La Bourlingueuse

23 mars 2020

La fille à la fenêtre ? Elle est confinée !

 

La fille à la fenêtre

Elle est comme nous.
Elle est à sa fenêtre.
Que souhaite-t-elle ?
Que pense-t-elle ?
Comme nous est-elle confinée, prisonnière, recluse ? 
Dites lundi ce que vous pensez à partir de cette toile de Salvador Dali.

 

Isabelle a pris sa voiture et, en dépit de l’avis de ses parents qui n’étaient pas d’accord avec sa décision, elle a pris la route pour arriver ici à Belle-Ile dans la villa  familiale de vacances, juste avant l’annonce officielle du confinement décrété par les autorités. Son père lui a reproché de se croire en vacances alors que la situation est grave, mais elle a rétorqué que le télétravail lui pèserait moins avec la mer sous les yeux…

En aucun cas, elle n’avouerait la raison réelle qui lui a fait quitter la grande ville

C’est qu’Isabelle a une idée derrière la tête : retrouver  un bel îlien, celui dont les yeux font chavirer autant son esprit que son corps… Pourtant, la vérité est que jusqu’ici, il ne s’est jamais rien passé, peut-être parce que Pierrick continue de ne voir en elle que la petite voisine qu’il a toujours connue et qu’il prend tant de plaisir à taquiner. Mais la gamine a grandi, est devenue pulpeuse, sexy, et bien décidée à prendre les devants afin de ’’mettre les choses au  point’’ comme elle aime à se le répéter.

Elle imagine déjà le confinement comme une parenthèse enchantée pendant laquelle Pierrick et elle passeraient ensemble leurs jours… et surtout leurs nuits !

Oui mais voilà… a son arrivée, la grande maison de granit qu’habite à l’année l’objet de ses amours a les volets clos.

Punaise ! Où est Pierrick ?

Que sa famille soit partie au diable se confiner lui est indifférent, mais il est impossible d’accepter d’avoir fait tout ce long chemin pour se retrouver seule au bout du monde…

Isabelle veut en avoir le cœur net et décide d’appeler Soiz’ la maman de Pierrick afin d’avoir de ses nouvelles sans avoir l’ait d’y toucher. C’est ainsi qu’elle apprend que la famille est depuis quelques jours dans le Finistère où elle règle la succession du grand-père décédé avant de mettre en vente la maison, et qu’ils préfèrent rester sur place le temps du confinement… Il y a dans la maison de quoi tenir un siège ajoute Soiz’ en riant, et les fermes alentour fourniront ce qui pourrait manquer à la supérette du bourg.

Sauf Pierrick… (le cœur d’Isabelle s’est arrêté de battre) oui, sauf Pierrick qui, pompier volontaire, a tenu à aider l’équipe de Lorient débordée et qui restera sur place tant que la situation ne sera pas redevenue normale.

Furieuse, Isabelle a brusquement raccroché… Elle a envie de mordre tout ce qui passerait à sa portée… mais elle est seule…

La dernière navette pour le continent est partie et elle observe par la fenêtre la mer qu’elle déteste soudain et qui sera son seul point de mire pendant…

 §

Au fait, pendant combien de temps ? …

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16 mars 2020

Un choix difficile

Le choix

Le choix

Sur cette toile d’Aldo Balding, ces deux là font quand même une drôle de tête, même s’ils nous tournent le dos, ça se voit, ça se sent, ça se sait.
Que diable arrive-t-il ?
Faites nous part de ce que vous en pensez lundi.

Romain a entraîné Jeanne dans la crique qui borde le domaine familial où durant tant d’étés de leur enfance, ils ont joué aux pirates ou aux naufrageurs qui ramassaient tout ce que la mer déposait sur le sable doré de la plage qu’ils considéraient comme leur domaine exclusif…

Car il va bien falloir prendre une décision, réfléchir aux arguments des uns et des autres, garder la tête froide afin de ne pas s’emballer pour une situation qui pourrait s’avérer encore pire que celle que vit la famille actuellement.

 C’est qu’ils ont vu l’état de santé d’Anne leur mère terriblement se dégrader depuis plusieurs mois et ils savent aussi son désir de ‘’suicide assisté’’ qui est depuis longtemps dans ses projets. Mais voilà : il leur a été impossible de savoir si elle a effectivement fait les démarches en Suisse.

