La Bourlingueuse

17 octobre 2018

De la Moskova jusqu'à la Volga

Lundi 10

P1140250Tournée panoramique décevante, peu d’intérêt, même si la jeune guide a fait de son mieux. Elle a dû prendre avec elle sa fillette malade qui reste sagement au fond du car.

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Départ à 14.45 h et Nina a pu rencontrer son amie Olga venue à bord pour une heure juste avant le départ. La gare fluviale garde sa silhouette de steamboat louisianais voguant sur le Mississippi.

 Je suis montée sur le sun deck où je retrouve Jacqueline et Jocelyne et nous avons bavardé en regardant te paysage défiler. Il fait frais et au passage, Jocelyne me signale les datchas de luxe, dont certaines pourraient abriter 100 personnes, d’autres sont moins ostentatoires et plus coquettes que ces immenses bâtisses. Bien entendu, ces résidences sont réservées aux apparatchiks argentés (mais ceci est un pléonasme)

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Plus tard, la séance « gilet de sauvetage en cas d’incendie » est l’occasion d’une partie de franche rigolade : le haut-parleur du bord nous a intimé l’ordre d’enfiler lesdits gilets orange, et un membre de l’équipage vérifiera s’il est correctement fixé. Nous sommes tous pliés en quatre dans la coursive où le « vérificateur » est le photographe du bord qui flashe quelques-uns d’entre nous… Rien à voir avec le sérieux des exercices à la H.A.L. (Holland America Line) chez qui le passager est répertorié et doit obligatoirement se rendre sur le pont, exactement au-dessous du canot qui lui est assigné en cas de naufrage. Si à bord du Lev Tolstoy il y en a, j’avoue n’avoir pas remarqué leur présence.  

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Le cocktail du commandant et la présentation du personnel réunit une partie des passagers sur le sun deck, mais si le commandant boit du jus de pomme, aux invités est servi un pétillant du pays.

Nous devrons franchir 7 écluses pour descendre jusqu’à la Volga, et 8 encore d’Ouglich à Astrakhan..

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Les écluses ont des portes qui me semblent gigantesques, plus grandes que celles du canal de Panama mais c’est peut-être parce que je les vois de plus près. La nuit tombe, la fraîcheur aussi et nous sommes invités à gagner la salle à manger pour le dîner.

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Notre table 10 est à la plus mauvaise place de la salle : située à un mètre de la porte toujours ouverte de l’office où la vaisselle est manipulée très bruyamment. Lorsque l’on demande qu’elle soit refermée, ça marche parfois jusqu’à 10 mn après lesquelles la porte reste ouverte à nouveau. Devrons-nous changer de table ?

Nous allons pouvoir nous coucher tôt sur la Moskova et nous réveiller sur la Volga !

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15 octobre 2018

Mon cousin George William n'est pas ce que vous croiyez !

Ce n'est pas ce que vous croyez !

Ce n'est pas ce que vous croyez

Quelle mouche m’avait donc piquée pour sortir mon Canichou en ce dimanche pluvieux ? Le chien tirait sur sa laisse et je décidai de rentrer quand le taxi jaune avait stoppé à ma hauteur. Un couple rieur s’apprêtait à y monter… et immédiatement, je reconnus sans erreur possible mon cousin George William. J’avais bien entendu de vagues rumeurs dans la famille le concernant, mais je n’avais pu en savoir plus et la chose m’était sortie de la tête. L’oncle Herbert semblait parfois parler de George William avec réticence et ce dernier apparaissait de moins en moins dans nos réunions familiales. Il faisait du théâtre à l’Actor’s Studio disait-on…

Et il était là, sous mes yeux… S’il m’avait vue, il avait fait semblant de rien et riait aux éclats ! Il portait avec élégance ce tailleur bleu glacier qui convenait parfaitement à sa silhouette gracile. Sa démarche aisée sur ses hauts talons révélait une longue pratique, tout comme le geste instinctif qu’il avait eu pour retenir son bibi dérangé par le vent…

C’était donc cela le secret si soigneusement gardé par la famille ?

