L'escalier de service

L'escalier de service

120ème Devoir de Lakevio du Goût
Hopper prétend que cet escalier se trouve au 48 rue de Lille, à Paris.
Je n’en suis pas si sûr.
Je connais trop bien cet escalier pour croire Edward Hopper sur parole.
Mais vous, le croyez-vous ?
Qu’en dites-vous ?
J’espère en savoir plus lundi.

 Cet escalier n’est pas celui qu’empruntent les invités des actuels occupants des immeubles cossus construits au XVIIIe siècle par les armateurs nantais enrichis par le commerce du ‘’bois d’ébène’’, et qui s’alignent encore sur le célèbre quai de la Fosse..

Les façades de ceux qui ont résisté aux bombardements alliés qui visaient le port (mais lâchaient leur cargaison au hasard depuis 5.000 mètres) ont été restaurées et retrouvé leur splendeur architecturale d’antan. Même si le tuffeau a perdu de son éclat à cause de la circulation motorisée, ces immeubles restent les vestiges d’un passé révolu que peu de Nantais revendiquent…

Néanmoins, de nos jours, ils sont très recherchés par la bourgeoisie aisée et font le bonheur des agences immobilières.

Lorsque le visiteur franchit le porche monumental, il a sous les yeux un somptueux escalier de granit* qui le mènera aux étages s’il n’emprunte pas l’ascenseur hors d’âge installé là depuis soixante ans…

Remarque-t-il une petite porte grise qui se cache un peu au fond du hall ?

Là se trouve l’escalier de service réservé au petit personnel des occupants et aux fournisseurs venant livrer. Celui-là n’est pas en granit, mais en bois : en cas de danger, les serviteurs devaient pouvoir sortir avec les maîtres… et les aider à descendre ?

Cuisinière, femme de chambre, valets, cocher, (plus tard chauffeur-maître d’hôtel) ne pouvaient utiliser les mêmes toilettes et les petits coins qui leur étaient attribués occupaient un angle dudit escalier à mi-étage.

§

Les temps ont bien changé, et le personnel de service est devenu trop rare pour que le mélange des torchons et serviettes ne soit devenu la règle commune de notre XXIe siècle, ce que regrettent sans doute quelques nostalgiques des temps bénis de l’avant-guerre où l’on savait encore vivre… et se faire servir.

 §

* Depuis le grand incendie de Londres au milieu du XVIIe siècle, les escaliers des immeubles nantais ont été construits en pierre afin de faciliter l’évacuation des habitants.