La Bourlingueuse

17 décembre 2018

Evitement

Mon phare du Bout du Monde

Qui a envie de passer Noël sur une île déserte ou au bout du monde ?

Oui, non, peut-être ?... Pourquoi ?

 

Phare du bout du monde

Me voici tout juste débarquée de la navette qui, deux fois par mois, relie l’îlot désert ou presque de Northland du continent écossais. Sandy et Fergus ont accroché les couronnes de Noël aux fenêtres du cottage qui jouxte le phare de White Cliffs dont ils sont les gardiens, et les uniques habitants du lieu. J’avais immédiatement accepté leur invitation à partager avec eux Noël, malgré l'obligation de rester au moins deux semaines sur leur île, la navette qui les ravitaille et assure la maintenance du phare ne traverse que le 1er et le 15 de chaque mois

 C’est mon premier Noël en mer, et loin de tout. Ils m’ont prévenue : ce sera simple, pour ne pas dire austère ; en tout cas, ce sera frugal. Je n’ai pu résister, et ai glissé dans mes bagages quelques comestibles qui amélioreront l’ordinaire de ce réveillon insolite, et des bulles champenoises couronneront ce dîner du bout du monde…

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phare du bout du monde

Phare du bout du monde 2

Pourquoi tout à coup me suis-je retrouvée par la pensée dans l’île du canal de Beagle près de ce qui fut l’un des phares dits du bout du monde, tout au bout de l’Amérique du Sud, en cet endroit où se rejoignent deux océans, l’Atlantique et le Pacifique ? Car ils sont deux « phares du Bout du Monde »… trois même si on compte celui de La Rochelle (mis en service le 1er janvier 2000) qui est une réplique de celui que Jules Verne a placé dans son livre éponyme. Ce phare en bois construit en 1884, ne résista que quelques années aux rigueurs du climat et à la force des vents du Cap Horn, mais il a été récemment restauré à l'initiative d'un Rochelais. Est-ce pour cette raison qu’à Ushuaïa, on attribua le titre de « phare du Bout du Monde » à celui érigé en ses lieux ? Je l’ai peint d’après une photo que j’ai prise en 2003, au cours de mon premier séjour à Ushuaïa. A cette époque, nous ne savions pas que le « vrai » était très au large sur l’île des Etats…

 Noël en Patagonie où c’est l’été ne serait pas un vrai Noël…

Il me plaît bien, ce phare écossais de White Cliffs, malgré son air pataud  et sa lourde silhouette. Chaque nuit, il fait son travail consciencieusement, comme le ferait un plus grand : il guide les navires qui, sans lui, risqueraient de se fracasser sur les brisants de la côte rocheuse.

Décidément, ce Noël… je sens qu’il sera l’un des plus beaux de ma vie.

Le plus insolite sûrement !

Tabl 19 Le phare du Bout du Monde

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10 décembre 2018

Je pense donc je suis

Je pense, donc je suis

Je pense

Aquarelle d'Andrew Wyeth                            

Ce n'est pas à René Descartes, mais à Blaise Pascal, mon Auvergnat préféré, que j'emprunte cette jolie maxime que vous devrez caser dans votre devoir avec le sujet qui vous sied !

"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie" (Pensées)

Vous penserez et vous serez là, lundi, j'espère !

La radio a annoncé une tempête de force 4 pour la soirée… Raison de plus pour venir sur les rochers de Pen Dû voir la mer s’agiter et laisser le vent ébouriffer mes cheveux. C’est plus fort que moi : j’adore la mer quand elle est en fureur (allusion au grand air des « Cloches de Corneville » une opérette de Robert Planquette qui faisait florès au cours des années 30 et que plus personne ne connaît de nos jours).

Donc, me voilà en bottes et ciré à guetter les vagues qui se fracassent sur le granit breton, éclaboussant la roche d’écume. Le vent a forci, mais n’a pas encore atteint le paroxysme prévu en début de nuit. Les chalutiers sont rentrés au port et chacun a amarré solidement tout ce qui peut donner prise au vent.

