La Bourlingueuse

22 janvier 2018

Paris sera toujours Paris

Eh oui ! j’ai fait l’impasse depuis deux semaines, mais j’ai de bonnes excuses et je peux fournir un billet de… mes enfants !

J’aurais pu vous parler de bateau, et plus particulièrement de notre Gros JeF dont je suis la marraine, et qui, depuis les cyclones Irma et Maria qui ont ravagé l’île de la Dominique, sert de transport depuis la Guadeloupe de matériel médical et de choses indispensables à ces gens qui ont tout perdu. Bernard récupère fauteuils roulant et déambulateurs qu’il remet en état, collecte des médicaments auprès des services compétents, tandis qu’Hélène s’occupe de l’intendance : farine, eau en bouteille, mais aussi cahiers et crayons pour les écoliers. Je suis très fière de l’équipage du Gros JeF qui se dist être « la plus petite ONG du monde » puisqu’ils sont seulement… 2 !

J’ai tenté d’éditer des photos que Canalblog a refusé d’enregistrer, mais obstinée comme je le suis, j’aurai le dernier mot. C’est promis, nous en reparlerons si vous le voulez bien.

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Même celle proposée par Lakévio n'est pas passée !

Serait-ce Robert Doisneau qui a saisi ce moment où un petit garçon tient serrée la main de sa maman sur le trottoir d’un boulevard parisien ? Quel âge a-t-il ? Probablement autour de trois ans et ses petites jambes sont bien lasses de ce long trajet de retour depuis les Galeries Farfouillettes (comme disent ses grandes sœurs)… Il a tant vu de belles choses dans ce temple des Merveilles ! Un immense arbre de Noël montait jusqu’à la coupole, orné de boules scintillantes et de guirlandes électriques qui clignotaient, avait ébloui le bambin, qui aurait bien voulu passer plus de temps à ses pieds. Mais Maman tenait absolument à lui acheter de nouveaux habits, disant qu’il avait tellement grandi ces derniers mois que « plus rien ne lui allait ». Il avait donc fallu prendre l’escalier roulant qui  faisait si peur à ce futur titi en devenir, mais il avait bravement gravi l’obstacle sans toutefois lâcher la main maternelle…

Maintenant, les sacs au bras gauche de Maman qui le tient fermement de l’autre,  il voit avec soulagement l’entrée du métro qui, même bondé, va les ramener à la maison. C’est sûr, un gentil passager offrira sa place assise à Maman, et il pourra s’endormir douillettement dans le giron maternel jusqu’à la Butte Montmartre.

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30 décembre 2017

Le soleil noir, c'est du passé : l'actualité c'est le Crater Lake dans les brumes d'incendie

Le ciel qui était parfaitement clair pour l’éclipse parce que nous étions en altitude est devenu laiteux. Les forêts qui brûlent depuis des semaines génèrent des feux dont les fumées obscurcissent les lointains.

La circulation est dense, fluide mais ralentie.

Les ranchs doivent ici être démesurés puisqu’un petit avion est posé sur une piste individuelle qui permet sans doute au fermier de surveiller son domaine et se déplacer à la ville.

Comment en sommes-nous venus à évoquer Einstein et son E=mc2 ? Mais aussi : où est mon vieux Nikon ?

Les champs que nous longeons sont arrosés en puisant dans les nappes phréatiques : autrement dit, les fermiers entament leur capital d’eau. Ils doivent cultiver le fourrage afin de nourrir le bétail pour lesquels des passages ont été prévus sur la petite route que nous empruntons désormais.

Mais JY ne s’en laisse pas compter : il décide de s’engager sur une piste à travers la forêt où nous ne verrons pas un chat (ni un forestier) mais qui lui a permis d’éviter les ralentissements inévitables de la highway saturée. un alignement d’une bonne trentaine de mail boxes (boîtes à lettes) annonce qu’autant de familles vivent éparpillées dans cette forêt. Vingt cinq kilomètres de piste… et nous voici presque seuls sur la route que nous avions quitté saturée…

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L’itinéraire prévu traverse un désert de sable où j’avais proposé de me mettre au volant pour me prouver que mes talents de conductrice étaient capables de maîtriser une Toyota ultra-moderne… Mais le dit désert couvert de buissons arrondis est fermé de clôtures… et la route le traverse entre des grillages, en alternance avec des champs verts, donc arrosés.

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Comment vivent les familles habitant les petites maisons de ce néant ? Ce sont peut-être des ouvriers agricoles.

