La Bourlingueuse

24 juillet 2017

Un si long dimanche

Un si long dimanche

Jeanne n’a pas reçu la lettre qu’elle attend chaque jour depuis de longues semaines… Elle n’en peut plus de se languir et lutte contre les larmes et le mauvais pressentiment qui l’étreint. Sa chienne Caramelle sait bien qu’elle est malheureuse et ne la quitte pas, même si, comme en cet instant, elle devrait gambader dans le parc de la malouinière avec le maître des lieux, armateur, qui est aussi le père de Jeanne. Sa mère, avant la messe, dans la fraîcheur du matin, a cueilli ce bouquet de pivoines qu’elle a posé sur le marbre de la table basse, près des deux petits bronzes que son grand-père capitaine au long cours avait rapportés de Chine au siècle dernier.

 Un long dimanche

 Aux dernières nouvelles, Yann son fiancé combattait sur le front des Ardennes, et même si, dans ses lettres, il n’en parlait qu’à mots couverts, Jeanne sentait bien que c’était très dur à vivre pour lui, jeune lieutenant, et pour ses hommes qui n’avaient pas choisi d’être soldats de métier, mais qui, courageusement étaient partis défendre la mère-patrie contre l’envahisseur allemand, qu’on avait au début appelé « Alboche » par dérision, vite raccourci en « Boche » par la suite…

Le grésillement du téléphone a retenti faiblement, mais Jeanne l’a clairement entendu. Lorsque ses parents sont dans la maison, elle ne se permet pas de décrocher l’appareil tout nouvellement installé… Sa famille est grande et les coups de fil sont fréquents. La conversation a duré un temps qui semble inhabituel à Jeanne, mais elle ne se sent pas la force de se lever pour aller saluer le correspondant, sans doute l’un ou l’autre de ses oncles. Elle joue machinalement avec sa « promesse », la bague que Yann lui a offerte le jour des fiançailles avant de partir au front.

Des pas précipités, un appel rauque de Maman qui appelle son père depuis la terrasse, des chuchotements… puis la porte du salon s’ouvre avec fracas et Jeanne voit surgir ses parents bouleversés…

Ma pauvre petite ! Quel malheur est arrivé !

Ils l’entourent, la pressent contre eux, l’étreignent…

Jeanne a compris, Yann, son Yann a été tué face à l’ennemi et elle est submergée par un océan de chagrin.

La vérité est pire, mais Jeanne n’est pas en état de l’entendre. Ses parents savaient depuis plusieurs semaines que Yann était aux Chemin des Dames et qu’il était l'un des mutins qui avaient refusé de monter en ligne pour épargner la vie de ses hommes.

Des chefs incompétents avaient envoyé au casse-pipe tant de soldats que ceux qui étaient revenus vivants de l’enfer avaient refusé d’y retourner.

Yann et quelques autres étaient passés devant un prétendu Tribunal de Guerre qui les avait condamnés sans les entendre…

Et Yann avait été fusillé…

Pour l’exemple.

Il y a juste cent ans.

Posté par bourlingueuse à 07:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]


22 juillet 2017

On commence à -87°

J'avais été prévenue que mes G'wadeloupéens allaient se cryogéniser dans les jours qui suivent...

J'avais compris qu'ils feraient ça à deux et dans la bonne humeur !

Ne croyez pas que ce soit pour tester une cryogénisation ultérieure à long terme pour se conserver ainsi que quelques célébrités qui ont choisi de se faire congeler à très basse température pour renaître à la vie quand la médecine pourra les guérir.

Jusqu'à aujourd'hui, je pensais que Walt Disney attendait lui aussi des jours meilleurs dans un congélateur, mais il semble bien que ce soit une information mal comprise et démentie qui a cependant perduré dans l'esprit du public.

Nous avons reçu une photo "avant" où, en tenue de bain mais avec les mains, les pieds et les oreilles bien protégés.

Cryothérapie pour deux zinzins courageux

Ils sont entrés dans un sas où régnait une fraîcheur revigorante qui atteignait -87°... mais les sportifs de haut niveau qu'on remet sur pied avec cette méthode subissent -190°. Avis aux amateurs !

Elle a tenu 4 minutes...

Il a tenu 4 minutes 45...

Ils ont mis une petite heure à se réchauffer.

Les bienfaits ne sont pas apparus immédiatement... affaire à suivre donc !

Posté par bourlingueuse à 17:52 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

17 juillet 2017

Pink Lady

 

Pink Lady

PINK LADY

 En septembre dernier, avant de quitter « Clair de Lune » la villa familiale du bord de mer, les Leroy, nos voisins de toujours, nous avaient confié que, devenus trop âgés pour y vivre, ils s’étaient décidés à vendre leur « Pomme de Pin ».

Si tout allait comme ils le souhaitaient disaient-ils, nous devrions au printemps voir des têtes plus jeunes occuper leur coquette villa.

Nous étions consternés, parce que Gabrielle et Alexandre Leroy me connaissaient depuis des lustres et, sans enfant, avaient pris plus qu’en amitié la gamine que j’étais alors, me consolant parfois quand j’avais un coup de spleen.

Un coup de fil de Gabrielle m’avait prévenue que « Pomme de Pin » allait désormais être occupée par… des British ! Yes Ma’am… des Rosbifs !

Pour une surprise… elle était de taille ! Comment allaient réagir ceux d’en face, propriétaires des « Lutins » qui, en bons Orléanais détestaient les Anglais qui avaient brûlé leur héroïne à Rouen ? L’Ermitage, après quatre ans d’occupation par l’armée germanique qui n’avait su y construire que des blockhaus, allait donc accueillir l’ennemi héréditaire qui avait sacrifié Jeanne d’Arc. Pour ma part, je pensais à l’inverse que ce serait une excellente occasion pour notre famille d’élargir son vocabulaire anglais.

Aux vacances de février, les volets de « Pomme de Pin » sont restés clos, bien que les Leroy aient vidé la maison dès la vente réalisée et cela depuis plusieurs semaines…

A Pâques, rien de nouveau… nous étions quand même dubitatifs… Après tout, il sera toujours temps de connaître les nouveaux occupants quand ils seront décidés à franchir le Channel et l’estuaire de la Loire pour farnienter sous les pins de notre petit paradis !

Nos collégiens en vacances anticipées pour cause de correction d’examens qui retenaient leurs profs, et nous voilà débarquant un vendredi soir pour deux mois et demi de détente intégrale.

M'man ! r’garde ! ya d’la lumière à « Pomme de Pin » !

Ah ! enfin ! Dès que possible dans la matinée du lendemain, j’irai souhaiter la bienvenue aux nouveaux voisins après avoir cuit « mon » gâteau breton selon la recette traditionnelle de mon coin de Cornouaille héritée de ma maman. Il faut bien faire connaître nos bonnes choses aux Béotiens venus d’Outre-Manche… non ?

Mais j’ai été coiffée au poteau ! Alors que dans la cuisine, j’étais occupée à pétrir la pâte de mon gâteau breton de mes deux poings serrés comme le faisait ma mère, un « hello » m’a fait lever la tête… A la fenêtre ouverte se tient dans le soleil matinal une délicieuse apparition dont le chapeau rose n’altère pas l’éclat d’un sourire éblouissant dans un visage dont la fraîche carnation rappelle la teinte délicate des roses anglaises. Rose aussi est son corsage de fine dentelle…

Je m’appelle Dorothy, mais on m’appelle Dot et je suis votre voisine !   

Est-ce bien utile qu’elle se présente ? Nulle femme alentour n’est ainsi vêtue pendant les vacances qu’ici on passe décontractées… mais je sens immédiatement que nous allons devenir une paire d’amies…

J’explique à Dot que je prépare un gâteau breton à son intention et que je dois me laver les mains avant de serrer la sienne !

Elle est venue pour nous inviter au tea-time de cet après-midi où nous retrouverons, outre son dearest husband et leurs kids (humour anglais : son mari préféré et leurs enfants) mais aussi la famille Lemelin… oui ! celle qui habite « Les Lutins » la villa d’en face, celle qui vouait les Angliches aux gémonies, et surtout ceux qui oseraient envahir notre territoire ! Ils ont, eux aussi, succombé au charme délicat d’une adorable Anglaise… qui les a mis dans sa poche !

Et voilà l’Entente Cordiale réécrite dans notre petit coin de Bretagne ligérienne grâce à une délicieuse Pink Lady.

Elle n’est pas belle, la vie ?

Posté par bourlingueuse à 07:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]

10 juillet 2017

Les chaussures rouges

Les chaussures rouges

Les chaussures rouges

La première idée que j’ai eue en voyant le titre a été le film « The Red Shoes » film des années 50 avec les ballerines Ludmilla Tcherina et Moira Shearer…

Marilynpinup

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais les escarpins à talons hauts de Marilyn et des pin-up de Vargas ont vite pris le pas sur les danseuses !

Même si les talons hauts ont d’abord été portés par les cavaliers perses pour assurer leur stabilité sur les étriers, et plus tard à la Renaissance, par les nobles qui voulaient toiser le bas peuple, ils sont devenus aujourd’hui l’apanage exclusif des femmes (à l’exception toutefois de quelques cow-boys…)

Fin de la minute culturelle !

Comment les femmes peuvent-elles encore de nos jours accepter de chausser de tels instruments de torture ? On vous dira que ces « choses » allongent la jambe, accentuent votre cambrure et font ressortir vos seins. Vous connaissez beaucoup d’hommes qui feraient ça pour plaire à leur nana ?

Les MLF ont jeté le soutien-gorge aux orties… mais pas les talons aiguille ! Pourquoi ?

Et pourtant, comme les copines au temps de ma jeunesse, j’ai moi aussi porté des talons hauts, quittant la maison à pied pour aller danser à plusieurs kilomètres… et revenant avec mes chaussures à la main !   

Christian Louboutin a encore de beaux jours devant lui…

Posté par bourlingueuse à 07:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]

07 juillet 2017

L'Antonov 124 au-dessus de Nantes

Mardi en début de soirée, j’étais dans mon bureau dont les deux portes-fenêtres et un velux s’ouvrent sur le jardin. Soudain, un bruit assourdissant s’est amplifié et les murs ont vibré. J’ai immédiatement compris qu’un avion survolait ma maison à une altitude insolite.

Nous sommes proches de l’aéroport, mais il est rare que le ronflement des avions m’inquiète. J’aurais pu sortir, je n’avais que quelques pas à faire pour voir l’intrus, et je regrette bien d’être restée à trier mes photos.

ce-gros-avion-qui-rase-nantes-avait-une-trajectoire-inhabituelle

 Ouest-France de ce jour publie un long article dont voici des extraits :

Un gros-porteur russe, baptisé Antonov 124, a survolé Nantes à très basse altitude, mardi soir vers 19 h. Les quartiers de Chantenay, Bellevue et une partie de Saint-Herblain ont été particulièrement concernés. Impressionnant d’envergure, c’est le 2e plus gros avion au monde produit en série, derrière l’Airbus A380.

Les conditions météorologiques en cause

« Plus l’air est chaud, moins il est porteur, explique un ancien contrôleur aérien de l’aéroport de Nantes. Les avions, surtout ceux d’ancienne génération comme l’Antonov, ont plus de mal à prendre de la vitesse et de l’altitude. C’est un problème récurrent avec les gros-porteurs à Nantes. »

Autre spécificité nantaise : la piste empruntée pour le décollage fait face à la ville et « les procédures de navigation aérienne locales nécessitent d’atteindre 400 pieds avant un changement de cap, rappelle la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). En conséquence, le rallongement de la distance de décollage a retardé l’altitude minimale requise avant le premier virage (au nord) ».

Des automobilistes ont rapporté avoir pilé en voyant l’engin arriver si bas.

§

Pour tout vous dire, à lire ce matin le journal, j’ai tremblé rétrospectivement en pensant qu’un jour peut-être cet Antonov qui, deux fois par semaine, décolle de Nantes avec un fret qui peut atteindre les 150 tonnes pour un poids total de 400 pourrait rater son décollage, décoiffer ma maison et déplacer quelques ardoises…

Affaire à suivre ?

Posté par bourlingueuse à 07:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


06 juillet 2017

Retour aux sources

Retour aux sources

P1110028

J’ai demandé à mes enfants de faire une escapade sur les lieux de ma naissance, là où j’ai vécu les premières années de mon enfance. Nous avons pris la route à trois, laissant le reste de la famille à ses occupations de bricolage dans la maison.

Arrivés par le Sud, nous sommes d’abord passés devant la grande maison où je suis née, d’où j’ai longuement regardé le clocher si particulier de l’église qui me faisait penser, allez savoir pourquoi ? à François 1er en armure. Ce clocher est unique et nul ne sait qui l’a imaginé. Il se dit qu’il pourrait être d’inspiration scandinave…

IMG_20170620_1137375

P1110038

Les gisants sont maintenant adossés sous un vitrail, et les (grandes) orgues me semblent aujourd’hui si modestes alors que, dans mes souvenirs, les sons emplissaient la nef si puissamment ! J’ai la certitude d’entrer dans ce lieu pour la dernière fois, alors qu’il fut celui de ma première sortie. Il est vrai qu’il n’y avait que la rue à traverser pour me faire baptiser !

