Babylone et le fakir Burma

Fakir Burma et Babylone

Que fait-il ?
Qu’attend-elle ?
J’ai bien une idée, mais vous ?
Je saurai sans doute lundi ce que vous a inspiré ce tableau de Vettriano.
Oui, ces temps-ci j’explore l’œuvre de Vettriano.
Ah, j’allais oublier, j’aimerais que vous commenciez votre devoir par
« J’entrai dans le café de la jeunesse perdue »
Et le terminiez par « Mais enfin ! Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers ! »

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 J’entrai dans le café de la jeunesse perdue où je devais retrouver mon copain Paul pour accueillir les amis de fac que nous avions contactés afin qu’ils participent avec nous au spectacle de fin d’année de notre Université.

Le manager avait bien précisé que les fonds étant en baisse, et plus précisément réduits à leur plus simple chiffre, il n’était pas question de faire appel à des artistes connus qu’il ne pourrait payer, mais plutôt à d’anciens élèves qui, tels que nous, prépareraient bénévolement un spectacle de qualité dans la mesure de leurs moyens. Pas question de se contenter d’une prestation de kermesse d’école primaire ! Non… il voulait de la qualité et sa confiance nous boostait.

Il avait déjà contacté d’anciens étudiants de promotions antérieures à la nôtre et il était satisfait d’avoir eu leur accord.

Paul était seul mais j’étais un peu en avance sur l’heure prévue de la réunion. Confiants, nous avions attendu avant de comprendre que les copains s’étaient inscrits aux abonnés absents.

Nous avions donné notre parole et il n’était pas question de renoncer à notre promesse. Il allait donc falloir improviser à deux… mais quoi ?

Les sketchs que nous avions préparés séparément nous paraissaient si plats  comparés à ceux que les spectateurs voient à la TV. Il fallait donc innover, et trouver quelque chose d’inédit.

C’est alors qu’il me revint un souvenir en mémoire. Ma grand-mère avait vu dans les années 50, un homme qui s’était enfermé dans un sarcophage vitré dont le fond était recouvert de tessons de verre. Vêtu seulement d’un pagne et coiffé d’un turban, il se faisait appeler Fakir Burma et avait jeuné 56 jours d’affilé sous les yeux d’un public qui payait pour être admis sous sa tente.

Les journaux et la radio parlaient de lui chaque jour et, à la fin de son jeune, il avait atteint une notoriété qui avait fait de lui une vedette. Les music-halls se l’arrachaient et il avait mis au point un numéro de magie qu’il réalisait avec sa femme. Pourquoi ne pas faire un pastiche de leur spectacle en détournant les effets pour que le magicien rate ses tours ? Le comique de la situation nous assurerait un succès éclatant !

Et me voilà étendu sur une table juponnée d’un linge gris, mon fakir Paul Burma penché sur moi qui a tant de mal à garder son sérieux. Bien sûr, il ne pouvait assumer le rôle de la partenaire, sa masse musculaire n’aurait pu faire illusion, alors c’est moi qui ai dû m’y coller. Ma silhouette n’est pas spécialement androgyne, mais je me suis épilé et un postiche gonfle mes cheveux.

Pourquoi Paul a-t-il soudain décidé de m’appeler Babylone ? Allez savoir !

Notre sketch a des flops, on s’égare dans des détours sans fin, mais le public rit, et c’est gagné… comme mon fou-rire qui ne peut se calmer. Entre deux hoquets, j’ai pu articuler quelques mots non prévus au programme : Anguilla, Curacao, Cuba ou quelque chose d’approchant, ce à quoi j’entendis avec stupeur :  

Mais enfin ! Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers !