Pique-nique dans les blés

Qu’est-ce qui les met de si joyeuse humeur ?
Je vous dirai lundi ce que j’en pense.
J’espère surtout lire ce que vous en pensez…

À lundi donc…

Guillaume n’était encore pas descendu du nuage sur lequel il vivait depuis que Jeanne, en visite chez ses parents, avait accepté sa proposition d’un pique-nique dans le champ de blé qui était juste derrière son corps de ferme.

Il faut dire que Jeanne était devenue une demoiselle de la ville depuis qu’elle avait quitté leur village pour devenir maîtresse d’école, et Guillaume, amoureux depuis leur prime jeunesse, n’avoir jamais osé montrer ses sentiments tant il craignait de se faire moquer. Même s’il avait décroché brillamment son certificat d’études avec la place de premier du canton, il se sentait tellement ignorant face au puits de science que devait être la jeune fille…

Néanmoins, une chose le rassurait : son métier était sa grande force, sa richesse et il ne craignait personne pour l’exploitation de la terre qu’il avait héritée de ses ancêtres. Ils l’avaient tant imprégnée de leur sueur qu’il en était ému en pensant à eux qui l’avaient précédé. Mais il avait voulu faire de leur (de son) domaine une ferme modèle et Guillaume avait commencé par installer une éolienne qui montait l’eau sans effort, puis acheté un tracteur, le premier du canton, lorsque ses vieux chevaux n’avaient plus eu assez de force pour tirer la charrue. Au fil des ans, ses idées de pionnier avaient donné de l’élan à ses voisins fermiers, mais il restait le précurseur. Des châssis de verre abritaient maintenant des légumes rares et des primeurs qui faisaient l’étonnement des villageois et se vendaient à prix d’or à la ville.

C’est pourquoi tout fiérot, il en avait apporté un panier qu’il avait négligemment posé derrière lui…

Jeanne avait paru ne rien voir d’autre que lui, Guillaume. Elle avait posé son chapeau et lui parlait de leur enfance commune, évoquant des souvenirs qu’il avait oubliés.

Osera-t-il lui poser la question qu’il garde depuis si longtemps ?

Il n’en a pas eu le cran ce jour-là, paralysé par l’angoisse…

Jeanne acceptera-t-elle un autre pique-nique ?

§

Surbookée depuis ces dernières semaines, j'ai bâclé ce devoir en m'inspirant de l'histoire vraie de Louis et Marie Guillemot qui ont fini par se marier en 1920 mais ont fini dramatiquement leur histoire d'amour à cause de la crise financière du krack de 1929.