27 novembre 2009
16 Kobe (Japon)
Vendredi 9 octobre 2009
Puisque Yokohama (port qui dessert Tokyo) a été évité pour cause de typhon Melor, nous sommes à Kobe un jour plus tôt et y passerons deux nuits. Nous avons toutes les deux choisi la visite de Kyoto, l’ancienne capitale, cœur et âme du Japon. Mais quoi faire ce jour ? Les sorties proposées exigent de beaucoup marcher et de gravir les marches de différents monuments. Joyce choisit l’UNESCO, pour ma part, je veux voir Kobe d’en haut…et sans fatigue.
Le Mont Rokko domine la ville de Kobe et l’hiver, est une station de ski
réputée. De là, la vue s’étend jusqu’à Osaka, mais le temps brumeux atténue la perspective. La route sinueuse, est un long parcours qui serpente au flanc de la colline dans un cadre de verdure couvert de chênes, mais aussi de conifères. J’ai grand plaisir à retrouver François le Canadien, dont la mère est d’Amiens. Il a 44 ans, est professeur, et me dit combien trois séances d’acupuncture l’ont guéri d’un mal de
dos chronique. Je lui parle de ma rédac, il aimerait la lire et me prend en photo. Promis… ce rite se limitera au Japon. Faut quand même pas exagérer ! Même si je
ferai une exception à Shanghai…
Toutes les constructions que l’on peut voir sont neuves.
Notre guide dit avoir acheté il y a deux ans une maison à 50 minutes de Kobe. Elle précise que celle-ci est bien plus petite que nos garages… En fait, n’étant pas Américaine, mon garage français fait juste la surface de sa maison : 20 m²... qu'elle a achetée la somme exorbitante de 360.000 US$ + les frais annexes de banque.
Lors du terrible tremblement de terre du 17 janvier 1995 de magnitude 7,2 qui
fit plus de 5.000 morts et détruisit la quasi-totalité de la ville, elle faisait sa toilette et sentit qu’elle s’envolait pendant que les murs ondulaient. Son mari regardait la télévision qui s’éteignit et ils purent sortir avant l’écroulement de la maison. La secousse principale dura moins de trente secondes, mais plusieurs répliques moins fortes achevèrent de transformer la ville en décor d’Apocalypse… Le plus terrible, c'est que les mouvements sismiques verticaux (de 0.80 m à 1 m) furent plus importants que les déplacements horizontaux.
Kobe fut reconstruite à la hâte en moins de 10 ans, et c’est aujourd’hui une ville à
l’architecture un peu banale. 
Notre guide raconte une histoire qu’elle assure véridique, arrivée récemment à un homme d’affaires qui parlait mal le japonais. Pressé d’aller à l’aéroport il étendit ses bras afin de faire comprendre au chauffeur de taxi quelle direction il voulait prendre. Convaincu d’avoir saisi, le driver conduisit son client à Nankinmachi, le Chinatown de Kobe, dans le meilleur restaurant de canard laqué !
Assise dans le fauteuil de la cabine avec deux sacs de glaçons, j’écoute la télévision qui m’apprend qu’Obama vient d’obtenir le Prix Nobel de la Paix. Quel parcours ! Joyce qui arrive connaît la nouvelle et en est très heureuse.
Nous sommes placées à une table ronde de six, et l’événement est évoqué. Ma voisine, Bostonienne, demande simplement « Pourquoi ? Je suis très choquée ». Les trois autres pensent de même. Nous sommes au moins deux à être fières du nouveau président des USA. Je m’étonne de Joyce qui était une farouche adepte de G.W. Bush, le pire qu’ils aient eu, ait aussi vite changé de camp. Nous nous étions frittées une fois à son sujet. Elle le soutenait peut-être simplement parce qu’il est Te
xan ?
Joyce tient à ce que je fasse des photos de nuit depuis le pont promenade 3, mais je veux, moi, aller au pont 8 qui domine le port et la ville de 5 étages. Une grosse lune rose ne se montre pas entière, mais les photos ne sont pas si mauvaises.
Un serpent est lové sur mon lit…
26 novembre 2009
14 & 15 Mer du Japon
Mercredi 7 octobre

Le typhon Melor a fait dévier notre route. Nous gagnons Kobé par la mer
du Japon et n’irons pas à Yokohama. Le Mont Fuji ne me verra pas : il s'en consolera... il voit tant de monde ! J'ai repris les pinceaux pour lui tirer le portrait d'après une photo aérienne.
Après une mauvaise nuit, je me réveille à 11.30 h. Agus est probablement passé sans que je l’entende, et il m’a laissée dormir. Pas de breakfast ce matin, j’ai une poire qui suffit à mon bonheur, et reste au repos jusqu’à 4 h
Une courte incursion dans les ponts supérieurs pour étudier les sorties proposées. L’une me paraît évidente : le Ground Zéro et le musée de la bombe à Nagasaki. On ne peut pas être là sans voir et savoir…E. vient me rendre visite pour que nous y allions ensemble, quel que soit le choix de Joyce. La mer est rough (grosse) mais nous avons connu pire. Le baromètre baisse, conséquence du typhon qui est de l’autre côté de l’île. J’irai demain voir le parcours du monstre, affiché au main desk.
Pour la Chine, je préfère voir autre chose que ce que je connais déjà, et Pekin comme la Grande Muraille me semblent vraiment très loin de Xingang le port d’escale.
La facture du médecin est arrivée : 85 $ pour la consultation et 8.60 $ pour les tablettes. Moins cher que Brendan l’acupuncteur : 125 US$ je le rappelle.
Je dois faire de la place sur mon disque dur faute d’avoir prévu une clé USB
de très grande capacité. J’y suis attelée lorsque Joyce arrive en robe de soirée tandis que, assise sur mon sac de glace, j’avais oublié l’heure.
Le show est, comme toujours, de grande qualité, la jeune troupe a du talent et les costumes éblouissants.
Le dîner nous place à la table de trois Canadiens de Vancouver, un couple et
la sœur de l’épouse, Roselyn, Yvette et Lyel. Les deux femmes, nées au Japon, de parents Canadiens, ont été libérées par les GI’s en août 1945, et n’avaient qu’une envie : quitter cette terre de cauchemar. Steeven se déplace de sa table demander avec humour si je suis fâchée… je ne l’avais simplement pas vu.