Les rochers bruns du Glazig qu’à marée basse on atteint facilement pour y cueillir moules et bigorneaux maintenant se recouvrent à chaque vague de mousse bouillonnante et les coquillages devront s’accrocher ferme pour ne pas être rejetés plus loin dans la baie ! Les berniques qui sont moulées à la roche ont tout prévu pour ne pas être arrachées de leur nid natal…  

Le vent s’est maintenant déchaîné et il est prudent de rentrer pour ne pas risquer d’être emportée dans cette mer familière où j’aime tant me plonger lorsqu’elle est calme. L’océan et moi, c’est une histoire d’amour qui durera  toujours, et même si j’aime le voir en colère lorsqu’il est déchaîné, je préfère l’admirer de loin…

Les grondements enflent, le vent siffle dans des hurlements de tempête, et le fracas des vagues devient énorme…  Pourquoi Pascal et ses « Pensées » me traversent-ils soudain l’esprit ?

 « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »

 Si vous voulez mon avis, Pascal n’a jamais vu ni à plus forte raison entendu la tempête sur la mer, mais il a bien raison d’en être effrayé !

J’ai dû faire le dos rond et lutter contre le vent qui me poussait vers la maison à grands coups de boutoir sur les fesses…

 J’vous l’répète : j’adore la mer quand elle est en fureur !

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03 décembre 2018

La robe bleue

Elle déteste sa robe bleue

Elle déteste sa robe bleue

Après des Oh ! Après des Ah ! voici le point sur le  i. Je n'en veux pas dans votre texte.

Jeanne boude : elle ne veut pas accompagner ses parents à la fête préparée secrètement en l’honneur de Jacques, son grand-père dont l’âge vénérable approche les cent ans. Elle l’adore et est toujours prête à écouter les anecdotes de sa turbulente adolescence, vécue près des forêts tourangelles, où, le jeune « Coco » a concocté tant de tours pendables avec les autres chenapans de son âge…

Jeanne déteste cette robe d’un bleu fade que sa mère a récemment achetée pour l’événement, et sans qu’elle demande à l’adolescente ce qu’elle en pense…

Elle veut porter sa robe blanche (devenue un peu juste) qu’elle arbore sans problème et dans laquelle elle se sent confortable et élégante. Car même à douze ans, on préfère se trouver à son goût dans la glace, non ?

Elle s’est calée dans la chauffeuse du salon, la bouche amère et le regard dur : elle va rester at home et n’accompagnera pas les autres : Grand Papa « Coco » comprendra son absence lorsqu’elle le verra seule dans quelques jours ! Auparavant, elle va téléphoner en douce en exposant son problème. La rose blanche qu’elle malaxe sans y penser souffre de ses gestes spontanés.

Maman a voulu parler, évoquant la souffrance de son grand-père causée par son absence, appelé Papa à la rescousse, grondé, et déçue, accepté qu’elle reste seule à bouder…

Jeanne a gagné, elle ne portera plus cette affreuse robe bleue !

La Peugeot a emporté la smala célébrer sans elle la fête de son grand-père adoré, et elle court vers son téléphone pour se faire pardonner. Elle sent que Papy Jacquot sera de son côté et elle le verra seule dans deux jours en sortant du collège. Elle promet de l’embrasser à l’étouffer pour se faire absoudre.

Un sacré bonhomme son papy !

Bon… tout ça c’est t*ré par les cheveux… ça ne veut pas d*re grand-chose, ma*s la lettre *nterd*te br*lle par son absence.

Challenge réuss* ?