Chacun d’eux a voulu croire que l’autre était dans le secret et prendrait l’ultime décision au moment où Anne le souhaiterait. Ils ont vainement cherché dans les tiroirs un dossier qui leur permettrait de contacter l’établissement qui la délivrerait de son calvaire. Le médecin de famille auquel ils ont rendu visite n’est au courant de rien et n’a jamais abordé avec sa patiente ce sujet si délicat : il est de la vieille école et le serment d’Hippocrate qu’il a formulé il y a tant d’années n’a jamais évoqué l’euthanasie !

La famille est déchirée, mais personne ne veut aborder le sujet avec Anne qui les regarde désespérément mais en silence. Pense-t-elle que les formalités sont terminées et qu’il suffit qu’on la conduise en Suisse pour l’accomplissement de sa décision ? Mais dans ce cas, où sont les papiers ? Ou bien se trompe-t-elle et n’a jamais fait les démarches jusqu’au bout ?

Jeanne et Romain se sont longuement regardé et se sont levés pour regagner à pas lents la vieille demeure où la famille s’est réunie autour de la malade. Ils se sont pris la main et semblent sereins… Ils accompagneront leur mère tant chérie dès que les formalités administratives seront bouclées.

§

Savez-vous la nouvelle ?

Marianne les attend sur le seuil de la vieille demeure et annonce avec un ton de catastrophe :

Germaine, la dame de compagnie de grand-mère Anne, est en grand danger à l’hôpital : atteinte du coronavirus/covid 19 il y a peu de chances de la sauver, ont dit les médecins à son fils.

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09 mars 2020

Me too !

Me too !

 

Mais

 

-         Oh Jeff, je t’aime aussi MAIS… je n’oublie que c’est ma mère que tu as séduite avant de jeter un regard sur la gamine impubère que j’étais alors… Je crois que sur le moment, j’ai été flattée de voir ton regard changer lorsqu’il s’attardait sur moi… Je me suis laissé prendre à ce jeu et tu me faisais croire que j’étais une grande, alors que mes treize ans auraient dû te freiner, toi l’amant de ma mère qui voulait aussi savourer le fruit acidulé que j’étais. Ca n’a que trop duré… Aujourd’hui j’ai pris conscience de la situation et je vais de ce pas porter plainte aux autorités

-         Mais…

-         Oui… je vais moi aussi dénoncer mon porc !  

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02 mars 2020

Un rendez-vous manqué

Un rendez-vous manqué

Rendez-vous manqué

Qu’est-ce qui m’avait pris de lui donner ce rendez-vous dans cette brasserie de Montparnasse ?

La fraîcheur toute relative du lieu est un bonheur comparée à l’étouffante chaleur humide de Paris en cette fin août, où je suis venue tout exprès en train depuis Bénodet et ses plages de sable blanc afin de mettre les choses au point.

Car, durant le dernier week-end, j’en avais eu brusquement assez de couvrir les frasques de Claude l’imprévisible qui, face à la jalousie de Camille, lui faisait avaler des couleuvres de plus en plus grosses, mais dont j’étais la référence…

J’avais de tous temps adoré Claude, et depuis notre enfance, j’avais toujours endossé ses bêtises, préférant me faire gronder à sa place et cela avait fait de nous des complices à vie…

Mais cette fois, Claude avait dépassé les bornes et je suis bien décidée à me retirer de ce jeu que je trouve désormais malsain.

Camille se fait attendre et je m’impatiente… jusqu'au coup de fil qui m’annonce qu'un imprévu l’oblige à retarder d’une heure notre rendez-vous. La voix qui m’annonce une surprise a des accents légers qui me troublent. Habituellement, Camille me parle avec un ton tellement plus banal !

Ai-je bien fait de vouloir tout dire et risquer de réduire à néant le bonheur de ce couple qui s’est construit depuis l’enfance avec la bénédiction de deux familles amies ?

Je les aime tous les deux, même si ma sœur a une place prépondérante.

J’ai fait durer les thés de Chine en tournant nerveusement la cuiller dans une tasse presque vide…

Réflexion faite, je vais reprendre le train et rentrer à Bénodet sans avoir fait de révélations. Je me suis levée pour rejoindre ma famille, François, l’homme de ma vie, mes enfants… et Claude, qui ne saura jamais à quoi son avenir à tenu : une heure de retard !

C’est en sortant de la brasserie que mon regard croise celui de Camille…

‘’Voilà : je te présente Alix, la surprise annoncée… et la raison de mon retard’’

Suffoquée, je regarde l’homme qui a épousé ma sœur, au bras d’un longiligne éphèbe peroxydé qu’on pourrait prendre pour un mannequin de Jean-Paul Gautier…

‘’Maintenant que te voilà au courant, je te charge de continuer le rôle de faux-témoin que tu tiens avec tant de brio pour tenter de me cacher ce que je sais depuis longtemps’’

Nous nous sommes assis tous les trois et avons beaucoup ri : Alix, malgré les apparences est très drôle, et j’ai promis que désormais, je ne servirais de caution personne…

Même à Claude, l’imprévisible, ni à Camille… Personne, vous dis-je !

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24 février 2020

Avril à Paris

Avril à Paris

Avril à Paris

Si vous commenciez votre devoir par :
« Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal. »
Le terminiez par :
« Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains. »
Tout ça en brodant pour lundi une histoire autour de cette aquarelle de John Salminen.
Ça vous dit ?

Distendue, ralentie, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal  qui me trottait dans la tête. Lorsque j’étais entrée dans le cinéma, le ciel était lourd, et il ne pleuvait pas. Mais en sortant, cela m’avait paru irréel de marcher sur ce trottoir parisien encore enneigé par la chute inattendue survenue au cours de l’après-midi. La météo avait bien annoncé un risque probable de neige en Ile de France mais je n’avais pas pris la prévision au pied de la lettre et regrettais bien de n’avoir pas chaussé mes snowboots au lieu de mes chaussures de ville qui laissaient mes chevilles se geler sous le bas de mon pantalon…

 Le ciel avait pris une étrange couleur ocrée et les réverbères comme le kiosque à journaux dispensaient une lumière crue qui semblait anachronique en avril, à cette période de l’année qui devrait sentir le printemps.

 C’est bien la silhouette familière de Jeanne qui s’avançait, et sa chevelure était nimbée de la clarté du lampadaire. Elle ne semblait pas m’avoir vue et ; chaussée confortablement, marchait d’un pas allègre. Je reconnus le sac de la boutique de luxe où elle a l’habitude de renouveler sa garde-robe à chaque saison, et je souris en pensant qu’elle avait sûrement choisi une petite robe légère pour un printemps radieux !  

 Jeanne m’avait sauté au cou et enlevé l’un de ses gants pour me faire admirer la ravissante tunique de soie légère qu’elle venait d’acheter… mais qu’elle ne porterait pas dans l’immédiat, ainsi que je lui fis remarquer en riant !

 Ce faisant, elle remarqua soudain mon manteau boueux puis mes mains nues qui portaient les traces sévères de la chute dont j’avais été victime quelques minutes auparavant : mes semelles de cuir avaient dérapé sur le trottoir verglacé et j’étais lourdement tombée en essayant de me protéger le visage de mes mains qui avaient pu amortir le choc. Je fus surprise de les voir meurtries et sanguinolentes : le froid avait endormi la douleur et je ne ressentais rien. Si seulement j’avais pris des gants…

 Jeanne proposa que nous allions me faire panser à la pharmacie toute proche. Après un instant de réflexion, je finis par accepter afin de prolonger ce moment d’intimité avec ma délicieuse et si prévenante petite sœur.

 Jeanne entoura mes épaules de son bras libre et je me sentis soudain envahie par une onde de tendresse pour elle, si pleine de sollicitude pour moi son aînée.

 - Et si nous allions à Cannes voir Marion ? Le printemps de la Côte nous fera oublier celui si détestable d’avril à Paris. C’est décidé : je t’accompagne chez toi et nous bouclerons ta valise. Plus un mot, je m’occupe des billets dès ce soir…

 Comme une petite fille, je m’étais laissé entraîner jusqu’à l’officine où Jeanne d’autorité m’avait fait asseoir avant de prévenir qu’une ‘’blessée’’ avait besoin de soins urgents. Jeanne a toujours aimé dramatiser et s’en amuse.

 - Quelqu’un va s’occuper de toi dans quelques instants. Je suis certaine que tu n’aurais pas pris tes blessures au sérieux et que tu te serais contentée de les passer rapidement sous l’eau du robinet. Ai-je tort ?

 Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains…

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17 février 2020

Les violettes de Toulouse

Les Violettes de Toulouse

Violettes

La boîte n’est pas grande, mais elle contient un flacon de ‘’sent bon’’, et l’étiquette porte Violettes de Toulouse.

J’ai onze ans et je viens de recevoir en cadeau mon premier parfum. Ma grande cousine Marie est institutrice à Toulouse et elle a fait un long et difficile voyage en train jusqu’à Nantes pour être présente à ma première communion. Car en ces temps d’Occupation, les wagons dévolus aux voyageurs étaient ceux avaient été mis au rebut au profit de voitures plus confortables, maintenant réservées à l’Occupant et qui roulaient surtout Outre-Rhin.

Elle a été bien courageuse ma jeune cousine, d’entreprendre ce périlleux voyage et d’avoir pensé à m’apporter LA spécialité de son pays d’adoption.

Le petit flacon a duré des années, tant je l’utilisais avec parcimonie, et je ne suis même pas sûre de l’avoir vidé…

Je ne me suis plus jamais parfumée à la violette, mais j’ai gardé la nostalgie de son parfum si délicat.

Bien des années plus tard, mon mari est arrivé un beau jour avec des plants de violettes qu’un ami lui avait donnés et qu’il planta dans le jardin à l’ombre du camellia. J’étais contente et attendis avec confiance le moment où les fleurs allaient éclore…

Quelle déception ! aucun parfum n’émanait d’elles ! Elles étaient comme on était en droit d’attendre qu’elles fussent… sauf qu’elles ne sentaient rien !

Elles ont proliféré et la pelouse en est couverte au printemps, elles se sont insinuées dans tous les interstices du pavement de granit, mais personne ne les cueille.

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10 février 2020

La rue Demi-Lune

La rue Demi-Lune

Le vieil homme a entamé péniblement la montée de mes marches, celles-là même que dans sa jeunesse il grimpait en courant avec ses copains les jours de bordée. Déçu, il dit ne m’avoir pas reconnue, et que je n’étais pas si étroite…

Bien sûr, les bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale ont considérablement modifié mon décor, et les temps ne sont plus les mêmes.

Les immeubles détruits ont été rebâtis, mais voyez comme il n’y a plus de vie sur mes pavés ! Le seul réverbère  qui a survécu n’éclaire plus rien, il n’est là que pour ‘’faire ancien’’. Si vous vous retournez, vous pourrez voir encore les marches qui cascadent vers le quai et qui ont gardé leur aspect ‘’antebellum’’.

On m’a rebaptisée du nom d’un fameux corsaire nantais que je n’aime pas nommer, car j’ai encore la nostalgie de celui qui m’avait été attribué au temps où les navires nantais partaient pour des voyages triangulaires qui les faisaient revenir les cales pleines de sucre, de rhum, d’épices qui enrichissaient nos armateurs et garnissaient la bourse des matelots.

En ce temps là, j’étais la rue Demi-Lune…

Ne me demandez pas pourquoi, je ne l’ai jamais su… mais vous pouvez me croire, il y en avait du monde à me fréquenter !  

Plus tard, il pouvait arriver que même l’allumeur de réverbère y passe un moment en oubliant de présenter sa flamme et ma rue n’était alors éclairée que par les lanternes rouges accrochées au-dessus de la porte des ‘’maisons de plaisir’’, que la police tolérait mais que la morale réprouvait….

Une certaine Marthe Richard, se disant espionne au service de la France et devenue conseillère municipale imposa la fermeture de ces lieux qu’elle avait si bien connus. Puis est arrivé le jour fatal de 1946 où la loi dut être appliquée. Après quelques jours de flottement, les patrons durent clore leurs maisons qui l’étaient déjà (je n’ai pas pu résister…), mais très vite, mais ouvrirent en ville des hôtels qu’on ne tarderait pas à appeler ‘’de passe’’.

Je fus désertée d’un coup, même si la pénurie de logements fit que des familles ne tardèrent pas à s’installer dans les locaux vides aux décors sibyllins. Des rires d’enfants avaient beau retentir, je ne me remettais pas de la disparition des chants de marins en bordée qui faisaient jusque là mon quotidien…

Car ils ne passaient même plus par mes escaliers pour se rendre à ces fameux hôtels où les hôtesses les soulageaient clandestinement de leur solde.