JY s’est amusé : sur notre vitre arrière empoussiérée, il a écrit avec son index :

On the path of totality or bust !

De la fumée s’élève des montagnes : les firemen doivent être sur la brèche. Le soleil, encore haut dans le ciel est obscurci par les fumées âcres qui prennent à la gorge et devient rouge…

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Crater Lake est là, sous nos yeux, mais à peine visible. Il devrait apparaître d’un bleu des mers du Sud, et ce qu’on entr’aperçoit est gris pâle…

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Une Vaudoise qui parle français nous raconte qu’elle est venue de San Francisco avec des collègues pour l’éclipse ; ils travaillent demain à 8 h et devront rouler toute la nuit. Elle dit leur déception de n’avoir pu voir le lac dans sa splendeur habituelle.

Il  n’y a personne à l’entrée du park pour encaisser le prix des tickets, mais une boîte est prévue pour payer en cash à mettre dans une enveloppe… mais d’enveloppe… il n’y en a pas ! JY répugne à mettre des billets dans la boîte et nous pénétrons dans Crater Lake Park gratis pro Deo et sans états d’âme.

Où allons-nous dormir ? Tous les sites libres susceptibles de nous accueillir sont réservés. JY obtient l’autorisation de camping sauvage : nous sommes dans un parc national où cela est permis. Mais en parcourant les allées, il constate que beaucoup de sites sont libres : il a suffi à JY de proposer à des campeurs n’occupant que peu de place de partager leur espace… et c’est enveloppé (chose faite) ! Notre colocataire a la soixantaine bien sonnée : elle conduit un pick up attelé de sa caravane sur laquelle une affiche proclame qu’elle est démocrate et qu’elle n’est pas contre l’avortement qui doit rester rare. C'est courageux d'affirmer ses convictions aussi clairement dans un pays si coincé où les ligues de moralité sont encore puissantes.

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La nuit devrait être fraîche et Illinca dormira avec moi dans la voiture. 

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21 décembre 2017

Faits divers à Bethléem

Une amie m'a envoyé ce jour un petit texte anonyme qui est un vrai bijou que je veux partager avec vous, car il est d'une brûlante actualité... Le Nouveau Testament revisité...

Ca vous dit ?

SI JÉSUS NAISSAIT AUJOURD’HUI’ …les MEDIAS
se déchaîneraient !

 Cela donnerait la «une» suivante dans tous les journaux télévisés :

 Hier 24 décembre, un nouveau-né a été trouvé dans une étable. La police s'est rendue immédiatement sur les lieux et a fait appel au SAMU. Un charpentier et une mineure (vraisemblablement la mère) ont été placés en garde à vue .Ce matin très tôt, les autorités ont été avisées par un citoyen de la banlieue de Bethléem qu'une famille de S.D.F s'était installée dans son étable. À son arrivée sur les lieux, la police a découvert un nouveau-né enveloppé dans des morceaux de tissu sans précaution d'hygiène et dormant sur une litière de paille.

 Le charpentier, identifié plus tard, (Joseph de Nazareth), s'est opposé à ce que les autorités emmènent l'enfant afin de le mettre en lieu sûr. Il était aidé de plusieurs  bergers ainsi que de trois étrangers sans papiers. Les trois étrangers, se présentant comme mages, ont été arrêtés.

Le ministère de l'Intérieur s'interroge sur l'origine de ces trois hommes probablement en route vers Calais. Le préfet a confirmé qu'ils n'avaient pas de papiers d'identité mais qu'ils détenaient de l'or ainsi que des produits suspects et illicites. Ils prétendent que Dieu leur a dit de ne pas répondre aux questions... Les produits suspects ont été envoyés en laboratoire pour analyse.

Le lieu où le nouveau-né se trouve actuellement n'a pas été communiqué. D'après le service social en charge de l'affaire, le père avoisinerait la cinquantaine tandis que la mère n'est certainement pas majeure. On vérifie pour le moment la relation entre les deux. Mais à défaut de soupçon de pédophilie, le détournement de mineure est très suspecté…

La mère se trouve pour l'instant à l'hôpital universitaire de Bethléem pour des examens médicaux et psychiatriques. Elle prétend être encore vierge et affirme que le bébé vient de Dieu. Si son état mental le permet, elle sera mise en examen pour non-assistance à personne en danger.

 La consommation de stupéfiants, probablement amenés par les trois étrangers, doit sans doute être prise en compte dans cette affaire. Des prélèvements et des prises de sang ont d'ailleurs été faits en vue de retrouver les empreintes d'ADN nécessaires à l’enquête.

