La Bourlingueuse

03 mai 2021

Les sept péchés capitaux

La paresse

La paresse

J’aurais pu vous soumettre la toile de Courbet « Le sommeil » présentée souvent comme « La paresse et la luxure ».
J’ai choisi « La paresse » de Valloton, pas plus habillée.
C’est évidemment ce goût, tant pour la femme que pour la flemme, profondément ancré en moi qui m’a poussé à vous proposer cette illustration de l’activité la plus prisée de votre serviteur.
Qu’évoque donc pour vous la paresse ?
À lundi donc.

J’avoue tout ! Je suis incapable de paresser… Même si je n’ai rien à faire (mais ça n’arrive jamais) j’ai l’esprit occupé par ce que je dois finir, ou commencer, ou par un projet à réaliser. Et il y a toujours un livre qui traîne à proximité, une grille de mots croisés 20 x20 concoctée par Michel Laclos et la radio qui diffuse des reportages que j’écoute toujours d’une oreille attentive. Essayez de paresser dans une telle ambiance… c’est impossible ! Sachez aussi que les Ursulines de mon enfance qui nous serinaient la liste des 7 péchés capitaux (censée faire un  solide rempart à nos âmes) ne sont pour rien dans mon mode de vie…

Vous avez oublié ? Alors notez-les bien...

l'avarice

la colère

l'envie

la luxure

l'orgueil

et la paresse...

§

Je suis une couche-tard (ou couche-tôt ?) parce que tout ce qui m’intéresse à la TV passe après minuit, et comme il me faut au minimum 8 h de sommeil, vous pensez bien que je ne me lève pas aux aurores… Mais dès que mon œil s’entrouvre, je suis debout, sans être tentée par une grasse matinée. C’est ma manière à moi de célébrer l’éloge de la paresse !

Tu prétends que c’est l’activité la plus prisée du Goût, mais je n’en crois pas un mot. Je te lis depuis trop longtemps pour gober cela !

Toutefois, c’est avec surprise que, naviguant sur Wikipédia, j’ai vu un Jean-Claude Mélenchon rajeuni de 30 ans au cours de l’un de ses discours, citer Lafargue qui réclamait comme un droit socialiste le droit à la paresse ! Qui l’eût cru ?

Comme elle doit s’ennuyer la belle odalisque qui caresse la tête de son chat pour passer le temps. Est-ce par désoeuvrement ou parce que son amant tarde à venir ?

Allez savoir !

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26 avril 2021

Enfin !

La fontaine des Mers

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Pivoine m’a suggéré cette image.
Elle l’a aimée.
Je vous la soumets.
Comme nombre d’entre nous, elle aime les aquarelles de John Salminen.
J’espère qu’après avoir suggéré celle-ci, elle se donnera la peine de nous soumettre à son tour le fruit de ses pensées.
Je vous ai quelquefois parlé de cette fontaine.
Elle a retenu l’attention de John Salminen, de Pivoine et de votre serviteur qui a déjà tartiné sur le sujet.
Mais à vous, que dit-elle ?
Quels souvenirs vous rappelle-t-elle ?
Racontez à votre tour vos pérégrinations dans le dédale de votre mémoires.

Jeanne était rentrée chez elle apaisée, parce que Clotilde sa mère avait botté en touche, et que son absence avait confirmé ce qu’elle pressentait, ou plutôt savait depuis plusieurs mois. La quête de ses origines l’avait alors obsédée et elle avait pris une folle décision : faire parler Céleste !

Pour rien au monde, elle n’aurait voulu causer la moindre peine à celui qu’elle appelait ‘’papa’’… celui qui l’avait choyée depuis toujours.  Mais il y avait encore Céleste, sa nounou… Elle n’avait plus de contact avec elle que deux ou trois fois chaque année : à son anniversaire et au Nouvel An, où elle rendait visite à la vieille dame dans sa modeste banlieue. Cette fois, elle avait téléphoné pour lui proposer qu’elles passent ensemble une journée entière, et Céleste avait dit oui avec tant de chaleur !

Elles marchent lentement, Céleste s’appuyant sur le bras de Jeanne. Elles onnt déjeuné dans un restaurant réputé où Jeanne a habilement axé la conversation vers le sens qu’elle souhaite, prêchant le vrai et le faux, affirmant sa filiation avec naturel… Céleste n’a pas semblé surprise que Jeanne sache enfin une vérité qu’elle connaît, elle, depuis toujours. Car avant d’être la nounou de Jeanne, Céleste a été celle de Clotilde à laquelle elle est farouchement attachée. Elle avait vite su que le beau quinquagénaire qui rendait visite à la jeune Clotilde au prétexte de lui donner des leçons d’aquarelle lui enseignait aussi l’amour de la vie. Quand le scandale avait éclaté dans la famille, quelqu’un avait bien suggéré l’IVG aux malheureux parents, mais leurs convictions les en avaient empêchés. L’artiste américain était marié et il était hors de question que leur fille épousât un étranger divorcé, d’autant plus que l’aquarelliste n’approchait pas et ne donnait plus de ses nouvelles.

On avait marié la fautive sans attendre à un homme exceptionnel qui avait accepté l’enfant et l’avait aimée dès le jour où elle était née.

L’âge de la retraite venu, Céleste avait quitté la famille pour se retirer dans une petite maison qui avait été achetée pour elle. 

§

Elles sont maintenant arrivées sur la place de la Concorde, devant la fontaine des Fleuves ; puis elles ont encore marché un peu en se serrant très fort jusqu’à la Fontaine des Mers où Céleste a pris un taxi pour rentrer chez elle où Jeanne a promis de la voir plus souvent. Elle a compris que le temps est compté et désormais, elle lui offrira une journée d’escapade chaque mois…

§

Bien entendu, toute ressemblance avec des personnages connus ne peut être que fortuite !

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19 avril 2021

Le secret de Polichinelle

 

Le secret de Polichinelle

 

Indécision

Elle fait une drôle de tête...
Est-elle indécise face au menu ?
Est-elle indécise sur la conduite à tenir ?
Est-elle triste ou en colère ?
J’espère en savoir plus lundi.
À vous de jouer !
Bon, à moi aussi...

Jeanne a rendez-vous avec Clotilde, sa mère qui, comme toujours, se fait attendre…

Elle est élève aux Beaux-Arts et reçoit les encouragements de ses professeurs qui la disent très douée, avec un talent d’aquarelliste qui fait penser à John Salminen qui a su donner de Paris des images si personnelles. On lui a même posé la question de savoir si elle est apparentée à cet artiste américain si prolifique et talentueux ! Elle en a été flattée sur le coup, puis s’est mise à réfléchir...

Car depuis des années, une question la hante mais elle n’y a jamais fait allusion devant qui que ce soit, et surtout pas devant sa mère, tant elle est certaine que cette dernière détient la clé du mystère.

Comment le doute s’est-il insinué dans son esprit ? Aussi loin qu’elle se souvienne, elle avait senti qu’il y avait dans la famille des non-dits,  des conversations qui s’interrompaient par des silences gênés lorsqu’elle entrait dans le salon.

C’était sûr, il y avait un secret… un secret de Polichinelle puisque tout le monde sauf elle était au courant.

Aujourd’hui Jeanne est bien décidée : elle va pousser Clotilde dans ses derniers retranchements pour l’obliger à ‘’cracher le morceau’’.