§

 J’avais repris contact avec ce jeune cousin que j’aimais beaucoup et que notre famille avait fini par rejeter avec des mots terribles.

Et, bien des années plus tard, j’étais à ses côtés lorsqu’il avait décidé de devenir ce qu’il se sentait être vraiment depuis toujours : une femme !

Eperdu(e) de reconnaissance, il (elle) avait décidé de se prénommer désormais Christine en l’honneur du chirurgien qui lui avait permis de se réaliser :

Christian Hamburger, le premier chirurgien au monde à avoir pratiqué une vaginoplastie.

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14 octobre 2018

Moscow by night

Retour pour le dîner avant de repartir pour une soirée « Moscou by night ». N’attendez pas de moi que je vous narre une tournée des grands ducs ! Mais la balade dans le métro est bien sûr l’intérêt principal de la soirée, et j’ai pu voir des stations où je ne suis pas allée la première fois.

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Les statues de bronze qui représentent des métiers divers ont une particularité : les passagers passent la main sur des zones précises des statues qui restent dorées sous la caresse répétée cent fois par jour : le museau d’un chien, la main d’un travailleur, le pied d’un enfant… en revanche, à l’inverse de ce qui se passerait chez nous, pas un sein de femme ne semble avoir eu à se plaindre (ou se réjouir ?) de gestes indécents ! 

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Sur la Place Rouge au pied de Saint Basile, les pavés inégaux dans lesquels je me suis pris les pieds ont failli me faire chuter au moment où je me fredonnais in petto la chanson de Bécaud :

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La Place Rouge était vide

Devant moi marchait Nathatlie

Elle avait des cheveux blonds mon guide…

Nathalie…

Elle parlait en phrases sobres

De la révolution d’octobre…

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J’ai fait l’impasse sur le parc fleuri et illuminé. Moscou a beaucoup changé depuis 1984 ; moins de militaires en uniforme dans les rues, affiches lumineuses pour des biens de consommation ou de luxe, alors qu’autrefois, l’accent était mis sur le patriotisme et le travail dans la joie. Débauche de lumières dans les rues, vitrines de lingerie féminine sexy, le Goum (autrefois magasin d’état), devenu aujourd’hui une galerie de boutiques prestigieuses, est illuminé de milliers d’ampoules… Le Petit Père Staline en avalerait sa pipe ! ! !

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Retour au bateau fourbue. En 1984, il nous avait été recommandé de ne pas prendre dans nos bagages le livre fameux de George Orwell éponyme, j’avoue que cela ne me serait pas venu à l’idée. Nous avions eu une demi-journée libre et nos étions retournés sur la Place Rouge et entrés dans le Goum. A cette époque, visiblement, ce magasin d’Etat gérait la pénurie ; dans les casiers derrière les vendeuses les rares pelotes de laine (ou d’acrylique) étaient astucieusement disposées afin d’occuper la place. Au rayon des tissus, les lainages pour manteaux étaient prédécoupés en métrage standard, ainsi que leur doublure, et vendus tels quels. Tant pis si vous étiez grande ou grosse et que 3 mètres de tissu ne vous suffiraient pas !  J’aurais aimé retourner au Goum pour voir la différence.

La momie de Lénine est encore beaucoup visitée, mais il y a deux jours de fermeture par semaine et il n’y a plus ces queues interminables que nos avons dû faire par un froid sibérien de janvier.

Moscou a été appelée ainsi par le nom de la rivière qui la traverse et non l’inverse.

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13 octobre 2018

Visite chez Wladimir au Kremlin

Nous ne sommes pas entrés au Kremlin par la même porte que lors de notre voyage de 1984 ; cette fois, nous devons faire un détour par le jardin, subir une sorte de tri, monter un escalier, passer au détecteur, et arriver enfin là où nous étions l’autre fois. Les souvenirs remontent et c’est avec émotion que je revois les lieux que j’ai visités autrefois avec Jacques.