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30 novembre 2018

Kostroma

Avant la révolution, une stèle avait été préparée pour recevoir des statues de la famille impériale et des bas-reliefs sculptés sur ses faces. Le tsar et les siens disparus et hors circuit, quelqu’un se souvint de la stèle. On gratta les bas-reliefs qui n’étaient plus au goût du jour et on remit les sculpteurs au travail pour célébrer la vedette qui logeait désormais au Kremlin : Wladimir Oulianov dit Lénine. La statue est désormais sur sa stèle dans un jardin public face à la gare fluviale, et notre guide propose un arrêt à ceux qui souhaitent prendre une photo. Personne n’a levé la main… Grosse déception palpable  de la guide ! (France dixit)

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Le repas et la soirée sont russes, et nos serveurs et serveuses sont vêtus des habits traditionnels. A l’arrivée, huit jeunes filles font passer les arrivants sous l’arche de seize bras dressés.    

…et demain… demain…

Nijni Novgorod !

Quand ai-je pu lire pour la première fois ce nom qui m’a fait rêver ? Jocelyne m’a suggéré Michel Strogoff et elle a sûrement raison. Grande lectrice de Jules Verne à partir de mes 9/10 ans, ce ne peut être ailleurs. Si quelqu’un m’avait dit à cette époque que je mettrais un jour les pieds dans cette ville au nom si étrange, je n’en aurais pas cru un mot… Ca veut dire « Novgorod du bas » par opposition à la 1ère Novgorod qui se trouvait, et se trouve encore à l’Ouest de St Peterbourg (Jocelyne)

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Au dîner, Hélène et moi avons évoqué Ste Claire et ses pouvoir météorologiques, à la surprise de nos compagnes qui même si elles n’y ont pas cru, ont récité avec nous : Sainte Claire, toi qui connais ton affaire… garde la pluie en l’air !

Attendons demain pour voir si nous avons été entendues…

§

Jeudi 13 septembre

Nijni Novgorod

Nous avons dormi jusqu’à 8.30 h. Outre la visite de la ville, le programme annonce que notre bateau est pris par des pirates et que, pour s’en sortir, il faut se fondre dans la masse et s’habiller comme eux pour dîner.pour dîner. Nous avons des pulls marins et Hélène masquera son oeil avec un bandana. J’apprends ainsi avec surprise qu’un pirate à l’œil bandé n’était pas borgne, mais qu’en l’occultant, il permettait ainsi à sa pupille dilatée de voir sans peine ce qui pouvait se dissimuler dans les coins sombres du bateau attaqué !            

En prime, pour suivre une tradition belge qui veut que l’on offre des œufs à l’église pour avoir du beau temps, Hélène a mangé un œuf dur au petit déj’ !

La première partie d’un film sur les Romanov a été projetée, qui retrace la vie de la dernière famille impériale russe, documentaire fait à partir de photos et d’archives cinématographiques, utilisées par Frédéric Mitterrand dans sa série « Les Aigles foudroyés » où il évoquait la disparition en 1918 de trois dynasties impériales : les Habsbourg en Autriche, les Hohenzollern en Allemagne et les Romanov.en Russie. Ce sont en l’occurrence des films d’Arte en français.

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Kostroma

3ème ville de l’Anneau d’Or que nous visitons avant de descendre vers le Sud La visite commence par la Place Rouge (rouge étant pris dans le sens de « beau »). Catherine ll serait à l’origine de la disposition des rues autour de cette place. Alors que les architectes lui soumettaient leurs plans, la tsarine aurait jeté son éventail sur la table et c’est ainsi que ces derniers conçurent sept rues partant de la dite place. Mais les autochtones ne l’appellent que « la poêle à frire » tant il y fait chaud l’été où beaucoup de monde s’y réunit

C’est au pas de course et sous la pluie, qu’il nous est proposé d’aller visiter un marché qui au demeurant, ferme ses portes. Dommage (France dixit)  Une brume épaisse noie les lointains. J’ai fait l’impasse sur le marché et suis restée en tête à tête avec Michel Laclos et ses grilles de mots croisés 20 x 20.