Il n’y a plus de cordes pour actionner les cloches, sans doute  maintenant électrifiées. Autrefois, c’était un vrai spectacle que de voir le sacristain et ses aides qui s’y accrochaient et s’élevaient en riant au-dessus du sol.

Charpente halles

Les Halles fameuses, qui datent du XVIe siècle  mesurent plus de 50 mètres sur 20, et sont partagées en 15 travées. Des piliers de bois soutiennent une charpente dont, enfant, j'admirais déjà l'extraordinaire "fouillis", et dont le toit remarquable a été plus tard surmonté d'un clocher octogonal.

peinture

La tombe familiale est centenaire et la concession à perpétuité le restera tant qu’elle sera entretenue. La plaque de marbre blanc a de vilaines taches noires de moisissure. Nous l’avons enlevée et je cherche des conseils pour redonner au marbre son aspect initial sans l’abimer, car je me souviens de désastres irréparables ! Si l’un de vous a le truc qui marche, je suis preneur… 

Une brève incursion à Sainte barbe, mais je vous en parlerai une autre fois.

Ste Barbe

IMG_20170620_1242366

Nous sommes descendus jusqu’à la rivière où une croix médiévale en granit précède le restaurant rustique qui accueille les autochtones autant que les amateurs de pêche. Le patron est aux petits soins qui propose un menu à 12 €, copieux et de qualité.

P1110072

Ce qu’ici on appelle le Grand Pont est une modeste structure métallique qui a peut-être remplacé une passerelle de bois. Je l’ai toujours connue, et elle enjambe l’Ellé, qui est habituellement un torrent à truites et saumons, mais dont la sécheresse a fait considérablement baisser le niveau. Les roches arrondies qui encombrent son lit ravivent mes souvenirs. Les galopins avec lesquels je passais nos après-midis d’été y trouvaient de grosses moules d’eau douce, alors et je n’ai jamais pu en ramasser une seule ! Elles étaient inmangeables, mais j’aurais tellement aimé en rapporter moi aussi à la maison !

P1110092

J’ai bien compté : je ne m’y suis plus trempée depuis… oui… depuis l’été 1939, juste avant que le ciel ne nous tombe sur la tête ! il fait si chaud malgré les arbres qui ombragent ce lieu magique de mon enfance qu’Hélène et Pierre ne tardent pas à s’y plonger. C’est une figure de style, mais ils ont trouvé entre deux roches un endroit où, assis et à demi allongés, ils ont de l’eau à mi-torse. Pour ma part, je me suis contentée d’une trempette des pieds dans l’eau glacée, mais que la chaleur ambiante m’a fait apprécier.

P1110086

IMG_20170620_1510425

C’est là le lieu où j’entamerai mon dernier voyage, emportée tout doucement par l’Ellé jusqu’à l’océan proche.

Je ne suis pas pressée… j’ai tout mon temps…peut-être...

Posté par bourlingueuse à 01:37 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

03 juillet 2017

Le train des vacances est au départ !

Le train des vacances est au départ !

Le train des vacances est au départ

 Isabelle est heureuse… Ses parents ont accepté qu’elle accompagne Tante Hortense à Nice pour les deux mois d’été, et peut-être un peu plus puisque la rentrée scolaire ne se fera qu’au 1er octobre.

Plus encore que le séjour dans la belle villa bâtie par l’arrière-grand-père de Maman quand le comté de Nice n’était pas encore français, Isabelle exulte de voyager pour la première fois dans le PLM, le fameux Train Bleu, qui emporte en wagons-lits des voyageurs célèbres, et elle espère bien en reconnaître quelques-uns lors du dîner au wagon-restaurant… C’est la première fois  qu’elle prend ce train prestigieux dont les amies de sa mère parlent avec tant de lyrisme !

C’est que les célébrités, tant françaises, que britanniques, prennent le PLM pour « descendre » sur la Côte d’Azur. Il y aurait même des stars de cinéma qui arriveraient d’Amérique par le paquebot Normandie pour s’offrir une saison de farniente au bord de la Méditerranée !

Pendant que Tante Hortense entame une sieste, elle s’est changée dans la cabine et a enfilé sa robe blanche échancrée, et chaussé les escarpins à talons hauts que sa sœur Juliette lui a prêtés en douce… Ses premiers pas ont été maladroits, mais il ne lui a pas fallu longtemps pour adopter une démarche naturelle qui pourrait laisser penser à une longue pratique. Isabelle en est sûre maintenant : elle paraît plus que ses seize ans et se prend à rêver… Et si Charles Boyer était à bord… ou Errol Flynn ?

