La Bourlingueuse

Carnets de voyages

27 avril 2009

On termine le voyage ?

Je n'ai pas trouvé les photos des derniers jours de cet extraordinaire périple de découvertes à travers l'Argentine et le Chili... Vous n'aurez donc que le raccourci de mon carnet de voyages, et je vous mettrai mes dernières toiles demain, juste avant le départ.

Bon voyage !

Bon anniversaire Annette !

Mercredi 26 mars

Edwar a dû changer une roue… Le pôvre a dû prendre le cric et la manivelle dans une cache secrète pour procéder à la réparation des dégâts.

Un pèlerinage est périodiquement pratiqué dans la montagne par la population du village, auprès d’un Christ de la Patience, dans un décor de cathédrale. Un petit sanctuaire abrite un Christ descendu de sa croix qui, assis dans une attitude d'expectative, attend quoi ? Une photo de nos z’Ed assis sur leurs 4 x 4, et une autre du groupe marquent la fin réelle de notre belle Aventure…

Retour par le village, et, à travers une campagne devenue verte où les taches rouges dans les champs sont des piments mis à sécher, nous grimpons peu à peu dans les nuages jusqu’à 3240 m, mais la vue promise a du plomb dans l’aile. Visibilité nulle.

En bas, nous retrouvons le soleil, des cultures, les piments  et des champs d’oignons. Un hameau de quelques maisons abrite une chapelle construite par les Jésuites et qui, après qu’ils ont été chassés, a été entretenue par les prêtres d’une autre communauté. Puis une estancia s’est construite autour, et la chapelle a fini par faire partie intégrante du domaine. Peu à peu, elle est tombée en ruines, une grange a été bâtie à son chevet, abritant la nourriture du bétail et le matériel agricole. Puis le jeune couple qui en a hérité s’efforce depuis plusieurs années de lui redonner vie, a refait le toit, restauré les murs, repeint les statues, et une artiste française a même sculpté un chemin de croix en bois et le leur a offert. Ils ont fait un travail colossal, et sont récompensés car une messe y est dite chaque mois. Afin de continuer leur œuvre, une modeste contribution est demandée aux visiteurs. Qui d’entre nous se souviendra du nom de cette touchante chapelle, que j’ai oublié de noter ?

Dans un village, où sur la place abritée d’arbres vénérables, un camion à plateau fait le ramassage scolaire devant un petit resto sympa où nous allons déjeuner. J’ai récupéré la bouteille d’eau minérale du repas, et l’ai mise inconsidérément dans mon sac… la tête en bas ! Mes dernières cartes postales timbrées n’ont pas vraiment aimé ça…

A force de chercher ses chaussettes disparues, Alice a fini par faire bouger les choses. Edwar a consenti à explorer la cache secrète du cric, et les fugueuses ont été retrouvées… Pour dire vrai, l’intérieur des deux 4 x 4 est devenu de vrais sèche-linges.

Dans la vallée, des falaises aux teintes contrastées s’opposent violemment, et l’étonnant  vert vif d’un dévers est hallucinant. Un rio sage permet de comprendre comment il peut tout emporter après quelques heures de grosses pluies qui gonflent ses eaux qui roulent les rochers qui encombrent son lit. Rien ne peut arrêter cette force qui balaie tout. Pour l’instant, c’est un mince filet qui traverse sagement la chaussée, mais, en quelques heures, il peut devenir un maelström auquel rien ne résiste.

Pas triste l’arrivée à Salta, où Edmundo, guidé par les possesseurs de plans de la ciudad, a plus ou moins raté un embranchement. Derrière, essayant de lui coller au train, Edwar, avec son calme olympien et sa remorque, restent tous les trois sur la file centrale de la rocade où slaloment les voitures. Ici, la loi du plus fort est la règle, la priorité facultative et la vitesse excessive… Brusquement, le boss a tourné à droite sur une chaussée latérale, suivi de notre 4 x 4 qui ainsi, a coupé la route d’un camion qui roulait sur la file de droite, et notre remorque lui est passé à quelques centimètres du museau… Coups de klaxons furieux à notre adresse, et langage des sourds-muets qu’on n’a pas besoin de se faire traduire ! Tours et contours du centre, dans la cohue des citadins argentins au volant de leur joujou favori… nous voici enfin rue Balcarde et l’hôtel est là… Un vieil hôtel au charme désuet, avec de longs passages sous treilles… et le reste à la turque, comme partout. Mais une nouveauté nous attend dans la salle de bain : cinq commandes de robinets, pas une de moins, dont l’usage est un peu complexe, mais si l’on prend le risque de se faire asperger, on finit par comprendre la destination d’un jet vertical à usage intime qui surgit de la paroi de la baignoire.

