La Bourlingueuse

27 mars 2017

Le dos au mur

 

Le dos au mur

Le dos au mur

 Que lui était-il arrivé ? Pour la première fois de sa vie, Aaron doutait… Sans s’expliquer pourquoi, il avait brusquement quitté son atelier de San Diego, foncé à tombeau ouvert au volant de sa puissante Thunderbird sur la route côtière du Pacifique jusqu’à San Francisco. Prenant des risques insensés, il avait tenté le diable ou peut-être voulu forcer le destin pour voir si son existence avait encore assez de goût pour qu’il accepte de la savourer encore un peu…

Il avait longuement erré sur les quais du Fisherman’s Wharf de Frisco, le cœur au bord des lèvres d’avoir trop fumé et, à bout de forces, avait fini par s’adosser à ce mur après avoir relevé le col de son caban.

La foule des touristes qui déambulaient et le crissement métallique des cable cars tintinnabulants lui étaient insupportables. Les phoques étendus sur les radeaux du port aboyaient pour jouer aux vedettes mais leurs cris déchiraient douloureusement les oreilles d’Aaron dont le regard avait fini par s’éteindre.

Depuis la nuit précédente, il doutait de lui, de son talent. Jusqu’alors, sans se poser de questions,  il avait vécu confortablement de sa peinture, mais il avait brusquement réalisé qu’à force de facilité, il avait atteint un seuil qu’il refusait de franchir : n’était-il devenu qu’un peintre mondain dont les amateurs n’achetaient ses toiles qu’en fonction de leur cote et non plus parce qu’ils en étaient tombés amoureux ? Un peintureux dont les œuvres ne seraient même plus accrochées aux murs mais stockées par des clients qui les rangeraient en attendant que les prix montent encore pour s’en défaire ?

La nuit allait tomber et Aaron frissonna : le brouillard glacial du Pacifique entrait dans la baie qu’il allait bientôt recouvrir de son épaisseur ouatée.

Il respira profondément, fit les quelques pas qui le séparaient du Pier 39, et lui tournant le dos, fila jusqu’au Baker Street Bistro, bien décidé à se saouler la gueule  jusqu’à l’oubli…

§

L'entrefilet paru dans le San Francisco Daily News du lendemain fit juste une brève allusion concernant l’hospitalisation pour coma éthylique du célèbre peintre Aaron Westerberg, qui ne devrait garder aucune séquelle, selon le Professeur Jonhson. 

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25 mars 2017

La Jourbée de la Femme - réponses aux questions que vous ne vous posiez pas !

Chronologie du droit des femmes

Michèle Vianès

 

1882 : Les lois Ferry instaurent l’enseignement primaire obligatoire et laïque ouvert aux filles comme aux garçons (gratuit depuis 1881).

1884 : Rétablissement du divorce (Loi Naquet)

1907 : Les femmes mariées peuvent disposer librement de leur salaire

1913 : Congés payés de maternité (4 semaines)

1924 : Les programmes scolaires filles et garçons deviennent identiques

1936 : Alors qu’elles ne sont ni électrices ni éligibles, 3 femmes sont nommées sous- secrétaires d’Etat dans le gouvernement de Léon Blum : Cécile Brunswig, Irène Joliot, -Curie et Suzanne Laure

1938 : Abrogation de l’incapacité civile et suppression de l’autorité maritale : les femmes peuvent s’inscrire à l’université sans l’autorisation de leur mari. Mais il conserve le droit d’imposer le lieu de résidence et d’interdire à son épouse de travailler !

1944 : Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. Elles ont voté pour la première fois le 29 avril 1945

1945 : Notion de salaire féminin supprimé, à travail égal, salaire égal

1946 : Le préambule de la Constitution pose le principe de l’égalité H/F dans tous les domaines

1960 : Les mères célibataires peuvent avoir un livret de famille

1965 : Les femmes peuvent gérer leurs biens propres (ouvrir un compte bancaire) et exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari

1967 : Loi Neuwirth la contraception est autorisée (remboursée par la sécurité sociale en 1974)

1970 : Suppression de la notion de chef de famille dans le Code civil

1973 : La mère peut, comme le père transmettre sa nationalité à son enfant légitime ou naturel

1975 : Loi Veil sur l’interruption Volontaire de Grossesse (remboursée en 1982)

Obligation de mixité dans tous les établissements publics d’enseignement

1979 : Convention des Nations Unies sur l’élimination des discriminations envers les femmes (CEDAW), ratifiée par la France en 1983

1980 : Loi sur le viol

1982 : Statut de conjoint collaborateur pour les artisans et commerçants

1983 : Loi Roudy : égalité professionnelle entre les sexes, complétée le 23 mars 2006

1985 : Egalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants

1989 : Première campagne nationale contre les violences conjugales

1990 : La Cour de cassation reconnaît le viol entre époux

1992 : Loi contre le harcèlement au travail

1994 : Le nouveau code pénal reconnaît comme circonstances aggravantes les violences commises par un conjoint ou un concubin

1999 : Révision de la Constitution pour favoriser l’égalité des femmes et des hommes

2000 : Egal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives

2001 : Loi concernant le choix du « patronyme » de son enfant

2003 : Accord cadre relatif à l’amélioration de la place des femmes et des jeunes filles dans les milieux scientifiques et techniques

2006 : L’âge minimum requis pour le mariage est le même pour les 2 sexes (18 ans). Les circonstances aggravantes en cas de violences s’appliquent également pour l’ex-conjoint, concubin ou pacsé.

2012 : le port du pantalon n’est plus interdit aux femmes depuis le 31 janvier 2012

§

Maintenant, allons voir ce que nous propose Lakévio comme "devoir du lundi" !

 

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19 mars 2017

Ainsi que chaque lundi, je rends mon devoir à lakevio.canalblog.com qui soumet une image sur laquelkle les blogueurs peuvent broder...

Sur les marches

Sur les marches

 Lasse d’attendre sa mère en retard comme toujours, Meredith s’est assise sur les marches de la bibliothèque de son université.

Eleanor sa « mum » ne fait pas exprès d’arriver après l’heure… Elle ne sait pas gérer son temps, c’est aussi simple que cela : lorsqu’elle doit prévoir un trajet par exemple, elle opte toujours pour le temps le plus court, sans tenir compte des encombrements et des embarras de circulation pourtant prévisibles selon les heures de la journée.

Comme on ne refera pas Eleanor, autant prendre la chose avec philosophie et surtout sans impatience…

Le livre qu’elle vient d’emprunter est dans sa valisette posée à son côté, celle que son ami français Philippe appelle un « baise-en-ville », ce qui fait rire Meredith aux éclats, car il lui a expliqué les origines de cette appellation un brin coquine.

Pour passer le temps, elle pourrait commencer la lecture du gros pavé qu’elle a décidé d’étudier, mais il lui faut être au calme afin d’entreprendre ce gros travail de recherches pour la thèse qu’elle doit soutenir dans quelques mois. Pas de crosswords sous la main pour tromper l’attente… Que faire ?

Son regard est alors attiré par un groupe de vieilles ladies qui, groupées un peu plus loin sur l’avenue, semblent sorties d’un catalogue old fashion : des teintes pastel et beaucoup de dentelles habillent ces vénérables grannies dont les sacs à main doit recéler des trésors venus de l’autre siècle… Des bibis tarabiscotés coiffent leurs cheveux bleu azur mais leurs yeux au regard vif ont gardé l’éclat de la jeunesse. Elles s’exclament, s’esclaffent et semblent passer un bon molment avant que des taxis ne les emportent l’une après l’autre. Meredith est songeuse : comment sera-t-elle à l’aube de ses quatre vingts ans, si toutefois elle les atteint ?

Des coureurs à pied (on ne parle pas encore de joggeurs à cette époque des années 1950) soufflent en mesure de leur foulée et leur silhouette athlétique retient son attention... juste un instant.