Bien sûr, elle a promis-juré à ses parents qu’elle lirait chaque jour au moins vingt pages, et le gentil cousin Robert lui fera travailler les mathématiques, discipline où elle est un peu faible… Car le baccalauréat est pour l’année prochaine, et il n’est pas question de le rater, son honneur est en jeu : benjamine d’une famille dont tous les enfants ont brillamment réussi l’épreuve, il n’est pas question qu’elle soit la première à rater sa « peau d’âne » (comme disent ceux qui ont leur bachot en poche et qui font semblant de le dédaigner).

Isabelle a baissé la vitre du couloir et laissé le vent caresser son visage. Elle pressent que ces vacances vont être pour elle une parenthèse enchantée…

Posté par bourlingueuse à 07:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]

01 juillet 2017

Adieu à une femme d'exception

Giroud Veil

Si j'ai cotoyé Françoise Giroud au temps où j'ai travaillé pour le journal ELLE, je n'ai jamais, hélas ! rencontré Madame Simone Veil

Et combien je le regrette !

Posté par bourlingueuse à 18:31 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

30 juin 2017

La dernière plongée

Il a fallu plus d’un an pour qu’à nouveau, la famille soit enfin réunie au complet. Nous avions une promesse à tenir : celle faite à Hervé de disperser ses cendres dans les eaux où il aimait plonger en mer.

Fixer une date où chacun pourrait être présent a demandé des mois, mais le week-end du 10 au 11 juin a permis que ceux de Guadeloupe, de Barcelone, de Cannes, de Paris, de Liège et de Flers puissent se retrouver à Nantes chez moi, la matriarche…

Nous avons pris la route à trois voitures et Brigneau nous avait réservé son meilleur soleil et son océan bleu pâle, ce même bleu que le ciel breton… Des intimes à la chaleureuse amitié nous ont prêté un gîte,  dont toutes les fenêtres s’ouvrent sur la mer, tandis qu’une autre a proposé son voilier pour être le dimanche après-midi sur les lieux exacts où Hervé plongeait.

01 Terrasse

J’avais apporté avec moi une photo prise par mon père le 20 mai 1931 sur laquelle mes parents, grands-parents, oncles et tantes figuraient autour du phare de ce petit port autrefois sardinier où la conserverie a fermé et qui depuis on an, n’a plus aucun marin-pêcheur, le dernier ayant pris sa retraite.

Nous étions 13 autour de la table sur la terrasse dominant la mer… mais comme personne n’a compté, ça n’a perturbé aucun des convives, d'autant plus que "notre" pomerol, ce château fameux d'où viennent nos ancêtres, était aussi invité.

 

02 bis

 

La plancha et les saucisses « spécialités » apportées de Barcelone  ont fait des merveilles, mais le clou de la soirée a été un somptueux lever de lune parmi les éclats des phares alentour, ceux de l’île de Groix et du Pouldu. Nous n’étions pas pressés d’aller dormir, et la soirée s’est prolongée bien au-delà de minuit… 

 

02 lune

 

Le petit-déjeuner pris à pas d’heure n’a troublé personne, et l’après-midi était bien avancée quand nous sommes descendus au phare pour faire une photo inspirée de celle de 1931 où posent quelques-uns de nos ancêtres : pour mes petits-fils, ils voyaient pour la première fois à quoi ressemblaient leurs trisaïeul et trisaïeule 86 ans auparavant !

 

04 phare 1931

 

 

05 Brigneau 2017

 

Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de monter sur la plateforme : un cylindre métallique grillagé entoure désormais la partie supérieure de l’échelle et un cadenas est censé en interdire l’accès. Je suppose que pas un galopin du voisinage n’a manqué l’ascension du phare malgré ou en dépit du cadenas… puisque mes « grands » enfants se sont fait un devoir (en devant toutefois faire des contorsions) de se glisser entre les échelons étroits pour se hisser tout là-haut…

Un Welch de passage (Gallois) a rangé sa bécane et accepté de nous tirer le portait afin que nous soyons tous devant l’objectif, les déclenchements à retardement ne s’étant pas révélés excellents. Chacun s’est placé à la place des ancêtres, trois sur la plateforme, un autre au milieu de l’échelle, les autres en ordre dispersé en bas sur le môle. En fait, beaucoup des personnages de 1931 ne faisaient pas partie de la famille et se sont fait tirer le portrait en profitant de l’aubaine.

