La Bourlingueuse

Carnets de voyages

24 février 2008

Ellen est revenue à la maison

Vous n’avez pas oublié mon amie Ellen, la merveilleuse vieille dame de Caroline du Nord, qui est volontaire sur tous les fronts où la Nature envoie ses catastrophes  et les calamités qui accablent les pauvres gens.

Elle m’a longuement écrit pour dire ce qu’elle a vu, et je vous fais part de quelques-unes de ses réflexions que j'ai traduites…

Témoignage après les tornades…

Quelle différence d’un jour à l’autre! Dans les dernières heures du 5 février, les divers membres de la famille de Scott « étendue » ont vaqué à leurs occupations comme d'habitude.

-         Marie Virginia Scott Carmouche et son mari Bob dans le cadre de leur confortable maison sur les terres de la ferme familiale

-         son frère Willie, qui vivait seul, dans la simple maison de bois voisine où son père est né

-         Jack et sa femme Vicki dans un mobil-home de l'autre côté de la route

-         Clarence Hayne Scott, le père de Mary, Willie et Jack, avec sa femme Christine dans une caravane à l'ombre de la vieille maison inoccupée et sans électricité où ils ont grandi.

Cette nuit-là, une série de tornades a plongé sur les terres accidentées de cette communauté familiale du Centre-Nord du Tennessee et à l'aube il était évident que la maison des Carmouche avait un trou béant dans façade; que le toit de Willie était parti, que le mobil-home de Jack n’était plus qu’un tas de décombres; que la maison de l'aîné des Scott aînés était partie… et eux aussi. Le corps de Clarence Scott, au soir de ses 80 ans, a été trouvé ce matin en haut près de la grange où il élevait ses moutons, et plus tard dans la journée, celui de sa femme qui gisait dans un champ de l'autre côté de la grande route. Le reste de la famille ne savait plus quoi devenir avec deux maisons endommagées, deux maisons détruites, deux morts et deux obsèques, la perte de 17 moutons et miraculeusement, la naissance d'un agneau en cette nuit qu'on peut appeler celle de "la tempête monstrueuse"  C'est juste une histoire  parmi les centaines de terrifiantes histoires  et la description des destructions engendrées par les violentes tempêtes  qui ont sévi cette nuit-là au Tennessee. Comme dans beaucoup de ce type de catastrophes naturelles, les histoires sont strictement semblables, avec seulement les noms, la sévérité des pertes et le nombre de morts qui changent… Certaines sont des étonnants récits de survie, comme ça a été le cas d'une famille de cinq personnes, incluant un nouveau-né qui s'est entassée dans le placard central de leur mobil-home que la tornade a renversé sens dessus dessous. Vous ne pouvez plus distinguer la caravane; elle n'est plus que des débris tordus. Mais ils sont tous sortis vivants. Certaines des histoires sont plus dramatiques que d'autres, mais toutes me brisent le coeur.

Comme je le disais, c'était du boulot, mais j'ai été heureuse de le faire.

J'ai eu la bonne fortune de travailler de nouveau avec Ed Porter, ce photographe extraordinaire "le Sage de Sioux City". Il est si bon dans tout ce qu'il fait que notre manager nous a "attelés" comme une équipe de photo/auteur. En somme, nous avons fait du bon travail.

Les gens de cette partie du Tennessee sont incroyablement réalistes, fiers, indépendants et gentils, malgré leur souffrance. Ils ne sont pas parmi les nantis de ce pays... 

Comme toujours, j'ai été heureuse de rentrer à la maison, mais je suis encore plus heureuse d'avoir fait cette expérience. 

La paix

soit avec vous.

