Le ciel qui était parfaitement clair pour l’éclipse parce que nous étions en altitude est devenu laiteux. Les forêts qui brûlent depuis des semaines génèrent des feux dont les fumées obscurcissent les lointains.

La circulation est dense, fluide mais ralentie.

Les ranchs doivent ici être démesurés puisqu’un petit avion est posé sur une piste individuelle qui permet sans doute au fermier de surveiller son domaine et se déplacer à la ville.

Comment en sommes-nous venus à évoquer Einstein et son E=mc2 ? Mais aussi : où est mon vieux Nikon ?

Les champs que nous longeons sont arrosés en puisant dans les nappes phréatiques : autrement dit, les fermiers entament leur capital d’eau. Ils doivent cultiver le fourrage afin de nourrir le bétail pour lesquels des passages ont été prévus sur la petite route que nous empruntons désormais.

Mais JY ne s’en laisse pas compter : il décide de s’engager sur une piste à travers la forêt où nous ne verrons pas un chat (ni un forestier) mais qui lui a permis d’éviter les ralentissements inévitables de la highway saturée. un alignement d’une bonne trentaine de mail boxes (boîtes à lettes) annonce qu’autant de familles vivent éparpillées dans cette forêt. Vingt cinq kilomètres de piste… et nous voici presque seuls sur la route que nous avions quitté saturée…

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L’itinéraire prévu traverse un désert de sable où j’avais proposé de me mettre au volant pour me prouver que mes talents de conductrice étaient capables de maîtriser une Toyota ultra-moderne… Mais le dit désert couvert de buissons arrondis est fermé de clôtures… et la route le traverse entre des grillages, en alternance avec des champs verts, donc arrosés.

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Comment vivent les familles habitant les petites maisons de ce néant ? Ce sont peut-être des ouvriers agricoles.

JY s’est amusé : sur notre vitre arrière empoussiérée, il a écrit avec son index :

On the path of totality or bust !

De la fumée s’élève des montagnes : les firemen doivent être sur la brèche. Le soleil, encore haut dans le ciel est obscurci par les fumées âcres qui prennent à la gorge et devient rouge…

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Crater Lake est là, sous nos yeux, mais à peine visible. Il devrait apparaître d’un bleu des mers du Sud, et ce qu’on entr’aperçoit est gris pâle…

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Une Vaudoise qui parle français nous raconte qu’elle est venue de San Francisco avec des collègues pour l’éclipse ; ils travaillent demain à 8 h et devront rouler toute la nuit. Elle dit leur déception de n’avoir pu voir le lac dans sa splendeur habituelle.

Il  n’y a personne à l’entrée du park pour encaisser le prix des tickets, mais une boîte est prévue pour payer en cash à mettre dans une enveloppe… mais d’enveloppe… il n’y en a pas ! JY répugne à mettre des billets dans la boîte et nous pénétrons dans Crater Lake Park gratis pro Deo et sans états d’âme.

Où allons-nous dormir ? Tous les sites libres susceptibles de nous accueillir sont réservés. JY obtient l’autorisation de camping sauvage : nous sommes dans un parc national où cela est permis. Mais en parcourant les allées, il constate que beaucoup de sites sont libres : il a suffi à JY de proposer à des campeurs n’occupant que peu de place de partager leur espace… et c’est enveloppé (chose faite) ! Notre colocataire a la soixantaine bien sonnée : elle conduit un pick up attelé de sa caravane sur laquelle une affiche proclame qu’elle est démocrate et qu’elle n’est pas contre l’avortement qui doit rester rare. C'est courageux d'affirmer ses convictions aussi clairement dans un pays si coincé où les ligues de moralité sont encore puissantes.

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La nuit devrait être fraîche et Illinca dormira avec moi dans la voiture.