Je crois avoir trouvé la raison des décalages de la mise en page bouleversée du dernier message (et d'autres auparavant, mais dans une moindre mesure). Ce qui ne veut pas dire que je me l'explique... Si quelqu'un peut m'éclairer ? Donc, si j'écris dans un texte copié/collé "la Croix du Sud", le fait de mettre une majuscule à Croix perturbe la technique, mais si j'écris "ma Croix", ça fonctionne : de même pour la Vallée de la Lune, 3 m, bref... la technique n'aime pas !

Je repars à zéro pour les peintures, donc, prenez patience et continuons de voyage en Patagonie... si vous le souhaitez !

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La nuit dans le désert

Samedi 22 mars

On ne parle plus du suicide de Saddam Hussein,  même si Bagdad est toujours sous les bombes, et les perruches qui n’ont pas sans doute pas regardé la télévision commencent leur journée, et tournent en un grand vol circulaire avec des cris prolongés et discordants.

23_Talampaya_001Aujourd’hui, la traversée des villages montre plus de vie : c’est samedi… Les écoliers sont en congé et courent dans la rue, des vaches ont été sacrifiées dans un cagibi qu’il est difficile d’appeler abattoir, et la piste est toujours aussi poussiéreuse ! Un cheval mort au pelage roux gît sur le bas-côté, que les charognards n’ont pas encore entamé. Je suis aujourd’hui dans le « greyhound » d’Edmundo qui a dû stopper afin d’attendre Edwar et sa remorque qui roulent moins vite. Un coup d’œil de l’autre23_Talampaya_017 côté de la piste révèle une fleur blanche qu’un cactus nous offre en cadeau, et dont nous emportons le souvenir.

Deux maras (lièvres patagoniens) courent devant les voitures d’une curieuse allure sautillante, sans avoir le réflexe de sortir de la route. Pendant près de

500 mètres

nous les avons sous les yeux, puis, l’un après l’autre, entrent dans les fourrés.

Un condor nous accueille dans le ciel du parc de Tulampaya, puis un autre mara qui marche sur le côté de la piste : il est perché sur ses hautes pattes et se déplace comme un chien. Un petit renard gris déambule sans crainte à l’endroit sans un arbre où nous allons planter nos tentes, sous un soleil de plomb et à midi solaire… Pas une ombre, seulement des grosses pierres qui ont délimité un foyer, et quelques résineux autour desquels rôde toujours le renard gris. Notre linge, pas sec de la veille 23_Talampaya_024ne tardera pas à l’être, étalé sur les tentes ou sur les buissons alentour. Avant le repas  pour lequel nos z’Ed refusent de l’aide, nous allons voir ce que propose la petite cabane de souvenirs (qui tient lieu de visitors center) où une jeune Indienne vend d’adorables poupées de papier.

Le plat péruvien (arroz ?) qu’ils nous ont préparé est un délice que nous préférons manger au soleil, où il fait plus frais (enfin… disons nettement moins chaud) que sous la tente du mess. Marylène est volontaire pour laver la vaisselle, histoire de se tremper les mains dans l’eau « froide ».

L’accueil du parc est un vaste bâtiment avec toilettes et lavabos rudimentaires, sans électricité, et une salle de restaurant un peu boui-boui qui permet au visiteur de boire l’eau ou la bière tièdes, et de manger simplement. Avant d’aller y prendre le café, nos deux zèbres s’adossant au mur semblent faire la manche. N’écoutant que son grand cœur, Jean-Claude leur file une pièce.

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Le départ est donné par un guide assermenté du parc23_Talampaya_026_2 qui va nous faire visiter le cañyon, et les quatre voitures se suivent en cortège dans un paysage de grès rouge aux étonnantes sculptures. Des pétroglyphes vieux de – 500 à + 900 ans de notre ère posent leur éternelle énigme à laquelle personne n’a encore donné de réponse.

23_Talampaya_066Une « cathédrale gothique » naturelle est taillée dans la paroi rose, et des couples s’y seraient mariés, selon le guide. Un condor de pierre  semble la sentinelle du lieu.