Aux dernières nouvelles on apprend que les bergers présents sur les lieux affirment avoir vu un grand homme, tout de blanc vêtu, qui leur a ordonné de se rendre à l'étable, avant de s'envoler mystérieusement. Aucune hypothèse n'est écartée, comme celle d'embarquement à bord d'un OVNI qui n'est pas exclure…

  L’opposition s’est indignée que le gouvernement ne mette pas en place les moyens de protection suffisants pour éviter que n’importe quel OVNI puisse survoler notre espace aérien. Ils demandent une enquête parlementaire.

Les Verts rappellent que faire un feu de bois dans une étable est source de pollution…

L’extrême gauche dénonce ce capitalisme sauvage qui augmente les loyers et empêche les familles modestes d’avoir un logement décent.

Le président déclare que depuis son élection le gouvernement a ouvert de nombreuses nouvelles places d’accueils pour éviter de laisser des familles à la rue alors que son prédécesseur en avait supprimées.

Une cellule de crise a été installée sous la direction du préfet Hérode, l'autorité craignant un complot dont les rumeurs avaient persisté ces derniers temps.

On pourra également suivre les images en direct sur BFM télé et, à 17h30, « C à vous » organisera un débat sur le thème « peut-on encore accoucher dans une étable de nos jours ? » en présence de plusieurs invités : notre confrère de Libération auteur d’une enquête sur " la rue pour toute vie", d’un sociologue enseignant à l’Institut d’Étude Politique, spécialiste de la précarité sociale, de l’écrivain Hugo Victor qui a écrit " Les Misérables" et de M. Pilate Ponce représentant le gouvernement

Et, pour conclure, après examen médical, la fille mineure ayant effectivement été reconnue vierge, le couple a été placé en garde a vue pour rapt d'enfant...

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18 décembre 2017

Papous dans la tête

Rimes et chansons. Des vers sur les lignes !

D'après Françoise Teustard, Nicolas Mosnard et le collectif des Papous dans la Tête.

Défi : alexandrins, octosyllabes, rap ou rimes ! Treize à la douzaine ! On pêche en vers ce matin... Longues ou courtes, riches ou approximatives, abracadabradantesques ou résonnantes de vastitude, drôles ou touchantes, les rimes sont à vous !

Pour la première fois, la rime imposée reste à votre choix. mais essayez d'en tirer treize lignes

  Ce sera le dernier travail avant les vacances de NOËL !

Papous dans la tête

Trop occupée

A cuisiner

A préparer

A découper

A ciseler

A dessaler

A épicer

A re-goûter

Re-re-goûter

A emboîter

A congeler

J’ai renoncé

A versifier…

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12 décembre 2017

Soleil noir sur l'Oregon (suite)

Lundi 21 août

C’est aujourd’hui le grand jour !

Tout le monde est sur le pont à attendre LE moment, et chacun se prépare. Un homme s’est muni, outre d’une caméra frontale, mais aussi d’un accessoire qui lui permet de visualiser l’éclipse sur un écran sans avoir à se brûler les yeux …

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Nous nous sommes installés sur une table tout près de la maison en préfabriqué de Robert, une maison qui ne respire pas l’opulence, et le bazar autour prouve à l’évidence que le maître des lieux n’est pas un maniaque du rangement… ni de l’ordre ! Un ULM aux couleurs nationales qui traîne derrière lui la bannière étoilée passe au-dessus sans que j’aie le réflexe de sortir mon appareil photo ! Mais JY ne l’a pas manqué…

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Peu à peu, l’éclipse a commencé, et les trois lunettes spéciales éclipse dont l’une date de celle de la Guadeloupe en février 1998, et deux autres gardées depuis celle de 1999 à Etretat, nous font voir que le soleil a commencé à manger la lune ! A 95% d’occultation, la luminosité est encore intense. Le croissant lumineux devient lentement de plus en plus petit mais la clarté reste vive, et il faudra attendre les tous derniers moments de l’ultime lueur pour que tout s’assombrisse. Il reste un point noir entouré par un cercle lumineux autour de l’astre qui lui, est totalement masqué.

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JY m’a demandé si au cours de mes deux dernières éclipses, le ciel était assez sombre pour que l’on voie les étoiles. C’est non. Il est surpris, car des hommes lui ont affirmé que le ciel sera noir et les étoiles visibles. JY cependant en a vu une dans le ciel assombri que je n’ai pas aperçue, mais mes yeux n’ont pas l’acuité de sa vue… la pénombre s’est accentuée, sans être aussi sombre que la plupart des spectateurs attendaient ; certains sont visiblement déçus : ils s’attendaient à une nuit noire !