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Le bâtiment moderne qui accueille le visiteur est le siège des réunions politiques, mais ce soir ce sera semble-t­-il le lieu des agapes pour célébrer la réélection du maire sortant. L’église des tsarines  est juste derrière : à une époque, il était de bon ton chez les nobles, qu’hommes et femmes ne vivent pas ensemble, même les époux. Chez les tsars, ils avaient donc chacun son lieu de culte.

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Au Kremlin, le bureau de Poutine se trouve au premier étage d’un bâtiment jaune où il travaille nui et jour pour le bien de son peuple. Il n’aura que quelques mètres à parcourir pour être sur les lieux de la réception…

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Une rangée de canons de bronze pris à Napoléon précède la gigantesque pétoire du même métal  de 89 cm de diamètre intérieur. Il n’a tiré que deux fois : pour le tester puis pour le couronnement de Paul 1er.IMG_20180909_1439007

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Les deux fois, les dégâts furent si importants que l’on renonça à l’utiliser. Le but était à l’origine de faire entendre ce canon à 10 km à la ronde autour de Moscou. La cloche brisée serait la plus grande du monde. Victime d’un incendie, elle n’a jamais sonné. Son énorme marteau est visible sous la cloche brisée dont l’éclat détaché pèserait 11 tonnes.

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Trop de monde (et donc trop d’attente) pour visiter la cathédrale prévue au programme. Alexandre propose donc celle de St Michel Archange, où étaient enterrés les tsars. Sachant que je ne pourrais pas m’asseoir pendant la visite (il n’y a pas de chaises et l’on reste debout) je préfère être dehors à observer la foule. : ces deux moines bouddhistes seraient-ils sur le point de se convertir ?

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D’un point précis du jardin, on a une vue où le regard porte jusqu’à l’Université à la silhouette si caractéristique du style stalinien. Le jardin des tsars est abondamment fleuri. Une halte au Mont des Oiseaux et le coup d’œil sur l’Université au style purement stalinien a déçu la plupart des participants.

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Hélène a posé à Jacqueline la question : pourquoi a-t-elle aimé le russe ? C’est depuis l’enfance dit-elle et elle raconte son histoire. Je raconte aussi la mienne et l’intérêt que je porte à l’anglais depuis ma 6e à Quimperlé en 1943. Ce nom l’a fait réagir : ses parents y ont habité et sa mère y vivait encore il y a peu… Où ? rue de Châteaubriand. Je ne connais pas... C’est près du lycée de Kerneuzec… A moi de réagir… autant dire que Jecelyne parle de chez moi…Comment s’appelle la famille ? R..… Je connais un A.... R.... et M...... sa femme… Mon cousin préféré !.. Nous voici donc en famille ! Le monde est petit, c’est encore une fois démontré…

Il y a douze ans, Jocelyne avait organisé une croisière sur la Volga et sa mère lui avait dit qu’ils souhaitaient y participer et c’est ainsi qu’ils se sont connus…

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09 octobre 2018

Hard Rock à Moscou

Comme en France, on vote le dimanche dans les écoles.

Moscou compte 12 millions d’habitants dont plus d’un million d’étrangers, la plupart venus des anciens territoires soviétiques. Ces gens acceptent de travailler dans des conditions qui s’apparentent à l’esclavage et vivent dans des conditions misérables pour envoyer de l’argent à leur famille restée au pays. Près de cinquante nationalités vivent à Moscou.