Les falaises entre lesquelles nous progressons rappellent curieusement Bryce Canyon par la couleur de ses cheminées, mais aussi Petra lorsque les parois se rapprochent en un étroit défilé. Un oasis est niché au fond du canyon : la nappe phréatique est à trois mètres au-dessous et des caroubiers de 300 ans étendent leur ombre sur un surprenant jardin botanique. Beaucoup de végétation dont la présence s’explique par la présence de l’eau. Des pétroglyphes plus récents, qui datent sans23_Talampaya_061 doute d’après l’arrivée des Espagnols puisqu’on devine la tête et les jambes de devant d’un cheval. Une cheminée semi-circulaire monte droit dans la falaise… « 1… 2… 3… ECHO ! ». il répond trois fois : ECHOECHOECHO… Nous avons renouvelé l’expérience avec « Hurrah ! » ça marche aussi !

Le moine et la bouteille. Je trouve au premier une 23_Talampaya_079ressemblance avec St Louis couronné, mais ici, qui connaît le fils de Blanche de Castille ? La longue promenade se poursuit dans une végétation plus dense qu’en haut des falaises où sont nos tentes. Sur une paroi lisse un dessin évoque nettement un hippocampe, ce qui pourrait laisser penser à une population qui a connu la mer…23_Talampaya_088 Sont-ce des têtards qui sont gravés sur la roche, ou des personnages qui dansent ?

De l’eau suinte et court en mince filet, le défilé se resserre et l’analogie avec Petra devient évidente, mais il n’y a 23_Talampaya_060plus à Petra la moindre trace d’humidité. Nous laissons les voitures pour continuer à pied, pataugeant dans ce qui est maintenant devenu un ruisselet d’eau claire, filtrée dans le sable et les 23_Talampaya_100roches. Des algues vertes et des têtards y prolifèrent. Après la traditionnelle photo de groupe, nous profitons de la fraîcheur de son 09_Jardin_ombre bienfaisante.

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C’est dans ce cadre qu’Edmundo me tire le portrait, déguisée en « gaucha » un peu fada. Avec mon chapeau en cuir d’El Chalten que j’étrenne (c’est Christian qui a aujourd’hui ma casquette jaune) un foulard qui protège mes coups de soleil d’hier (un authentique Chanel presque véritable acheté au Chinatown de New York) mon pantalon corsaire et mes croquenots de chez Monsieur Décathlon, je sens bien que j’ai fière allure… même si personne ne le dit.La_fada_gaucha_

Nous devrions avoir un coucher de soleil qui éclairera de rouge les falaises en face de notre camp. Edmundo nous dit qu’ils sont les seuls guides assez fous pour proposer de camper à un pareil endroit. Le petit renard gris est revenu rôder, mais il ne faut pas lui donner à manger, il doit savoir se nourrir seul.

Le ciel qui, dans la journée avait été pur, se couvre de brumes légères qui voileront « ma » Croix du Sud, et 23_Talampaya_162compromettront l’éclairage du coucher de soleil sur les falaises, que les jeunots du groupe sont allés gravir pour être aux premières loges. Ils n’ont pas vu le soleil, caché dans les nuages, mais ont dévalé la pente plus vite qu’ils ne le voulaient et, à l’arrivée, leur exubérance est proportionnelle à la quantité de sable qu’ils ont dans leurs chaussures.

Puisque j’ai failli, une fois de plus, être abandonnée dans la nature, on a décidé de me sanctifier dès ce soir sous le vocable de « Blanquita de la vallée de la lune », et le premier, Jean-Claude vient faire ses dévotions en déposant à mes pieds deux kils de rouge afin de laisser à Difunta Correa l’exclusivité des bouteilles d’eau !

Non seulement ma Croix du Sud était là, dans le ciel redevenu clair, mais j’ai fait connaître aux copains le Nuage de Magellan*, que nous avons longuement observé aux jumelles. Le petit zorro gris est-il venu rôder ? Je n’ai rien entendu.

* Les nuages de Magellan sont deux galaxies naines irrégulières qui orbitent autour de la voie lactée et sont ainsi des membres de notre Groupe local de galaxies.

Le Grand Nuage de Magellan et le Petit Nuage de Magellan sont les objets du ciel profond remarquables de l'hémisphère sud. À l'œil nu, ils ressemblent à de petits morceaux qui se seraient séparés de la voie lactée.