Hélène Scarborough          

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09 février 2008

Works in wilds of Tennessee

Je reçois ce matin un mail de mon amie Ellen m'annonçant son départ imminent pour le Tennessee, dévasté par les récentes tornades. Elle sera absente deux semaines, peut-être plus. Je rappelle à ceux qui n'ont pas lu ce que j'ai écrit d'elle auparavant que cette femme étonnante est une ancienne journaliste, bénévole de la Croix Rouge dont elle conduit un gros camion porteur de matériel de première urgence, qu'elle parcourt les USA sur les divers lieux de catastrophe, qu'elle trouve encore le temps d'écrire des articles relatifs à ce qu'elle voit et que les "piges" que lui paient les journaux sont reversées par elle à la Red Cross (Croix Rouge). Elle vit depuis trente ans avec un seul rein, puisqu'elle a donné l'autre à son fils... et qu'elle a plus de 80 ans à ce jour.

Je suis si fière d'être parmi ceux qu'elle honore de son amitié...

La voici lors d'une interview qu'elle a accordée à la TV lors de mon dernier séjour chez elle.  "Ils me prennent pour une vache sacrée" dit-elle avec philosophie.904001

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05 mars 2007

Je vais te faire rire !

La phrase d'Ellen "Je vais te faire rire" s'est déplacée à la fin du texte, alors qu'elle aurait dû être près de la Tour Eiffel de Fayetteville. C'est elle qui était censée me faire rire, et non les mégalithes bretons !

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03 mars 2007

Le truck d'Ellen

Je suis un peu inquiète de n'avoir pas reçu de nouvelles d'Ellen depuis quelques semaines. Il y a trois jours, j'ai envoyé un mail pour lui dire que j'avais un blog sur lequel j'avais commencé à parler d'elle, mais que je souhaitais la mettre au courant afin qu'elle me permettre de continuer (ou non). Ellen ne parle ni ne lit le français, donc, elle ne comprendra pas ce que j'ai écrit à son sujet, mais elle sait bien ce que j'en pense ! Et comme elle ne court pas après la gloriole, elle en est toujours surprise... En ce moment, elle est inquiète au sujet de son fils dyalisé, pour lequel elle ne peut plus donner de rein puisque c'est déjà fait.  3 mars 2007 - Elle m'a répondu la nuit dernière : après quelques soucis, tout va mieux; mais elle n'a pu aller en Alabama parce qu'elle n'avait que deux semaines à donner et que la Red Cross lui en demandait trois. En revanche, lundi, elle s'est rendue utile lors d'un incendie à Charlotte qui a ravagé trente appartements.

Lorsque je suis retournée en Caroline du Nord, en 1999, Ellen avait 75 ans à l'état civil, et continuait ses activités. Je l'ai accompagnée un jour à une réunion de travail au siège de la Red Cross. Le boss me sachant Française, se présente à moi disant "I am Boche"... Allemand de Hambourg, il s'est  installé aux USA en 1945. Sur le parking, Ellen, fiérote, me désigne un camion de belle taille "c'est le mien". Je suis stupéfaite : un si gros véhicule aux mains d'une frêle mamie ! Jusqu'alors, je pensais que son rôle de volontaire consistait essentiellement à  décrire ce qu'elle voyait pour les journaux afin de sensibiliser l'opinion et encourager les dons... Mais elle conduit le truck qui arrive avec le matériel de première urgence et les médicaments.

A Fayetteville où elle a vécu, Ellen tient à faire un pèlerinage dans son quartier, nous passons au ralenti devant son ancienne maison, qu’elle regrette encore, puis m’emmène au « Fayetteville Observer », le journal où elle a commencé sa carrière, et où l’accueil qui lui est réservé, depuis les jeunes employés jusqu’au directeur, laisse voir l’estime dont elle est entourée. Une journaliste, dont la mère était Lorraine, me parle à une vitesse incroyable, et je suis étonnée de la comprendre parfaitement. En revanche, elle ne connaît pas un mot de français ! Quel dommage...Tour_Eiffel_Fayetteville

Une Tour Eiffel (au dixième) fait ce qu’elle peut pour étirer sa silhouette, mais elle aura du mal à atteindre son illustre modèle ! Déluge pendant les 250 km qui nous séparent de Charlotte, sur des petites routes à deux voies en mauvais état. En France, les nôtres sont beaucoup plus souples... et sans trous !