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La fraîcheur se fait nettement sentir à mesure que le soleil  se masque.

Les deux minutes annoncées nous ont semblé si courtes ! Déjà, un éclat vif est apparu, et en quelques secondes, le jour est revenu. La phase de reconquête solaire n’intéresse plus grand monde. Les personnes présentes ont une réaction qui me semble étrange : chacun se penche vers son voisin pour commenter l’événement, mais se détourne du spectacle…

Illinca a préféré retourner dans la voiture, mais son papa lui a fait partager quelques instants de l’éclipse qu’elle a appréciés, équipée des lunettes roses de Guadeloupe.

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Robert est entouré de sa famille et de ses jeunes enfants. Quelqu’un a demandé son âge : il a 53 ans, et est donc beaucoup plus jeune que mes enfants.

Un autre veut savoir quelle est la raison pour laquelle est érigée la croix sur la colline. Va-t-il confirmer la version de Chuck ? 

Pas fou, Robert répond à côté : il a, dit-il été membre d’un club motocycliste chrétien… Il tient à garder le look un peu déjanté du motard qu’il fut, et arbore un bandana aux couleurs nationales qui n’a visiblement pas connu de savonnage depuis…. pfuittttt ! un bail !

Le jeu c’est de lui tirer le portrait pour emporter le souvenir de cet étonnant personnage, certes opportuniste, mais qui a seulement voulu profiter de l’occasion unique de l’éclipse pour faire rentrer quelques dollars dans la caisse. Un brave bougre en somme….

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Très vite, l’éclipse n’étant pas encore finie, les mobil-homes commencent à dégager ! L’entrée (ou la sortie, c’est selon) du domaine de Robert est marquée d’un panneau

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ROBERTS

REGIONAL PARK

surmonté de l’épave d’une moto, le tout perforé de trous de balles de gros calibre…

Les glaces à l’ananas de Dairy Queen nous aideront à poursuivre la route dans la cohue jusqu’à Craker Lake. A Burns, un pique-nique improvisé sur le parking d’un motel minable avant que JY ne fasse le plein avant le Great Sandy Desert.

Un camion de pompiers nous double que nous retrouvons plus loin tentant d’éteindre le feu dans une voiture presque entièrement calcinée. Le shériff est présent. Y a-t-il es victimes ? Pas d’ambulance en vue : espérons qu’il n’y en a pas eu besoin.

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11 décembre 2017

Témoignages

Jeu - devoir à consigne N°5 - Témoignages croisés.

Sur ce tableau à trois personnages, donnez la version de chacun sur la scène.

- Le verdict est tombé et elle aurait dû en prendre pour longtemps l’empoisonneuse de Loudun ! Au lieu de ça, elle a été acquittée… ACQUITTEE ! C’est pas une honte ça ?

Mais y’avait pas de preuves… et les bocaux ont été mélangés qui z’ont dit. Un savant de Paris a même raconté que les morts étaient enterrés dans un champ d’arsenic parce que la terre du cimetière en était pleine. Ya qu’à déterrer d’autres morts pour savoir si on en trouve autant dans leurs restes. La Marie n’a pas pu empoisonner tous les disparus de la ville, quand même !

- Moi je me demande si c’est pas un coup monté par les communistes… Hé patron ! remettez-nous ça ! Et vous mettrez la tournée sur le compte à la bonne dame de Loudun…

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04 décembre 2017

Tout va très bien Madame la Marquise

La marquise

Ainsi que chaque jour, la marquise sortait à cinq heures et se rendait à l’hôtel de son père, le lieutenant de police de Paris Dreux d’Aubray, malade depuis quelques semaines, et que Marie-Madeleine se faisait un devoir de soigner, ne faisant pas confiance à la domesticité.

Elle entourait son père de prévenances, ne laissant personne d’autre lui administrer le médicament qui devait le soulager de ces affreuses coliques qui le faisaient gémir et parfois hurler de douleur.

Malgré ses soins attentifs, le père mourut et Marie-Madeleine sembla d’autant plus inconsolable que ses deux frères le suivirent rapidement au cimetière, la laissant seule héritière. Mais elle trouva du réconfort dans les bras de son amant le Chevalier de Sainte-Croix qui ne tarda pas à s’éteindre, hélas !