La propriété est redevenue possible, même si tout le monde ne peut s’offrir le luxe d’habiter chez soi. Le prix des carburants peut sembler très bas à nous Européens « nantis », mais pour le Russe de base, ils sont très chers

Une grande statue s’élève sur une place. Au départ, Saint Basile était cordonnier : un jour vint un homme riche et arrogant qui ordonna qu’on lui confectionnât des bottes « qui lui dureraient toute sa vie ». Basile eut la prémonition qu’il allait mourir peu de temps après et que ses bottes allaient encore durer bien après lui…

Le bus nous a laissés à proximité du musée Tretiakov, du nom de son fondateur et installé dans un ancien palais. Auparavant une halte près d’un espace où des statues de bronze sont censées représenter les vices des  adultes dont sont victimes les enfants ; au centre de vrais jouets ont été déposés par d’autres enfants aux pieds de leurs statues. Sur une passerelle piétonnière, un arbre métallique est couvert de cadenas, comme le furent les parapets de notre pont des Arts à Paris...IMG_20180909_0908323

P1130950Le musée s’étend sur deux niveaux et après être montés par le monumental escalier de marbre, les salles du début de la visite sont consacrées aux portraits des anciens souverains ou de personnages célèbres. Un buste en marbre blanc de Pierre le Grand est parfaitement reconnaissable, et c’est comme si je l’avais déjà rencontré. La tsarine Catherine ll a été une grande souveraine, mais elle aimait les fanfreluches et ne portait jamais la même robe deux fois. A sa mort, on en trouva 40.000 dans ses placards. Il lui arrivait de changer plusieurs fois de tenue dans la journée !

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Très vite, nous laissons le groupe pour visiter les plus anciennes pièces des collections ; des mosaïques antiques qui font irrésistiblement penser à celles de Pompéi. Les Romains seraient-tils venus surle territoire qu’on appelle maintenant la Russie ? Mais ce sont les icones qui en constituent la plus grande partie : c’est dans la salle du trésor que j’ai réalisé que la plupart d’entre elles ont été dépouillées des pierres précieuses dont à l’origine elles étaient ornées et des rajouts d’or et d’argent qui en faisaient des objets de grande valeur aussi bien religieuse que marchande.

La méthode d’Alexandre pour vérifier si ses ouailles soP1140002nt au complet ? Faire une arche avec ses bras et ceux de Lisa notre accompagnatrice et compter chaque pékin qui passe. Il a fallu tenter une autre méthode pour être sûrs d’avoir le bon compte : chacun lève la main et l’abaisse lorsque celle d’Alexandre l’a touchée.

Nous allons manger où ? Je vous le donne en mille… Au Hard Rock Café de Moscou ! Décor habituel, guitares et costumes de scène de vedettes parfois oubliées. Le menu n’est pas américain, pas tout à fait russe, mais nous y avons passé un agréable moment avant de visiter le Kremlin.

P1140016Des danseuses indiennes sont dans la rue vêtues de leurs saris colorés en agitant des tambourins et des clochettes. Pour célébrer quoi ?

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08 octobre 2018

Cadichon se confie

 

Mémoires d'un âne gonflé !

Mémoires d'un âne gonflé

 

.../ Ma petite maîtresse m'aimait beaucoup ; elle me soignait, me caressait. Quand il faisait mauvais et que nous ne pouvions pas sortir, elle venait me voir dans mon écurie ; elle m'apportait du pain, de l'herbe fraîche, des feuilles de salade, des carottes; elle restait avec moi longtemps, bien longtemps; elle me parlait, croyant que je ne la comprenais pas; elle me contait ses petits chagrins, quelquefois elle pleurait. /.../

 Voici un court texte de quelques lignes. (Vous aurez reconnu Les Mémoires d'un Ane de notre chère Comtesse de Ségur). Le jeu sera d'en doubler le volume à l'aide d'adjectifs, d'adverbes et de propositions relatives ou subjonctives (qui, que, quoi, dont, où, lequel, duquel, avec laquelle, parce que, pour que, depuis que, pendant que, etc...) Rappelez-vous vos cours de grammaire ! Ben, quoi ? C'est la classe, ici !)