§

Le temps a passé, elle a attendu en vain, Clotilde n’est pas venue, mais Jeanne a la réponse à la question qu’elle n’a pas pu poser. Elle se lève enfin et rentre chez elle apaisée…

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12 avril 2021

Fils à Maman ?

Les Fleurs du Mal ont-elles le spleen ?

 

Beaudelaire

 

Lectrices chéries, vous rappelez vous qu’aujourd’hui, ça fait deux cents ans que Baudelaire est mort ?
Il est parti se coucher au cimetière Montparnasse, squatter la tombe d’un beau-père détesté.
Il n’a pas eu le loisir d’y faire apposer l’épitaphe qui lui allait si bien :

« Ci-git qui pour avoir par trop aimé les gaupes
Descendit jeune encore au royaume des taupes »

Comme Heure-Bleue et votre serviteur, il fut un « nomade parisien » et y déménagea très souvent.
Il habita cet hôtel sur l’île Saint-Louis.
Ce lieu me rappelle évidemment quelque chose.
Mais à vous ?
Beaucoup d’entre vous ont vu un jour Notre Dame ou l’île Saint Louis.
Avez-vous erré dans les rues qui l’entourent ?
Qu’y avez-vous vu, qu’est-ce qui vous frappé, une des « petites choses de peu » qui vous frappent et vous émeuvent pour des raisons qui vous échappent jusqu’au moment où vous découvrez pourquoi elles ont remué votre âme.
Comme elles ont sûrement remué celle de Baudelaire.
Vous n’avez pas moins de talent, vous êtes seulement moins connues, alors dites lundi ce qui vous a remué.
(À part, bien sûr, cet appel au devoir, torché de main de maître par un Goût auquel France Inter a obligeamment donné le sujet du devoir car je ne savais pas quoi vous soumettre...)

Dans les collèges de ma lointaine jeunesse, lorsqu’on nous parlait de poètes aussi sulfureux que Beaudelaire, Rimbaud ou Verlaine, nos professeurs édulcoraient leurs commentaires afin que leurs élèves n’aient pas la curiosité d’aller chercher plus loin. Wikipédia n’avait pas encore été inventé.

Le seul poème que je suis sûre d’avoir étudié est l’Albatros…

Bien plus tard, j’ai lu quelques « Fleurs du Mal », mais ce n’était pas vraiment ma tasse de thé, et c’est pourquoi je n’ai pas grand-chose à écrire sur ce ‘’fils à maman’’ (comme Proust), me réjouissant au passage que mes deux fils ont su couper le cordon ombilical sans pour autant cesser de m’aimer…

C’est ma fierté de voir qu’ils ont préféré celles avec lesquelles ils ont choisi de partager leur vie…  

§

Sommes-nous si loin de Beaudelaire ?

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05 avril 2021

Au jardin des Tuileries

 

Au jardin des Tuileries

Jardin des Tuileries

 

Vous ne connaissez peut-être pas le Jardin des Tuileries

Il n'a pas chnagé depuis les années soixante et je le reconnaîtrais entre mille

Nous n'étions pas encore des mamies et des papys

Mais je suis sûr que nos âmes sont mieux préservées que nos corps

Que vous dit cette photo des années soixante ?

Elle me dit, comme le chantait Françoise Hardy"tant de belles choses"

A lundi, vous avez sûrement quelque belle histoire à dire

 

Je vous en ai déjà parlé ici : la provinciale que j'étais (que je n'ai pas cessé d'être) est venue à Paris pour la première fois l'année de ses vingt ans. De Nantes à Paris, il fallait quatre heures de "train express" à vapeur. une expédition pour les Français qui n'avaient pas les moyens de se déplacer aussi loin, ni souvent, l'argent trop rare était réservé à l'essentiel. Néanmoins, j'étais partie avec mon billet A/R de congés payés sur lequel la SNCF accordait 30% de réduction.

J'aimais me balader seule à la découverte de Paris, mais Tante Marthe qui m'hébergeait tenait à m'accompagner le dimanche. Il y avait toujours une petite halte chez Stohreroù nous faisions le plein de "puits d'amour" dont elle raffolait. Nous attendions pour les déguster d'être arrivées au Jardin du Luxembourg ou des Tuileries où nous devions louer des chaises. C'étaient des moments de pur bonheur...

Maintenant, je réalise que seuls des garçons faisaient manoeuvrer leurs voiliers sur l'eau des bassins. A quoi les filles passaient-elles leur temps ? A promener leurs poupées vraisemblablement.

Il n'était pas question de me tremper les pieds dans le bassin. Je me prenais beaucoup trop au sérieux pour cela ! Pensez... J'étais coiffée d'un lourd chignon soigneusement roulé sur la nuque, je portais d'épaisses lunettes de myope et mon visage n'incitait pas à la rigolade.

J'vous rassure... la vie et un cadeau qu'aujourd'hui je sais savourer à petites goulées gourmandes.

Que pensez-vous de cette photo que j'ai retrouvée de cet été-là sans pouvoir identifier le lieu exact où l'a prise ma tante ? Tu n'auras aucun mal à me rafraîchir la mémoireet si la tienne flanche, la Lumière de tes jours t'aidera, j'en suis sûre...

Au Jardin du Luxembourg

Je m'étais taillé et cousue cette robe de vichy à carreaux jaune pâle et gris.

§

Je ne suis pas sûre d'avoir respecté le thème suggéré plutôt qu'imposé mais ce sont les souvenirs que m'a inspirés ta photo de ces ados décontractées.

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28 mars 2021

En AVril on AVance

A l'heure allemande

A l'heure allemande

Que peut donc être en train de faire cette jeune femme, assise à son bureau, peinte par Carl Larsson ?
Le savez-vous ?
Je le sais parce que je la connais.
Je sais même que ça devrait commencer par :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »

 

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue…

J’avais huit ans, je descendais la rue Crébillon avec Maman et une amie de celle-ci, quand nous l’avons vu sur le trottoir d’en face monter seul pour gagner la place Graslin vers le théâtre de l’Opéra. L’air martial, coiffé d’une haute casquette d’officier, ses bottes brillaient comme des miroirs. Il était le premier soldat allemand que je voyais ! ‘’Ne le regarde pas, il pourrait nous tuer’’ dit Maman.

Nous étions ‘’occupés’’ depuis quelques jours, mais dans notre quartier retiré de la ville, aucun ‘’ennemi’’ ne s’était montré, et c’est l’esprit tranquille que nous avions pris le tramway pour aller dans le centre acheter des vêtements pour remplacer ceux dans lesquels je n’entrais plus que difficilement.

Le seul fait marquant de notre vie quotidienne (hormis la fermeture des écoles) était que nous avions dû avancer montres et horloges d’une heure afin de nous aligner sur l’heure d’été de Berlin, ce qui nous faisait vivre avec deux heures d’avance sur le soleil, qui lui, se moquait bien de savoir qui avait gagné la guerre !

Il faut se souvenir qu’en France, nous vivions autrefois à l’heure solaire l’hiver, et nous avancions les horloges d’une heure en été (celle qui est devenue notre heure d’hiver aujourd’hui).