La police découvrit chez ce dernier des documents qui laissèrent penser qu’il savait manipuler les poisons, science qu’il avait acquise auprès d’un autre détenu lors d’un séjour en prison où l’avait fait enfermer le père de son amante, notre Marie-Madeleine… qui décampa en Angleterre aussi vite qu’elle le put, dès que les limiers de Nicolas de la Reynie voulurent lui poser quelques questions.

Car la « poudre de succession » qu’elle avait fait ingérer avec succès à son père et à ses frères lui avait été fournie par son fripon de chevalier. Ramenée à Parie manu militari, elle fut soumise à la question et avoua tout ce que l’on voulait entendre… avant d’être décapitée et brûlée en place de Grève. 

Songeuse, Marie Besnard referma le livre qu’elle avait pris au hasard dans la bibliothèque de la prison de Bordeaux où elle était incarcérée

« La Marquise de Brinvilliers ».

Décidément, elle n’avait rien de commun avec cette réelle empoisonneuse !

 

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02 décembre 2017

Soleil noir sur l'Oregon (suite)

C'était bien chez Laurette Robert...

Dimanche 20 août

JY a prévu un départ aux aurores afin d’éviter l’être pris dans un trop gros trafic, car il est prévu que les Américains seront nombreux à vouloir assister à l’éclipse totale qui va demain balayer leur pays, et sachant que la Californie est l’état le plus peuplé des USA, il est à prévoir que nous ne seront pas seuls sur la route. 

Un modeste panneau annonce l’entrée en Oregon. Je ne résiste pas aux bracelets special eclips en pur plastoque censés briller dans l’obscurité que vend 4$ le visitor’s center : un rose pour Coccinelle, un blanc pour Blanche…

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Un atlas mural invite les visteurs à situer avec une épingle le lieu d'où ils viennent : personne avant nous n'est venu de Genève... ni de Nantes ! Deux épingles vertes marqueront notre passage.

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Un camion citerne a plusieurs réservoirs attelés, transportant une énorme quantité de lait jusqu’à une laiterie proche nous donne une idée du gigantisme de l’élevage de ce pays..

Le décor a changé : la route longe maintenant une série de lacs et le sol aride laisse voir de gros blocs de roches volcaniques puis une zone désertique où apparaissent de larges taches de sel en surface.

Une voiture nous double, arborant un panneau sur sa vitre arrière : Path of totality or bust

  Le chemin de la totalité… ou c’est foutu !

 Cet adage deviendra notre formule favorite tant qu’il sera dans l’actualité, mais il est aussi devenu le sous-titre de ce carnet de voyage !

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La route est balisée de jaune, comme l’étaient autrefois les nôtres avant 1960. A Burns nous faisons boire les chevaux (entendez que l’on fait le plein de ceux de la Toyota). La première fois que je suis venue en Oregon en 1996, les taxes étaient de… 0% ! Ce n’est plus vrai ; même s’il n’y a toujours pas de taxes d’état, il y a désormais des taxes fédérales.  

- Mais ils nous « ont » d’une autre façon (le pompiste dixit)

Le relief a changé, la route devient sinueuse et les feux de forêt ont laissé des troncs noirs dénudés. La nature reprend ses droits et risque d’être à nouveau anéantie puisque un panneau avertit le public DANGER EXTREME.

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Canyon City est l’endroit qu’a retenu JY pour dormir ce soir. Un tour au stade où il reste des places, mais monter la tente en plein cagnard n’emballe personne. Il y a beaucoup d’animation et la foule est dense. Allons donc faire un tour au cimetière, perché en haut de la butte qui domine la ville. Nous y serions tranquilles, on ne dérangera personne…

Réflexion faite, filons donc un peu plus haut à John Day, village qui porte probablement le nom d’un anthropologue qui a découvert les premiers fossiles à cet endroit (à vérifier)

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La foule est ici moins dense qu’à Canyon City, mais s’y loger pose problème. JY est parti discuter avec un autochtone mais son regard a été attiré par une annonce qui propose un camping pour 40$

Rendez-vous est pris et le GPS nous mène droit en haut d’une colline où attend un personnage comme il y en a quelques uns ici. Robert, qui a le look d’un vieux motard hors d’âge, indique d’un geste vague que l’on peut s’installer où l’on veut dans le grand pré où sont déjà plantées quelques tentes et caravanes. Avant toute chose, JY négocie et enlève l’affaire à 40$ pour nous quatre… Le dixième de ce que nous aurait coûté une nuit à Madras !

