ai opté pour le moins… lourd ! Car il va bien falloir rapporter tout ce que je n’avais pas en venant, n’ayant pas eu la sagesse de Diana qui ne porte en voyage que des vêtements qu’elle jette au lieu de les laver, et que je ne veux rien abandonner des miens. J’ai revu Monica qui me confirme qu’elle quitte le bateau dans l’après-midi, mais que nous reverrons dès lundi (et mardi si je le souhaite) à Lima où je rencontrerai sa mère et son frère qui, lui aussi, étudie le français.P1010019

P1010002La première vue que j’ai de Valparaiso (on prononce Val-para-ï-sso) est une ville étagée sur 47 collines, mais très vite, nous sommes parmi les containers qui s’entassent sur les quais du port, et juste derrière le Star Princess d’une autre compagnie, d’un luxe inouï...

Le soleil semble vouloir apparaître, et c’est une superbe journée d’été qui nous attend pour visiter Valparaiso. Ce qui caractérise la ville, ce sont les collines reliées par des funiculaires, dont certains DSCN1647ont une pente si inclinée qu’on pourrait les assimiler à des ascenseurs. Ils évitent aux DSCN1650habitants du haut de pénibles ascensions pédestres, et les rues qui mènent aux sommets sont en lacets serrés.

Valparaiso (Valpo disent les marins, comme Frisco pour San Francisco) a une longue histoire. Les Espagnols découvrirent sa baie en 1536 et la nommèrent Vallée du Paradis. Elle devint l’étape obligée des vaisseaux qui arrivaient de l’Atlantique par le détroit de Magellan ou le Cap Horn, elle connut une éclatante prospérité jusqu’à  l’ouverture du canal de Panama en 1914 : les navires n’avaient plus à faire ce long détour pour aller d’une côte à l’autre du continent américain. Depuis quelques années, la ville a repris une intense activité avec les bateaux de croisière pendant l’été, et il est devenu un important port de pêche et surtout DSCN1599d’exportation des vins chiliens, de cuivre et de fruits frais. Valparaiso est un site protégé par l’UNESCO.DSCN1612

En sortant du bateau, j’ai aperçu Arip, l’un de nos deux si souriants serveurs (qui était absent depuis deux soirs) assis sur une chaise, le pli du coude recouvert de pansements qui laissent voir qu’il a eu des prises de sang : il doit subir une appendicectomie et attend l’ambulance qui le conduira à l’hôpital. Il trouve la force de me sourire et je l’embrasse en lui souhaitant qu’il puisse reprendre le bateau où le médecin et les infirmières du bord assureront sa convalescence.

DSCN1639DSCN1632Un homme important au Chili est mort hier : tous les drapeaux sont en berne. Le Quartier Général de la Marine offre sa jolie façade bleue à la place Sotomayor, au centre de laquelle est érigé un monument à la mémoire des hommes du capitaine Arturo Prat (tiens ! peut-être un cousin Breton) morts au combat en 1879. Nous sommes au cœur de la ville, et je vais aller jeter un coup d’œil aux stands des marchands de souvenirs et d’objets « d’art »… La mémoire de deux hommes reste vivace : Pablo DSCN1634 - CopieDSCN1635Neruda le poète, et surtout Salvador Alliende, le président socialiste élu, assassiné au cours d’un soulèvement fomenté (ou au moins fortement soutenu) par une puissance étrangère située au Nord. En haut de l’une des collines, de jolies maisons victoriennes multicolores semblent les cousines de celles de Frisco, l’unité en moins, et les faisceaux de fils électriques en plus qui les défigurent hélas !

DSCN1692DSCN1679L’horloge fleurie a pris un peu d’avance sur l’horaire, mais sa mécanique fonctionne… Des canons venus du fond des âges montent une garde inutile sur le remblai de Vina del Mar, la station balnéaire huppée aux immeubles futuristes, sur la plage de laquelle se pressent les estivants avides de soleil. Des chevaux racés traînent des victorias aux cuivres étincelants dans lesquelles les touristes font la visite sans fatigue.