Je dormirai ce soir en compagnie d’un lion de mer.
Jeudi 8 octobre
Après une nuit agitée près de mon éléphant de mer, le haut-parleur me réveille à 10 h et je décide de ne pas petit-déjeuner.
Doctor Zhivago à la TV me replonge dans la révolution russe de 1917, le meilleur du cinéma des années 60. Joyce interrompt cette passionnante saga pour que l’on discute de ce que l’on veut voir à terre. E. est sur ses talons qui aimerait voir ses photos sur mon ordinateur (elle n’a pas pris le sien)… Nous nous reverrons cet après-midi.
Quelques sushis au Lido 8 juste pour faire passer les tablets anti-
douleur du médecin. Il faut dire que j’en avais envie (... des sushis !) depuis le début du voyage, mais je n’avais pas fait la démarche. Le riz me semble moins gluant que celui que préparaient mes Japonaises à la maison, mais c’est peut-être qu’elles ne trouvaient pas sur place à Nantes la qualité qui convient. Sur l’île d’Hokkaïdo, et particulièrement à Hakodate, les sushis peuvent être servis chauds parce que le poisson est d’une absolue fraîcheur, alors qu’à Tokyo on ne les sert que froids pour la raison inverse.
La mer est grosse (rough) à cause du typhon qui s'est déplacé vers le nord-est.
La bibliothèque
où Lydia brode soigneusement des chiens est désertée faute de connexion Internet, et seuls quelques sudokistes comme moi y font leurs grilles. Je dois la quitter car j’ai vraiment besoin de glace dans le dos et je suis inquiète pour la suite des événements, car depuis la dernière semaine d’août, je suis handicapée par ce mal qui se déplace. Mes glaçons fondent tandis que je regarde… Non !.. Doctor Zhivago est retourné chez lui… mais A fish called Wanda, ce petit bijou d’humour anglais.
Je dors comme une souche quand Joyce passe me chercher pour aller dîner. J’ai très mal et me traîne jusqu’au 5e deck. Ho et Giap sont assis à nos
côtés. Il sont Vietnamiens et parlent bien français, même si le mari dit avoir perdu de son vocabulaire. Ils fêtent leurs 50 ans de mariage et vivent en Pennsylvanie depuis 38 ans (la chute de Saïgon) mais ils ont de la famille en France qu’ils connaissent bien et sont même venus en Bretagne goûter les crêpes !
-- J’ai étudié le français à l’école, et aussi l’Histoire de France… et j'y ai appris mes ancêtres étaient les Gaulois !
Les rencontrer a été un plaisir…
Devinez qui m’attendait dans la cabine ? Un singe se balançait au plafond accroché à un portemanteau…
Nous arrivons demain à Kobe par la mer du Japon, sur la côte opposée de l’île, ayant sauté l’escale de Tokyo pour éviter le typhon Melor qui remonte le littoral du Pacifique.
25 novembre 2009
13 Aomori Hirosaki (Japon)
Mardi 6 octobre
Nous avons quitté l’île d’Hokkaido, qu’un tunnel sous-marin relie d’Hakodate à Aomori, sur la grande île de Honshu, et qui est le plus long du monde.
Manu militari, Joyce m’entraîne sur pont d’où l’on voit la ville, le pont suspendu et un curieux bâtiment en A majuscule (ben oui Aomiri !). Pas le temps même de prendre une photo… elle s’est trompée. Vite... vite ! c’est de l’autre côté !
Sur le quai, quelques « samouraïs » s’apprêtent pour un concert de tambours tandis qu’un marché aux souvenirs a attiré quelques passagers.
Aomori a été détruite pendant la guerre et n’offre aucun intérêt, hormis des découvertes archéologiques récentes. Volcanique, la région abrite de nombreuses sources chaudes et on y propose des cures de sable… 
chaud dans lequel on s’enterre. Les champs de riz jaunissent et des gerbes sèchent sur des poteaux. Les pommiers sont encore garnis de leurs gros fruits rouges qui sont la fierté de la contrée.
Nous allons à Hirosaki fief des samouraïs, important centre culturel et ville des temples et du vieux château féodal, bâti en 1611, que la foudre a en partie
incendié. Il a été reconstruit et plusieurs fois restauré, mais seule la seconde porte
monumentale est d’origine. Une plaque de fonte porte une croix gammée ; j’ai beau savoir qu’elle est un symbole des bouddhistes et à l’inverse de celle des nazis, c’est toujours un choc pour moi ! Le toit en pagodes de tuiles vernissées coiffe le château avec élégance, dont les solides bases de pierres dominent le gracieux pont en dos d’âne sur lequel je
me suis arrêtée pour relire ma rédac. Les armes de samouraïs de l’étage me sont indifférentes et le jardin me plaît davantage. Trois
écoliers posent pour deux Américains et restent stupéfaits lorsqu’ils les voient s’avancer pour leur offrir un « tip ». Visiblement, les garçons ne savent quelle contenance prendre, et sont embarrassés.
Un théâtre No dont la salle est décorée de
personnages grimaçants et mobiles permet à des musiciens de faire une démonstration de tambours auxquels les volontaires sont invités à participer.
Des artisans locaux, brodeurs, tourneurs sur bois, fabricants d’instruments de musique, montrent leur savoir-faire. Les chop sticks (baguettes) vernies et décorées, sont très chères. Le jardin avec son bassin d’eau donne une impression
d’espace, sans doute à cause de ses allées qui contournent les massifs. Pour la première fois depuis plus d’un mois, je peux enfin me redresser et marcher sans douleur, preuve que le froid est bien ce qu’il me fallait ! Même si celle-ci reviendra progressivement au cours de la journée, le mieux est évident.
Déception pour ce qui concerne le repas que j’espérais japonais ; le Best Western d’Hirosaki nous offre un buffet banal de médiocre bouffe
internationale.