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La visite de la cathédrale de la Dormition de la Vierge nous a donné l’occasion d’une franche partie de rigolade. Nous savions que dans certains monastères, les moines exigent que les femmes en pantalon se recouvrent d’une jupe, et elles doivent aussi porter foulard ou bonnet. Tout cela au prétexte qu’ils n’acceptent pas que les femmes soient vêtues comme les hommes. Auraient-ils oublié que les saints qu’ils vénèrent et dont les icones couvrent les murs de leurs églises sont habillés de robes ?

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Nous avions prévu un paréo mais n’étant pas prévenues de l’imminence de l’événement, ils sont restés à bord et il va falloir contourner l’obstacle : des sortes de tabliers sont à la disposition des visiteuses et question carnaval… ça tient la route pour le mardi-gras ! Et on sait depuis longtemps que le ridicule n'a jamais tué !

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Hélène a choisi pour moi une peau de panthère du meilleur effet. Elle s’est coiffée de son bandana et m’a passé son bonnet. Nous voilà parées pour la visite. La cathédrale est à l’intérieur d’un monastère rendu aux moines depuis la pérestroïka. Mikhaïl Romanov s’y était réfugié avec sa mère lorsqu’il fut élu à 16 ans pour devenir tsar. Sa jeunesse fut un atout, parce que, à l’inverse des autres prétendants, on ne pouvait lui reprocher d’avoir trempé dans des complots et des meurtres. Il fut le grand-père de Pierre le Grand et l’ancêtre du malheureux Nicolas ll assassiné avec toute sa famille sur ordre de Lénine en 1918.

C’est donc déguisées que nous pénétrons dans cette cathédrale qui a des coupoles noires, spécifiques des églises liées à l’Epiphanie, mais elle a aussi des coupoles dorées. Son iconostase est, plus encore que celles déjà vues, d’une incroyable richesse.

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28 novembre 2018

Matriochkas en devenir...

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Un cours de peinture sur matriochka est proposé avant l’arrivée à Kostroma. Pourquoi pas ? Il y a le choix entre une seule poupée en bois plein, ou trois qui, creusées, s’insèrent les unes dans les autres et sont déjà dessinées au pyrographe. C’est celle que choisit Hélène pour moi. Je me trouve à la même table qu’une dame et nous avons beaucoup bavardé, un peu déçues du silence de notre « coach » qui ne parle il est vrai que le russe ; nous attendions des explications sur l’histoire de ces poupées si traditionnelles qu’elles sont devenues l’un des symboles forts de la Russie. Aucun conseil non plus : elle se contente avec le sourire de changer l’eau dans laquelle nous trempons les pinceaux… mais sans un mot. Je ne reviendrai pas et finirai mon œuvre à la maison !

L’après-midi nous est proposée une démonstration de cuisine russe. Pourquoi y aller ? Je sais que je ne la referai pas pour mes convives. Le navire nous fera descendre jusqu’à Kostroma où il pleut, sous un ciel de novembre. Hélène prend ses gants ; l’air ambiant n’est vraiment pas celui des Antilles. Je lui rappelle qu’elle m’en avait acheté une paire sur le parvis de la gare Montparnasse un jour de grand froid… et que ses manchons étaient garnis de fourrure de lapin. Qu’ai-je dit sur un bateau !! Jocelyne a fait la faute hier soir, mais elle ne savait pas que c’est un mot tabou… Quant à moi, je suis impardonnable d’y avoir cédé.

Je m'aperçois un peu tard que j'ai oublié de publier ce petit post !

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27 novembre 2018

Mercredi 12 septembre

Hélène s’est levée cette nuit pour photographier le passage d’une écluse. Photos réussies.