Un jeune promeneur de chiens, vraisemblablement un étudiant, a bien du mal à canaliser les cinq animaux dont les laisses s’emmêlent mais comme il sait leur parler, la promenade se poursuit sans trop d’embarras, d’autant plus que le regard des chiens se pose sur leur compagnon de sortie avec une connivence infinie !

Des voitures longues comme pouvaient l’être les Buick, Chevrolet, Cadillac de cette époque, passent dans le bruit soyeux de leurs mécaniques bien rôdées, mais la Packard rose bonbon d’Eleanor se fait attendre…

Lorsque son ami Doug freine devant elle chevauchant sa Harley-Davidson, elle sait déjà que Mum ne trouvera personne devant la bibliothèque où elles avaient rendez-vous : Meredith est partie, assise sur le tansad de l’engin propulsé par un Douglas bien décidé à l’emmener vers les étoiles…

La prochaine fois, Eleanor arrivera-t-elle à temps ?

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18 mars 2017

La Journée de la Femme

Oui je sais... je sais ! La date est passée et ne reviendra que dans un an !

Mais j'ai un petit jeu à vous proposer dont Internet vous donnera les réponses si vous vous donnez la peine de les chercher. Car quoi qu'on puisse en penser, nous avons été si longtemps des mineures aux yeux de la loi (Napoléon trompé par Joséphine s'est bien vengé en établissant le Code Civil !)

On commence ? Savez-vous

1/ En quelle année avons-nous eu le droit de vote et d'égibilité ?

2/ En quelle année les femmes ont-elles pu encaisser et signer un chèque elles-mêmes ?

3/ En quelle année une loi a prévu l'égalité des salaires entre hommes et femmes ?

4/ En quelle année porter un pantalon n'est plus un délit si la femme tient à la lmain un guidon de bicyclette ou les rènes d'un cheval ?

5/ En quelle année la loi Neuwirth autorise-t-elle la contraception ?

6/ En quelle année la loi Veil autorise l'IVG ?

7/ En quelle année une femme mariée peut-elle accepter un emploi sans l'autorisation de son mari ? Jusqu'alors cette autorisation était indispensable, et j'ai retrouvé celle signée par mon mari en 1953 (je vous aide, non ?)

Je vous laisse quelques jours avant de vous donner les réponses...

 

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16 mars 2017

Articulation inversée

Je suis devenue un véritable puzzle au fil du temps, à force de pièces que les chirurgiens posent pour remplacer celles qui ne font plus leur travail correctement.

Je ne vous détaillerai pas la liste de mes misères, vous avez mieux à faire qu'à les lire...

Lorsque j'ai pris rendez-vous avec le chirurgien du service "orthopédie" auquel je suis abonnée depuis deux décennies, j'avais déjà en tête que l'intervention que je pensais inévitable devrait se caler avant deux dates où je voulais être libérée de toute contrainte.

Jusqu'alors, mon épaule gauche m'avait laissée tranquille ; seule l'épaule droite très usée retenait l'attention du chirurgien qui m'avait expliqué que, en cas de douleurs intolérables, il faudrait envisager la pose d'une articulation inversée, à savoir que la tête de l'humérus serait creuse, et qu'une boule serait placée sur l'omoplate.

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Aussi, quand mon épaule gauche est devenue douloureuse à hurler, j'avais accepté l'idée que l'intervention était inévitable... J'avais oublié que sa jumelle d'à-côté avait été domptée par la kinésithérapie il y a des années, et que, bien que très altérée, elle a repris son service sans me causer de douleurs.

Ouf ! quel soulagement lorsque j'ai appris que mon chirurgien n'avait pas l'intention d'agrandir sa piscine à mes frais (ou plutôt ceux de la Sécurité Sociale !). Des infiltrations et la kinésithérapie devraient régler le problème.

Elle n'est pas belle, la vie ?

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12 mars 2017

Renouveau

Renouveau

La vieille tante Emilie a dû interrompre sa sieste et elle n’est pas contente… mais alors, pas contente du tout !