En revanche, les jardins du temple bouddhiste Saishoin vieux de 3 siècles me permettent de faire résonner longuement la cloche que l’on doit frapper avec une lourde poutre suspendue. Un bassin d’eau bénite offre à ceux qui le souhaitent l’occasion de se rafraîchir. Un vieux touriste porte deux appareils photo jumelés par un système qu’il a bricolé et qui lui permettent de réaliser des vues en 3D. La pagode légère à cinq étages est étonnamment revêtue (tout comme la cloche) de papiers accrochés qui sont peut-être les
suppliques ou les vœux des fidèles.
Le bus longe lentement une rue où s’alignent des temples plus petits. Les
moines ici sont riches, exercent la médecine mais ils peuvent être aussi lawyers (hommes de loi)… Les tombes dans les cimetières sont d’importantes stèles de granit. A un croisement, un étonnant véhicule doré surabondamment sculpté nous croise trop vite… Le stop à un dernier temple permet à E. qui, voyant des chaussures alignées devant une porte, de pénétrer par erreur dans une maison à la stupéfaction des deux habitantes…
Sur le chemin du retour, la guide tente de nous initier aux rudiments de l’écriture japonaise, dont les idéogrammes dérivent du chinois. A 9 ans, l’écolier doit avoir mémorisé 2.600 signes !
Sur le quai, deux employés du bord accueillent les excursionnistes avec des flacons de désinfectant dont ils doivent s’enduire les mains avant de pénétrer dans le Volendam. Joyce décide de ne pas dîner, j’ai besoin de m’allonger avec mon sac de glace (nous avons eu tort, le repas de la salle Rotterdam était japonais…) et nous convenons de nous revoir demain soir.
Après ma séance « ice-bed » (lit de glace) j’arrive sur le pont alors que le bateau vient juste de quitter Aomori et le pilote reparti dans un grand coup de sirène… Le coucher de soleil est une somptueuse palette en gris et rose.
Bien décidée à ne plus ressortir, je reçois dans la cabine la visite d’E. venue prendre des nouvelles de mon dos, et demander si j’ai l’intention d’aller à la « Dutch Chocolate Extravaganza » donnée sur le pont à 10.30 pm. Non, je n’irai pas plus au show de 7.00 puisque je me suis calée dans le fauteuil avec mon sac de glace sur les lombaires… Une heure après, elle revient dire combien ce que les cuisiniers et pâtissiers du bord préparent lui semble une orgie de chocolat et que le spectacle vaut le déplacement. Je promets d’y aller voir.
C’est en effet une débauche de pâtisseries dans des décors extravagants que les cinq sculptures réalisées dans des blocs de glace illuminés (et qui sont de véritables œuvres d’art) mettent en valeur. L’équipe défile à grands cris sous les applaudissements mérités de l’assistance, et chacun part à l’abordage… moi compris qui étais bien décidée à faire l’impasse sur le repas de ce soir !
Agus a, lui, façonné un pingouin. Combien d’animaux peut-il
réaliser avec les serviettes ? Quarante et un…
12 Otaru (Japon)
Lundi 5 octobre
Depuis hier soir, la nouvelle s’est confirmée : le typhon Melor oblige le ms Volendam à changer d’itinéraire, et il se pourrait que l’on n’aille pas à Tokyo… et donc que le Fuji Yama ne soit pas la vedette de ma journée…
Aujourd’hui commence par la visite à Otaru d’une fabrique de saké, l’alcool
de riz qui est aussi populaire au Japon que le cognac l’est chez nous, sauf que j’ignore si les Japonaises font flamber leur cuisine au saké.
Un très vieux bâtiment en bois flanqué d’une aile en pierres volcaniques abritant la distillerie proprement dite, encadre une cour où trônent deux très anciens tonneaux. Traînant la patte, je suis entrée une des dernières et y ai retrouvé Brendan, l’acupuncteur du bord, qui a fait semblant de ne pas me reconnaître (il aurait voulu que je continue ses séances à 125 $…). Je n’entends rien des explications, mais je sais déjà qu’il existe trois espèces de riz dont l’une est sans grand intérêt, la deuxième est cultivée pour la consommation humaine, la dernière est celle qui est 

exclusivement réservée pour le saké. La qualité de l’eau de source est primordiale pour la valeur du produit final. Si le 
coeur vous en dit, vous pouvez toujours suivre la recette qui est affichée ! Il est évident que nous sommes bien dans une fabrique de saké, mais plus artisanale qu’industrielle, et qui a fait en sorte d’être aussi un musée. Le visiteur suit un parcours où, à travers des vitres, il peut voir les ouvriers brasser le riz à pleines mains, et les outils en bois du vieux temps sont disposés avec les vêtements de grosse toile accrochés au mur.
Bien entendu, la visite se termine avec l‘inévitable dégustation et passage obligé par la boutique d’où beaucoup repartent avec des achats importants. J’ai préféré le « sweet » au « dry », mais je n’ai pas fait d’achat, les pauvres yens dont je dispose ne suffisant pas à cette dépense. Je les réserve pour les cartes postales et les timbres, et peut-être un chapeau de paysan pour compléter ma collection.
L’étape suivante est le canal qui, s’il a perdu de son importance
maritime, a gagné en intérêt touristique. Creusé au cœur de la ville, il reflète joliment les maisons qui le bordent, et semble un des points vitaux de la ville. Un bâtiment qui fut le siège d’une compagnie maritime est devenu mi-musée, mi-galerie commerciale. J’ai pu y trouver les cartes postales que je cherchais au prix « modique » de 105 yens, et les timbres à 70 qui se révèleront insuffisants, mes 3.000 yens me permettraient juste d’acheter 17 cartes et timbres, avant de savoir que pour les 4 que je prends aujourd’hui, je devrai ajouter 2 $ de timbres, ce qui ramène le compte à 13 pour 40 $ ! Reprenons les comptes : pour mes 40 bucks, j’ai le choix entre 1 melon et demi ou 13 cartes postales timbrées !
Joyce revient des toilettes et me conseille d’aller y faire un tour : ça vaut le déplacement. Tout d’abord, un paravent de bois en dissimule l’entrée. La cuvette est au ras du sol, mais la tuyauterie permet aux moins souples de s’y accrocher.
Des vitrines abritent une collection d’appareils photographiques anciens presque tous japonais, cela va sans dire, depuis les appareils à plaques dont un Voighlander existe dans mon grenier, jusqu’aux plus récents argentiques (pré-numériques). 