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Réveil 6.30 h et départ à 8 h pour Yaroslavl, l’une des plus anciennes villes de Russie, la plus grande de l’Anneau d’Or, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, fondée par Yaroslavl le Sage 150 ans avant Moscou et elle abrite 77 églises. Anne, l’une des filles du souverain épousa Henri 1er et devint reine de France en 1051. Le Sage fonda Yaroslavl vers 1008 à l’endroit même où il affronta et tua un ours puissant et menaçant, lequel figure désormais sur les armoiries de la ville (France)

Il a commencé à pleuvoir et la version shopping va se concrétiser pour Hélène par un jeu d’échecs dont les pions sont des matriochkas (et des patriochkas ?). Elle est allée faire du change et le cours est aujourd’hui au-dessus de 82 roubles = 1 euro.

La maison du Gouverneur a grande allure : quelques peintures sont commentées par des jeunes femmes costumées comme au XVIIIe siècle (ce qui me remet en mémoire les plantations du Mississippi). Nous avons même eu une leçon sur le langage des éventails. Si je l’ai su, j’ai complètement oublié que les femmes d’autrefois avaient des contraintes et qu’elles ne pouvaient exprimer clairement leurs pensées autrement que par le moyen de ces codes mondains.

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Mais il y a une surprise… Dans un angle du grand salon où nous avons été invités à entrer, un piano à queue attend celui ou celle qui le fera vibrer. Très vite, trois femmes, elles aussi costumées vont nous offrir un concert : piano, violon et violoncelle, puis six jeunes filles  danseront sur la « Polonaise » et d’autres morceaux classiques. Elles inviteront ensuite six messieurs à danser avec elles avant que les spectateurs soient priés de se joindre aux danseurs. Une valse de Chopin ? Nous y avons succombé malgré nos chaussures antidérapantes… Oui ! nous l’avons fait ! Nous avons Hélène et moi valsé chez le Gouverneur ! Il n'y a que des vidéos qui ont immortalisé cet instant... et je ne sais pas les éditer !

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La vieille église de St Nicolas jouxte presque le palais du Gouverneur et, de dehors, elle semble être restée « dans son jus ». L’escalier accuse plusieurs siècles de passage des fidèles. La somptueuse iconostase dorée a, elle, sûrement été restaurée et ses dorures explosent malgré le peu de lumière ambiante. Les murs sont recouverts de dizaines de portraits de saints (peut-on les appeler icones ?)

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26 novembre 2018

J'écoute pas ! J'entends...

J’écoute pas ! J’entends…

J'écoute pas ! j'entends

 J’avais bien senti qu’il se préparait quelque chose. Julien, mon fils, mon adoré, mon unique amour était sous l’influence de cette voleuse d’enfant qu’il a épousée le mois dernier contre ma volonté…

J’avais bien tenté de lui ouvrir les yeux, mais il n’a rien voulu savoir : cette gourgandine sans morale le manipule et elle a réussi à se faire passer la bague au doigt. Il m’a abandonnée, moi, sa mère, qui avais tout sacrifié pour son bonheur à lui. A la mort de son père, j’ai tenu à déménager pour ne pas le laisser vivre auprès de ses grands-parents paternels trop présents, et qui prétendaient avoir leur mot à dire sur l’éducation que je donnerais à Julien… Et puis quoi encore !..

Nous avons donc traversé la France pour nous installer en Normandie, loin de la famille, dans ce petit bourg où nous pourrions vivre tranquilles tous les deux, enfin seuls !

Bien sûr, au collège du village, puis au lycée de la grande ville, il avait noué de nouvelles amitiés, et j’accueillais ses copains avec grand plaisir. Je préférais le savoir sous mon toit avec eux plutôt que de laisser Julien fréquenter des familles étrangères, et tout se passait bien.

Un jour cependant, entre deux sanglots, mon fils m’avait avoué qu’on se moquait de lui « qui restait dans les jupes de man-man ». J’ai alors fermé la porte de la maison à ses prétendus amis…

Puis son bac en poche, j’ai voulu faire de lui un médecin et vendu la maison pour nous installer à Caen près des Facultés.