Amandine et Manon, ses deux nièces (non… petites nièces) se sont invitées pour la journée et ce sont leurs rires dans le jardin qui ont réveillé Emilie. Le printemps est là, l’air est doux, les timides crocus se cachent tandis qu’éclatent les boutons de camélias. Jetant un œil par la fenêtre restée ouverte, elle est stupéfaite de voir que les adolescentes ne sont pas seules : avec elles, deux garçons semblent affairés autour de la table de pierre du salon de jardin.

Ils ou elles ont cueilli dans le massif des narcisses et deux jonquilles qui ont été mis dans ce vase bleu qu’elle aime tant ! Le bocal de verre resté à côté avait-il été prévu pour recevoir les fleurs ? Décidément, ces jeunes d’aujourd’hui n’ont aucun scrupule à fouiller dans les placards et se croient partout chez eux…

Trois sacs de papier sont posés sur l’appui de la fenêtre. Emilie ne tarde pas à jeter un coup d’œil curieux dans le premier, celui en papier kraft. Il abrite un livre de poche dont le titre la surprend un peu « La Puce à l’Oreille » de Claude Duneton, un auteur dont sa grande culture ignore cependant l’existence. Feuilletant l’ouvrage, elle réalise qu’il s’agit d’une sorte de dictionnaire qui explique l’origine et la signification des expressions insolites et imagées de la langue française.

Pour qui la prennent-ils donc ? elle a infiniment plus de savoir que ces bachelières au rabais que sont ces écervelées qui croient que tout leur est dû. 

Et le sac blanc, il contient quoi ? une écharpe vert olive !

Emilie s’en étrangle… Toute la famille sait qu’elle a horreur du vert. Aucun doute, ces péronnelles l’ont fait exprès pour qu’elle fasse un malaise et meure en leur laissant ses biens en héritage (même si leurs parents seront les premiers en ligne). Révulsée, elle n’a pas voulu voir ce que cache le dernier sac.

 Emilie ne va rien dire aujourd’hui… elle boira le calice jusqu’à la lie, mais dès demain, elle va convoquer son notaire afin de changer ses dispositions testamentaires. On va voir de quel bois elle se chauffe !

§

Emilie se souvient avec amertume de sa sœur, veuve d’un colonel, partie un beau jour dans les Alpes en vacances avec son amie Sandrine, et qui est restée y vivre près du lac Léman, où pataît-il, elle est heureuse.

On l’appelait Tatie Danielle…

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10 mars 2017

Monsieur le Consul est absent

Le consul de France nous attend et il faut bien regagner l’hôtel où un autre chauffeur nous conduira dans les beaux quartiers où est le consulat de France, installé dans une maison créole traditionnelle, avec un péristyle sous lequel pumpkins et bottes de paille rappellent qu’Halloween c’est pour bientôt !

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P1090766L’accueil chaleureux et décontracté de la jeune secrétaire qui reçoit en l’absence du diplomate en pP1090763oste nous met immédiatement dans l’ambiance, d’autant plus que les vins de France sont, bien sûr, à l’honneur… même si

les vins rouges reposent dans la glace ! Il est vrai que les œnologues recommandent de les boire à température ambiante… mais il fait sans doute au moins 25° voire plus dans ces salons dont toutes les portes et fenêtres sont ouvertes sur le jardin afin de rafraîchir la maison. Elle s’en est bien tirée, la jeunette, et son speech bien troussé avait juste assez d’humour pour relativiser la solennité du lieu.

P1090760 Halloween a voilé de noir lampadaires, cheminées, des chauve-souris grimpent àP1090762

l’assaut des murs, et chacun se disperse après avoir choisi les amuse-bouche raffinés qui sont proposés à notre gourmandise. Le petit jardin est agréable et ses grands arbres donnent une ombre fraîche sous laquelle tout le monde se regroupe avant de faire la photo qui va immortaliser l’instant.