Avant cela, chacun voyait midi à sa porte et le clocher du villagese calait sur le soleil pour sonner l’angélus à ‘’l’heure vraie’’. C’est le chemin de fer qui a permis que l’heure soit la même en France, les heures locales n’étant pas compatibles avec les horaires de trains. Ce n’est que plus tard, quand l’hiver fut venu, que les Français réalisèrent à quel point il était difficile pour les enfants de se lever à la nuit et être à l’école primaire à 7 h du matin alors que l’horloge de la cour marquait 9 h quand sonnait la cloche… Plus encore pour nous qui habitions à l’Ouest du pays…

Si, comme il est à craindre, l’heure actuelle d’été soit choisie définitivement pour être appliquée toute l’année, je souhaite de bonnes et courtes nuits aux minots de la maternelle qu’on tirera du dodo bien avant l’heure du laitier. Je pense aussi aux Brestois qui devront vivre au même rythme que les Allemands de la frontière tchécoslovaque…

Vous l’avez compris, je hais l’heure allemande qu’on nous a imposée et que nous avions jetée aux orties dès que la botte nazie avait tourné ses talons !

 §

 Jeanne avait retrouvé au grenier le journal que sa grand-mère avait écrit durant sa jeunesse et le lisait avec avidité…

Gérald s’était approché sans qu’elle ne l’entendit et il posa ses lèvres dans son cou juste sous la longue tresse. Cachant son trouble, elle lui posa négligemment la question :

‘’As-tu pensé à avancer ta montre ?’’. Fermant les yeux, elle attendit.

 Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier ‘’oui’’ qui sort de lèvres bien-aimées.

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22 mars 2021

Derrière le mur, un nid d'espions ?

Le mur

 

Le mur

Il me semble que Lakevio a déjà donné cette toile comme sujet de devoir.
Mais j’aime ce mur.
Je le connais ce mur...
Je connais même le trottoir et le caniveau qui le bordent.
Et vous ?
Si ce mur vous inspire, dites-le lundi...

 

Je n’ai pas voulu relire le texte qu’en son temps j’avais écrit pour Lakévio, et vais devoir faire travailler mes neurones en ce premier jour de printemps frisquet.

§

Dans notre quartier, il y avait une vaste propriété close de hauts murs dont dépassaient de grands arbres qui dispensaient leur ombre dans le voisinage. On pouvait de la rue entrapercevoir l’étage de la grande maison coiffée d’un toit biscornu. C’était la demeure des Vincent, un vieux couple que je n’ai jamais vu. JAMAIS… Ils avaient une jeune bonne qui s’occupait d’eux, faisait les courses, mais qui ne s’attardait jamais en chemin, tout juste polie en saluant brièvement ceux qu’elle croisait, bref, ne parlant que le moins possible.

 Je leur avais donc inventé une histoire, leur histoire…

 En ces temps d’Occupation, j’imaginais qu’ils étaient au cœur d’un réseau de Résistance et des parachutistes anglais transitaient forcément chez les Vincent avant d’être rapatriés en Angleterre pour reprendre le combat.

 Comme il m’arrivait de voir parfois passer des camionnettes de l’armée allemande surmontée d’un goniomètre, je m’étais persuadée que les Vincent étaient bien trop malins pour faire fonctionner leur poste émetteur en plein jour… Ainsi, ils roulaient les Boches, les Fridolins, les Vert-de-gris, les Doryphores…

 Durant les alertes de nuit, souvent suivies de bombardements, je n’ai jamais eu peur, mon inconscience et la foi en ma bonne étoile m’avaient persuadée que la mort n’était pas pour moi. En fait, j’ai eu raison, puisque je suis encore là 80 ans plus tard !

 Je m’étais mise en tête que les Alliés ne pouvaient lâcher leurs bombes sur la maison d’un véritable nid d’espions à leur service… Rappelons quand même que les Ricains lâchaient au petit bonheur leur cargaison depuis 5.000 à 10.000 mètres !

 Puis nous avons changé de quartier en novembre 1944, Nantes était libérée depuis le mois d’août précédent, j’ai oublié les Vincent et leur jeune bonne.

§

 Devenue adulte, je suis retournée un beau jour dans mon ancien quartier : la maison derrière ses hauts murs n’avait pas changé. J’ai revu leurs voisins et leur ai parlé des Vincent, décédés depuis des années…

 J’ai alors appris une chose stupéfiante : leur fils unique avait été à Londres un proche compagnon du général De Gaulle et il avait péri au cours d’une mission où son sous-marin avait été coulé.

 Les parents s’étaient alors laissé mourir…

 

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14 mars 2021

Astra est servie !

astra

« Le beurre frais pour tous. »
Ainsi salua-t-on l’arrivée de la margarine après le siège de Paris.
Bien sûr, ça ne sert pas qu’à se laver les cheveux même si on fait croire aujourd’hui que c’est excellent pour la santé du cheveu pour peu qu’on lui adjoigne un parfum de rose, la puanteur du monoï et une bonne dose d’optimisme pour en faire la publicité.
Mais je suis sûr que pour beaucoup, la margarine rappelle des souvenirs moins « bio » et diététiques que ceux censés venir à l’esprit aujourd’hui.
Ce serait bien si vous en faisiez part à vos camarades de blogs, tous ceux qui ont encore le courage de vous lire et surtout d’écrire...

 

Dans l’environnement de ma jeunesse bretonne où j’ai grandi, on ne connaissait pas la margarine. Seul le beurre faisait partie de notre quotidien, ce beurre que l’on prenait à la ferme voisine ou lorsque nous allions rendre visite à la famille qui élevait ces petites vaches bretonnes au lait si riche… Sûrement, peu de Faouëtais connaissaient le mot margarine, alors… la chose… vous pensez…

Il a fallu la guerre et l’Occupation pour qu’à Nantes, j’apprenne l’existence de ce produit vendu en emballage carré de 250 g. Celui de l’illustration doit être antérieur à 1940. Maman n’utilisait pas Astra, en cuisine, mais le beurre ne manquait pas… pas encore…

Puis vinrent les rationnements sévères et les cartes d’alimentation où il était attribué 50 g de beurre par personne et par mois !

Etait-ce pour faire des économies qu’Astra fut un beau jour livré aux épiciers en boîtes métalliques de 10 kilos ? La margarine n’était pas contingentée et les ménagères se ruaient sur ce qu’il fallait bien considérer comme un ersatz !

La pénurie de l’après-guerre (car ne croyez pas que l’abondance est rvenue après la fin l’Occupation) avait convaincu les cuisinières que ma foi… la margarine avait droit de cité, d’autant plus que le prix du beurre atteignait des sommets. Même Maman s’y était mise par nécessité plus que par goût, mais c’était entré dans les mœurs des Bretonnes. J’ai hérité d’elle un livre dont le papier a terriblement jauni et qui donnait aux femmes de l’époque des conseils pour ‘’faire avec’’… ou plutôt ‘’sans’’ : Bonne cuisinière quand même !

Où comment gérer la pénurie…

De nos jours, certains nutritionnistes prônent F… d’Or pour leurs patients. Pourquoi pas ?

Moi, je cuisine au beurre, mais très peu : je consomme par mois une plaquette de 250 g. Cinq fois plus que la ration autorisée en 1942/45 !

Ah ! que j’vous dise : j’ai gagné un pari en faisant un ‘’beurre blanc’’ à la margarine, et, sauf celle qui m’avait lancé le défi, mes convives ne se sont aperçu de rien ! C’était il y a au moins 50 ans.

 

Maintenant, quand on parle d’Astra, on pense ‘’vaccin’’. Triste actualité !