Un coin d’ombre resté libre nous fait signe, mais un caravanier se pointe dire qu’il est réservé pour l’un de ses amis qui viendra… peut-être... mais qui n'est pas encore là. Chuck (Charles) est Canadien et parle parfaitement notre langue, sa mère était Française et, son père Américain dit-il. Chez eux, on ne parlait que le français qu’il continue de pratiquer avec ses cousins de Montréal, car il a fait sa vie aux USA.  Sa femme Annette est anglophone uniquement. La tente est vivement montée à l’ombre et sur un sol plat, et la Toyota juste à côté, entre le camping car de Chuck, et non loin des cabines-toilettes roulantes dont plusieurs exemplaires sont disséminés sur les deux terrains de Robert. La porte intérieure précise que ces toilettes sèches permettent d’économiser 125.000 gallons d’eau douce par jour. A méditer.

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  Robert se déplace sur un quad rouillé avec un garçonnet qui doit être de sa famille (fils ? petit-fils ?) et il tente de vendre 5$ des bouteilles d’eau. Un grand bassin de plastique bleu permet aux enfants de patauger dans ce qui doit être un fameux bouillon de culture ! Une grande croix de bois de 7/8 m domine la colline. Chuck m’a expliqué que, pour contrer les difficultés que lui faisait l’Administration quand il a voulu créer son camping, Robert a déclaré faire de son terrain un sanctuaire où viendraient des adeptes susceptibles de le fréquenter (et peut-être a-t-il été dispensé de payer des impôts comme le sont ici les églises ?)

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Notre pique-nique dans un parc en ville a permis à Coccinelle de se détendre avant une visite à Dairy Queen et de découvrir ses savoureuses glaces à l’ananas. Il est aussi proposé un "eclipse menu" !

De retour chez Robert, la grande croix brille dans la nuit, équipée de LED dont les couleurs s’irisent…  Nous voici donc protégés et pouvons sereinement entamer la nuit qui précède l’événement qui a suscité tant d’agitation dans les campagnes retirées de cet Oregon forestier.

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01 décembre 2017

Soleil noir sur l'Oregon (suite)

On est bien peu de chose (soupirait Françoise Hardy qui pourtant ne pensait pas aux sequoïas !)

Samedi 19 août

Pas facile de se rendormir en pareil cas, mais je dors profondément quand JY toque à la fenêtre : il est 8 h et une longue journée nous attend. La tente est plus vite démontée que montée, un p’t déj’ minimaliste, les accessoires sortis du coffre à ours, et nous voilà repartis nous mesurer aux géants en croisant des biches.

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Il reste deux variétés de séquoias qui ont survécu depuis l’âge originel ; le sequoïa sempervirens et celui à feuilles d’if au bois rouge appelé redwood. Ce dernier est le plus haut, mais son cousin a un tour de hanches plus important ; plus trapu aussi, et moins élégant, ils  surprennent par leur masse colossale.

Il faut savoir qu’il ne reste aux USA que 4% de la forêt que les colons ont trouvée à leur arrivée. Ils ont commencé par couper le bois pour travailler la terre et la cultiver. Puis l’exploitation démentielle du bois a fini par avoir raison des séquoias ou presque. En 1918, quelques esprits éclairés ont fondé une ligue pour le sauvetage de ces géants. John Rockefeller venu en 1920 pour un pique-nique accorda à la ligue de défense un million de dollars (14 millions actuels) qui permirent à celle-ci de racheter les terres et en faire des propriétés privées. Les parks étaient nés…

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A tout seigneur tout honneur : le plus haut des redwoods de ce park lui est dédié, et nous en verrons d’autres… Tel celui qui, abattu, sert de passerelle pour franchir la rivière Eel. Ne le dites à personne, mais avant de partir, j’ai ramassé quelques morceaux d’écorce de redwoods qui ne me semblent pas trop secs afin de tenter de les faire germer : le taux d’échec approche les 99,99 %, mais on peut toujours essayer ! La première fois que j’en avais rapporté de Muir Forest, l’écorce de mon fils Hervé avait donné naissance à une pousse vert clair, qui avait grandi au point d’atteindre 2-3 cm. Trop tôt mise en terre, elle n’avait pas résisté au climat nantais.

