Les dix

Les dix

Aquarelle de Marcos Beccari

La toile du jour et les dix mots choisis à introduire dans votre histoire :   cheval,  cinglant, stigmate, outrage, porcelet, caravane, pouf, parfum, digérer, limitrophe

Pourquoi Juanita était-elle obsédée par le chiffre 10 qui lui trottait dans la tête depuis son réveil ? Elle s’était à demi accroupie sur la terrasse de sa chambre d’où elle dominait l’estancia à travers les jasmins qui ombrageaient l’étroit encorbellement, et dont le parfum s’exhalait après la fraîcheur relative de la nuit. Les jurons d’un peone lui parvenaient ainsi que les cris perçants du porcelet qu’il tentait d’immobiliser entre ses bras. L’animal devinait-il qu’il allait être la vedette (grillée) du dîner de ce soir ? Pour sa part, Juanita se disait qu’elle demanderait qu’on lui serve plutôt du poisson, plus facile à digérer

 Dès le début de la matinée, elle sentait que la journée serait chaude, très chaude et probablement même caniculaire, et qu’elle ne pourrait monter son cheval, que son père lui avait offert lors de son retour à  la maison familiale après l’accident dont elle avait été la victime l’an passé et en gardait encore les stigmates. Elle n’aimait pas évoquer ce souvenir douloureux, mais elle ne pouvait oublier l’outrage qu’elle avait reçu alors qu’elle croisait une caravane de voitures qui se rendaient au pèlerinage annuel de Salta pour célébrer la Vierge du Miracle.

Ce jour-là Juanita conduisait, il est vrai, la luxueuse Porsche de son ami Paolo et s’étant arrêtée à une station service pour se rafraîchir, durant sa courte absence une femme était installée au volant lorsqu’elle revint.

- J’ai toujours rêvé de conduire une voiture de prestige lui dit-elle dans un sourire. Me laisserez-vous le faire quelques instants ?

Amusée et confiante, Juanita monta à ses côtés sur le siège passager.

Très vite, les choses se gâtèrent et les remarques de l’inconnue devinrent rapidement des reproches cinglants à l’encontre des nantis qui, comme elle, étalaient leurs richesses sous le nez des pauvres qui trimaient pour les enrichir encore plus. Les insultes pleuvaient et la Porsche fonçait sur une route défoncée.

- Vous ne méritez pas de vivre, vous n’êtes que des parasites…

 Terrifiée, Juanita sut qu’elle allait vivre les pires instants de sa vie, au bout desquels la mort était probable.

La Porsche fit un bond phénoménal et s’écrasa dans une carrière limitrophe d’un chantier.

Après des semaines dans une prestigieuse clinique de Buenos Ayres où elle reçut les soins vigilants des meilleurs praticiens, Juanita put revenir à l’estancia tenter d’oublier l’épreuve qu’elle venait de subir, et jamais le sort de sa ‘’meurtrière’’ ne fut évoqué. 

NB - Il reste un mot à insérer, mais que viendrait faire un pouf dans cette histoire, je vous le demande ?

J’ai bien déliré, non ? J’ai rédigé un devoir que j’ai voulu placer en Argentine pour faire honneur à Marcos Boccari l’auteur de l’aquarelle qu’a proposée Lakévio.