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08 mars 2021

Pourquoi cet accoutrement si différent ?

Laissons la plage aux cellulites...

Plage réservée

 

Pourquoi est-elle là.
Pour se baigner ?
Pour s’amuser ?
Pour regarder les autres ?
Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous.
Pourquoi ?
Si vous le savez, dites le lundi...

  Le Grand Guide l’avait décidé : les plages de son pays ne seraient désormais plus accessibles qu’à ceux dont l’IMC serait supérieur à 30. Cela n’avait pas été facile, mais mon désir avait été plus fort que la raison : je ne pouvais accepter de me priver des délices de la baignade pendant l’été, ni des longues promenades en hiver sur le sable, chaussée de bottes et emmitouflée d’une doudoune épaisse et chaude.

Avait alors commencé une sorte de gavage afin de ne pas perdre un jour de bonheur estival… Je me pesais chaque jour mais l’aiguille de la balance ne bougeait pas aussi vite que j’aurais voulu et mon IMC que je calculais chaque lundi restait quasiment le même.

Wladimir ne s’est pas immédiatement rendu compte que je mangeais avec plus d’avidité qu’auparavant, mais lorsque mon visage a enfin pris quelques rondeurs, il m’en a fait compliment et j’ai jubilé intérieurement.

Un peu plus tard cependant, son regard s’est attardé et, surpris, il a fait une remarque qui m’a remplie d’aise…

-        Mais tu as pris du cul !

Ah ! enfin ! Alors j’ai tout avoué et il a été atterré ! Bien sûr, le Grand Guide avait sûrement ses raisons puisqu’il l’avait ordonné, mais pourquoi diable vouloir atteindre ce chiffre de 30 puisque les piscines chlorées restaient ouvertes pour les normaux minces ?

Décidément, tout bien réfléchi, il ne me suivrait pas, sans pour autant être rebelle aux recommandations venues de si haut.

-        Es-tu sûre de ce que tu as entrepris ?

Bien entendu j’en étais sûre, je n’aime pas le chlore, et j’ai considéré sa remarque comme un aval. 

Au propre comme au figuré, je me suis alors rempli la panse et, jour après jour, je m’arrondissais et je pris comme une victoire l’achat d’un maillot taille 52 !

Wladimir trop mince ne pouvant m’accompagner me laissa à l’entrée de la plage, promettant de revenir me chercher à 17 h quand le soleil baisserait.

Drapée dans un paréo, je n’en menais pas large quand l’inspecteur me fit monter sur une balance après le passage sous la toise. Le verdict ? Tout juste un peu plus de 30, mais j’obtenais le feu vert pour avancer sur le sable rejoindre les privilégiées enrobées de cellulite.

Autant dire le Nirvana !

Le Grand Guide est décidément un chef incomparable, et s’il devait y avoir des élections comme cela se passait dans les temps anciens, nul doute qu’il serait élu à 99,99 % par son peuple reconnaissant !  

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07 mars 2021

Le Faouët, notre berceau

Suzanne et moi avons connu un Faouët bien différent de ce que sont devenus nos bourgades de 2021.

Ce qui caractérise l'église où nous avons été baptisées est cet étonnant clocher que l'on dit d'inspiration scandinave, mais dont personne ne sait qui en est l'architecte et les raisons qui l'ont poussé à lui donner cet aspect insolite... Si l'on m'a mise à la fenêtre de la chambre le jour de ma naissance, il a été la première chose que j'ai vue.

Yves devant la maison

Mon papa joue de la bombarde avec son ami biniouer

Sainte Barbe, sa chapelle et les escaliers monumentaux sont connus presqu'autant que le Mont St Michel, et c'était souvent le lieu de nos escapades enfantines

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Pourquoi mon papa avait-il inventé pour moi l'histoire d'une recluse qui avait choisi de vivre de la charité publique dans ce petit sanctuaire ? Allez savoir !

La recluse

Il y a aussi Saint-Fiacre, autre chapelle très connue avec ses trois tours dont "deux sans cloches" que les visteurs bernés entendaient "deux cents cloches" et demandaient "Comment est-ce possible" ? à la grande joie de mon père. Son jubé en bois polychrome, une dentelle exceptionnelle, sculpté à partir de 1480 est classé.

Chapelle St Fiacre

jubé

Il est fait mention des halles dès 1572 : elles sont donc antérieures à cette date. Elles occupent la place centrale du bourg. Leur charpente est un fouillis étonnant et impressionnait l'enfant que j'étais.

Halles

Charpente

Quelques Faouëtais ont connu une relative célébrité, mais celle qui a traversé l'histoire est Marie-Louise Tromel, sorte de Robin des Bois en jupons, qui, avec sa bande volait les riches pour donner aux pauvres. On la connaît sous le nom de Marion du Faouët. Née en 1717, elle fut arrêtée à Nantes et mourut rouée à Quimper en 1755...Sa maison natale en ruine avait été démolie avant ma naissance

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Une autre célébrité est Jean-Corentin Carré, qui à quinze ans, s'est engagé dans l'armée en mentant sur son âge pour combattre. Cet enfant-soldat  (le plus jeune de France) breveté pilote a été abattu au-dessus de Verdun et est mort de ses blessures en mars 1918

index

 

Le héros local 1938

Un monument a été inauguré solennellement en 1938 par des généraux et des ministres. Un film en couleurs a été tourné. Mon père, avec d'autres, en a fait le reportage photo  

La troisième personnalité a eu une fin tragique : Arthur Midy était un peintre reconnu installé au Faouët depuis le début du siècle. Il avait épousé une Allemande et cela, les Faouëtais ne l'ont plus acepté quand est arrivée la guerre, suivie de l'Occupation. La haine que ce couple a suscitée leur a été fatale en 1944 : ils ont été tous deux massacrés par des résistants de la dernière heure.

Peintres au Faouet 1

Peintres au Faouet 2

 

 

Aujourd'hui, quelques-unes de ses oeuvres sont exposées au Musée du Faouët et on ne parle plus de lsa triste fin.

Aujourd"hui, Le Faouët est endormi et je n'y vais plus que pour faire une visite au cimetière...

 

 

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05 mars 2021

LES retrouvailles

Hier j’ai totalement raté ma mise en page : J’ai été interrompue par un coup de fil et cliqué avant d’avoir fini les vérifications.

 

Peu après mon retour des Antilles, Anne l’auteure du livre, téléphone pour me proposer trois dates et me communique l’adresse de Suzanne, qui est dans une résidence à Rennes. Je ne veux plus prendre la route au volant de ma voiture, me contentant de conduire dans le périmètre restreint de Nantes et sa périphérie. Nous envisageons le train où, à l’arrivée viendrait à la gare me cueillir son fils Daniel.

Nous convenons du jeudi 4 février, et je fais part de cette visite à Flo mon adorable belle-fille. Aussitôt, elle me déconseille de prendre le train et décide de me conduire elle-même rencontrer Suzanne. Thibaud au chômage forcé covidien (il est régisseur de théâtre à Paris) sera des nôtres.

Nous sommes attendus à 14 h et arrivons juste à l’heure, ce qui nous laisse deux heures et demie puisque le couvre-feu nous oblige d’être de retour à 18 heures pour respecter le couvre-feu.

