Le minot à la baguette

Le minot et la baguette

 

Oui je sais… Ca vous a fait penser à Robert Doisneau cette photo, mais je vous ai bien eus…

Elle a été faite par Willy Ronis qui promenait son Rolleiflex partout, y compris dans les quartiers populaires comme Belleville où il m’a surpris un jour où je revenais de chez le boulanger acheter sa baguette pour Madame Charrier la mercière qui me laissait vingt centimes de vieux francs pour la commission… Chez nous, Maman n’achetait que le gros pain de six livres que l’on mangeait rarement frais, parce que ‘’rassis, il fait plus d’acquit et tient mieux au ventre’’ disait-elle.

Vous remarquerez que la baguette de ce temps-là est bien plus longue que celles vendues de nos jours et qui sont seulement cuites par ceux qui se prétendent boulangers mais qui se font livrer leur pâte surgelée la nuit tant ils en sont honteux. A cette époque de mon enfance, la boutique était couverte d’une fine couche de farine qui s’échappait du fournil où était malaxée la pâte dans un pétrin mécanique aux longs bras d’acier. Le boulanger ne pétrissait déjà plus à la main, comme autrefois le faisait son père, qui imprégnait la pâte de sa sueur qui, disait-on faisait effet de levain.

Les temps ont changé, le pain est désormais vendu par la grande distribution et les Français ont perdu le goût de la baguette dorée dont la senteur délicieuse s’échappait jusque dans la rue…

Ah nostalgie… quand tu nous tiens !