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 IMG_0200Ce soir, croisière sur le steamer Natchez… Oh ! une toute petite croisière qui ne nous conduira même pas jusqu’à la mer. La nuit est tombée lorsque les pales tournent doucement dans un bruit de cascadeP1090781 avant d’accélérer lorsque le bateau a gagné la droite du Mississippi pour descendre le courant. Défile alors le panorama de La Nouvelle Orléans illuminée, la cathédrale, les jardins, les maisons créoles Qui bordent le

fleuve, puis les docks et le complexe industriel où s’agitent des camions. Un autre bateau de croisière illuminé descend de conserve et se laisse filmer, nous révélant ainsi l’image de notre propre navire. Le Natchez a amorcé un demi-tour et va maintenant devoir affronter le fort courant du fleuve. C’est le moment où les passagers sont invités à passer à table.

 Le menu du repas servi dans le vaste espace ne m’a laissé aucun souvenir autre que l’impression d’avoir mangé créole. Le défilé des dîneurs jusqu’au buffet se fait sans hâte ni bousculade. Le personnel s’est empressé de tout remettre rapidement en place… et il est temps de débarquer : nous voici revenus en ville !

 Ce n’est qu’une fois débarquée que j’ai compris que l’enveloppe de la collecte à laquelle je n’ai pas participé faute de l'avoir vue, a été remise à Francette au cours du repas. Elle a dû recevoir un bel affront. Quelle humiliation d’avoir trouvé de la petite monnaie avec quelques dollars, d’autant plus que le groupe avait été vraiment généreux avec David et qu’elle ne pouvait l’ignorer ! Pourquoi n’avoir pas attendu l’instant du départ pour donner à notre guide le fruit de notre non-reconnaissance ?

 Nous avons été prévenus : il y aura une surprise pour le départ. Nos bagages ont été chargés dans une fourgonnette tandis que des limousines blanches s’alignent le long du trottoir… C’est donc cela la surprise ! Francette fait front et semble avoir surmonté le camouflet de la veille en affichant un sourire de commande.

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Nous sommes sept dans la nôtre. Puisqu’il y a du « champagne » à bord, Alain ouvre la bouteille et nous quittons la Nouvelle Orléans le verre à la main (enfin… disons le gobelet plastique)

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Le ciel de Louisiane est bouché et dans la brume, les marécages se laissent entrevoir une dernière fois. Nous ferons escale à Dallas où je guette en vain l’entrelacs célèbre des autoroutes vers Fortworth.

NB – Bien que ne les ayant pas vus, nous avons senti que nous étions suivis des yeux par Tom Sawyer et Huckleberry Finn, les héros que Mark Twain a offerts à notre jeunesse…

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07 mars 2017

La Nouvelle Orléans

Un taxi est venu nous chercher, et le chauffeur a bien compris ce que nous souhaitions : visiter les points les plus marquants de la ville. Il a tourné dans le Vieux Carré puis autour des cimetières où les tombes sont hors sol à cause de l’eau qui affleure. On ne peut s’empêcher de penser aux scènes torrides du film Easy Rider dans lesquelles Jack Nicholson et Peter Fonda font des galipettes entre les sépultures avec deux prostituées…

cimetière

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Il va nous laisser devant la cathédrale où s’alignent les calèches. A chacun de mes séjours, j'ai été intriguée par les croix de Lorraine qui coiffent les tourelles latérales de l'édifice et je n'ai pas eu d'explications, sinon qu'une croix similaire faisait partie du trésor du couvent des Ursulines proche.

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Pour 90 $ nous embarquons dans une voiture blanche attelée d’un cheval au pelage brillant et bien étrillé. Notre « postillon » a le verbe haut pour réciter sa leçon d’air air convaincu, mais, visiblement, nous ne parlons pas le même anglais pour y comprendre quoi que soit et il finit par se taire, s’apercevant que nous avons des yeux pour voir. Les copains qui ont fait la visite à pied, sont au balcon à l’étage d’un bistrot d’où ils nous ont hélé, mais nous n’avons rien vu… ni entendu ! La célèbre forge du corsaire pirate Jean Lafitte serait le plus ancien bistrot des USA. Ce n'était pas une homme très recommandable qui fut aussi mêlé à des trafics d'esclaves.

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Revenus au point de départ le tour fini, devant la cathédrale aux curieuses croix de Lorraine, notre regard est retenu par un homme qui s’est entièrement enduit de peinture argentée qui pose pour des photos et selfies aux passants contre quelques bucks.