En sortant, j’aperçois un pousse-pousse, traîné par un homme coiffé d’un chapeau conique… Il était déjà dans ma rédac…
Les Japonais roulent à gauche, et c’est le côté qu’utilisent d’instinct les hommes depuis toujours. Lorsque, au fil du temps, ils portèrent des armes, ils marchaient sur le côté gauche du chemin, ayant accroché leur lame prête à être saisie de la main droite pour se défendre d’un éventuel agresseur. Les troupes ont fait partout de même pendant des siècles… jusqu’à Napoléon 1er qui, gaucher, fit changer la norme qui s’étendit dans tous les pays qu’il conquit… sauf en Angleterre, l’ennemi héréditaire, qui resta farouchement à gauche parce que l’Empereur ne put mettre le pied sur son sol. Il aura fallu que je vienne au Japon pour l’apprendre !
Nous allons voir maintenant la luxueuse villa qu’un riche armateur d’une flottille de pêche fit construire en 1912 pour réaliser le rêve de sa fille de 17 ans. Les photos sont interdites et je laisse mon sac dans le bus. J’ai mal entendu, je le comprends trop tard : c’est seulement à l’intérieur de la maison. Les jardins sont superbes ; il y a le jardin de rocaille, dit « sec », et le jardin à la japonaise, tout en allées sinueuses, de ponts en arches qui enjambent des pièces d’eau où folâtrent des carpes multicolores. Il faut se déchausser avant de pénétrer dans la maison en bois, cossue et de pure tradition japonaise, même si les décors fleuris du plafond à caissons sont de facture moderne. Les parquets de bois précieux sont le plus souvent recouverts de tatamis. Quelques piliers d’une seule pièce sont hauts de plus de douze mètres et proviennent d’arbres plusieurs fois centenaires.
Je marine avec bonheur dans le jacuzzi, et la mer du Japon est sans rides lorsque le navire lève l’ancre. A 5.00 pm, je descends avec Joyce consulter le médecin, car je marche pliée en deux avec une douleur cuisante au quadriceps. Tension artérielle : 16.4/9.7, pour moi l’hypotendue, c’est normal, vu les circonstances… Le médecin dit « No heat ! » la chaleur est néfaste pour l’inflammation, plus de jacuzzi reprendre les anti-inflammatoires et s’asseoir dans de la glace. Pour la douleur, quelques tablettes à prendre avec précaution par demi doses si elle est insupportable et seulement toutes les 6 heures.
Après une heure allongée avec un sac de glaçons, je me sens déjà mieux. Le
dîner nous réserve une surprise : les serveurs sont tous coiffés comme des pizzaïolos, les menus sont insérés dans des toques de cuisiniers, et les entrées et desserts sont de l’inspiration du Master chef. Nous partageons la table d’un couple de Néerlandais Steeven et Cobe, dont le mari parle français avec aisance, même s’il pense l’avoir oublié. Il a grandi à Singapour et Djakarta où son père travaillait dans les services diplomatiques. Lors de l’invasion japonaise, son père fait prisonnier, il a été interné dans un camp où, grâce à son jeune âge, 4 ans, il ne fut pas séparé de sa mère, qui, il en est sûr, fut torturée par les Japs. Cela dura deux ans et elle ne lui en parla jamais…
J’évoque le livre L’Empire du Soleil .
« C’est exactement cela »… dit-il simplement.
C’est un lapin (ou un lièvre ?) qui attend sur mon lit.
23 novembre 2009
11 Hakodate (Japon)
Dimanche 4 octobre
Je pensais me faire réveiller à 7 h et attendre les instructions du bord pour les formalités d’immigration qui sont remarquablement organisées. Joyce pense que 6 h c’est mieux to be sure. Les passagers de chaque pont doivent se rendre à une heure donnée dans le théâtre où les officiers des
services d’immigration japonais ont installé leur matériel sophistiqué d’identification. Nos passeports qui ont été gardés par les autorités du bateau contre un reçu officiel, nous sont restitués le temps d’y faire
apposer les tampons, et repris au sortir de la salle. Que faire en attendant 9.45 am l’heure du départ ? Vous avez gagné : Joyce se refait un second breakfast que nous sert Agus au Lido bar... et nous glandons… J’aurais pu dormir une heure de plus, mais comme c’est elle qui a l’habitude des croisières, j’ai pensé qu’elle savait mieux que moi…
Mes premiers pas sur le sol japonais ont été douloureux. Si la sciatique s’est atténuée, le devant de ma cuisse reste contracté et le bas du dos me fait à nouveau mal à crier : les anti-inflammatoires (génériques) semblent impuissants. Je vais être contrainte de consulter le médecin du bord… J’aurais aimé dire que, comme d’autres avant moi, je me suis penchée baiser le sol de ce pays qui m’a tant fait rêver, mais la vérité est plus prosaïque : j’en suis incapable !
Première visite sous la férule d’une guide format mini au curieux rire saccadé de cartoon à la manière de Woody Woodpecker.
Lorsque le bus se gare, l’une des accompagnatrices sort et guide le chauffeur au sifflet : coups saccadés tant qu’il peut reculer ; coup prolongé lorsqu’il doit stopper. Ce n’est qu’au Japon que j’en ai été témoin. On sort des fauteuils roulants des coffres latéraux du bus, et j’ai un instant d’espoir : et s’il y avait un pour moi ? Ben non… il aurait fallu prévoir…
Au marché, on vend essentiellement des produits de la mer, poisson et
crabes sous toutes les formes, vivants, crus ou séchés, dont les prix me paraissent exorbitants. Ca crie, ça grouille d’activités, tout semble net et c’est avant tout une odeur de marée fraîche qui s’échappe des étals. Je n’ai pas vu de viande, du moins sous sa forme bouchère, ni de volaille, mais je n’ai pu parcourir qu’une partie du marché. Nous
avons changé chacune 40 $ pour obtenir 3.000 yens avec lesquels nous pourrions acheter 3 melons d’eau en mettant nos ressources en
commun = 6.000 yens = 80 US$ ! Qui dit mieux ?
Les écolières nipponnes vêtues de bleu marine portent le col marin et des chaussettes. Une petite chienne sur le trottoir devant une boutique est habillée d’une sorte de tutu : elle n’est pas la seule : ses frère et sœur sont pareillement attifés.