Sophie, ma petite maîtresse m'aimait beaucoup ; elle qui était orpheline et que Madame Fichini sa belle-mère détestait, trouvait en moi un confident muet qui l’écoutait en frottant son museau contre son épaule. Elle me soignait, me caressait avec tendresse et s’approchant de mon oreille, elle pouvait vider son cœur. Même Camille et Madeleine, ses cousines qui étaient des petites filles modèles, n’étaient pas dans le secret de ses visites.  Quand il faisait mauvais temps et que nous ne pouvions pas sortir, elle venait me voir dans mon écurie ; elle m'apportait du pain sec que j’aimais tellement, de l'herbe fraîche cueillie sur la pelouse du château, plus tendre que celle du pré où me menait le palefrenier, des feuilles de salade, des carottes qu’elle avait subtilisées à la cuisine Elle restait avec moi longtemps, bien longtemps. Elle me parlait, croyant que je ne la comprenais pas ; elle me contait ses petits chagrins, quelquefois elle pleurait, disait que j’étais son seul ami, son Cadichon préféré. Pouvait-elle savoir qu’elle était le seul être dont l’amitié comptait pour moi. J’aurais tant voulu lui faire la confidence que je n’étais pas un âne ordinaire, mais doué de compréhension, même si je ne pouvais l’exprimer ?

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01 octobre 2018

L'ouvreuse

L'ouvreuse

L'ouvreuse

Madame Gaudin était notre voisine et ses deux enfants mes amis. Suzanne était mon aînée d’un an et Raymond un peu plus jeune. Le papa était prisonnier en Allemagne et son épouse mettait un point d’honneur à lui envoyer un colis dès qu’elle avait réussi à réunir ce qu’il fallait pour améliorer la vie du soldat dans un stalag de Silésie où les terribles hivers le faisaient souffrir abominablement.

Pendant la semaine, Madame Gaudin travaillait à la raffinerie de sucre de Chantenay. Mais les samedis soirs, les dimanches dans l’après-midi et le soir, elle gagnait un peu d’argent en faisant l’ouvreuse au Cinéma Moderne (on disait le Moderne), le ciné du quartier.

Madame Gaudin ne s’occupait pas du contrôle des billets à l’entrée de la salle : son rôle commençait lorsque, ayant lu le chiffre de la rangée et la lettre correspondant au fauteuil, elle accompagnait le spectateur jusqu’au rang indiqué, lui rendait le billet et recevait une pièce en retour. Les retardataires arrivaient parfois pendant le documentaire et les « actualités » qui précédaient l’entracte et il lui fallait alors utiliser sa lampe de poche pour que les lambins puissent s’asseoir en dérangeant ceux déjà assis.

A cette époque de ma jeunesse sous l’Occupation, les sièges étaient en bois et se repliaient contre le dossier, et s’y installer sans faire de bruit était quasi impossible, ce qui perturbait le spectacle.

Il y avait trois prix selon l’emplacement de la rangée dans la salle. Un tiers en haut était à 13 francs (les petits francs d’avant 1960) le tiers du milieu à 10 francs… et le reste à 7 francs. Longtemps, j’avais cru que les meilleures places étaient celles qui étaient juste sous l’écran, même s’il fallait lever la tête pour voir le film !

Au bout de chaque rangée, il y avait les strapontins, sortes de machins pliants sur lesquels on pouvait s’asseoir les jours d’affluence.

Tout le quartier connaissait bien Madame Gaudin et compatissait à ses difficultés pour vivre et soutenir son prisonnier. Les pourboires étaient relativement généreux. J’avais moi aussi la joie de lui glisser mon obole avec un sourire de complicité car mes parents m’avaient donné la piécette en cours de route.

Durant l’entracte, Madame Gaudin vendait pour son propre compte des friandises en ersatz sucré qu’elle présentait dans une corbeille d’osier pendue à son cou. L’argent ainsi gagné était autant de soulagement qu’elle apportait aux souffrances de l’homme qu’elle aimait.

