Sa Majesté le Fitz Roy

Lundi 10 mars

Le glacier doit s’assoupir pour la nuit, on ne l’a pas beaucoup entendu. Le vent nous a réveillés plusieurs fois, la fraîcheur aussi !

Au moment du départ, Maïté a voulu se rincer les gencives une dernière fois… à l’essence diluée dont nous étions tous munis dans nos bouteilles individuelles, venant par erreur d’un jerrican qui en avait contenu. Elle n’a pas aimé du tout !

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Les condors font leur travail de nettoyage dans un champ, sans doute sur une charogne… et, cette fois, on les a eus ! Ils sont une dizaine, qui s’envolent pour notre plaisir.

Passage à nouveau par El Calafate, son supermarché, son téléfon d’où j’appelle la France... et  son contrôle policier…

Pique-nique près de peupliers qui ont les pieds dans l’eau, mais le décor 09_Vers_El_Chalten_26est sans égal, et le vent pas franchement glacial ! L’estancia qu’on voit de la route n’est pas gênée par les voisins. Abritée par un rideau d’arbres, elle est installée près d’une rivière, condition sine qua non pour le bétail.

Au Rio de

la Leone

, près d’un pont en réparation, un boui-boui sympathique planté au carrefour va nous servir d’escale technique et sanitaire. En faisant honneur aux gâteaux faits maison et aux boissons chaudes qui nous réconfortent, nous découvrons, en prime, un vieux jeu de gauchos qui nous amuse comme des enfants. Une cordelette accrochée au plafond est munie à son extrémité d’un anneau de sellerie qu’il s’agit, d’un geste de balancier, de faire prendre à un crochet fixé au mur. La règle veut que le perdant paie la tournée…09_Vers_El_Chalten_31 Chacun s’y essaie avec des fortunes diverses, mais le champion incontesté est Jean-Claude, qui a cru gagner un whisky plus facilement qu’hier. Il a seulement le privilège d’ajouter son nom au palmarès sur le Livre d’Or qui permet de constater que quelques Français ont traîné leurs guêtres dans les parages au cours des mois précédents. Pour le consoler, on lui payera le pisco ce soir. Irma, la jeune fille de la maison, nous montre la technique pour gagner (presque) à tous les coups…

Jean-Claude cet après-midi de 2003, n’est pas en Patagonie, mais en Algérie dans les années 60, où Bernard a eu la chance de n’être pas allé… De quoi parleront donc nos minots d’aujourd’hui lorsqu’ils auront 60 ans ? Dites un peu…

Le Fitz Roy dresse au loin sa noire silhouette si reconnaissable, voilée 09_Vers_El_Chalten_34d’une légère brume bleue, et il nous reste en point de mire jusqu’à El Chalten.

Un lièvre patagonien gît sur la piste : il a dû faire preuve de beaucoup de patience avant de croiser la voiture qui allait le suicider, car ils sont rares aujourd’hui, les véhicules sur le chemin de Sa Majesté le Fitz Roy.

A une déviation de la piste, la voiture de tête, conduite par Edmundo, a disparu. Nous roulons souvent à

1 km

derrière à cause de la poussière… El Chalten a bien été indiqué à gauche, mais Edwar qui veut en être sûr, s’informe auprès du 09_Vers_El_Chalten_37chauffeur d’un camion qui vient juste de déposer deux cyclistes routard(e)s penché(e)s sur leurs sacs. Deux femmes ? En cet endroit… loin de tout ? Nous voyons les hanches de l’une… et les longs cheveux de l’autre. « En tout cas, dit Bernard, elle a une barbe ! » Allez savoir…

Une photo du Fitz Roy avec le soleil en face a pu être prise à la volée, grâce à une main secourable qui a mis son ombre sur mon objectif… Mais j’ai dû basculer un peu le cadrage pour que la « dextre » de Bernard ne soit pas dans la culotte du Fitz Roy !

Nous aurions pu ne pas arriver à El Chalten à cause d’un éboulement qui a emporté une partie de la route à l’entrée du village, qui se proclame tout de même10_Fitz_Roy_52_4 urbi et orbi « la capitale mondiale du trekking », un village de 100 habitants qui a vu ce soir sa population augmenter d’un coup de 12 % !

Un chalet a été prévu avec 16 lits à se répartir « suivant affinités » : une chambre à deux que se réservent nos guides, puis 2 chambres à trois, et 2 chambres à 4 que nous occuperons partiellement, 2 salles de bains, cuisine et un vaste séjour avec un poêle à bois. Une laverie un peu plus loin va permettre de se sentir mieux, mais, 09_Vers_El_Chalten_50pour y aller, il faut bien se couvrir. Le vent froid descend de la montagne à cheval (ah ! non… ce n’est pas le vent, mais des chevaux et des cavaliers qui descendent de la montagne dans le vent froid)

Après le Martini en apéro et la bolognaise en plat de résistance, Paolo est venu partager avec nous le flan (maison) du dessert. A l’aide d’une carte, il explique que les eaux ont monté… beaucoup monté, et plusieurs balades sont impossibles à faire. Pour les autres itinéraires, il faut s’attendre à avoir les pieds mouillés, ce qui semble ne réjouir personne. Pour ma part, la vue du Fitz Roy, que je n’ai pas quitté des yeux cet après-midi, suffit à mon bonheur. Pourquoi se faire des misères et mouiller mes chaussures neuves ? Réflexion jusqu’à demain.

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