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Mes trois compagnons ont la dent creuse et souhaitent trouver un resto sympa. Sur ma demande, ils me laissent devant le célébrissime Café du Monde, et je vais m’installer sur un banc pour me remplir les yeux du spectacle de la rue. Assise à l’ombre de la galerie qui s’avance au-dessus du trottoir, je suis aux premières loges pour voir passer la foule nonchalante qui se balance au rythme des musiques qui flottent tout autour, mais pas seulement, car flottent aussi les arômes gourmands qui s’échappent du lieu magique où une mama fait dorer les célèbres et savoureuses pralines de Tante Sally (Aunt Sally’s) et à côté, des biscuits charment les passants. Je n’ai pas résisté longtemps et suis entrée dans la boutique faire mon choix pour faire saliver la famille à mon retour…

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Le vendeur qui a bien compris que je ne suis pas « comin’ from Québec » dit qu’il rêve de visiter la France et Paris… se laisse photographier avec dans l’œil un brin de nostalgie.

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Mon banc toujours libre m’offre un point d’observation idéal. Bien que le Carnaval soit passé (ou à venir) sur le calendrier, des personnages en costumes se livrent à des extravagances qui n’amusent qu’eux. Qu’arrive-t-il soudain ? Cinq musicos se sont installés à mes côtés : un accordéoniste-piano, deux grosse-caisse-cymbales, un trompettiste, un tambour… plus un vaste pot de plastique pour recueillir l’obole des passants, puisqu’ils sont là pour faire la manche. Avec le sourire, ils ont envahi mon périmètre et je ne m’en plains pas… Voilà qui va mettre du piment à ma journée ! Ils ont attiré les passants qui marquent le pas et ralentissent, déposant de un à 5 dollars dans la tirelire ; j’ai contribué avec plaisir. Ils sont restés plus d’une heure et je n’ai pas vu le temps passer. Le chef (l’accordéoniste) s’est assis par terre pour compter la recette et à ma question muette (ça a marché ?) m’a répondu par un clin d’œil avant de partager. Ils sont partis et je me sens soudain seule parmi la foule.

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Jacqueline, Christine et Jacques reviennent ravis d’avoir déjeuné dans le resto sympa qu’ils voulaient dénicher, et proposent de sacrifier au rite en allant au Café du Monde goûter aux quasi-historiques beignets trempés dans le non moins célèbre café frappé. Je n’ai pas eu le courage de préciser au serveur qui prend la commande que je souhaiterais des beignets sans sucre-glace, car ils débordent d’une épaisse couche de poudre de sucre qui me fait horreur ! Les amis me regardent avec stupéfaction gratter et secouer mes beignets pour ne laisser apparente que leur croûte dorée. Assurément, ce sont des « becs sucrés » comme on dit au Québec. Un saxo joue les airs fameux connus de tous dans l’évidente indifférence des touristes si on la compare avec la complicité des passants qui laissaient voir tout leur plaisir et ébauchaient des pas de danse en laissant tomber leur billet dans la cagnotte.

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05 mars 2017

Derrière la porte

Lakévio lakevio@canalblog.com nous a proposé cette image sur laquelle nous devons broder chaque semaine

Derrière le mur

Dans ces années cinquante, nous étions une bande de galopins qui se retrouvaient le jeudi, jour de congé à l’école.

Nous étions cinq, trois garçons et deux filles. Il y avait Jojo notre chef, Francis et Alain, que nous n’avons jamais appelé autrement que Lainlin. Sa soeur Odette et moi complétions la joyeuse équipe, et lorsque les garçons jouaient à la petite guerre, nous devenions infirmières pour panser les plaies des combattants.

Nos jeux n’avaient rien à voir avec ceux des héros de « La Guerre des Boutons » ce livre qu’aucun de nous n’avait encore lu. Nous aimions par exemple passer par le cimetière du vieux quartier où nous habitions, et nous aimions fouiller dans le bac près du robinet et des brocs mis à la disposition des visiteurs venus fleurir leurs défunts. Il y avait toujours des fleurs qui avaient été jetées, auxquelles nous les filles redonnions vie en ôtant leurs pétales trop fanés.