On me débaptisa, puis on fit abattre les témoins d’un temps révolu et des immeubles furent rebâtis dans l’urgence avec les moyens du bord, habités par des Nantais lambda.

Passant, ne t’étonne pas que la rue Demi-Lune soit désormais plongée dans un profond sommeil… 

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03 février 2020

Femme rousse devant son miroir

 Femme rousse devant son miroir

 Femme rousse devant son miroir

Cette femme devant sa psyché, se prépare-t-elle à partir ou revient-elle ?
Et s’il y avait quelqu’un derrière elle ?
Dites en quelque chose lundi.
Que vous soyez à la place de l’une, de l’autre, des deux.
À vous de jouer.

 

Marthe s’est assise devant la coiffeuse où sa jeune sœur Rosemarie a abandonné la robe et les bijoux qu’elle portait au retour du bal de promotion d’Edouard, son cavalier attitré, avant de s’écrouler épuisée sur son lit où maintenant, elle dort profondément…

Songeuse, Martha s’est regardée dans le miroir qui lui renvoie un reflet sans indulgence, l’image de ce qu’elle est devenue : une vieille fille dont le pli amer de la bouche dénonce la faillite de sa vie. Elle a été jolie autrefois… et rieuse… avant cette guerre qui lui a pris l’homme qu’elle aurait dû épouser. Elle rêve à ce qu’elle a manqué et se prend à imaginer ce qu’elle serait devenue si…

Mais Matthieu a laissé ses os sur un champ de bataille dans la Somme où tant d’autres sont aussi restés ! Machinalement, elle a enfilé  sur son caraco la jupe verte après avoir dénudé sa poitrine, a mis à ses poignets les bracelets abandonnés et suspendu à son cou le long collier d’ambre que Grand-mère a prêté à Rosemarie. Sa peau de rousse accroche bien la lumière, ses cheveux d’acajou retenus en chignon lui encadrent un visage tout compte fait pas si fané… La main de Marthe a machinalement saisi les roses de soie rouge sombre que Rosemarie avait en riant placées dans sa chevelure blonde. Et si elle osait ?

Marthe a osé et accroché les fleurs soyeuses près de son oreille. Sa chevelure aux boucles serrées l’encombre soudain : dès demain, elle va elle aussi sacrifier à la mode dite de « la garçonne » et se libérer des contraintes que la bonne société lui impose. On la considère comme une veuve de guerre alors qu’elle n’était que fiancée, et Matthieu son bel amour ne reviendra jamais plus ; pourquoi devrait-elle vivre comme une recluse ?

Elle a souri et son regard s’est fixé sur l’image nouvelle qu’elle découvre en face d’elle dans le miroir. Peut-être est-il temps de cesser de porter le deuil et enfin, de recommencer à vivre…  Rosemarie, joyeuse et primesautière, c’est sûr, va l’aider à retrouver la sérénité, puis, avec un peu de chance lui donnera l’envie d’envisager à nouveau une vie à deux…

§

Les deux bras de sa sœur l’étreignent sans qu’elle ait remarqué la présence de Rosemarie qui l’a observée et a deviné que Marthe est enfin sur le chemin de la guérison. La vie va reprendre ses droits, et les rires à nouveau éclater dans la maison que le deuil avait éteints depuis trop longtemps.

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26 janvier 2020

L'homme au balcon

L'homme au balcon

L'homme au balcon

Mais que regarde, qu’attend –ou non- cet homme à la fenêtre.
Je sais qu’il regarde par la fenêtre d’un appartement que je reconnais près de la gare Saint Lazare.
Attend-il ou regarde-t-il simplement cette femme qui s’éloigne du côté à l’ombre de cette rue ensoleillée ?
Si vous avez une idée de ce qui occupe ses pensées, dites le lundi.

 §

L’homme est inquiet. Nadejda devrait être de retour depuis près d’une heure. Il ne se risque pas à descendre pour aller au-devant d’elle, parce qu’il sait qu’il peut être abordé par ses ennemis, arrêté ou, pourquoi pas ? être abattu dès qu’il apparaîtra sur le trottoir. Ils ont changé plusieurs fois de résidence afin de brouiller les pistes, même si la police française sait parfaitement où le ‘’loger’’, mais tant qu’il ne nuit pas à la sécurité du pays qui l’héberge, on ne lui cherche pas trop de poux dans la tête. C’est sa femme qui est chargée de toutes les démarches administratives, ce qui lui coûte de plus en plus, mais s’ils veulent que leurs desseins s’accomplissent, ils doivent préparer le terrain et répandre la ‘’bonne parole’’ dans des oreilles attentives.

