Il a fallu plus d’un an pour qu’à nouveau, la famille soit enfin réunie au complet. Nous avions une promesse à tenir : celle faite à Hervé de disperser ses cendres dans les eaux où il aimait plonger en mer.

Fixer une date où chacun pourrait être présent a demandé des mois, mais le week-end du 10 au 11 juin a permis que ceux de Guadeloupe, de Barcelone, de Cannes, de Paris, de Liège et de Flers puissent se retrouver à Nantes chez moi, la matriarche…

Nous avons pris la route à trois voitures et Brigneau nous avait réservé son meilleur soleil et son océan bleu pâle, ce même bleu que le ciel breton… Des intimes à la chaleureuse amitié nous ont prêté un gîte,  dont toutes les fenêtres s’ouvrent sur la mer, tandis qu’une autre a proposé son voilier pour être le dimanche après-midi sur les lieux exacts où Hervé plongeait.

01 Terrasse

J’avais apporté avec moi une photo prise par mon père le 20 mai 1931 sur laquelle mes parents, grands-parents, oncles et tantes figuraient autour du phare de ce petit port autrefois sardinier où la conserverie a fermé et qui depuis on an, n’a plus aucun marin-pêcheur, le dernier ayant pris sa retraite.

Nous étions 13 autour de la table sur la terrasse dominant la mer… mais comme personne n’a compté, ça n’a perturbé aucun des convives, d'autant plus que "notre" pomerol, ce château fameux d'où viennent nos ancêtres, était aussi invité.

 

02 bis

 

La plancha et les saucisses « spécialités » apportées de Barcelone  ont fait des merveilles, mais le clou de la soirée a été un somptueux lever de lune parmi les éclats des phares alentour, ceux de l’île de Groix et du Pouldu. Nous n’étions pas pressés d’aller dormir, et la soirée s’est prolongée bien au-delà de minuit… 

 

02 lune

 

Le petit-déjeuner pris à pas d’heure n’a troublé personne, et l’après-midi était bien avancée quand nous sommes descendus au phare pour faire une photo inspirée de celle de 1931 où posent quelques-uns de nos ancêtres : pour mes petits-fils, ils voyaient pour la première fois à quoi ressemblaient leurs trisaïeul et trisaïeule 86 ans auparavant !

 

04 phare 1931

 

 

05 Brigneau 2017

 

Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de monter sur la plateforme : un cylindre métallique grillagé entoure désormais la partie supérieure de l’échelle et un cadenas est censé en interdire l’accès. Je suppose que pas un galopin du voisinage n’a manqué l’ascension du phare malgré ou en dépit du cadenas… puisque mes « grands » enfants se sont fait un devoir (en devant toutefois faire des contorsions) de se glisser entre les échelons étroits pour se hisser tout là-haut…

Un Welch de passage (Gallois) a rangé sa bécane et accepté de nous tirer le portait afin que nous soyons tous devant l’objectif, les déclenchements à retardement ne s’étant pas révélés excellents. Chacun s’est placé à la place des ancêtres, trois sur la plateforme, un autre au milieu de l’échelle, les autres en ordre dispersé en bas sur le môle. En fait, beaucoup des personnages de 1931 ne faisaient pas partie de la famille et se sont fait tirer le portrait en profitant de l’aubaine.

14 h : grillades pour le déjeuner et arrivée des amis.

Le dinghy a dû faire deux voyages depuis le quai jusqu’au voilier, un deux-mâts. La mer s’est creusée dès la sortie du port et ça balance pas mal ! C’est la première fois que je vois Brigneau du large. La captain est V. qui a l’œil partout : elle hisse les voiles et les marins de la famille participent en tournant les winches ou prenant la barre.

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 Une très grosse vague a secoué le bateau par le travers et Aurore est devenue livide… cependant, elle tiendra bon en serrant les dents.

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Pierre a ouvert le sac de moto où l’urne d’Hervé repose : cette dernière est en carton qui se désagrègera dans l’océan : elle est recouverte d’une illustration de mer au soleil couchant. Chacun a pris sa place à bâbord à tour de rôle et à participé au retour d’Hervé dans les eaux qu’il avait choisies pour l’éternité. Flo et Hélène ont jeté au vent quelques fleurs des champs qu’elles avaient cueillies.    

DSCN3543

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Nous nous sommes alors serrés très fort mais nous avons pu partager sans pathos ce moment d’intense émotion silencieuse.

Le ciel est bleu, la mer est verte

Laisse un peu la fenêtre ouverte…

chantait la Môme Piaf il y a longtemps

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