Avec nos bouquets ainsi récupérés, nous faisions alors notre tournée habituelle, déposant avec gravité nos fleurs sur les tombes abandonnées, parce que les concessions à perpétuité avaient parfois vu leurs bénéficiaires disparus à jamais…

Notre petite bande était tellement fière de ce partage !

Nous descendions souvent aussi vers la rivière, un torrent dont le lit était encombré d’énormes roches arrondies, et qui abritait des truites arc-en-ciel.

Mais ce jour-là, Jojo tout excité était venu avec le vélo de sa mère. Il avait trouvé dans la poche du bleu de chauffe de son père cheminot la clé qui devrait ouvrir l’étroite porte qui donnait sur la voie ferrée.

Jojo tenait à préciser que son père était cheminot, et surtout pas chemineau… (ce mot oublié de nos jours désignait alors un vagabond).

Nous allions enfin voir le tableau de commande des aiguillages dont le père de Jojo avait la responsabilité, car la ligne ferroviaire venait d’être récemment électrifiée, et le papa tout fiérot  aimait décrire à sa famille la complexité des connexions qui permettraient aux « locos » d’emprunter telle ou telle voie plutôt que telle autre.

Jojo exultait à l’idée nous nous prouver que l’auteur de ses jours avait un rôle essentiel. Même s’il n’était pas tout à fait Dieu le Père, son rôle était primordial…

Mais nous avions peu de temps, car il fallait vite aller remettre la clé à sa place.

Nous sommes restés sur notre faim : la clé subtilisée n’a pas ouvert la petite porte et nous n’avons pu admirer le tableau de commande du chef des aiguillages grâce auquel les trains arrivaient à l’heure à destination.

Penauds, nous sommes rentrés chacun chez soi tandis que Jojo enfourchait le vélo maternel pour remettre à sa place la clé inutile…

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03 mars 2017

d'Oak Alley à la Nouvelle Orléans

oak alley

A La Vacherie ( !) est édifiée Oak Alley, la plus célèbre plantation de Louisiane, dont l’allée qui y conduit est bordée de magnifiques chênes pluri-centenaires plantés bien avant la construction du manoir. Pour y être déjà venue, je sais que l’allée de l’autre côté de la maison, celle qui mène au Mississippi est encore plus impressionnante. Les longues branches se rejoignent en une somptueuse voûte

image_0191végétale. Une digue haute de plusieurs mètres la sépare maintenant du Mississippi, la protégeant ainsi des caprices du fleuve : les inondations. Il était nécessaire de situer les plantations en bordure des cours d’eau afin de pouvoir facilement transporter les récoltes qui ne pouvaient l’être par voie de terre, faute de routes.

 En ce dimanche après-midi, une foule internationale se presse et l’attente est longue : on n’entre que par groupes de douze à quinze. Un buste de Napoléon 1er sur une console du salon est surmonté d’une eau-forte d’après le tableau de David du sacre du couple impérial. Ce détail m’avait échappé l'autre fois. Je cherche en vain le détail dont j’avais gardé le souvenir : les somptueux rideaux de velours vert qui avaient inspiré Victor Fleming le réalisateur de Gone With The Wind (Autant en Emporte Le Vent) pour le salon d’Helen O’Hara, la mère de Scarlett. C’est en visitant la maison que je réalise mon erreur : ce n’est pais ici, mais à Nottoway Plantation House qu’ils sont accrochés. La guide de l’époqueimage_0223 nous avait expliqué que les tableaux représentant les filles à marier du planteur étaient codés et il suffisait aux prétendants de savoir lire le message pour connaître les « espérances » de la demoiselle : à l’arrière-fond, s’il y avait de la canne à sucre, du coton, des esclaves, cela représentait 20 à 25.000 $ de dot, et les gants blancs révélaient en outre le nombre d’esclaves compris dans le lot. On savait vivre en ces temps-là, où nul ne pensait à la fraude fiscale. Les supports du ciel de lit de la chambre des dames et des jeunes demoiselles pouvaient se dévisser et révéler une cavité où elles pouvaient dissimuler leurs bijoux.