14 h : grillades pour le déjeuner et arrivée des amis.

Le dinghy a dû faire deux voyages depuis le quai jusqu’au voilier, un deux-mâts. La mer s’est creusée dès la sortie du port et ça balance pas mal ! C’est la première fois que je vois Brigneau du large. La captain est V. qui a l’œil partout : elle hisse les voiles et les marins de la famille participent en tournant les winches ou prenant la barre.

 06

 Une très grosse vague a secoué le bateau par le travers et Aurore est devenue livide… cependant, elle tiendra bon en serrant les dents.

 07

Pierre a ouvert le sac de moto où l’urne d’Hervé repose : cette dernière est en carton qui se désagrègera dans l’océan : elle est recouverte d’une illustration de mer au soleil couchant. Chacun a pris sa place à bâbord à tour de rôle et à participé au retour d’Hervé dans les eaux qu’il avait choisies pour l’éternité. Flo et Hélène ont jeté au vent quelques fleurs des champs qu’elles avaient cueillies.    

DSCN3543

 08

Nous nous sommes alors serrés très fort mais nous avons pu partager sans pathos ce moment d’intense émotion silencieuse.

Le ciel est bleu, la mer est verte

Laisse un peu la fenêtre ouverte…

chantait la Môme Piaf il y a longtemps

09

Posté par bourlingueuse à 20:44 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

26 juin 2017

Ma maison natale

Le petit banc de pierre

Le petit banc de pierres

  La Cornouaille mon pays, s'étend principalement sur le Finistère, mais je suis née juste à la limite de l'Ellé... dans le Morbihan (Mor bihan : petite mer, sans doute par allusion au Golfe du même nom ?)

Cette région où ont vécu mes ancêtres, très boisée et vallonnée, est parcourue par des rivières, et parsemée d'étangs. Si vous vous  souvenez que la Basse Bretagne a été une région riche au XVIe et XVIIe siècles,  vous ne serez pas surpris de découvrir tant de monuments, calvaires, chapelles et manoirs à l’architecture particulière.

Dans le village qui m'a vu naître, les Halles qui datent du XVIe siècle, occupent le centre de la grand place, d’où partent quatre rues, dont l’une d’elles abrite ma maison natale. C’est une grande bâtisse qui aujourd’hui grise et délaissée, a été scindée pour deux familles, et a perdu tout son charme…

Pierre me photographiait devant la porte au moment où est sorti l’actuel occupant, intrigué par l’intérêt que nous portions à la maison. Lorsqu’il a su que je suis née dans la chambre du premier étage, il s’est écrié : Alors vous êtes la fille de M… le photographe !  Stupéfaite que l’on sache encore qui était mon père plus de 70 ans après que notre famille a quitté le village, j’en suis restée muette d’émotion…

Il a tenu à nous faire visiter la maison, monter voir la chambre où Maman a bien failli mourir en me donnant la vie, mais je n’ai pas voulu monter au grenier. Seul mon fils a gravi les marches vermoulues qui mènent à ce qui était autrefois mon domaine de jeux.

C’est le jardin que j’aimerais revoir… situé plein sud mais ombragé d’arbres fruitiers dont Papa était très fier, il était fleuri de pivoines, fuschias, rosiers grimpants et lilas… Que de moments délicieux ai-je passés dans ce petit paradis, où, mes poupées étant sagement alignées, je jouais à leur faire l’école !

Le petit banc de pierre sur lequel j’installais mes « élèves » à la tête de porcelaine… je l’avais oublié, mais il est brusquement revenu à ma mémoire  ! Oui, il est toujours là, adossé à la resserre où Papa remisait ses outils. Bouleversée, j’ai déplacé les pots de fleurs pour m’y asseoir, étonnée qu’il soit si bas ! Les souvenirs m’assaillent : Papa l’avait récupéré lorsqu’une maison en ruine s’était écroulée : c’était le linteau de la porte qui portait une date en creux, 1645, mais que Papa, peut-être distrait, avait posé à l’envers… à moins que ce ne fut pour notre confort, la face la plus lisse servant de siège ?

Je suis longtemps restée sur mon petit banc de pierre, dont la hauteur avait été calculée pour ma taille d’enfant par un Papa-gâteau que j’adorais…

Posté par bourlingueuse à 13:19 - - Commentaires [10] - Permalien [#]