25 avril 2009
Avant le départ
Il va bien falloir que je vous fasse sortir de Patagonie avant de vous entraîner sur les routes des States... Alors, on accélère... d'ailleurs, nous arrivons au terme de ce voyage ou presque. Et nous continuons à en prendre plein les yeux !
Les Quebradas de Calafate
Mardi 25 mars
Bon, deux heures de sommeil, c’est quand même mieux que rien ! Au briefing, Edmundo est décidé à retourner à Quilmes, que nous proposions d’occulter, par pitié pour les chauffeurs. « Ce soir, dit-il, pas de camping, nous sommes tous trop fatigués pour monter les tentes, je vous offre l’hôtel ! Et pas question d’éviter Quilmes »
Changement de 4 x 4, et je retrouve Edwar le discret, efficace et toujours souriant Edwar. Les policiers sont toujours là, sur la route, mais regardent passer sans les arrêter ceux qui étaient censés cette nuit retourner en Bolivie… nous !
L’hôtel a beau être ouvert sur le site des ruines incas, il ne nous intéresse plus à cette
heure. Les Indiens Quilmes ont été conquis par les Incas, mais ils ont résisté 130 ans aux Espagnols. Ils ont depuis disparu, mais la tradition orale dont est dépositaire un gardien explique leur mode de vie communautaire. Le climat a changé depuis cette époque, le déboisement, commencé par les conquistadors pour faire du charbon de bois, a eu pour conséquence d’obliger les Andins à cultiver en terrasses sur les flancs des montagnes.
On a restauré le site, et les pierres non d’origine sont claires par rapport aux autres plus foncées. Deux lamas indifférents toisent de haut la touriste que je suis. La boutique offre un choix artisanal intéressant.
A quelque distance du site, la visite de la bodega (cave) Etchart (un Basque venu de France vers 1860) se termine par une dégustation. Mais avant, il faut visiter les cuveaux, où, grâce à une longue vis sans fin est déversé le raisin, puis les cuves de fermentation en acier inoxydable. La cave enfin, où les fûts de chêne français (c’est écrit dessus) sont réservés au premier jus (il y en a plusieurs) et maintenus à température ambiante. La salle d’embouteillage est automatisée, et seuls quelques hommes s’en occupent, les oreilles protégées par des « non écouteurs ». Plus tard, en voyant le film « Mondovino » j’apprendrai que nous sommes dans le lieu de prestige du vin argentin.
Edwar se précipite… où ? mais dans la voiture chercher le fromage qui donnera du
goût au vin servi. Commençons par un blanc au goût musqué, qui rappelle un Gewurstraminer. Rincette du verre avant le rouge malbec-cabernet, suivi d’un cabernet-sauvignon de moindre qualité. Nous repartons en ayant fait une heureuse, l’hôtesse qui a hérité du reliquat de fromage. J’apprends à cet instant que les produits laitiers et le fromage sont des denrées très onéreuses en Argentine, le bétail étant élevé pour sa viande, non pour le lait. Une maxime puissamment pensée par Louis Pasteur est peinte sur le mur de la bodega, à savoir que le vin est meilleur que l’eau pour la santé. Nos achats sont donc « sanitaires » puisque nous avons l’aval d’un savant !
La place de Cafayate, dite « nonchalante » pour je ne sais
quelle raison, abrite un resto « Carreta de don Miguel » où nous convie Edmundo pour un tamal roulé dans une feuille de locro (bananier).
A la sortie, un enfant propose des vanneries qu’achète Jean-Claude, et accepte les $ US, (même s’ils sont en baisse).
Sous le ciel d’un bleu intense, les 4 x 4 s’engagent dans un
canyon rouge, découpé et sculpté d’une manière hallucinante. Les castillos, les fenêtres, l’obélisque, sont un bonheur pour les photographes. Ce sont les célèbres quebradas de Cafayate, hantées par les condors. Les quebradas sont des rios qui coulent entre deux montagnes de roches ocre rouge, pourpres ou violines.
Lorsque nous faisons demi-tour, c’est pour la bonne cause. Christian vient de lire que, pour le voyageur, il y a dilemme : passer par le canyon dans lequel nous sommes, ou choisir la montagne. Nous allons avoir la chance de parcourir les deux routes « à ne pas manquer » selon les « guides livres ». La première partie est un peu décevante, la piste est poussiéreuse et le fond du décor est la chaîne découpée rouge que nous venons de quitter. Les villages de briques crues, habitées par les populations indiennes les plus pauvres, sont déserts à cette heure de la journée, et Annette peut enfin « avoir dans la boîte » le four de ses rêves, dans la cour d’une petite ferme. Une station d’essence et trois masures autour : le pompiste voit-il plus d’un automobiliste par jour ?
Peu à peu, le paysage s’est creusé, il est devenu minéral. Les
roches de pâte grise se sont sculptées, ciselées et nous roulons maintenant dans une autre vallée de la Lune d’une stupéfiante beauté. Après une longue distance, le camaïeu de gris devient plus contrasté dans la nuit tombante, et nous passons sur le lieu où nous devions dormir si le programme n’avait pas été modifié : au milieu de nulle part, une fois de plus, rien que nous et la Nature…
Mais l’arrivée au petit hôtel Angastaco déclenche tout de même l’enthousiasme à la perspective d’une douche. Edmundo en surgit brandissant un drapeau français qu’il a décroché des murs de la grande salle, mais repart avant qu’on ait eu le temps de lui tirer de portrait. Jean-Claude, toujours obsédé par le démontage de son lavabo entame le travail dans sa chambre par le robinet de sa douche qui tombe à ses pieds…
L’hôtel, de style colonial espagnol, s’il a été pimpant dans un récent passé, n’est plus entretenu. Les piscines sont vides, le jardin délaissé, les murs écorchés, plomberie et électricité sont montés à la turque, et les peintures tellement « beurnazées* » que les carrelages sont constellés de confetti multicolores. Les meubles sont en bois de cactus et cela leur donne un aspect inattendu.
Dans les baños pour damas (toilettes) de la réception, deux lavabos dont l’un laisse couler son contenu sur les pieds de l’utilisatrice, pendant que l’interrupteur expose son derrière de fils électriques. Manque de moyens pour entretenir et peu de laisser-aller. Dommage…
* Beurnazées : mot vendéen emprunté au vocabulaire de Maïté qui signifie "en grosses plaques débordantes"
Commentaires
Bon voyage et à bientôt!
La nature a le chic de sculpter des architectures à couper le souffle, de quoi laisser pantois les plus grands artistes. Quand on a eu la chance de voir cela de ses propres yeux, on a le meilleur bagage qui soit pour le futur. Quant à la vétusté de certains hôtels, cela donnerait envie en effet de planter sa tente et se laver à l'eau claire des montagnes aussi froide soit-elle.
Gwen, je ne veux pas passer sur ton blog en courant, je veux lire ton long texte, alors je reviendrai... je te fais un gros bisou
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