Mon histoire finit mal : Monsieur Gaudin n’est pas rentré au foyer, il avait trouvé un cœur à prendre dans la ferme où il travaillait le jour et ne manquait de rien. Redistribuait-il ou revendait-il les tricots que lui avait faits son épouse aimante et si attentive à ses malheurs supposés ? Je sais seulement que sa fille, mon amie Suzanne, n’a jamais pu refermer la blessure de son abandon

 Le Moderne s’appelle aujourd’hui le Concorde, il est devenu un cinéma d’art et d’essai très fréquenté et les sièges de bois ont été remplacés par de confortables fauteuils revêtus de velours rouge…

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26 septembre 2018

Moscou - Jour 1

Lev Tolstoy

Léon Tolstoï en français, Lev Tolstoy en russe, notre bateau fait 116 m de long, 15,2 de large, il peut accueillir 178 passagers. Il a été construit en Autriche en 1979 pour les fonctionnaires de haut rang du Kremlin. Quand est-t-il descendu dans l’échelle sociale en accueillant des touristes un peu purotins ? Ce n’est pas précisé dans la documentation.  

Le bateau est amarré au port de la ville dans la partie nord de la capitale. La gare fluviale, bien qu’ayant été bâtie dans le style stalinien, a dans sa partie basse la silhouette des wheel-ships du Mississippi. Nos bagages passent par un sas censé détecter les  métaux. Nous-mêmes les humains passons dans une cabine qui n’est peut-être pas branchée puisque rien ne se passe lorsque j’y pénètre. Contrôle symbolique somme toute…

On nous a attribué la cabine 335, un peu étroite prévue pour 3, mais au niveau de la passerelle. .Il n’y a pas d’ascenseurs et les escaliers me seront pénibles pour me rendre aux différents étages du bateau. Je pensais faire comme chez les HAL promener mon ordi dans les salons supérieurs pour m’y installer à l’aise.

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Diner à table partagée avec Jacqueline et Jocelyne, toutes deux russophones avec lesquelles le courant passe aussitôt

Il est plus de minuit quand nous regagnons notre cabine

Dimanche 9

Notre guide Alexandre a un look qu’aurait désapprouvé le camarade Staline quien aurait avalé sa pipe et l’aurait envoyé se faire raser la tête. Ses cheveux longs lui donnent un air de pope Dans un style ampoulé,  il nous a donné  beaucoup de détails, conté des anecdotes à nous « ses amis ». Ainsi que la plupart des Russes, il exerce deux professions et est à la fois professeur et guide. Nous montrant les immeubles censés être habités par des nouveaux riches il nous précise qu’il n’est pas question pour un guide de rêver y habiter. Il parle d’appartements valant 1 million d’euros. Mercedes vend à Moscou la plus grande partie de sa production aux riches qui en font collection pour épater la galerie. Ils peuvent en avoir jusqu’à dix ! Alexandre affirme aussi que les climatiseurs visibles sur les façades de ces immeubles de luxe sont un signe ostentatoire de richesse. Cependant, des immeubles des quartiers populaires en sont aussi équipés.

Gogol a perdu sa première statue, refondue sur ordre de Staline qui voulait montrer que dans son pays socialiste, il n’y avait que des gens heureux et souriants.  Or, Gogol mort à 37 ans en duel, était un homme triste et le sculpteur l’avait représenté tel qu’il était dans la vie…

Staline est mort en 1953 laissant son peuple anéanti de chagrin : les Soviétiques avaient perdu leur « petit père » ; le deuil fut immense et spectaculaire. Qu’en pensaient-ils vraiment ? Kroutchev fut le premier à dénoncer les crimes de Staline, et on estime à 16 millions le nombre de morts qu’il a causées, tant par le goulag que par le poteau d’exécution ou par meurtre téléguidé comme le fut celui de Trotsky à Mexico en 1941. Si on les compare, Hitler n’a été qu’un petit garçon à côté de Staline et beaucoup de communistes qui étaient des « purs » ont eu du mal à s’en remettre.  