Le mont Hakodate est équipé d’un cable-car qui n’a rien de commun avec celui de San Francisco : c’est un téléférique qui nous emporte au sommet de la colline d’où la ville s’offre à nous, et le Volendam à quai semble si petit… Un ciel d’orage décline pour nous ses tons de gris.
Des corbeaux volettent d’une antenne à l’autre en croassant, mais ils n’ont pas du tout le même cri que les nôtres… au point que j’ai d’abord cru que
c’étaient de faux croassements émis par haut-parleur. C’est donc vrai ce qu’ont découvert les ornithologistes : les oiseaux ne chantent pas de pareille façon dans des régions différentes, et comme les humains, ils ont leurs accents, appris de leurs parents !
Avec surprise, je découvre une galerie commerciale qui propose des vins japonais ! Pourquoi pas ? Les Nippons sont devenus fous de notre Beaujolais nouveau et chaque année, c'est une véritable orgie festive de dégustation. Alors... de là à en produire eux-mêmes...
la Russie
La tour d’observation qui domine l’étoile à cinq branches qui délimitait
un fort bâti en 1864 après un traité d’amitié signé avec le commodore américain Perry qui ouvrait les ports japonais au commerce occidental, tandis que 
C'est probablement un boulanger-pâtissier français qui tient boutique au coeur d'Hakodate, mais qui d'entre vous peut traduire l'enseigne ?
Les stèles des cimetières rassemblées en rangs serrés sont en granit poli.
La culture japonaise, vous ne l’ignorez pas, est basée sur les manifestations de politesse… Mais pour moi l’Occidentale, je trouve gênant d’être saluée de courbettes qui frisent l’obséquiosité.
Je marine au jacuzzi le temps qu’il faut pour avoir envie d’en sortir, et
E. vient juste me rejoindre afin de savourer ensemble le départ d’Hakodate dans le soleil couchant.
Un jongleur manipulateur est ce soir la vedette, et la corde avec ou sans nœud qu’il coupe et se reconstitue, les anneaux : même de près, on n’y voit que du feu ! Un court instant, je suis sa partenaire qui doit tenir une ficelle
tandis qu’il la déroule, la coupe, m’en tend les morceaux, et lorsqu’il les reprend, la fil est entier !
Dîner avec un Canadien patron d’une compagnie de gaz et pétrole, et de sa femme Portugaise, étonnée que je connaisse la Révolution des Œillets…
C’est une tortue qui, ce soir, sera ma compagne de lit… Mais c'est ma rédaction qui, tout au long de cette journée de découverte, a été symboliquement ma compagne, même si elle est restée sagement dans mon sac !
22 novembre 2009
10 Pacifique et visite du Volendam
Samedi 3 octobre
Encore une heure à retrancher. Nous voici dans le fuseau de Pekin, Singapour et Hong Kong, en avance de sept heures sur la France, de laquelle nous sommes désormais plus près depuis le changement de date.
A 3 heures heure française, je devrais aujourd’hui assister au mariage d’Annabelle Fabre et Jean de Pardieu à Nantes, eux pour lesquels j’ai peint à l’aquarelle une carte de Bretagne en cadeau de noces. A 10 pm, je penserai à eux qui entreront à cet instant dans la petite église de St Pasquier, au cœur de la ville, si étonnante avec son air rustique de place de village.
4 m
Ce matin, la mer est rough, c’est à dire qu’elle a des creux de 2,50 à
Depuis ce matin, nous naviguons dans une épaisse brume grise et chaque minute, la sirène annonce la présence du navire à ceux qui pourraient croiser sa route. Du pont 8, le regard peut juste en saisir le sillage.
Nous avons pu acheter des yens à bord, le dollar me semble faible et je n’ai pas pensé à proposer mes euros. Tout est cher au Japon. Pour 40 US$ nous avons obtenu 3.000 yens, alors que nous pouvions en espérer 3.636 au cours officiel ! Le responsable de la transaction n’est pas perdant…
Le récital de piano de David Howarth est une heure de bonheur absolu, depuis Mozart jusqu’aux immortels thèmes musicaux des films célèbres. Dans la foulée, Joyce se prête au jeu des questions et accepte de monter sur scène pour un match hommes/femmes dont les « guys » sortent vainqueurs. Le show est celui de Larry Linkin à la clarinette et Laura Compton qui s’est déjà produite.
Je vais seule à la salle Rotterdam pour le dîner que j’apprécie, tandis que Joyce va avaler une pizza ou un hamburger pour être fin prête à un rendez-vous important au Crow’s nest, où elle m’a demandé de la rejoindre si j’en avais envie.
Mon voisin de table de Vancouver situe parfaitement la Bretagne et n’emploie pour sa cuisine que du sel de Guérande !
Est-ce une grenouille qui repose sur mon lit ?
Demain est un autre jour dirait Scarlett O’Hara, et je vais poser le pied au pays du Soleil Levant : le Japon !
Pour donner un peu de consistance à ce billet (les jours en mer sont un peu monotones), je vous invite à visiter le bateau, même si je n'ai pas tout vu : lorsque j'étais mal, je n'avais pas envie de le parcourir, et lorsque j'ai été guérie, j'avais autre chose à voir !
Pour aller dans ma cabine (sans hublot je le rappelle...) il suffisait juste de tourner à droite avant la double porte à miroirs qui mène au pont-promenade. A demain, pour la découverte du pays dont je rêvais depuis soixante deux ans !
21 novembre 2009
08 & 09 Pacifique
Nous sommes depuis cette nuit dans le fuseau horaire de l’île de Guam (célèbre depuis la sanglante bataille de la guerre du Pacifique) et de Sydney, connue pour l’architecture si particulière de son opéra. Le décalage horaire avec la France est de 9 heures, sauf si, entre temps, vous êtes passés à l’heure d’hiver. Après avoir été parmi les derniers à voir le soleil se coucher, nous voici désormais dans les premiers à le voir se lever… au moins ceux qui sont tôt dehors, car pour ma part, je prends le prétexte (pas fallacieux) de reposer mon dos et prolonger ma nuit…
Chaque jour, nous recevons un résumé imprimé des principales nouvelles depuis le New York Times : aujourd’hui le tsunami qui vient de frapper une fois de plus l’Indonésie touche le personnel, largement originaire de là-bas.