JY suggère que je reste sur place à écrire ce carnet du jour pendant qu’ils feront tous les trois une randonnée pédestre et qu’on se retrouve à un endroit donné qu’il m’indique sur le plan… Ai-je bien compris ? Il me propose de conduire la Toyota Sierra dans les allées où je risque d’emboutir d’autres promeneurs ? Comme ça… sans essai préalable ? Je n’ai pas compris que la conduite de cette grosse voiture est moins compliquée que celle de ma vieille 205, mais voilà… je l’ignorais et n’ai pas voulu tenter l’essai. Je le regrette maintenant… Au passage, j’ai appris que notre voiture reçoit la radio par satellite !

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JY a pu mettre en boîte un blue jay… et retrouve au creux d’un arbre, un sac poubelle éventré que des indélicats ont posé là. Il se fait un devoir de le prendre pour l’apporter où il doit être : dans le trash.

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Un panneau routier inattendu : un piéton sac au dos croise un ourson !

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Au Visitor’s center, nous avons la surprise de retrouver notre flûtiste de la veille qui accueille et renseigne le public. Un petit musée abrite les engins qui permettaient aux forestiers de transporter les gigantesques troncs qu’ils avaient coupés. Il y a même l’empreinte du pied d’un bigfoot dans la vase : mais ma photo ne permet pas de saisir le relief en creux et je continue de douter : alors… yéti, bigfoot ou canular ?

Le bâtiment a subi une inondation en 1964 et le niveau de l’eau indiqué a atteint 1,60 m au-dessus du plancher. J’ai voulu acheter des écorces de sequoïas à faire germer, mais ils n’en ont pas : à la place, on m’offre un petit sachet de graines dont le mode d’emploi laisse entendre que la germination… eh bé… c’est pas gagné !

Dehors, un tronc abattu porte sur sa section des indications sur les événements qui arrivaient de par le monde alors que cet arbre plus que millénaire vivait déjà.

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A première vue, Euréka est une ville banale et sans intérêt. C’est que nous y pénétrons par son port et sa zone industrielle avant de tomber sous le charme de la vieille ville, où des villas victoriennes joliment restaurées donnent une idée de ce que fut la ville au temps de sa splendeur. Un détour jusqu’à Six Rivers National Forest où un soleil flamboyant tarde à se coucher et la nuit est tombée lors de notre arrivée à Redding et son motel banal.

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Depuis hier, je cherche en vain mon petit Nikon dans la voiture. Après l’autopsie des sacs et de ma valise, je reste convaincue qu’il est resté à Willitz et je prévois de  téléphoner à l’hôtel en précisant que récupérer l’appareil ne m’intéresse pas, qu’ils peuvent le garder. Seule pour moi la carte-mémoire et les photos sont importantes à mes yeux.

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30 novembre 2017

Soleil noir sur l'Oregon (suite)

Les redwoods

Vendredi 18 aout

Ce jour est la Ste Hélène, que toute la famille a célébré avant moi, mais j’ai la bonne excuse des 9 heures de décalage horaire ! 

Beaucoup de travaux sur la route qui obligent à une circulation alternée et qui font perdre du temps, même si aujourd’hui nous n’aurons pas à parcourir une longue distance jusqu’à Humboldt Redwoods Park.

JY a brusquement tourné à gauche… et soudain, je reconnais les lieux : nous sommes au Drive Thru où un gigantesque arbre évidé permet le passage d’une voiture, à condition de n’être pas trop large ! L’une d’entre celles qui nous suit fait des bruits métalliques qui ne trompent pas : c’est sa carrosserie qui trinque ! le conducteur a préféré reculer, et JY me permet de réaliser la même photo qu’il y a dix ans, lors de ma première visite avec Joyce ma Texane…

Il m’avoue être venu ici par le plus grand des hasards, juste pour faire de l’essence !

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Heureuse idée !

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L’arbre est le même : il s’appelle toujours le Chandelier et atteint 96 m de hauteur ; la seule qui ait changé est devant l’objectif !

Quelques miles encore dans un décor de plus en plus couvert d’arbres géants, et le camping du Humboltd Park est à nous : il faut d’abord choisir son emplacement et ensuite prévenir l’administration de notre choix. Pour nous, ce sera le 29, où, comme partout ici, il y a une boîte à ours, ou plutôt une boîte à déchets que les ours ne peuvent ouvrir. Avant toute chose, il faut monter la tente qui n’est pas, comme je l’avais pensé, une Quechua qui se monte seule, mais celle-ci a l’avantage d’être ultra-légère. Elle n’a jamais été utilisée ailleurs qu’en Amérique du Nord…

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Un éclair bleu traverse sous mes yeux… mais l’oiseau a filé comme une flèche.