Staline démythifié a disparu du pays : toutes ses statues; affiches, portraits et effigies géantes ont disparu. Son corps qui était avec la momie de Lénine dans le mausolée a été retiré mais enterré avec d’autres dignitaires dans le petit cimetière derrière celui-ci. Je me souviens être passée avec Jacques au pied de sa tombe en sortant de voir Lénine en me disant qu’il ne faisait plus peur à personne. Sa sépulture était reconnaissable parce que son nom y figurait. Aujourd’hui, la stèle a disparu, mais comme c’est la seule qui manque, on sait où il dort pour l’éternité.

L’éternité ? Qui peut en être sûr ? Comment savoir si un autre président, tel Poutine l’inamovible, ne décide pas un jour de jeter aux chiens la dépouille de Staline ? 

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25 septembre 2018

De Nantes à Moscou

La Volga au fil de l’eau

de Moscou à Astrakhan

 

Samedi 8 septembre 2018

Whatsapp m’apprend qu’Hélène venue de Guadeloupe est déjà arrivée à Orly. Elle sera à Roissy avant nous.

La gare de Nantes est en pleins travaux, les sorties Nord et Sud sont un parcours du combattant insensé… Bravant l’interdiction, Flo stoppe sur un espace réservé aux taxis et tient à rouler ma valise jusqu’au hall. Une dame en chapeau campagnard me pose la question : « Etes-vos Madame M.. ? » et pense que c’est Hélène qui m’accompagne. C’est ainsi que je découvre Elisabeth avec laquelle je n’avais jusqu’alors échangé que quelques mails. Dès que la voie est affichée sur le tableau des départs, Florence nous quitte. Merci à elle. Je fais la connaissance de Claudette, Luc et Marie–Luc déjà installés dans le TGV. Nous sommes six et cinq autres personnes devraient nous rejoindre à l’aéroport pour que notre groupe de 11 soit complet.

Luc et un jeune homme, celui précisément qui nous a aidées à monter nos valises, ont le même siège ; nous pensons à un surbooking. Ils comparent leurs billets et le jeune homme réalise qu’il est dans le train de Marseille et non dans celui de Paris qui doit être déjà parti !

A Roissy, nous voilà devant un guichet de l’Aeroflot, près de celui où des pèlerins s’apprêtent à partir pour la Mecque dans l’enthousiasme étourdissant de leurs familles qui les accompagnent et les youyous des femmes qui montent crescendo.

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Hélène nous attend à l’autre guichet de l’Aeroflot, celui où nous devrons enregistrer. Nina a les passeports de ceux qui devraient nous rejoindre et elle s’inquiète en pensant qu’ils sont peut-être retardés par un imprévu. Nous sommes largement en avance et lorsque notre groupe de 11 est complet, nos pouvons enregistrer afin de se débarrasser des encombrants.

Des fish’n chips dans un troquet où le client attend avant d’être servi puis nous allons passer en salle d’embarquement dans les meilleures conditions puisque je suis une « assistée » en fauteuil roulant et cela me facilite grandement la vie. Souvent en pareil cas, les contrôles sont allégés, mais cette fois, la toute jeune fille qui me tâte, me retâte, passe sa main dans mon soutien-gorge, vérifie que je ne cache rien dans mon slip… fait du zèle… Avant de me lâcher, elle me fait asseoir afin de vérifier si je n’ai pas d’explosifs planqués sous ma semelle ! Comme De Gaulle qui ne voulait pas commencer une carrière de dictateur à 67 ans, je n’ai pas plus l’intention de commencer à 86 ans une carrière de terroriste… La vie m’est trop précieuse !