J’ai le cœur battant lorsque je franchis le seuil de la résidence. Les dames de l’accueil sourient quand je leur dis que je viens voir Suzanne, une dame dont je ne sais pas le nom de famille… Elles sourient encore plus lorsqu’elles me voient poser les yeux sur une toute petite dame qui attend assise à côté du bureau et qui, malicieusement, me sourit aussi.

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Suzanne ! Nous ne pouvons même pas nous embrasser ni nous toucher puisque nous ne voulons prendre aucun risque qui pourrait se muer en catastrophe. Quatre vingts ans que nous nous sommes parlé pour la dernière fois !

Anne et Daniel arrivent, tandis que Flo et son fils vont se balader dans Rennes afin de nous laisser ‘’entre nous’’. Daniel a pris les photos de ce moment exceptionnel et nous nous retrouvons dans un salon qui nous a été réservé.

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La distanciation sociale respectée, les souvenirs remontent, et l’émotion des premiers instants apaisée, deux vieilles dames sont redevenues des enfants de l’immédiate avant-guerre qui évoquent avec un brin de nostalgie leur jeunesse. Nous vivions insouciants et libres sur une autre planète, qui n’a plus rien à voir avec les réalités d’aujourd’hui. Nous pouvions disparaître des heures entières sans que personne ne s’inquiète puisque les risques de mauvaise rencontre n’étaient pas encore dans les esprits. Nos escapades à Sainte Barbe, ce lieu unique où une chapelle est accrochée à flan de colline, construite à partir de 1489 par le seigneur du lieu après un vœu pour avoir échappé à un terrible orage. Les escaliers monumentaux que nous dévalions jusqu’à la rivière Ellé, un torrent encombré d’énormes rochers arrondis par le temps.

Ste Barbe

 

index

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Nous avons fini par ‘’tomber les masques’’ au sens propre pour déguster les gâteaux et le café de quatre heures.

Cette première rencontre sera suivie d’autres dès que les circonstances le permettront, et nous nous sommes quittées, bien décidées à nous revoir.

Suzanne est à gauche, Blanche à droite, habillée et coiffée avec le costume d'une cousine adulte : ma jupe est en réalité le tablier.

Suzanne Janno

Bretonne 3

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04 mars 2021

Y a-t-il eu un charivari pour ce mariage ?

                    

Le vol Air-France de juillet ayant été annulé et repoussé aux calendes grecques, Suzanne et moi avons pu nous parler au téléphone faute de pouvoir se déplacer dans l’immédiat…

J’avais auparavant envoyé à son fils Daniel les deux photos précédentes de notre enfance au Faouët (vive Internet)

Quels moments d’émotion ont été ces instants où deux vieilles dames se retrouvaient face à ce qu’elles avaient été 80 ans auparavant ! Le tutoiement s’est immédiatement installé, et l’évocation d’images communes nous remuait l’une et l’autre. Dans son témoignage édité, Suzanne parle de ses parents âgés à sa naissance, sa mère de 47 ans et son père 55. Nous avions ce point en commun : les miens avaient 35 et 60 ans lorsque je suis née. Mais je ne me souviens pas que les Faouëtais s’en moquaient, d’autant plus que le pharmacien de 60 ans avait lui aussi épousé une ‘’jeunette’’ qui lui avait donné trois enfants (dont le benjamin était mon ennemi intime) alors que Suzanne le ressentait comme des railleries. Lors de leur mariage en 1931, mes parents avaient eu le ‘’privilège’’ d’avoir un charivari offert par les loustics du bourg que seule une tournée générale avait calmés. Le charivari se pratiquait à cette époque pour marquer le fait d’un mariage considéré comme mal assorti !

Suzanne évoque nos jeux dans le cimetière où, d’après moi, le gardien débonnaire nous tolérait parce que nous étions des enfants sages, alors qu’elle se souvient du fossoyeur qui les faisait déguerpir jusqu’au lendemain. Etait-ce le même homme dont nous parlons ? Nous allions chercher parmi les fleurs jetées par les familles celles qui étaient les moins fanées et les déposions sur les tombes délaissées que personne n’entretenait.

Ce coup de fil m’a bouleversée, et j’ai senti qu’il ne fallait pas tarder à se revoir.

Les mariés du groupe de la précédente photo ont-ils eux aussi eu droit à un charivari ? Peu probable, car l’homme basané avait des aïeux connus dans le village depuis près de deux siècles. Vous le savez, je fais de la généalogie depuis cinquante ans, et mes recherches m’ont parfois réservé de belles surprises… Jugez-en : sur les régistres paroissiaux de Lanvénégen (Mhan), dans le registres comportant 801 pages des baptêmes, mariages et sépultures, vous trouverez à la page 245 l’acte de baptême suivant.

 

Bapteme du Neigre

 

                     L’an mil sept cent soixante six le 10 octobre je soussigné

B                   curé de la trève de Lanvénégen paroisse de Guiscriff ayant

                     Interrogé dans cette église tréviale un neigre agé d’environ

Du                  quinze ans lequel m’a été présenté par Monsieur et Madame

                      Le Canne de Rosangat qui m’ont déclaré qu’il étoit depuis huit  ans

Neigre              a leur service et qu’ils l’avoint  pris  acheté à Malgage d’où

                       il etoit originaire. L’ayant trouvé suffisament instruit des

                       principes de la religion chrétienne et ayant égard au grand

                       esire qu’il m’a témoigné d’estre reçu dans l’église, ayant

                       pris pour patron Saint Pierre dont il souhait de porter

                       le nom luy ai administré le sacrement de baptême suivant

                       les rits et cérémonies de l’église catholique apostolique et

                       romaine ; parain et mareine ont esté messire Pierre Lecanne

                       de Rosangat et Brigitte Aché Lecanne de Rosangat

 

                              Lecanne de Rosangat        Ache Lecanne de Rosangat

                                                     L Cadic ptre curé

 

Traduction en langage actuel

L'an mil sept cent soixante six le 10 octobre, je, soussigné curé de la trève en Bretagne, sorte de succursale de la paroiisse quand l'église est trop éloignée) de Lanvénégen paroisse de Guiscriff, ayant interrogé dans cette église tréviale un nègre âgé d'environ quinze ans, lequel m'a été présenté par Monsieur t Madame Le Canne de Rosengat, qui m'ont déclaré qu'il était depuis huit ans à leur service et qu'ils l'avaient pris acheté à Madagascar d'où il était originaire. L'ayant trouvé suffisamment instruit des principes de la religion chrétienne et ayant égard au grand désir qu'il m'a témoigné d'être reçu dans l'Eglise, ayant pris pour patron Saint Pierre dont il souhaite de porter le nom, lui ai administré le sacrement de baptême suivant les rites et cérémonies de l'Eglise catholique apostolique et romaine ; parrain et marraine ont été Messire Pierre Le Canne de Rosengat et Brigitte Aché Le Canne de Rosengat.

Suivent les signatures, sachant que le prêtre curé est le fils de mes ancêtres Cadic...

                      

 

      

 

Faut que j’vous esplique non ?

Le maître du ‘’neigre’’ (officier de l’armée française ? planteur ?) l’avait acheté à Malgage (sans aucun doute Madagascar) et l’avait à son retour en Bretagne, mis dans ses bagages pour qu’il continue à le servir. Et ce Pierre baptisé a fait souche !

 Puis est arrivé le second confinement mais j’ai pu partir passer Noël en famille à la Guadeloupe pile/poil quand il a été levé.

