En retard peut-être... mais voilà mon devoir. Je demande l'indulgence pour avoir déliré une fois de plus !

Retour au pays

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Vous commencerez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi." Propos tenu par Milan K., qui plaisante.

Vous terminerez par la phrase suivante : "La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit." Ainsi philosophe la bonne Rosalie, personnage de Guy de M., quand il raconte Une Vie.

Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi.

Le héros était fatigué ; il avait besoin de se poser enfin, et Jeanne lui paraissait celle avec laquelle sa vie ne serait plus qu’un long fleuve tranquille.

Jeanne avait été la grande amie de ma jeunesse et elle avait été la seule à qui j’avais fait signe de temps en temps au cours de mes errances autour du monde sans toutefois lui donner d’adresse où me répondre.

Et voilà que, dans le train qui me ramenait au pays, mes yeux étaient tombés sur un encart qui me glaça : l’avis de décès de Jeanne ! Juste au moment où je souhaitais la revoir et, peut-être, envisager avec elle des projets qui me trottaient dans la tête de plus en plus souvent…

Jamais il ne m’était venu à l’esprit qu’elle pût avoir épousé un autre homme pendant mon absence… Nous nous étions toujours considéré comme de bons copains, presque comme frère et sœur. Nos vies se croisaient, s’entrecroisaient. Elle avait été la première à connaître mes projets de périple et de découverte avec le vieux voilier retapé que mon père m’avait légué. Huit ans déjà ! Jeanne m’avait encouragé et c’est le cœur léger que j’avais largué les amarres…

Je connaissais tous les noms qui figuraient sur l’annonce funèbre :

D’abord son mari : Robert, de deux ans notre aîné, et dont Jeanne disait qu’il était arrogant et ennuyeux comme la pluie. Le dernier auquel j’aurais pensé si l’éventualité m’avait traversé l’esprit.

Deux enfants : Gersende et Igor… (curieux choix de prénoms…)

Pas d’autre famille, sinon la parentèle qui s’alignait dont les noms m’étaient familiers

J’avais décidé d’assister aux obsèques après avoir rouvert ma maison et passé une nuit peuplée de cauchemars.

Après la cérémonie où j’étais resté un peu à l’écart, mon jeune voisin Paul m’avait entraîné dans ce bar et m’avait fait cette confidence stupéfiante :

‘’Vous savez, Monsieur Vxxx (Robert) n’a pas été heureux : depuis quelques années, Madame Vxxx (Jeanne) était devenue hargneuse, agressive, elle ne supportait pas ses enfants, et son mari a même pensé qu’ils pouvaient être l’objet de mauvais traitements quand il était absent.

Son suicide n’a surpris personne. La vie, voyez-vous, ce n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.’’