On a changé nos sièges ; je perds un hublot ; mais j’ai deux sièges en bordure d’allée, Hélène aussi, qui s’emmitoufle dans sa capuche pour réduire ses 7 heures de décalage horaire. Claudette est au hublot à côté de moi, et pendant que je m’attelle aux mots croisés, elle sudokute et dort alternativement. En me levant pour faire un petit footing dans l’allée, ma gomme a sauté. J’ai beau chercher, soulever ce qui est sur le siège vide entre nous deux, je ne la trouve pas. Quelque chose cependant attire mon regard : juste un bref éclair métallique : ce sont mes clés de maison qui ont glissé entre les 2 sièges, où elles seraient restées si je n’avais pas eu à chercher la gomme !

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Frédérique nous attend avec une pancarte « Annie S… et ses amis ». Elle  explique le programme qui sera modifié et inversé : Moscou célèbre demain son 871e anniversaire et, de plus, ce sont les élections municipales ; les rues seront barrées pour les manifestations et la Place Rouge inabordable ; on fera avec ou plutôt sans… elle nous accompagne jusqu’au bateau et repart avec le bus. Il y a une heure de décalage entre Moscou et l’heure d’été de Paris : nous devrons avancer les montres d’une heure. Le cours du rouble est avantageux pour nous : 79 = 1 €.

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24 septembre 2018

Petites annonces

Petites annonces

Petites anonces

Tout juste rentrée de mon périple en Russie et l’œil à peine ouvert sur le journal du jour, je savoure le moka et les croissants de mon petit déjeuner… 

Quel choc ce matin ! Comme chaque jour, j’aime jeter un coup d’œil sur les petites annonces immobilières afin d’évaluer grosso modo la valeur du patrimoine que je laisserai à mes enfants, soit une maison ancienne dans un quartier résidentiel d’une grande ville de l’Ouest…

La photo du journal ne laisse aucun doute : la maison où ont vécu mes grands-parents (et avant eux la branche maternelle de Mamée Jeanne) dont l’oncle Henri avait racheté leur part à ses frères et sœurs est en vente ! Celui-ci a depuis longtemps rompu tout lien avec la famille et, n’ayant pas eu d’enfant, avait fait de sa filleule son héritière... Nous avions su par la presse que celle-ci avait disparu accidentellement, et nous, ses jeunes neveux et nièces, avions tenu à assister à la cérémonie et qui sait ? renouer le lien familial rompu. Quelle mouche avait donc piqué l’oncle Henri ? Il avait déclaré que nous n’étions que des rapaces à l’affût mais que nous en serions pour nos frais…

Il veut donc vendre la maison familiale sans en avoir parlé à quiconque et mon cœur saigne, car les souvenirs heureux des vacances où je retrouvais mes cousins et cousines remontent à ma mémoire. Je suis farouchement attachée à cette demeure, et ne suis pas la seule.

Une idée folle me traverse soudain : et si nous rachetions ensemble la propriété ? Nous sommes assez nombreux pour constituer une SCI et même s’il faut s’endetter, cela en vaut la peine. On sent que la maison n’a pas été entretenue comme elle aurait dû l’être (les briques apparaissent sur la façade Ouest) et il est précisé que le prix est à débattre…

Je décroche le téléphone et lis à Philippe, mon frère aîné ébahi, l’annonce immobilière parue dans Ouest-France de ce jour :

Affaire à saisir : dans la région nantaise, en bordure de la Sèvre, maison de caractère début XIXe en pierres et briques orientée plein Sud, toit d’ardoises, implantée dans un parc d’un hectare. Cinq chambres, salle à manger, salon, grande cuisine, deux salles de bain. Prévoir quelques travaux de rénovation. Prix à débattre.

Je suis confiante… la maison, notre maison, va revenir dans le giron familial !

Posté par bourlingueuse à 12:10 - - Commentaires [18] - Permalien [#]