Le programme de ce jour rappelle qu’en accord avec le Ministère des Communications du Japon et les autorités portuaires, les services Internet et de téléphone ne seront pas disponibles pendant que le navire sera dans les eaux territoriales ou les ports japonais. Je ne pourrai donc pas communiquer entre le 3 ou le 4 et le 12 ou 13 octobre prochains.
La mer est devenue très forte, le bateau est secoué, nos pas sont incertains et la vaisselle se fracasse à grand bruit.
Le dîner nous a fait partager la table du directeur du Boston Museum et de son épouse Japonaise. Lui est Hollandais d’origine et a commencé sa carrière au Rijke Museum d’Amsterdam. C’est un vrai puits universel de culture, et d’écouter cet homme rend intelligent… Il parle parfaitement le français, parmi d’autres langues, connaît Jules Verne, Talleyrand, Sacha Guitry, mais aussi… Pierre Loti.
Chaque soir, les serviettes de toilette du lendemain sont façonnées en forme d’animaux et il faut bien de l’habileté aux stewards pour réaliser avec humour ces pliages. Hier soir, c’était un chien qui m’attendait sur le lit, et ce soir, c’est un éléphant avec mes lunettes de soleil qui allonge sa trompe.
Vendredi 2 octobre Agus le steward a bien roulé et plié ma serviette en chaussant la trompe de l’éléphant de mes lunettes de soleil, mais il a oublié de laisser la fiche du service-room…et aussi de me laisser la carte qui rappelle qu’il fallait retarder la montre d’une heure, si bien que j’ai été décalée une partie de la journée, et que nous sommes déjà dans le fuseau horaire de Tokyo et Séoul. Je lui ai demandé s’il était inquiet pour sa famille. Non, tout va bien chez lui, ce qui n’est pas le cas de ceux originaires de Sumatra. La mer s’est calmée après la tempête d’hier (force 10 affichée) J’ai trouvé à la TV une chaîne qui ne diffuse que des films légers et les comédies musicales du cinéma américain d’avant la Seconde guerre mondiale… Deux baleines ont été vues près du bateau, mais je l’ai su trop tard. Je file au jacuzzi pour soulager mon dos sur lequel les anti-inflammatoires ne semblent plus faire d’effet ! J’y ai retrouvé les deux Poitevins et nous sommes vraiment à mariner dans le dernier salon où l’on cause…de politique ! Un Allemand arrive qui nous prouve que notre cinéma est connu et apprécié Outre-Rhin, mais a Après le show des danseurs, très enlevé, le dîner était en tenue « formelle ». Pour ne pas avoir lu le programme, je suis arrivée en jean et T-shirt, avec cependant un foulard de soie qui donnait à ma tenue la note d’élégance qui lui manquait. En gens bien élevés, mes voisins de table ont fait semblant de ne s’être aperçus de rien. C’est un dinosaure qui sera ce soir le gardien de ma nuit…

Esther Williams, Judy Garland
, Mickey Rooney, Walter Pidgeon (incarnant Ziegfeld) Errol Flynn, Fred Astaire dans les décors incroyablement éblouissants et somptueux de la grande époque du cinéma d’Hollywood en noir et blanc.
ussi la chanson française. Nous voilà tous deux fredonnant « La Bohème », « La mer » puis bientôt chantant à pleine voix « La Vie en rose » et « Sous le Ciel de Paris »…
Ayant croisé Agus dans un couloir, j’ai demandé quel animal il nous préparait pour ce soir. « It’s a secret ! »
20 novembre 2009
07 Pacifique
Minuit ce mardi 29 septembre 2009
Une annonce générale par haut-parleur prévient les passagers du ms Volendam qu’un phénomène lumineux est visible dans le ciel.
Vous me connaissez : il n’en faut pas plus pour que j’enfile chandail et caban après avoir appelé dans sa cabine Joyce, qui préfère rester voir un film à
Le deck 8 est le lieu idéal d’observation, et j’y retrouve quelques visages connus. Accrochée au bastingage, je dois d’abord habituer mes yeux (mes pauvres yeux aurait dit ma mère) à l’obscurité, car les lumières du pont ont été éteintes.
Peu à peu, mon regard perçoit faiblement des lueurs étranges et mouvantes sur tribord, qui bientôt se précisent et s’étendent du NW au NE. De gigantesques draperies rouges ou orange avec des reflets roses s’agitent lentement, au
travers desquelles les étoiles apparaissent faiblement. Venues du fond de l’horizon, des
nuances jaunes et vertes apparues fugitivement laissent la place à une somptueuse palette de bleus.
Hypnotisée, sous le charme de ce fantastique show offert par la Nature
Le deck s’est peu à peu vidé des autres passagers que je trouvais trop bruyants, mais qui étaient peut-être un peu las ou blasés, et je reste seule sur ce pont à me remplir les yeux
La mer s’est creusée, la brise qui a forci jusqu’à devenir vent de tempête, semble venir d’une autre direction… ou bien est-ce le navire qui a changé de cap ? Vaille que vaille je me cramponne au bastingage, bien décidée à jouir jusqu’au bout de l’aurore boréale dont les mouvements se sont accélérés.
Est-ce une illusion ? Une colonne sombre et sinueuse semble s’élever dans la pénombre bleue que le ciel diffuse et un son grave et prolongé en émane. Fascinée, je ne cherche nullement à m’enfuir, intriguée par ce phénomène nouveau qui s’approche en grondant…
Comment ai-je pu être aspirée par cette tornade liquide ? Mes mains ont lâché la rambarde, je suis arrachée au pont du bateau comme saisie par un bras gigantesque… Je suffoque et ne respire que de l’eau salée. Je sombre dans un néant glacé avec une seule idée : je suis arrivée au bout de mon chemin et ne raconterai pas mon voyage à mes petits-enfants ravis… puisque je vais mourir sans avoir vu le Japon !
Je ne suis plus qu’un bloc rigide et douloureux, au-dessus duquel des voix me parviennent qui semblent venir de très loin dans un silence ouaté, je tente en vain de soulever une paupière avant de sombrer à nouveau.
