Le petit banc de pierre

Le petit banc de pierres

  La Cornouaille mon pays, s'étend principalement sur le Finistère, mais je suis née juste à la limite de l'Ellé... dans le Morbihan (Mor bihan : petite mer, sans doute par allusion au Golfe du même nom ?)

Cette région où ont vécu mes ancêtres, très boisée et vallonnée, est parcourue par des rivières, et parsemée d'étangs. Si vous vous  souvenez que la Basse Bretagne a été une région riche au XVIe et XVIIe siècles,  vous ne serez pas surpris de découvrir tant de monuments, calvaires, chapelles et manoirs à l’architecture particulière.

Dans le village qui m'a vu naître, les Halles qui datent du XVIe siècle, occupent le centre de la grand place, d’où partent quatre rues, dont l’une d’elles abrite ma maison natale. C’est une grande bâtisse qui aujourd’hui grise et délaissée, a été scindée pour deux familles, et a perdu tout son charme…

Pierre me photographiait devant la porte au moment où est sorti l’actuel occupant, intrigué par l’intérêt que nous portions à la maison. Lorsqu’il a su que je suis née dans la chambre du premier étage, il s’est écrié : Alors vous êtes la fille de M… le photographe !  Stupéfaite que l’on sache encore qui était mon père plus de 70 ans après que notre famille a quitté le village, j’en suis restée muette d’émotion…

Il a tenu à nous faire visiter la maison, monter voir la chambre où Maman a bien failli mourir en me donnant la vie, mais je n’ai pas voulu monter au grenier. Seul mon fils a gravi les marches vermoulues qui mènent à ce qui était autrefois mon domaine de jeux.

C’est le jardin que j’aimerais revoir… situé plein sud mais ombragé d’arbres fruitiers dont Papa était très fier, il était fleuri de pivoines, fuschias, rosiers grimpants et lilas… Que de moments délicieux ai-je passés dans ce petit paradis, où, mes poupées étant sagement alignées, je jouais à leur faire l’école !

Le petit banc de pierre sur lequel j’installais mes « élèves » à la tête de porcelaine… je l’avais oublié, mais il est brusquement revenu à ma mémoire  ! Oui, il est toujours là, adossé à la resserre où Papa remisait ses outils. Bouleversée, j’ai déplacé les pots de fleurs pour m’y asseoir, étonnée qu’il soit si bas ! Les souvenirs m’assaillent : Papa l’avait récupéré lorsqu’une maison en ruine s’était écroulée : c’était le linteau de la porte qui portait une date en creux, 1645, mais que Papa, peut-être distrait, avait posé à l’envers… à moins que ce ne fut pour notre confort, la face la plus lisse servant de siège ?

Je suis longtemps restée sur mon petit banc de pierre, dont la hauteur avait été calculée pour ma taille d’enfant par un Papa-gâteau que j’adorais…