Madeleine, dont je partage la chambre, a été plongée pendant ce voyage dans un livre qui la passionne, et qu’elle me prête gentiment. « Qui se souvient des Hommes ? » ouvrage écrit par Jean Raspail, qui a repris les travaux de José Emperaire, ethnologue français mort en 1955 dans une grotte du détroit de Magellan, qui retrace la terrible histoire des Alakalufs de la Terre de Feu, dont la lente agonie avant leur anéantissement a commencé avec l’arrivée du Portugais.

Ce soir, c’est la fiesta… On fête aujourd’hui avec un peu d’avance  l’anniversaire d’Annette, qui profite toujours de nos voyages pour gagner un an ! Trois taxis jusqu’au resto « Boliche Balderrama », où un vendeur à l’entrée propose des sachets de feuilles de coca pour 2 pesos… Serait-ce pour se shooter ou préparer le maté ?

Le champagne est offert par Edmundo, et un chanteur en tenue de gaucho tient la scène en ouverture. Le bife de chorizo est savoureux et la glace est la première de notre voyage. Un couple de danseurs tient maintenant la scène, et l’homme qui a quitté d’épaisses lunettes juste avant son spectacle, a un jeu de jambes stupéfiant. Il termine son show par une démonstration de boliches, ces boules de fonte reliées par une chaîne dont se servaient les gauchos demande une précision et une dextérité absolues. Faisant tournoyer ses boliches à une vitesse stupéfiante, il frôle la tête de sa partenaire couchée à ses pieds, et pour moi qui sais comme il voit mal, j’admire d’autant plus sa performance. Un quatuor masculin est encore sur scène lorsque nous quittons les lieux. Le ténor, la main sur les hanches, est si concentré qu’il ferme les yeux, au grand amusement de Madeleine qui le trouve un brin ridicule…

Salta

Salta… et ses pickpockets dont François fait les frais. Bilan : 10 pesos et des brouettes… Le voleur volé en quelque sorte !

La cathédrale où s’achève la messe est sobrement surchargée d’ors, mais Christian fait remarquer que l’autel « vaut un paquet de cacahuètes », et le siège du chœur est orné d’un soleil flamboyant. Une chapelle close d’une grille est occupée par un grand nombre de fidèles. On fait la queue pour se confesser directement au prêtre assis, devant lequel le pénitent s’agenouille en public. Une femme âgée remonte le bas-côté en avançant à genoux… Beaucoup de monde recueilli, hommes et femmes de tous âges.

Sur la place, une femme au type indien aborde notre groupe, nous parle en espagnol à toute vitesse, et nous quitte avec un grand geste de la main.

La rue Florida est l’axe principal du quartier, où s’ouvrent les boutiques et un marché couvert. La Maison Hernandez est devenue le musée de la ville de Salta et retrace son histoire. Le vrai marché couvert s’ouvre sur un mélange de couleurs et d’odeurs d’épices. Le poulet frites mangé sur place, l’achat d’un chapeau pour Christian, et de « sacs à vin » indispensables pour le transport des précieux médicaments de Louis Pasteur, le marché nous offre l’image toujours véritable de la vie quotidienne. Pas d’autres touristes que nous.

Café ou jus d’orange à la terrasse de l’Hôtel Victoria sur la place plantée de palmiers, où une fillette enceinte cherche à vendre des images pieuses. Elle dit avoir 15 ans mais a probablement moins, et son bébé est pour le mois de mai. Nous l’avons revue un peu plus tard près de la poste : elle a acheté un sandwich avec l’argent que nous lui avons donné. Selon Edmundo à qui nous en avons parlé dans la soirée, après la naissance qui se passera à l’hôpital où elle sera entourée, elle et le bébé n’étant pas pris en charge par des services sociaux inexistants, ils deviendront deux enfants des rues…

Nous avons fait du lèche-vitrine et rapporté un cadeau pour le re-pré-anniversaire d’Annette, un kit de toilette avec peigne et rasoir pour Edmundo qui en a bien besoin, et un ñandou sculpté pour Edwar qui a un œil de lynx pour les voir sur la route.

Deux lettres et deux enveloppes pour leur montrer notre reconnaissance, notre sympathie, ou mieux, notre amitié.

-- On n’a pas de cadeaux pour vous, dit Edmundo

-- Mais c’était tous les jours cadeau, lui avons-nous répondu...

Dernier dîner à Parillas, pendant lequel nous faisons le compte des kilomètres parcourus depuis Ushuaia, plus de 7.000, et sage retour à l’hôtel…

Demain, l'aéroport et la France.


Posté par bourlingueuse à 18:48 - Patagonie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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Belle journée,

Julien MEYER

Posté par Julien MEYER, 28 avril 2009 à 14:33

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