Je restais en alerte, mais ne pouvais plus trier ses fréquentations… Comment a-t-il échappé à ma vigilance ? Les stages au Centre Hospitalier devenaient de plus en plus fréquents, mais je ne pouvais tout de même pas le suivre à chaque fois !

Et puis un jour…

Cette fille a tout fait pour me plaire, mais j’ai immédiatement senti le danger, et mis Julien en garde. Mon petit garçon était devenu un homme de 25 ans qui m’a tenu tête violemment pour la première fois de sa vie.

J’ai tout de même obtenu qu’elle vienne vivre sous mon toit après le mariage. Malgré moi, je venais chaque soir derrière la porte de la chambre écouter leurs ébats et chaque soupir me transperçait, ravivant ma frustration d’avoir perdu mon enfant.

Ce soir, aucun bruit ne traverse la porte close. J’ai beau tendre l’oreille, je ne « sens » que le silence…

Cette clé posée sur la table du vestibule ? Mon sang ne fait qu’un tour… J’ai compris ! La gourgandine a gagné et ils ont quitté le nid douillet du foyer familial, et je ne peux même pas aller au commissariat porter plainte pour rapt d’enfant !

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Si vous voulez me suivre, je preprendrai mardi notre croisière sur la Volga...

 

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19 novembre 2018

Conduite de nuit

Incipit... Excipit

1) Commencez impérativement votre devoir par la phrase suivante : "Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois."(emprunt à Georges, sous le soleil de Satan).

 2) Terminez impérativement par la phrase suivante : "La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison." (emprunt à Alain et sa jalousie).

Entre les deux, casez ce que vous voulez.

Conduite de nuit

J'ai voulu m'inspirer d'une histoire qui m'est arrivée il y a quelques années sur une petite route au Nord de Nantes et qui est restée dans ma mémoire comme un très mauvais souvenir...

  « Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois. »

Agacée par le ton monocorde de la femme qui lisait le livre de Bernanos, Jeanne tourna le bouton de son autoradio pour mieux se focaliser sur la route qu’elle devait suivre. La nuit était maintenant tombée et elle craignait de ne pas voir à  temps le panneau de la petite route sur la gauche qui la conduirait à la propriété que sa tante Anna venait d’acheter et qui, disait-elle serait son héritage…

Au détour d’un virage, Jeanne fut gênée par deux pinceaux lumineux puissants qui paraissaient avancer vers elle en l’éblouissant. Elle fit des appels de phare pour alerter l’automobiliste en face qui ne sembla pas comprendre puisqu’il continuait d’approcher sans réagir. Jeanne ralentit et pensa que la voiture était en panne puisqu’elle se rendit compte qu’elle n’avançait pas. Prudemment, elle serra sur sa droite et, à moins de cinq mètres des phares, réalisa qu’elle roulait sur la berme et finirait dans le fossé !

La voiture arrêtée se trouvait sur la partie opposée de la route sur laquelle elle aurait dû stopper ! Jeanne put l’éviter de justesse et dut s’arrêter quelques instants après, les genoux flageolants… Elle ne voulut pas retourner dans la nuit noire demander des explications à l’automobiliste fautif, mais attendit un peu avant de repartir, remettre la radio et écouter la suite du livre « Sous le Soleil de Satan » qu’elle n’avait jamais lu…

Tante Anna lui fit un accueil chaleureux et après le dîner qu’elle avait mitonné avec tant de plaisir, elles s’installèrent dans les fauteuils d’osier près du grand ormeau dans la tiédeur de cette fin d’été. Jeanne ne dit rien de la frayeur qu’elle venait de subir mais elle se souviendrait longtemps de cet accident auquel elle venait d’échapper…

La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison.

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11 novembre 2018

Adieu à Caroline

La Bourlingueuse va rester quelques jours hors de la blogosphère.

La nouvelle est arrivée il y a quelques heures : Caroline ne vivra pas Noël, elle n'aura jamais 40 ans et elle manquera terriblement à ses trois filles . A nous aussi elle manquera

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