Guadeloupe en ce 3 janvier 2012

A tous, amis blogueurs connus ou inconnus, j'adresse ici mes voeux pour que l'année nouvelle vous soit douce et que nous puissions continuer à correspondre pour notre plus grand bonheur dans la sérénité de l'esprit...

Bonne année à tous !

Laissez-moi maintenant vous conter en quelques lignes l'histoire du dernier-né de la famille

 

Sous voiles2 sun-magic 44La grosse coque du Sun Majic 44 qui reposait hors d’eau sur sa quille était depuis près d’un an sur un quai de l’île de St Martin, abandonnée de tous,  mais avait été cependant victime de malfaisants. EIle avait été dépouillée de son plafond, de son parquet, et des déchets immondes souillaient ses belles boiseries. Rêvait-t-elle avec nostalgie du tour du monde qu’elle avait déjà accompli « du temps qu’elle était belle » ? Daniel son capitaine, déjà malade, avait fini son dernier parcours dans les eaux du port, où, selon toute vraisemblance, un malaise l’avait fait tomber près de son dinghy resté à quai…

Bernard et Hélène, un couple  atypique venu de Guadeloupe a vu la grosse coque salie mais intacte, felt in love pour elle, et, des étoiles dans les yeux, décidèrent de l’adopter…. Et de la faire revivre… Et d’en faire le « Gros JeF »

charme bien cachéCaptain en secondIls se sont attaqués en fait à un vaste chantier mais le cœur et les compétences ne leur manquent pas. Il a fallu en priorité vider le bateau des débris, anéantir la famille de rats qui squattaient les lieux, regrouper les divers accessoires éparpillés alentour… et ouvrir largement le portefeuille pour les achats de première nécessité ;;; car il a de l’appétit, le Gros JeF ! Combien d’allers-retours Pointe-à-Pitre St Martin a-t-il fallu avant qu'il soit en état de reprendre la mer ? 

Quand on aime, on ne compte pas dit l’axiome populaire… Et ils ont beaucoup aimé, n’ont pas compté leurs heures, même si la crainte des gros yeux de leur banquier a tiédi parfois leurs ardeurs et modéré leur fringale chez les shipchandlers…

DSCN4327Cockpit avant« Il flotte ! » m’a un jour prévenue un coup de fil… « Ben ici, le temps est plutôt beau »… Sur l’instant, je n’avais pas saisi que Gros JeF avait enfin retrouvé son élément : la mer !

Puis le grand jour  est arrivé où le billet d’avion a été un aller simple, car même si le moteur avait encore des ratés,  notre vaillant équipage allait hisser les voiles jusqu’à la Guadeloupe et amener le « Gros JeF » à son nouveau mouillage de la marina de St François. Pour ceux qui souhaitent lire des détails sur cette première navigation, il leur suffit d’aller sur http://grosjef.canalblog.com

DSCN4281Le voilà donc à quai dans la marina de St François, non loin de son petit frère « Le Café de la plage » dont la coque rouge opéra  est facilement repérable. Je devrais dire de sa petite sœur puisque la tradition des marins venue dela Navy veut que l’on parle d’un bateau au féminin : Gros JeF et Café de la plage sont donc « sisters ». Pourquoi cet usage ?  Ce serait par allusion au caractère imprévisible des femmes. Mais le vieux marin qui, dans ma lointaine jeunesse m’en a parlé pour la première fois disait qu’un bateau est aussi capricieux qu’une femme… ce qui est moins gentiment dit  !

C’est donc là, juste devant la capitainerie du port, que j’ai fait sa connaissance le jour de mon arrivée dans l’île aux belles eaux

J’ai cru fondre de bonheur lorsqu’un soir, la question m’a été posée : « Veux-tu être la marraine de Gros JeF ? ». Ni Bernard, ni Hélène n’ont eu à la répéter. Ca n’arrive pas si souvent dans une vie d’être marraine d’un bateau… et je vais leur en envoyer des ondes positives à lui mon filleul et à son équipage ! Chaque jour, à travers les mers et océans, ils recevront mes pensées portées par Neptune, Eole et les vents alizés…

DSCN4328DSC_0628Le baptême de Gros JeF a été fixé au 28 décembre, jour anniversaire du mariage de son équipage, et croyez-moi, les choses ont été bien faites ! S’il avait été des nôtres, Brassens aurait sans doute chanté « Les copains d’abord » car ils étaient tous là ou presque, venus avec leurs  grands rires et leur amitié, avec du champagne aussi, ce qui a fait un nombre impressionnant de bouteilles à ajouter à celles qu’avait prévues Hélène, le captain en second, qui est aussi le cook du bord. Quiches lorraines « maison », feuilletés divers et gâteaux-maison avaient pour rôle d’éponger les bulles.

DSC_0634Le moment est venu de casser la bouteille sur l’étrave de Gros JeF, car « un DSCN4344bateau qui n’a pas connu le vin connaîtra le sang » dit le proverbe. Hélène qui, ainsi que chaque année a revêtu sa robe de mariée, est accrochée au génois et prend la parole pour évoquer avec émotion les deux hommes dont le bateau porte les initiales : « J » comme Jacques, son papa, et « F » comme François, celui de Bernard, tous deux disparus, mais qui leur ont légué leurs mains en or pour bricoler.

Réussirai-je l’exploit de briser la bouteille de champagne au premier choc ? J’en ai saisi fermement le DSCN4346goulot dans ma main protégée par un gant épais et frappé de toutes mes forces… une fois… puis deux… Il a fallu quatre impacts pour qu’enfin elle se brise et explose dans un nuage DSCN4345de mousse et d’éclats de verre sous les hurrah de l’assistance.

Ce n’est que plus tard que nous avons su qu’en sciant légèrement la bouteille, elle aurait été fragilisée et se serait brisée facilement… Qu’importe ! la mousse a largement arrosé l’étrave du Gros JeF : et il a aimé le vin !..

Et puis enfin, les quatre mousses prêts à embarquer...