 A mon retour, nous avons repris contact Anne et moi pour LA rencontre que nous attendions tous…

                                                                                                                      A suivre… Demain vous saurez tout !

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03 mars 2021

Photos anciennes

Qu’est-il arrivé à la carte postale de la rue Poher au Faouët ? Je ne m’explique pas ces fantaisies que nous réserve l’informatique… Vous vous doutez bien qu’il n’y avait aucun gratte-ciel à l’époque où la photo a été prise, pas plus qu’aujourd’hui je vous l’assure !

La voilà ‘’dans son jus’’ comme disent les antiquaires.

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 La mairie du village où vit Anne Lecourt chipotait pour me communiquer le téléphone de cette dernière et je n’ai pas insisté, me disant que j’écrirais à Ouest-France en expliquant les raisons de ma démarche. Mais la bibliothèque consultée m’a donné sans problème le numéro de son portable.

 Anne a été étonnée de cette étonnante coïncidence et m’a écoutée avec beaucoup d’attention, consciente qu’il ne fallait pas manquer une rencontre aussi étonnante et que, vu nos âges, il ne fallait pas tarder (cela elle ne l’a pas exprimé bien sûr…)

 Le fils de Suzanne est l’un de ses amis et elle lui en parlerait et nous pourrions envisager de nous revoir soit à à Rennes où elle réside, ou à Nantes où je vis.  

 Daniel, le fils de Suzanne, lui a demandé si elle se souvenait de la fille du photographe et elle a spontanément dit ‘’Blanche !’’.Donc c’était bien parti et elle était d’accord pour qu’on se revoie. Restait à fixer une date,. L’été approchait, mon voyage annuel aux Antilles programmé et réservé depuis janvier nous pressait de fixer une date.

 J’ai alors envoyé par courriel deux photos de mes archives, l’une où nous sommes toutes les deux avec nos mères dans un groupe de noce, prise vers 1935, etje vous raconterai plus tard pourquoi le marié si "typé" a un physique qui laisse présager qu'il n'est pas un Breton pur beurre..

Suzanne est complètement à gauche et sa maman porte une coiffe de deuil. Je suis à côté du marié, j'ai 3 ans et le ventre en avant, et Maman est assise, la dernière au premier rang.

Mariage à Lanvénégen

L'autre est celle de mon premier mariage avec mon ‘’bonami’’ Elie Le Roux le fils du coiffeur de la place, et cinq filles comme nous en sarrau qui constituaient le cortège. Etant la vedette, je porte un rideau qui me sert de voile. Nous défilions en chantant dans la rue et Maman a saisi son Zeiss à soufflet pour immortaliser la scène. Suzanne est la dernière à gauche au premier rang.

Mon premier mariage

                                                                              A suivre…

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02 mars 2021

Suzanne

Les surprises d'un livre

 

Même si ma vue a baissé, je reste une lectrice avide et ceux qui pensent à m’offrir des cadeaux n’ont pas l’embarras du choix, hormis celui des sujets.

C’est ainsi qu’à Noël 2019 la famille, venue de partout se retrouvait comme chaque année autour de moi la matriarche.

Une brassée de livres a occupé mes soirées de janvier et février, mais ne lisant qu’au lit, j’ai mis un certain temps avant d’ouvrir un modeste ouvrage de 285 pages, des Editions Ouest-France parmi ceux que m’avait choisis ma fille Hélène.

Son titre ?

Les Discrètes

Paroles de Bretonnes

L’auteure ?

Anne Lecourt

 

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Le sujet ? Elles témoignent de la condition des femmes de 1930 à 1970. Vous l’avez deviné, ces femmes ne sont plus des jeunesses et ce qu’elles ont confié à Anne Lecourt est leur ressenti et les souvenirs d’une autre époque, celle que moi aussi j’ai vécue. A la page 64, j’ai eu un choc ! Aucun doute la petite fille habillée en costume breton et  portant la coiffe de Quimperlé c’était Suzanne, mon amie du Faouët… et la photo avait été prise par mon papa !

Suzanne Janno

J’ai pensé immédiatement à contacter Anne Lecourt, afin de savoir si je pourrais avoir les coordonnées de Suzanne afin de se rencontrer pour échanger des souvenirs avec elle, que je n’avais pas revue depuis juin 1940 au Faouët, juste avant l'invasion allemande…

Bas Faouet

Ma maison natale est dans cette rue Poher, juste en face de l'église au clocher unique qui me faisait penser à un chevalier en armure. Celle de Suzanne dans la rue où est planté l'arbre sur la droite de la carte postale.

Procrastination : mot savant pour dire que l’on remet à plus tard ce qu’on devrait faire dans l’immédiat : à nos âges, il n’est plus permis de se donner du temps !

Est arrivé le coronavirus, puis le confinement pendant lequel je me disais que j’allais essayer de trouver le téléphone de l’auteure du livre… et les jours passaient… Le voyage annuel d’été à la Guadeloupe annulé pour cause de virus, j’aurais dû prendre le temps, mais j’ai encore attendu…

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01 mars 2021

Le champ' sera tiède

Le champ' sera tiède...

Le champ' sera tiède

 

Que diable fait elle là ?
Qu’est-il arrivé ?Qu’attend-elle ?
Attend-elle seulement quelque chose ?
J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi.
J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…

 

Jeanne enrageait et rongeant son frein depuis plus d’une heure sur le palier devant la porte de l’appartement de Gérald, l’homme qui avait enflammé ses sens et qu’elle ‘’avait dans la peau’’ comme disait sa sœur Julie, l’adolescente malicieuse à qui elle s’était confiée le soir où…

 Oui ! elle avait succombé et avec quel bonheur, aux appels qu’elle croyait lire dans les yeux de ce séducteur et elle lui avait donné ‘’sans réfléchir le meilleur de son être’’ comme dans la chanson à la mode que l’on entendait à la radio à longueur de journée…

 Que ses parents ne sachent jamais qu’elle avait perdu sa virginité un peu en avance, car, bien sûr, il allait la demander en mariage, cela ne faisait aucun doute dans l’esprit de Jeanne.

 C’est pourquoi elle avait pris dans la cave de son père une bouteille de champagne (un grand cru… d’ailleurs, il n’y en avait pas d’autres) qu’elle avait confiée en grand secret à Emilie la cuisinière qui l’avait mise au frais dans le réfrigérateur ‘’à absorption’’ récemment acquis au Salon des Arts Ménagers, qui constituait  une nouveauté, et deux flûtes empruntées en douce dans la vitrine de sa mère.

Robert, le vieux chauffeur qui l’avait connue dans ses langes, acceptait d’être le complice de ses balades quand Monsieur n’avait pas besoin de lui, et l’avait laissée devant l’immeuble cossu du boulevard Suchet où Gérald habitait avec ses parents, pour lors absents à Vichy, partis effectuer leur cure annuelle.

Robert reviendrait la chercher deux heures après l’avoir laissée à l’adresse que Jeanne avait cherchée sur l’annuaire des Postes et Télégraphes, et elle se réjouissait de faire à Gérald la surprise de sa visite inattendue.

La sonnette avait tinté mais personne n’était venu ouvrir : Jeanne avait cru comprendre qu’il avait des occupations impératives qui le retiendraient chez lui et elle était sûre qu’il serait présent. L’ascenseur, à chaque fois qu’il montait ou descendant, faisait palpiter son cœur tant elle espérait le voir s’arrêter et voir Gérald s’arrêter en lui tendant les bras, heureux et confit de l’avoir fait attendre, bien que sa visite ne fut pas programmée….