DSCN1739DSCN1715Un petit moai pascuan monte la garde devant le musée consacré en grande partie à l’île de Pâques : il fait moins de3,50 mètres, mais il est  authentique. A l’intérieur, une échelle montre que les plus grands atteignent 22 mètres. Faute de temps, je me suis intéressée principalement aux bijoux et objets incas et mapuches, aux poteries et momies de Nazca (Pérou), sans avoir revu de statuettes coquines en terre cuite telles que celles qui, à Cuzco, montraient que les Anciens avaient de l’imagination et ne DSCN1729DSCN1734DSCN1730s’embarrassaient pas de morale bourgeoise !  Trois crânes sont les témoins des déformations rituelles que l’on faisait subir aux enfants  dès la naissance. En revanche, deux jeunes filles déguisées en Tahitiennes posent dans le hall, sans que j’aie compris qui elles sont censées représenter en ce lieu. Plumes dans les cheveux et jupes en plumes blanches, leur présence est déconcertante…

Une statue d’Auguste Rodin en bronze est au pied de l’escalier d’un musée, sans que j’en saisisse l’allégorie : un DSCN1718 - CopieDSCN1773homme nu pour lequel un ancêtre de Schwarzie a peut-être posé semble tenir sur son épaule droite un ange ( ?) à la bouche ouverte dans un cri muet. Sujet à creuser…

Joyce est rentrée avant moi, et elle sirote un verre de vin chilien qu’elle vient d’acheter et dont elle me propose un verre. Il est excellent, a beaucoup de corps et juste assez de tanin. Huit dollars la bouteille.

Yohat est surpris d’apprendre que son co-équipier est à l’hôpital ; visiblement, il pensait le voir rétabli.

Le show est donné par une troupe locale « Lafquen », et les vaqueros bottés jouent du tambourin, avant que les femmes n’arrivent dans d’énormes robes juponnées de plusieurs mètres de tour. C’est le jeu de la séduction, et la musique n’est plus du tout marquée par l’influence allemande. Il me semble qu’au Chili, deux ethnies principales composent la population : les descendants des premiers habitants indiens, et ceux des colons et émigrants européens. Mais alors, que viennent faire sur scène les danseuses « tahitiennes » aux déhanchements suggestifs soulignés par leur jupe de plumes blanches et leur soutien-gorge en noix de coco ?


Les Tahitiennes de Valparaiso... ont aussi la croupe agile !

Le ciel est clair au-dessus du deck 13… mais où est le Sud ? Trop de lumières atténuent l’éclat des quelques étoiles visibles… Les oiseaux de mer groupés par dizaines sur quelques containers se gavent des graines échappées en manifestant bruyamment leur satisfaction.

 
Valparaiso la nuit dans son écharpe de lumières

Jeudi 24 février 2011

DSCN1816DSCN1798Joyce est partie très tôt ce matin pour Santiago du Chili la capitale. Je n’ai pas souhaité l’accompagner, trouvant la journée trop chère. Le ciel est gris et le restera jusqu’à le fin de l’après-midi. J’avais pensé sortir flâner sur les quais du port et peut-être prendre l’un des ascenseurs payants, mais je sais qu’on ne peut payer en dollars, et je n’ai pas envie d’en changer pour des pesos dont je ne saurais que faire après, puisque le Chili… comme Capri… c’est fini ! Je suis restée en fin de compte mettre ce carnet à jour, j’ai taillé une bavette avec les uns et les autres. J’ai pu lire quelques-uns de mes mails mais sans pouvoir répondre, des coupures intervenant avant que mon texte ne soit envoyé. J’ai refusé de piquer une rage inutile ; j’ai alors essayé d’envoyer le billet dela Bourlingueuseavec les réponses aux uns et aux autres que laposte refusait de transmettre directement, mais j’ai dû m’y reprendre à deux fois… L’adsl… c’est quand même bon et tellement moins cher !

Ma fille « Corail » m’apprend une nouvelle étonnante. Un Arawack dormait depuis plusieurs siècles au bout de leur jardin dans le sable de la plage dela Morelière en Guadeloupe... La décision de l’y laisser plutôt que d’en faire une pièce de musée est la meilleure qui pouvait se prendre.

DSCN1827DSCN1829Je suis restée sur le pont 11 regarder Valparaiso s’éloigner dans une brume laiteuse. Le bateau est parti avec deux heures de retard, des bus n’étant pas de retour, sans doute ceux de Santiago. Joyce est revenue enchantée de sa virée : la capitale est vraiment une très belle ville et ses photos le confirment, à la riche architecture, que le président Obama va visiter la semaine prochaine ! Ils ont mangé dans un resto chic : foie gras, soupe, saumon au riz, dessert et vin à volonté… Joyce a dormi tout le temps du voyage de retour ! Il faut savoir que les vins chiliens sont parmi les meilleurs au monde, et que les premiers plants de vigne furent apportés ici au début du XVIe siècle. Puis Cortes, bon chrétien, donna l’ordre aux Espagnols de planter mille pieds de vigne pour cent Indiens tués ! Bien plus tard, au XIXe siècle, lorsque le Chili gagna son indépendance du royaume d’Espagne, les propriétaires terriens firent venir des vignerons français pour leur savoir-faire. Les conditions climatiques sont si favorables qu’il suffit de planter des rameaux pour qu’ils poussent, irrigués par des canaux millénaires qui leur apportent l’eau des montagnes, et ils donnent leurs premières grappes trois ans après.

