Romance

Romance

                                                                                                                                Peder Monsted

 Frais ombrages, amers ou doux secrets

On se découvre, on se frôle,

les baisers se donnent ou se volent.

En route pour l'été

Ou pour l'éternité...

A vous de composer.

 PS : Phrase à inclure dans votre récit : 

"Une absence totale d'humour rend la vie impossible."

(tirée de Chambre d'hôtel de Gabrielle Sidonie Colette.)

  Belle fin de semaine à tous

A lundi !

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Eugène était heureux : Amélie avait enfin accepté de poser pour lui dans le décor champêtre du bord de la rivière qui traversait le  parc du manoir de Montilleul où elle avait grandi.

Il y avait déjà longtemps qu’il avait posé des jalons afin de capter l’attention d’Amélie, la demoiselle du ‘’château’’ comme disaient les bonnes gens du village. C’était faire un bien grand honneur à la bâtisse familiale imposante certes, mais un peu délabrée, dont les villageois se sentaient si fiers. La famille prenait des allures qu’elle croyait aristocratiques, et le pater familias veillait au grain en ne laissant ses enfants fréquenter que du beau monde trié sur le volet, et Eugène lui paraissait trop jeune pour être un potentiel soupirant.

Ils se connaissaient depuis l’enfance. Eugène était né à proximité de Montilleul, sur le domaine de ses grands-parents, et, même s’il vivait à Paris, il revenait chaque été y passer les grandes vacances. C’est ainsi qu’il était tombé amoureux de la jolie voisine avec laquelle jouaient ses sœurs, même s’il faisait semblant d’être absorbé par ses lectures. Grand’Pa, le grand-père d’Eugène trouvait son voisin (le père d’Amélie) trop coincé pour en faire un ami, et ce bon vivant aimait à répéter  " Une absence totale d'humour rend la vie impossible." 

Au fil des ans, il s’était passionné pour la peinture et avait ainsi acquis ‘’un joli coup de pinceau’’ comme disait son professeur de dessin pour l’encourager.

Mais les temps étaient devenus difficiles parce que remplis d’incertitudes depuis l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo quelques semaines auparavant. Puis l’impensable s’était produit la veille : Jean Jaurès le pacifiste avait été assassiné. Prévenu par téléphone, le père d’Amélie avait pris le train pour Paris afin de régler des affaires urgentes avant l’apocalypse.

Sitôt son père parti, Amélie, folle d’angoisse avait appelé Eugène qui avait suggéré qu’ils se retrouvent dans l’allée près de la rivière. Sautant dans sa Renault, il avait vite franchi les quelques kilomètres qui séparaient les deux domaines.

Ils ont cheminé longtemps, main dans la main, Eugène a oublié qu’il avait apporté ses peintures et son chevalet… Ils sentaient confusément que leur vie avait pris un virage définitif, et que rien ne serait jamais plus comme avant.

N’ayant pas même échangé un baiser, leurs mains ne s’étaient pas dénouées, et ils eurent soudain la certitude que leur jeunesse avait pris fin en ce 31 juillet 1914…   

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