Nous sommes allées un soir dans le restaurant italien, où un Slovaque de ses amis, ancien musicien à l'Opéra de Bratislava (anciennement Presbourg précise-t-il) d'où il a fui un régime qui ne lui convenait pas, joue Laslo_et_son_Steinwaychaque vendredi et samedi soirs depuis sa retraite de musicien classique. Il me fait signe de venir au creux de son piano à queue encombré de partitions et nous fredonnons ensemble des morceaux qu'il choisit à mon intention. Ce soir, j’ai eu un concert privé de musique française. Pour moi seule, car les dîneurs n’écoutent pas, il a joué Moulin Rouge, la Mer, Bel Ami, Gigi... etc... Bécaud, Trénet, Michel Legrand... Puis, par jeu, il me demande si j’ai une bonne mémoire, et je reconnais... « Symphonie... Sentimental Journey... Begin the Biguine... ». Il n’a pu me coller, à son grand plaisir... Il termine par quelques mélodies de Frankie (Sinatra) et nous quitte sur "Stranger in the Night". Quel bonheur d'avoir entendu ce soir les airs qui ont fait chanter mes quinze ans !

Le dernier breakfast, nous l'avons pris dans un troquet sympa où les  « Grits ‘n’ Grease » (qui pourra m'en  rappeler la signification ?) la bande des copains d’Ellen, se réunit chaque samedi de 9 h à 10 h, pour un moment de franche rigolade. Ils sont journalistes, professeurs, pasteur, de 45 à 75 ans, et tous volontaires pour la Croix Rouge. Ellen est leur « mamma ». Ici, on ne m’a pas parlé de bumbing, ni de politique... Je n’ai pas tout compris, mais j’ai suivi. Certains « jokes » ont même été lumineux, sans explications. En 2006, les plus jeunes ont autour de trente ans, et, à 83 ans, elle est toujours la doyenne !Etape_03

Où que je sois allée en sa compagnie, j'ai vu l'aura que dégage cette femme étonnante, si petite, mais dont l'éternel sourire cache tant de fêlures...

Je vous avais promis la photo du troupeau d'oies, dont l'une va dans l'autre sens, dont Ellen dit que c'est elle ! La voici donc.

Si elle consent, je vous dirai plus tard comment elle a fait sa carrière. Et si je retrouve les photos (argentiques) de son premier séjour à la maison, vous saurez quel émerveillement a été le sien devant nos mégalithes bretons.

« Je vais te faire rire », dit Ellen...

Posté par bourlingueuse à 00:22 - Merveilleuse Ellen - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 février 2007

Naissance d'une amitié

Ellen parle peu d’elle ; son engagement dans la Red Cross est la suite logique de sa vie professionnelle de journaliste… et puisqu’il faut bien occuper son temps, autant se rendre utile. Pour un peu, elle dirait que sa vie est banale…

Cependant, le dessin d’un groupe d’oies est accroché dans son entrée : huit vont dans le même sens, une seule regarde de l’autre côté. « C’est moi ! » Visite_au_journalCharlotte_Obsever dit-elle avec malice.

Au Charlotte Observer, le journal où elle était reporter, nous sommes accueillies avec chaleur, d’autant que Pat Gubbins m’a consacré un article, mais la vedette, c’est Ellen, qui a visiblement laissé ici une marque profonde.

Avec elle, j’ai visité les musées de Charlotte, dont le Mint Museum, qui vaut le déplacement. On y voit : Rembrandt, Dürer, Goya, Delacroix, Corot, Boudin, tant d’autres… et des vestiges précolombiens. Blue_Ridge

Avec elle encore, j’ai parcouru le Blue Ridge et les Smoky Mountains dans la splendeur de l’automne mordoré. La teinte bleue des brumes quiSmoky_Mountains_in_automn atténuent les lointains a donné leur nom à ces crêtes peu élevées, qui offrent des panoramas contrastés, le rouge des arbres s’opposant au bleu des arrière-plans.