DSCN1831DSCN1832J’avais remarqué depuis le premier soir un couple qui avait un petit chien blanc très sage, et je m’étais étonnée qu’il leur soit permis de voyager avec lui. J’ai su hier que Gotita (c’est une chienne) est un « working dog ». Son maître est un militaire qui a fait quatre guerres et qui, au cours de la dernière, a été gravement blessé aux oreilles par la déflagration d’explosifs et de ce fait, il est souvent en perte d’équilibre. Il a fallu quatre ans pour dresser la chienne à être l’aide qui permet au blessé de ne pas tomber.

Ultimate Broadway est la revue que la troupe du Prinsendam nous a déjà présentée, mais c’est un plaisir de la revoir… et ensuite, du pont 7, j’ai pu admirer dans un ciel noir l’éclat des étoiles que j’attendais chaque soir. Ma belle Croix du Sud et les Nuages de Magellan étaient au rendez-vous !

Une heure de plus à dormir : nous entrons dans le fuseau horaire de Toronto, New York et Lima et nous n’en changerons plus jusqu’à Fort Lauderdale…

Si votre coeur est solide, cliquez donc sur le lien suivant qui vous fera dévaler à vélo l'une des collines de Valparaiso. Je vous préviens... accrochez-vous !

http://biertijd.com/mediaplayer/?itemid=26190

 

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21 novembre 2011

Souvenir d'un instant exceptionnel

    Après quelques semaines d'inaction, mon blog reprend du service... Merci aux amis d'avoir laissé leurs commentaires malgré mon silence !

                       Aurore boréale 1Aurore boréale 2

 

                        

 

 

 

 

 

J'ai vu deux aurores boréales* dans ma vie, l'une dans la nuit du 25/26 janvier 1938), la seconde à St Brévin. J'avais six ans la première fois, c’était à la campagne. Lorsque mes parents et moi sommes sortis au soir tombant de chez des cousins auxquels nous avions rendu visite, la cour de la ferme était baignée dans une lumière étrange et pourtant, le soleil avait disparu. Le ciel était rougeoyant avec des lueurs mouvantes, et nous avons tous cru à un incendie, sans que l'on puisse en situer le lieu. On aurait dit de gigantesques draperies agitées lentement, et dont les teintes d'aurore flamboyante se précisaient à mesure que tombait la nuit. Mon père a stoppé la voiture en haut d'une crête d'où nous dominions le paysage, mais les lumières venaient d'au-delà les collines, au loin et de longues écharpes aux reflets pâles se mouvaient avec grâce au-dessus de nous...

                        Lorsque nous sommes arrivés au Faouët, la foule était massée sur la place des Halles. Un homme s'est penché à la portière de la voiture pour demander à mon père s'il savait quelle ferme était en train de brûler.

         Puis quelqu'un a dit : "C'est signe de guerre".

                        "Signe de guerre". Depuis des mois il n'était question que de cela. Les accords de Munich, Hitler, Chamberlain, Daladier, étaient au centre des conversations. Avant d'avoir notre poste de radio, nous allions avec quelques autres chez le radio-électricien voisin écouter les discours éructés par le Führer. Y avait-il traduction simultanée ? Je n'en ai aucun souvenir, mais a la fin, il y avait forcément un résumé des points-clés, et chacun y allait de son commentaire.

         Personne n'a prononcé le nom d'aurore boréale, et nous avons continué à contempler dans l'angoisse le spectacle fabuleux qui nous était offert, mais auquel nous ne comprenions rien.

Il  y aurait eu une aurore boréale vue à Paris en 1913…

1938 Aurore boréale

 

Je suis hantée par ce souvenir dont j’ai gardé les détails en mémoire, et j’ai voulu fixer sur la toile l’instant où nous sommes sortis de la « Rosengart » pour nous remplir les yeux de ces étranges lumières qui ne m’effrayaient pas (je me sentais si loin des dangers de l’incendie…) même si mes parents voulaient me rassurer. Malgré mes efforts, depuis plus de deux ans, je cherche à reproduire la magie de l’instant que j’ai vécu, sans parvenir à en rendre la stupéfiante beauté. J’ai lavé la toile plusieurs fois, et puis j’ai décidé d’y mettre le point final de ma signature.

La teinte réelle du tableau est plus foncée que sur la photo et est plus proche de celle où le flash a laissé son reflet…

* aurores boréales : jusqu’au milieu du XXe siècle, on ne savait pas que les aurores se produisent simultanément aux deux pôles et qu’on devrait donc les appeler « polaires ».

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