Dépitée, et lasse d’attendre, elle laissa là sa bouteille et les flûtes et descendit jusqu’à la loge des concierges…

Là, elle apprit que Monsieur et Madame Gérald M… étaient partis à Deauville avec leurs bébés jumeaux jusqu’à la fin de la semaine… Comment à Deauville… ils ne sont pas à Vichy ?  Et comment peuvent-ils avoir des jeunes enfants à leur âge ? La pipelette avait compris et elle se donna le plaisir de toiser Jeanne de haut pour lui asséner :

-         Monsieur et Madame Gérald M… les parents, ne vivent plus ici depuis le mariage de leur fils. C’est-y le père ou le fils que vous venez voir ? Ma p’tit’ dam’ vous z’êtes pas la première et je vous souhaite bien le bonjour…

Jeanne n’avait pas un sou en poche pour prendre un taxi et il ne lui restait qu’une chose à faire en attendant Robert : pleurer tout son soûl et regretter sa naïveté. Elle s’était bien fait avoir mais elle ne serait jamais plus le jouet d’un homme…

Elle saurait se venger d’un séducteur avec tous les autres mâles qui passeraient à sa portée. Inaccessible, elle serait désormais inaccessible et leur tiendrait la dragée haute.

§

A partir de mardi, je vous raconterai d'étonnantes retrouvailles...

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22 février 2021

Balades à Montmartre avec Utrillo

Balades à Montmartre

Balade à Montmartre

 

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo.
Quant à moi, je les aime.
Elles m’inspirent toujours quelque chose.
Et vous ?
Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?
Alors à lundi…

 

C’était l’année de mes vingt ans et je venais de ma province passer deux semaines à Paris. Oui ! deux semaines seulement à cette époque…

J’avais acheté mon billet avec l’option ‘’congés payés’’ qui offrait une réduction de 30% et pris le train express à vapeur qui, en moins de cinq heures, m’avait conduite à la gare Montparnasse…

Là, des hommes criaient ‘’taxi’’ et l’un d’eux prit ma valise… J’étais naïve et convaincue qu’il s’agissait du chauffeur qui me conduirait où j’étais attendue, je fus affreusement déçue de le voir partir après m’avoir réclamé les 20 (anciens) francs qui constituaient mon pécule.

Mes oncle et tante travaillaient et j’étais libre de découvrir Paris à mon gré et j’y pris un plaisir extrême !

Je serais morte plutôt que de consulter un guide de Paris dans la rue ; aussi je préparais chaque soir l’itinéraire du lendemain. Tante Marthe me conseilla de ne pas manquer le Sacré-Cœur, mais c’est à St Pierre de Montmartre que j’avais réservé ma première visite. Aux Beaux Arts de Nantes, j’avais découvert les oeuvres d’Utrillo comme celles de Suzanne Valadon, et je me croyais capable de me diriger sans erreur dans ce coin mythique de Paris où je retrouvais ‘’en vrai’’ les toiles du peintre. Il m’est cependant arrivé de ne plus savoir où j’étais, mais je ne demandais pas mon chemin aux passants : passer pour une ‘’plouc’’… jamais ! La place du Tertre me réserva toutefois une surprise : elle n’était pas déserte comme je l’imaginais, mais couverte de parasols sous lesquels des rapins offraient déjà leurs croutes aux touristes ! De nos jours, la plupart des toiles sont peintes à la chaîne en Chine. Comme quoi, tout fout l’camp ma bonn’ dame !

Le Lapin Agile, la rue des Saules, la petite mendigote… le bonheur total !

Le restaurant ‘’Le Consulat’’ accrocha mon regard et m’émut particulièrement : Utrillo et mon papa s’étaient assis à la même place de la rue Norvins pour immortaliser les mêmes lieux ! La photo et quelques autres étaient parues dans un livre sur Paris...

Consulat

Consulat d'Utrillo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Que de souvenirs je dois à Maurice Utrillo qui a conduit mes pas vers ce coin de Paname en des temps où les hordes de touristes ne l’avaient pas encore envahi !

J’aimerais aussi évoquer Georges Ulmer, le plus parisien des Danois qui nous a offert un bijou qui a fait en son temps le tour du monde :

Pigalle

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14 février 2021

La dernière fugue

La dernière fugue

La dernière fugue

Cette toile de Pissaro vous inspire-t-elle ?
Je l’espère…
Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :
« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Et que vous le terminassiez par :
« Je vais laisser cette lettre en suspens… »
Ce serait vraiment bien, je vous assure.

§

Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre.

 Pourquoi ces quelques lignes me sont-elles restées en mémoire après avoir refermé le livre de Modiano qui a tenté de reconstituer la courte vie de Dora Bruder, 16 ans, morte à Auschwitz en 1942 ?

Un jour gris de la fin de novembre, après l’avoir feuilleté, j’avais acheté ce livre avec quelques autres chez un bouquiniste des bords de Seine où mes pas m’avaient conduite.

Des souvenirs étaient alors remontés à ma mémoire Dans mon adolescence trop terne, trop sage, j’avais eu plusieurs fois l’envie de fuguer… Il ne se passait rien dans ma vie trop lisse, et je m’étais inventé une famille hors du commun dont je racontais les aventures à mes compagnes de classe qui n’étaient pas dupes, mais qui se contentaient de m’écouter en riant sous cape. Mais n’était-ce pas à moi que je mentais ? J’aurais donné mon âme pour vivre ce que je narrais, embellissant les histoires au fur et à mesure de détails invraisemblables. J’avais 13/14 ans, et comme Dora, j’étais une fille unique qui s’ennuyait !…

Bien sûr, je n’ai jamais mis ces funestes projets à exécution, trop pragmatique pour prendre le moindre risque, me contentant de rêver de fugue… Mes parents auraient-ils eu le réflexe de faire publier un avis de recherche, tel celui des parents de Dora, paru le 31 décembre 1941 ? Sans doute pas…   

La dernière fugue 1

Un jour de septembre 1942, la si jeune Dora aurait tellement voulu fuguer ‘’pour de vrai’’ depuis Drancy, et sauter avec son père sur le ballast ! A-t-elle compris qu’elle ne reviendrait pas ?

 §

Je n’avais pas l’intention de t’écrire tout cela mon cher Le Goût, mais le destin de Dora m’a tant bouleversée que je vais te laisser jusqu’à demain afin de me replonger dans le livre de Patrick Modiano. L'humour n'a vraiment pas sa place aujourd'hui

 Je vais laisser cette lettre en suspens… 

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08 février 2021

Les Mayas

Les Mayas

Comment diable Francisco Goya, qu’on connaissait plus austère s’y est il pris pour passer de cette vision : 

Maya vestida

À celle-ci : 

Maya desnuda

Je me demande, moi aussi comment il a fait et pourquoi, il s’est donné la peine de dévêtir cette dame.
Mais bon, comme dit le héros de « 2001, a space Odyssey » à la fin de la nouvelle « J’aurais bien une idée… »
À lundi, pour savoir comment, selon vous, il a pu s’y prendre…

« Qu’est-ce qui est meilleur qu’une chose défendue ? » disait ma maman qui savait de quoi elle parlait !