Avec elle toujours, j’ai découvert Biltmore, qui est le château que George Washington (si ! si !) Vanderbilt III, 28 ans, fit construire à la fin du XIXe siècle parce qu’il ne savait plus où Ch_teau_de_Biltmoreranger ses affaires. C’est un fabuleux machin de 255 pièces qui est toujours propriété de la famille, et qui sert de décor à des banquets officiels auxquels Ellen dit avoir souvent participé par obligation. Elle m’explique que les Américains raffolent du lieu, ils seCaves_de_Biltmore recréent une histoire, et comme ils respectent l’argent (c’est que Dieu l’a voulu)… La « winery » produit le vin des vignobles et le maître de chai est un Français qui nous a conseillées dans le choix des dégustations. Certains viticulteurs de chez nous ont des soucis à se faire, car ses vins de Caroline du Nord sont agréables et goûteux. Coup d’œil sur l’alignement des fûts de chêne.

Pendant notre absence, la Red Cross a appelé Ellen pour un incendie downtown.

Le Musée de l’Ecriture a été une incroyable découverte, et, sans elle, bien des choses m’auraient échappé.

Les soirées avec Ellen sont un délice, tant elle est cultivée et si elle peut parler de sujets graves avec une petite voix douce, elle a des idées bien arrêtées en politique.

Pour notre départ, elle a fait fort : collants noirs, short à fleurs assorti à la veste et bob couvert de pin’s. La photo est dans « Notre première rencontre ». Nous nous reverrons en France l’an prochain, c’est « promis juré ». Sous ses aspects futiles, elle cache une douleur vive : son fils ne va pas bien : il a trois reins, ses deux à lui et celui d’Ellen qui, après 5 ans, a cessé de fonctionner. Il est en attente d’un transplant.

Une grande dame… vraiment !

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07 février 2007

Notre première rencontre

J'ai rencontré Ellen pour la première fois en 1994, à Charlotte USA.

Avec les copains habituels, nous étions partis en Caroline du Nord dans le cadre d'un programme d'échanges internationaux, et nous étions hébergés en famille. Pour ma part, à notre arrivée, j'ai été accueillie chez Pat et Douglas Gubbins, qui m'expliquent que leur maison sera la mienne en l'absence d'Ellen, partie en mission pour la Croix Rouge sur les lieux d'un hurricane qui a fait beaucoup de victimes. J'apprends que Pat, journaliste a longtemps travaillé avec Ellen, jusqu'au moment où cette dernière a dû prendre sa retraite. Mais elle s'est alors engagée à fond dans la Red Cross, conduisant les camions de matériel sur le lieu des catastrophes où qu'elles se produisaient. J'étais impatiente de connaître cette extra-terrestre ! Un soir enfin, avant le dîner, Ellen a fait son entrée, rieuse et pimpante, dans un training bleu doux. Malgré 4 heures de conduite (avec 4 vieilles dames précisa-t-elle) et ses 70 ans, elle éclatait de santé. Petite, vive, intéressante, elle avait le sourire et le regard bleu d'un enfant, et elle a été ma deuxième "maman" pendant le séjour... J’ai été fascinée par cette personnalité si modeste et pleine d’humour.

Depuis, je suis restée sous le charme de cette femme étonnante.

Pendant sa vie professionnelle, elle a croisé maintes personnalités de la vie politique et du show bizz, sans que cela lui ait tourné la tête. Ella a aussi donné un rein pour la survie de son fils.

Une grande dame, dont je suis fière d'être l'amie...

Vous entendrez encore parler d’elle !..

ellenellen_2

Posté par bourlingueuse à 12:32 - Merveilleuse Ellen - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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