Il nous a été bien recommandé de n’utiliser aucun produit odorant, quel qu’il soit, afin de ne pas attirer les ours, et de tout ranger dans le coffre de sécurité prévu à cet effet. Or les anti-moustiques dont nous nous sommes enduits sentent bon la citronnelle. Question existentielle : les ours l’aiment-ils ?

Ses parents ont convaincu Coccinelle de les accompagner pour une randonnée pédestre dans la nature. J’ai préféré rester au camp avancer ce journal. .. et tirer ma flemme. J’ai en vain guetté l’oiseau bleu avec l’objectif en alerte, mais s’il est revenu, il s’est fait discret ! Nos randonneurs ont vu des biches qui se sont laissé approcher et Illinca est ravie de cette rencontre.

Bientôt 6 h, il est temps de rechercher de quoi se sustenter (les Américains dînent tôt). Un soliste donnera un récital de flûte indienne à 8 h près de l’accueil et nous aimerions l’entendre.. L’allée des Géants porte bien son nom ; nous passons entre d’immenses fûts dont on ne peut voir le sommet, alignés comme à la parade.

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Le premier village croisé Redcrest 112 habitants, a bien quelques restaurants (3 tout au plus,) mais ils sont fermés. Un groupe d’autochtones nous indique qu’à 5 miles, nous en trouverons un. C’est à Miranda ; l’endroit est propret et l’accueil chaleureux. Rien à voir avec quelques bouibouis que j’ai eu à fréquenter dans cette Amérique profonde. Pourquoi me suis-je laissé tenter par des strips de poulet et des french fries ? Allez savoir !  Nous avons cependant goûté à la soupe délicieuse destinée à Lili et Coccinelle. L’eau nous a été servie sans glaçons (une rareté !) et nous n’avons pu résister à l’offre du jus d’orange fraîchement pressée Qui a parlé de pizza ? Au vu de l’importance de l’écart des mains de notre serveuse qui mime la taille desdites, JY juge que la medium devrait suffire… et lorsqu’elle arrive, toute chaude, on peut dire que pour un médium, c’est la dimension XXL. Rassasiée par mon plat que j’ai eu du mal à finir, je fais l’impasse sur la pizza qui sera notre dîner de demain soir… Rien de se perd. La jeune femme explique qu’elle est originaire d’un endroit à 70 km qui est actuellement sous le risque d’incendies de forêts dont les fumées parviennent jusqu’ici : c’est donc la raison de ce que nous avions pris pour des brumes d’automne… Elle adore vivre ici.

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Un colibri a voleté dans un buisson de fleurs juste sous nos yeux : c’est une première pour Lili et JY qui ne connaissent pas (pas encore. ?) les Antilles !

Le joueur de flûte n’est pas un naturel indien. Il est « tombé dedans » en rencontrant une virtuose célèbre qui lui a donné l’envie d’apprendre à jouer et qu’il a retrouvée par a suite.

JY a réalisé un cliché du ciel étoilé en laissant ouvert son objectif. Pas de doute, le ciel tourne, nous en avons la preuve… ou bien est-ce notre Terre qui pivote ? Dans son temps, Galilée a dû abjurer pour l’avoir assuré !

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Il reste au boss à préparer la voiture et rabattre les sièges afin d’y installer le matelas gonflable sur lequel je vais dormir. Illinca préfère rester avec ses parents sous la tente. Un flash… et voilà immortalisé l’instant où j’entame à nouveau ma vie de campeuse, que je croyais révolue depuis la Patagonie en 2003.

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En me couchant, je pense à tout le liquide que j’ai absorbé et sens que la nuit sera rude… Comme j’ai eu raison ! Je n’arrive pas à trouver le sommeil et l’idée d’avoir à surmonter toute cette complication que mes articulations rouillées n’acceptent plus me tient éveillée… Trois fois dans la nuit, j’ai dû sortir et courir (enfin courir… n’exagérons pas tout de même) jusqu’aux toilettes toutes proches. Le plus difficile pour moi  a été d’atteindre la porte automatique, après avoir déverrouillé les serrures, il m’a fallu allonger le bras très loin pour accéder à la poignée et sortir enfin de la voiture.  Ce n’est que le lendemain que JY me confiera la clé qui ouvre la porte automatiquement… ce qui aurait considérablement simplifié mes déplacements nocturnes… tout ça parce que nul d’entre nous n’y avait pensé !

Posté par bourlingueuse à 17:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]