4 miles 40 miles
… Mon corps chaud et nu repose dans un nid de fourrures qui
empestent le poisson. Trois jours déjà qu’un pêcheur eskimo m’a retrouvée, gisant sur la grève de Shemya Island, une île si petite que la piste de l’aérodrome couvre la moitié des
Eskimo = vient du franco-canadien esquimau lui-même dérivé de l’algonquin askimowew qui signifie mangeur de poisson.
Vous avez compris que cette odyssée n’avait aucun risque de se réaliser puisque rien ne pouvait m’arriver le 29 septembre 2009 : la ligne du changement de date nous ayant fait passer du 28 au 30 septembre, et ce texte aurait pu porter le titre :
Le jour que je n’ai pas vécu
§
Rappelez-vous ce que Corail avait écrit à ce sujet... mais si vous voulez voir les photos qu'elle y avait jointes, vous devrez remonter le blog à la date du 1er octobre, jour qui devait être initialement gommé de notre périple !
29 septembre 2009 Chapitre 666 : la retraite de Blanche Depuis minuit, impossible de joindre ma mère. Quand elle n'est pas joignable sur son téléphone satellite, je lui envoie un mail auquel elle répond de suite car outre la connexion 3Gplus, elle s'est abonnée à la liaison satellite du paquebot qui l'emporte vers le Japon. Son PC spécial nuit blanche lui envoie un message dès que je lui écris via Outlook et elle me dit : oui, tout va bien, le capitaine est superbe, très beau, très prévenant avec moi et m'a d'ailleurs invité à sa table (ça s'était le premier jour), invité à la passerelle (le lendemain), offert un coeur en or serti de 21 brillants (avant hier soir) dont il m'a appris l'histoire. Maman a décidé de le nommer : le coeur de l'océan, en souvenir de Jack et Rose du paquebot Titanic. A mots couverts, on vient de m'apprendre que ma mère est introuvable. La dernière fois elle aurait été aperçue au bras du capitaine entrant dans la boutique Chanel Duty Free du bateau... il était Je viens d'être jointe par Pieter (c'est le prénom du capitaine) qui m'informe qu'Interpol est sur le pied de guerre. Toute la boutique Chanel a été fouillée de fond en comble ainsi que toutes les autres boutiques du 3e plus grand centre commercial du niveau zéro du paquebot, mais personne ne l'a vue. L'employé Chanel, un Karl plus de première jeunesse mais parlant beau, tout retourné comme Je ne suis pas facilement joignable car mon capitaine à moi (Captain Troy), m'a emmenée directement de Saint François de la Guadeloupe en Dominique sans que notre vaisseau fasse escale à Marie Galante D'autre part, nous nous apprêtons à nous rendre en ville pour savoir si c'est bien Portsmouth ou Kingston, car s'il s'agit de Kingston nous aurons fait mauvaise route et aurions battu tous les records de traversée avec notre Le Café de la Plage. Une lueur de soulagement se dessine dans ses yeux ! "J'ai été enlevée dans une cabine d'essayage d'un paquebot qui m'emportait depuis Vancouver vers le Japon et puis, je ne me rappelle plus rien, il me semble que j'aie erré pendant une éternité dans des eaux turquoises, au Rien Maman, on te cherchait, on t'a trouvée, je pense que tu as été victime de la traite de Blanche et c'est tout ! Cette histoire abracadabrante n'aurait guère d'intérêt s'il n'y avait pas un petit fond de vérité. Il y a même beaucoup plus que cela: Maman est loin et ne donne pas de nouvelles alors que son bateau recèle un maximum de liaisons inter galactiques. Nous sommes vraiment arrivés en Dominique avec le message d'Orange : bienvenue en Jamaïque, nous avons vraiment visité une épave (pas du Titanic mais Pourquoi Pas ?), et surtout, surtout, Maman n'a jamais vécu ce 29 septembre 2009 et ne le vivra jamais ! C'est un peu le Tour du monde en 80 jours ! Bon je sais qu'elle a écrit quelque chose sur son manquement du 29 septembre, mais fidèle à mon envie de faire un "roman à deux", je ne lirai ses pages qu'après avoir envoyé les miennes ! Mercredi 30 septembre Nous allons comme chaque jour, retarder nos montres d’une heure, ce qui nous fait quatorze heures de décalage avec la France la Nouvelle Calédonie. Je crois comprendre pourquoi mes connexions Internet sont parfois si compliquées : il n’est pas toujours possible de capter à la TV Ce matin encore, pas de rendez-vous à la piscine avec Joyce à 8 h, je me suis fait servir le breakfast par le service-room et je tire la flemme pour essayer de me remettre les vertèbres dans le bon sens. Esther la Canadienne « Vous savez, pour beaucoup de Canadiens, leur grosse voiture est leur troisième testicule ». Malicieusement, elle a ajouté « Mon mari a une Mercedes S 430, dont il n’y a que quelques exemplaires au Canada ! »… Nous nous sommes une fois de plus retrouvées au Culinary Arts Center à suivre une démonstration de desserts philippins, suivie de dégustation, of course. Le tea-time réunit les gourmets autour de thés raffinés, de pâtisseries délicates… et nous trouvons l’occasion de reparler avec son mari de leurs ascendances indiennes, évidentes pour chacun d’eux, et que confirment les recherches ADN pour la plupart des Canadiens qui les ont faites. Il n’est pas facile de retrouver la trace des géniteurs, les prêtres de l’époque qui tenaient les registres considéraient comme infâmant le fait que l’enfant baptisé n’était chrétien qu’à moitié : sans états d’âme, ils falsifiaient donc l’identité du parent non « orthodoxe », un peu trop… coloré à leur goût. Le show de ce soir était un récital de clarinette donné par Larry Linkin, sexagénaire sémillant et talentueux, dont le jeu velouté soutenu par un orchestre de six musiciens a été un régal de virtuosité. Après dîner, finale du concours de talents entre trois concurrents : Debbie, une Anglaise à la voix puissante et harmonieuse, Betty, une lady qui, a capella a chanté pour son mari un vibrant cri d’amour (54 ans de mariage), et enfin un jeune crooner Japonais aux chaudes inflexions « presleyiennes ». C’est Debbie qui a gagné.
part, je suis inconditionnellement ravie. Des orchidées à chaque table, les couverts d’argenterie, les nappes immaculées, un personnel de service attentif et souriant, un bateau silencieux qui résiste bien à la grosse mer, des spectacles de grande qualité, quoi exiger de plus ? Il ne serait pas tellement silencieux dans certaines parties, et le bruit des moteurs empêcherait de dormir dans les cabines situées au-dessus.