 Il enrage de ne pouvoir aller plus vite : sous le couvert d’un cours de russe enseigné à 17 élèves venus de tout l’empire tsariste, on y dispense surtout les bases du marxisme, la philosophie, le droit ou encore l’économie politique. Afin d’héberger ces futurs leaders, qui se font ici passer pour des instituteurs russes en séminaire,  il a fait louer une partie de l’immeuble attenant.

 Il referme la fenêtre, se remet à ses livres, et prépare pour son pays des lendemains qui chantent. Plongé dans ses réflexions, il n’a pas immédiatement perçu les petits coups frappés par la Kroupskaïa, dont le regard d’acier le transperce lorsqu’il ouvre enfin la porte…

 L’homme qui a abandonné son nom de naissance Wladimir Illich  Oulianov a choisi de se faire désormais appeler Lénine, l’homme de la Léna.

 §

 Le reste appartient à l’Histoire

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19 janvier 2020

Le rendez-vous à la Rotonde

Le rendez-vous à la Rotonde

23ème devoir de Lakevio du Goût

Hopper me rappelle chaque fois quelque chose de nouveau, me raconte une nouvelle histoire, un angle de vision que je ne soupçonnais pas.
Et vous ?
Que vous dit cette toile ?
Que fait la cette jeune fille ?
Qu’attend-elle ?
Dites le lundi…

 

C’était mon premier séjour à Paris, et je découvrais la capitale en me promenant seule dans la journée. Je logeais chez une parente qui travaillait et ne pouvait m’accompagner que le soir et les samedis et dimanches.

J’étais fascinée par tout ce que je voyais, et mes vingt ans trop sages me maintenaient dans les rails d’un chemin exempt de frivolité. Ainsi, j’avais dès le premier jour, visité le musée des Arts et Métiers où je tenais absolument à voir… le fardier de Cugnot ! Pour tout dire, je n’étais pas une marrante…

Un bel après-midi, je flânais sur les quais de la Seine, regardant avec surprise une jeune femme qui plongeait une sorte d’épuisette le long du quai et la remontait verticalement en raclant la paroi, avec à chaque fois, une écrevisse brune qu’elle posait avec d’autres dans un panier déjà bien garni. En ces temps-là, l’eau de la Seine était assez claire pour que l’on puisse voir les écrevisses accrochées aux parois des quais de pierre.

Un homme s’était accoudé près de moi et entama une conversation au sujet de la scène que je regardais depuis un long moment. Je ne réagis à ses propos que lorsqu’il me posa la question

-         Je suis sûr de vous avoir déjà rencontrée…

-         Je ne crois pas, non, je ne suis pas d’ici

-         Mais si… vous posez à l’Académie de la Grande Chaumière. Je me trompe ?

A ma grande surprise, je n’envoyais pas cet homme sur les roses. L’Académie dont il parlait avait une si bonne réputation qu’elle était venue jusqu’à la provinciale que j’étais et j’avais confiance.

Je regardais mon interlocuteur avec curiosité mais sans aucun à-priori : il émanait de lui une gentillesse et une courtoisie indéniables. Ma suspicion habituelle tomba et nous avons continué de converser en marchant le long de la Seine.

J’appris ainsi que, peintre et Américain, il était de passage en France et cherchait des sujets à peindre. Paris l’avait séduit et il ne pousserait sans doute pas ses explorations au-delà.

Il m’avoua alors avec simplicité que d’évoquer l’Académie de la Grande Chaumière avait été un prétexte fallacieux pour m’aborder, mais ma silhouette épanouie lui avait immédiatement fait penser que je pourrais être le modèle qu’il souhaitait peindre pendant les quelques semaines de son séjour à Paris…

N’étant pas majeure, il fallait l’autorisation de mes parents auxquels je devais écrire et attendre leur accord… si toutefois ils acceptaient.

 

§

 

Et voilà pourquoi je me trouve aujourd’hui à la Rotonde où je suis arrivée très en avance, attendant Mr Hopper et son chaleureux sourire.

J’ai une absolue confiance en cet homme qui m’a parlé en termes émus et si chaleureux de son épouse et de ses trois enfants restés à New York.  

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