 Des figurantes en robe d’époque coloniale animent la maison de leur présence passive mais, au moins l’uneimage_0213d’elles a élégance discutable en portant d’épaisses lunettes contemporaines.

Ce que j’ai retenu d’Oak Alley ? Outre la grosse cloche qui marquait le rythme des journées de travail dans les champs, c’est que pendant que les serviteurs portaient jusqu’à la salle à manger la nourriture préparée aux cuisines extérieures, ils devaient siffler afin de ne pouvoir goûter aux plats qu’ils allaient servir au maître et ses invités… Peut-être se contentaient-ils de cracher discrètement dedans ?

Nous allons aborder La Nouvelle Orléans par l’Ouest, ce qui nous empêchera d’emprunter le pont qui enjambe le lac Pontchartrain (38,5 km tout de même !) Mais nous traverserons le Mississippi (il est partout celui-là !) à Destrehan que nous verrons de haut, et enfin, nos yeux se poseront sur ce qui fut la perle de la Louisiane, la Nouvelle Orléans, ainsi nommée en l’honneur du duc Philippe d’Orléans, régent du royaume de France durant la minorité de Louis XV.

image_0253Même si nous ne l’avons pas traversé, le lac étale pour nous son immensité bleue, puisque l’illusion est telle que nous pourrions nous croire au bord de l’océan. Tout y est, voiliers, lighthouse (phare), sable où flânent les familles. David prend le chemin des écoliers pour nous amener downtown par des avenues où les mimage_0291aisons coloniales se succèdent avec élégance. Halloween se prépare et beaucoup de façades sont décorées de squelettes, toiles d’araignées, fantômes et autres revenants qui semblent faire le régal des passants curieux qui s’attardent.

Après l’installation à l’hôtel où nous resterons les deux dernières nuits du séjour, nous allons dîner au Crescent City Brewhouse, qui est une brasserie comme son nom le laisse penser. Le plat du jour

image_0297donne le choix : blanc de poulet désossé à la sauce champignon-cerise, ou catfish (poisson-chat) à la sauce beurre-citron qui aura ma préférence. Même si près de la mer, c’est le catfish qui est au menu : il faut se rappeler que d’énormes élevages de poisson-chat parsèment les USA. Cartilagineux, donc sans arêtes, il a la particularité de n’avoir pas de goût ou si peu, que la sauce qui l’accompagne en fait tout l’intérêt gustatif. Les Ricains l’adorent. Il faut bien jouer le jeu et tester au moins l’une des nombreuses bières maison qui sont proposées.

Au mur, des toiles (des croûtes ?) dont l’une représente l’allée des chênes d’Oak Alley dont je ne voudrais à aucun prix même si on insistait pour me l’offrir avec une prime en $, et quelques autres (aussi laides) des maisons coloniales du Vieux Carré. 

A ceux qui veulent rester déguster le sirop des rues du Vieux Carré Français, pas de problème, ils sont sur place. Aux autres qui préfèrent rentrer à l’hôtel, Francette affirme que David attend à trois blocs du restaurant. Je serais volontiers restée flâner dans ces rues à l’ambiance si particulière par cette nuit tiède ! mais la douleur de mon dos s’est réveillée après quelques heures de répit et, lamentablement, je me traîne comme la mémère que je suis… Un bloc, deux… trois… et il faut avancer encore et encore… quatre… cinq blocs… J’ai renoncé à les compter et je suis au bord de la syncope : j’aurais du prendre la codéine dont j’ai cru pouvoir me passer. Jacques et Christine arrivent après moi, mais lui est furieux et il laisse éclater sa rancœur  devant Francette qui semble n’en avoir rien à cirercomme disait notre première Premier Ministre.

Nous convenons ensemble que demain, nous visiterons la ville à quatre, puisque Jacqueline a décidé aussi de se joindre à nous. Nous prendrons taxi ou calèche, et pourquoi pas les deux ?

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