Lundi 5 octobre

Depuis hier soir, la nouvelle s’est confirmée : le typhon Melor oblige le ms Volendam à changer d’itinéraire, et il se pourrait que l’on n’aille pas à Tokyo… et donc que le Fuji Yama ne soit pas la vedette de ma journée…

DSCN2400Aujourd’hui commence par la visite à Otaru d’une fabrique de saké, l’alcoolDSCN2404 de riz qui est aussi populaire au Japon que le cognac l’est chez nous, sauf que j’ignore si les Japonaises font flamber leur cuisine au saké.

Un très vieux bâtiment en bois flanqué d’une aile en pierres volcaniques abritant la distillerie proprement dite, encadre une cour où trônent deux très anciens tonneaux. Traînant la patte, je suis entrée une des dernières et y ai retrouvé Brendan, l’acupuncteur du bord, qui a fait semblant de ne pas me reconnaître (il aurait voulu que je continue ses séances à 125 $…). Je n’entends rien des explications, mais je sais déjà qu’il existe trois espèces de riz dont l’une est sans grand intérêt, la deuxième est cultivée pour la consommation humaine, la dernière est celle qui est DSCN2415DSCN2422DSCN2421exclusivement réservée pour le saké. La qualité de l’eau de source est primordiale pour la valeur du produit final. Si le DSCN2413DSCN2414coeur vous en dit, vous pouvez toujours suivre la recette qui est affichée ! Il est évident que nous sommes bien dans une fabrique de saké, mais plus artisanale qu’industrielle, et qui a fait en sorte d’être aussi un musée. Le visiteur suit un parcours où, à travers des vitres, il peut voir les ouvriers brasser le riz à pleines mains, et les outils en bois du vieux temps sont disposés avec les vêtements de grosse toile accrochés au mur.DSCN2440

Bien entendu, la visite se termine avec l‘inévitable dégustation et passage obligé par la boutique d’où beaucoup repartent avec des achats importants. J’ai préféré le « sweet » au « dry », mais je n’ai pas fait d’achat, les pauvres yens dont je dispose ne suffisant pas à cette dépense. Je les réserve pour les cartes postales et les timbres, et peut-être un chapeau de paysan pour compléter ma collection.

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IMG_9425L’étape suivante est le canal qui, s’il a perdu de son importanceDSCN2444 maritime, a gagné en intérêt touristique. Creusé au cœur de la ville, il reflète joliment les maisons qui le bordent, et semble un des points vitaux de la ville. Un bâtiment  qui fut le siège d’une compagnie maritime est devenu mi-musée, mi-galerie commerciale. J’ai pu y trouver les cartes postales que je cherchais au prix « modique » de 105 yens, et les timbres à 70 qui se révèleront insuffisants, mes 3.000 yens me permettraient juste d’acheter 17 cartes et timbres, avant de savoir que pour les 4 que je prends aujourd’hui, je devrai ajouter 2 $ de timbres, ce qui ramène le compte à 13 pour 40 $ ! Reprenons les comptes : pour mes 40 bucks, j’ai le choix entre 1 melon et demi ou 13 cartes postales timbrées !DSCN2449DSCN2447

Joyce revient des toilettes et me conseille d’aller y faire un tour : ça vaut le déplacement. Tout d’abord, un paravent de bois en dissimule l’entrée. La cuvette est au ras du sol, mais la tuyauterie permet aux moins souples de s’y accrocher.

Des vitrines abritent une collection d’appareils photographiques anciens presque tous japonais, cela va sans dire, depuis les appareils à plaques dont un Voighlander existe dans mon grenier, jusqu’aux plus récents argentiques (pré-numériques). IMG_9427

DSCN2459En sortant, j’aperçois un pousse-pousse, traîné par un homme coiffé d’un chapeau conique… Il était déjà dans ma rédac…

Les Japonais roulent à gauche, et c’est le côté qu’utilisent d’instinct les hommes depuis toujours. Lorsque, au fil du temps, ils portèrent des armes, ils marchaient sur le côté gauche du chemin, ayant accroché leur lame prête à être saisie de la main droite pour se défendre d’un éventuel agresseur. Les troupes ont fait partout de même pendant des siècles… jusqu’à Napoléon 1er qui, gaucher, fit changer la norme qui s’étendit dans tous les pays qu’il conquit… sauf en Angleterre, l’ennemi héréditaire, qui resta farouchement à gauche parce que l’Empereur ne put mettre le pied sur son sol. Il aura fallu que je vienne au Japon pour l’apprendre !

Nous allons voir maintenant la luxueuse villa qu’un riche armateur d’une flottille de pêche fit construire en 1912 pour réaliser le rêve de sa fille de 17 ans. Les photos sont interdites et je laisse mon sac dans le bus. J’ai mal entendu, je le comprends trop tard : c’est seulement à l’intérieur de la maison. Les jardins sont superbes ; il y a le jardin de rocaille, dit « sec », et le jardin à la japonaise, tout en allées sinueuses, de ponts en arches qui enjambent des pièces d’eau où folâtrent des carpes multicolores. Il faut se déchausser avant de pénétrer dans la maison en bois, cossue et de pure tradition japonaise, même si les décors fleuris du plafond à caissons sont de facture moderne. Les parquets de bois précieux sont le plus souvent recouverts de tatamis. Quelques piliers d’une seule pièce sont hauts de plus de douze mètres et proviennent d’arbres plusieurs fois centenaires.

Je marine avec bonheur dans le jacuzzi, et la mer du Japon est sans rides lorsque le navire lève l’ancre. A 5.00 pm,  je descends avec Joyce consulter le médecin, car je marche pliée en deux avec une douleur cuisante au quadriceps. Tension artérielle : 16.4/9.7, pour moi l’hypotendue, c’est normal, vu les circonstances… Le médecin dit « No heat ! » la chaleur est néfaste pour l’inflammation, plus de jacuzzi reprendre les anti-inflammatoires et s’asseoir dans de la glace. Pour la douleur, quelques tablettes à prendre avec précaution par demi doses si elle est insupportable et seulement toutes les 6 heures.

DSCN2485Après une heure allongée avec un sac de glaçons, je me sens déjà mieux. LeDSCN2491 dîner nous réserve une surprise : les serveurs sont tous coiffés comme des pizzaïolos, les menus sont insérés dans des toques de cuisiniers, et les entrées et desserts sont de l’inspiration du Master chef. Nous partageons la table d’un couple de Néerlandais Steeven et Cobe, dont le mari parle français avec aisance, même s’il pense l’avoir oublié. Il a grandi à Singapour et Djakarta où son père travaillait dans les services diplomatiques. Lors de l’invasion japonaise, son père fait prisonnier, il a été interné dans un camp où, grâce à son jeune âge, 4 ans, il ne fut pas séparé de sa mère, qui, il en est sûr, fut torturée par les Japs. Cela dura deux ans et elle ne lui en parla jamais…DSCN2500

J’évoque le livre L’Empire du Soleil .

« C’est exactement cela »… dit-il simplement.

C’est un lapin (ou un lièvre ?) qui attend sur mon lit.