L’Inquisition et ses censeurs frustrés interdisant tout ce qui n’était pas dans les normes des canons de l’Eglise, comment leur faire un pied de nez ? Francisco se posait la question et croyait bien avoir trouvé la solution…

Son modèle était une jeune gitane qu’il avait convaincue de poser nue et, fébrilement, avait commencé à peindre deux toiles simultanément dans l’intimité d’une pièce dérobée de la maison. Il ne voulait à aucun prix prendre le risque de travailler dans son atelier où des âmes bien-pensantes pourraient les apercevoir et les dénoncer aux autorités religieuses. La nudité était un sujet tabou, et celui ou celle qui transgressait l’interdit risquait le bûcher de l’infâmie. Le diable le poussant, Francisco jubilait intérieurement de braver les pisse-vinaigre de l’Inquisition…

Son intention était de garder pour lui l’une des toiles, l’autre étant la commande d’un puissant du royaume qui l’avait couvert d’or. Les séances de pose se faisaient dans le plus grand secret, mais des rumeurs avaient fini par transpirer. Le temps pressait, il fallait trouver une solution qui les sortirait d’affaire.

Francisco demanda à la gitane de ne plus venir le temps que la toile soit oubliée et il resta face aux deux tableaux identiques dont il ne savait que faire, son mécène risquant le châtiment suprême autant que lui.

D’un commun accord, ils décidèrent d’habiller la gitane nue, et à grands coups de pinceaux, Francisco la vêtit rapidement de peinture qu’il pourrait enlever lorsque les esprits se seraient calmés.

 §

 Ainsi, le mécène pourrait exposer le portrait de sa gitane vêtue, même si la robe hâtivement ajoutée était plus suggestive que la nudité initiale !

Nul en effet n’y trouva rien à redire !

Seuls, le décolleté sage, le visage et les mains n’étaient pas couverts, mais les deux hommes, eux seuls, savaient le secret de ce qui était dissimulé…

  §

 Quant à la seconde toile… seul Francisco pourrait l’admirer dans le secret de l’oratoire de son épouse, bien dissimulée derrière une admirable Nativité…    

 

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01 février 2021

Irrésistible colère

Irrésistible colère

Irrépressible colère

Mais qu’est-ce qui a bien pu surprendre cet homme, l’affoler au point qu’on le pense fou ?
Vous avez certainement une idée.
On en saura sans doute plus lundi…

 

Ronan marchait rapidement sur le boulevard des Italiens, concentré, se focalisant sur ce qu’il aurait à dire, attentif à prendre le ton qui convenait afin que ses paroles aient l’impact qu’il souhaitait.

Il sentait monter la pression et ne faisait rien pour la canaliser, bien au contraire : les mâchoires serrées et le regard dur, il se voyait déjà en face de Grégoire lui crachant sa colère au visage.

 Déjà une semaine qu’il se préparait à l’affrontement, sachant que sa vie allait prendre une orientation différente selon la manière dont il allait se comporter et comment elle serait perçue. Les intestins noués, il continuait sa route en vociférant intérieurement, sans se rendre compte que les passants qui le croisaient semblaient surpris de cet énergumène aux yeux fous qui gesticulait.

 Ronan avait choisi d’être en avance et il se sentait prêt à faire face à Grégoire.

Enfin il put éructer tout ce qu’il avait préparé, se déchaînant devant un interlocuteur qui le regardait ahuri…

Tout ! Il déballa tout ce qu’il avait soigneusement préparé, soucieux quand même de ne pas déraper devant les témoins attentifs qui, confortablement assis, n’avaient fait aucun geste pour calmer sa colère.

Quand tout fut fini, Ronan reprit ses esprits et, indécis, s’éloigna de Grégoire qui lui souriait…

 §

 Vous avez le rôle !

Soyez ici demain à 15 h pour les répétions…

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25 janvier 2021

Un dimanche comme les autres

Un dimanche comme les autres

Un dimanche comme les autres

En voyant « Le pêcheur à la ligne » de Renoir, m’est venue une question. 
Mais que peuvent-ils bien penser, l’un et l’autre.
Ou l’un ou l’autre.
L’une ?
L’autre ?
Tentez donc de pénétrer leurs pensées d’ici lundi.
Je vais m’y efforcer aussi.
À lundi…

 

Jeanne s’est plongée dans la lecture du journal de la veille, qu’elle a mis de côté pour meubler les longues heures de silence que lui impose Rodolphe son jeune mari qui exige qu’aucun bruit ne vienne troubler sa pêche à la ligne…

Pour tout dire, Jeanne a bien compris que ce n’est qu’un prétexte et que Rodolphe se fiche comme d’une guigne de prendre ou non les ablettes que la cuisinière devra cuire pour le dîner… Il arrive aussi qu’il préfère apporter à la guinguette où ils iront déjeuner les quelques poissons qui se sont laissé prendre et qu’il offre généreusement à la patronne.

Rodolphe s’ennuie avec elle, c’est évident…

Mais pourquoi aussi avait-elle accepté cette union qui lui avait quasiment été imposé par sa famille ? Jeanne, fille unique au physique ingrat, arrivait à ses 25 ans sans avoir jamais été demandée en mariage et elle s’était résignée à rester ‘’vieille fille’’.

Elle avait été surprise et flattée lorsqu’on lui avait présenté Rodolphe, un jeune collaborateur de son père au physique avantageux qui avait semblé s’intéresser à elle. Ses visites étaient devenues fréquentes et son père avait de longues conversations avec le prétendant dans son bureau d’où il dirigeait une société florissante.

Un mariage mondain dont le Figaro avait longuement relaté les détails et donné la liste des prestigieux invités. Jeanne avait vécu cette journée sur un petit nuage, car elle s’était follement éprise de Rodolphe.

Bien entendu, Rodolphe était devenu le bras droit de son beau-père dont il ne tarderait pas à devenir le successeur. Il partait très tôt le matin dans la calèche que conduisait le cocher et ne revenait que tard dans la soirée, fatigué d’une journée épuisante disait-il.

Jeanne s’était résignée et attendait avec anxiété les signes qui lui donneraient l’espoir d’une naissance qui comblerait le vide de sa vie et lui permettrait de donner ce trop-plein d’amour dont son cœur débordait.

 §

 Rodolphe est satisfait…

Il a réussi le challenge qu’il s’était imposé : se rendre indispensable auprès du grand patron. Il avait su se montrer efficace, sérieux et avait fini par gagner la confiance du père de l’héritière…

Bien sûr, il avait fallu mettre un terme à la liaison qu’il avait depuis longtemps avec la pulpeuse Nana qui n’attendait rien de lui et qui le faisait tant rire. Jeanne était la femme qui lui fallait épouser pour devenir ce à quoi il rêvait depuis qu’il était entré dans la société : en prendre les rênes, et le corolaire était d’avoir à épouser une jeune fille touchante de naïveté, mais dont il savait qu’il ne pourrait jamais aimer. Elle ne serait que la clé ouvrant la porte qui lui permettrait de devenir enfin quelqu’un.

 §

 Allons ma douce ? Il est temps d’aller déjeuner. Avez-vous faim ? Que dit le journal ? Vous le savez, je n’ai plus le temps de lire autre chose que les gros titres. Je n’ai rien pris ce matin et j’ai mal au dos.

Le cocher va nous ramener et me laissera à la maison puis vous conduira chez vos parents pendant que je me reposerai afin d’être rétabli demain.

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