J’ai failli aller nager dans la piscine à minuit pour célébrer le passage officiel de la dateline et ainsi obtenir un diplôme, assurément le dernier de ma vie, marquant l’événement. Mais en revenant dans ma cabine me mettre en tenue, j’ai trouvé sur mon lit le dit diplôme, et j’ai laissé les volontaires aller seuls à la patouille !
Lequel d'entre vous aura eu le courage de lire jusqu'au bout nos délires littéraires et "voyageurs", à ma fille Corail et moi ?
Si au moins vous avez souri... c'est qur vous avez eu assez d'humour pour nous suivre...
Merci !
Et à demain peut-être... mais cela ne dépend que de vous...
19 novembre 2009
06 Pacifique
Lundi 28 septembre
Encore une heure à retrancher de nos montres, si bien que la France est à + 13 heures avant nous, qui sommes depuis la nuit dernière dans le fuseau horaire d’Auckland (Nouvelle Zélande) et des îles Fidji.
Dans un des salons d’où je regardais la mer et le ciel gris, je me suis mêlée à la conversation de trois personnes dont je comprenais bien l’anglais. Peter, un Allemand, racontait une vieille histoire de homard Thermidor, dont il pensait que le nom vient de ce qu’il est servi très chaud (ben oui : thermos = chaleur !). J’ai eu plaisir à leur raconter l’Histoire de la France et celle du calendrier républicain. Les deux autres personnes Micheline et Walter, sont 2 Belges d’Ostende, sur les 6 que comporte la liste des passagers.
Nous sommes 1.324 dont 5 Français, et j’en ai rencontré deux, venus de Poitiers et qui m’ont dit avoir pris l’habitude de voyager exclusivement sur des cruisers américains.
Afin de soulager mon dos, je marche courbée, ce qui me permet d’obtenir beaucoup de considération des Indonésiens qui me chouchoutent, le
steward Agus, et particulièrement Agung, celui dont l’épouse héritera de mes chaussures dorées !
Faut que j’vous raconte : rentrant l’autre soir inopinément dans ma cabine mes chaussures à la main après le dîner en grande tenue, j’y ai trouvé deux loustics rigolards, dont l’un tentait de se cacher dans une encoignure. J’ai alors pris le parti d’en rire tant la situation me semblait cocasse, et j’ai tendu mes chaussures au premier qui m’a dit que son ami, lui, était marié. Le second est donc parti avec des chaussures absolument neuves que mon dos ne supportait pas.
Aujourd’hui, je n’ai pas assisté à la conférence, mais après le tea-time
indonésien, je suis revenue me reposer et faire des exercices pour débloquer mes vertèbres.
Le dîner en tenue de gala nous a fait partager la table de Richard, le
conférencier dont les grands-parents vinrent de Finlande, et de son épouse Béatrice qui semble être connue des médias américains et qui fait ici des démonstrations culinaires. Il y avait aussi Bill du New Jersey, un ancien officier du Queen Mary, qui ne peut se passer de naviguer.
Le homard Thermidor était au menu, ce qui explique que Peter en ait fait son sujet de conversation cet après-midi.
Joyce est allée danser au Crow’s nest, le 9e deck.
Avec Bill ? Yes !!!!
Bonsoir et à demain.
18 novembre 2009
05 Pacifique
Dimanche 27 septembre
Il faut une fois de plus retarder les montres puisque nous avons atteint un autre fuseau horaire, celui de Samoa et Midway, le décalage, maintenant au maximum est de douze heures avec la France … et cependant, ce n’est pas fini !
Réveillée à 6 h, j’ai eu des velléités de lever de soleil, mais j’ai un peu
tardé et il ne m’avait pas attendue. Mer forte (grosse disent les marins) le bateau me semble danser moins qu’hier, mais beaucoup de passagers sont malades. Des sacs sont à leur disposition, et les ascenseurs restent indisponibles pour cause de gros temps. Partout, sont disposés des appareils pour se stériliser les mains et les panneaux le rappellent à ceux qui l’auraient oublié qu’il faut se préserver de la contagion…
Après avoir consulté à la riche bibliothèque du bord les guides dont j’avais besoin, j’ai assisté à deux conférences : l’une sur Hakodate, le premier jalon de notre séjour au Japon, l’autre sur les combats sanglants qui, au cours de la Seconde guerre mondiale, ont eu pour objectif la reconquête des îles Aléoutiennes envahies par les Japonais qui en auraient fait leur base avant d’occuper le territoire de l’Alaska. Nous sommes en plein milieu de l’Océan Pacifique, et passerons bientôt au large de l’arc de ce chapelet d’îles.
Je me dirigeais vers la salle de l’Internet lorsque j’ai croisé Esther, une Québécoise avec
laquelle j’aime à discuter, qui veut lire ma rédac, dont Joyce lui a parlé et qui m’entraîne au piano-bar, où une jeune femme égrène les airs de jazz symphonique de ma jeunesse… et il est déjà temps de se presser pour le show de Danny, un bonimenteur qui parle à la vitesse d’une mitraillette, et dont la plupart des « jokes » m’ont échappé. C’est la raison pour laquelle vous n’avez rien lu sur mon blog aujourd’hui… La vie mondaine, ça vous bouffe le temps !
Après le dîner, les Indonésiens ont donné un spectacle pour la plus grande joie des spectateurs. Lorsque l’on sait qu’ils travaillent 11 h par jour, 7/7 la semaine et 10 mois l’an, on peut admirer d’autant plus leurs remarquables talents de danseurs, musiciens et chanteurs, dans des costumes chatoyants venus de là-bas, dis…
Le mal de dos semble m’accorder un répit, mais depuis ce matin, le nerf sciatique me donne des soucis.
I’d never been so old, it’s probably the reason.

















