Mona Lisa se lâche...

Mona Lisa selâche

Mais pourquoi diable, sourit-elle ?
Je crois que je le sais.
Je n’y ai pensé que récemment mais ça me tracassait depuis si longtemps.
Et vous, d’après vous ?
Pourquoi Lisa Gherardini a-t-elle cette amorce de sourire, retenu, si mystérieux que la question de la raison de ce sourire naissant traverse les siècles depuis la Renaissance ?

Alors à lundi pour partager vos supputations...

Mona Lisa ne rit vraiment que la nuit, quand le Louvre est désert… Des centaines de visiteurs se plantent quotidiennement devant elle, lui agitent leurs objectifs sous le nez, quand ce n’est pas une canne de selfie. Dans ce cas, le vrai sujet n’est pas elle, la Joconde, mais le photographe qui aussitôt, s’en va satisfait, car à son retour chez lui, il pourra prouver à ses amis qu’il l’a vue… le temps de la photo !  

Mona Lisa s’ennuie le jour, et elle a décidé d’arborer en public cette ébauche de sourire qui a fait sa réputation depuis plus de cinq siècles, mais qui, à la longue, lui donne de furieuses crampes lorsque ferme le musée. Après le passage des balayeuses et cireuses électriques puis la dernière inspection des gardiens, elle sait que la nuit est à elle et qu’elle va pouvoir se lâcher ! Cela avait commencé il y a près de cinquante ans, quand on lui avait fait traverser l’Atlantique dans un caisson prétendument insubmersible pour l’accrocher aux cimaises du  musée de Washington DC. Ah ! il s’en passait de belles la nuit dans ce lieu prestigieux fréquenté en journée par des gens si convenables mais totalement coincés. D’abord surprise, Mona Lisa s’était vite mise au diapason. Elle s’était liée avec Mémé Luisa, une cubaine délurée qui lui avait fait danser la salsa et avait une idée fixe : être accrochée au Louvre de Paris !  Au fil du temps, elles avaient mis au point une stratégie : elles échangeraient leurs vêtements et… ni vu ni connu, chacune prendrait la place de l’autre…

C’est ainsi que la Joconde que vous voyez au Louvre n’est pas celle de Léonard, mais la pétulante Mémé Luisa de la Havane qui s’ennuyait tant  chez les puritains et rêvait de Paris, du Louvre et du Moulin Rouge.

Et la vraie Mona Lisa me direz-vous ? Elle a pris le goût des voyages et, une belle nuit, a pris la fille de l’air. L’enquête de la C.I.A. (qui recherchait les voleurs de ce tableau cubain avait proposé une prime importante à qui la retrouverait) n’ayant rien donné, on abandonna l’affaire.

Pendant ce temps, Mona Lisa avait eu envie de connaître Cuba, l’île dont Mémé Luisa lui avait tant parlé. Comment s’était-elle retrouvée accrochée dans cette galerie un lendemain de fiesta pendant laquelle elle avait dû forcer un peu trop sur le daïquiri ?

Elle avait la tête lourde et l’œil éteint, mais si elle voulait se tirer d’ici, il fallait qu’elle se ressaisisse afin de séduire le futur acheteur. Ce fut une femme qui posa sur elle le regard intéressé qu’elle espérait : elles se plurent au premier coup d’œil et l’homme qui l’accompagnait avait le sourire complice qui lui fit comprendre qu’elle allait une fois encore voyager, mais avec eux…

Rares sont ceux qui savent qu’une adorable case créole de la Mer des Caraïbes abrite désormais la vraie Joconde qui prend là du bon temps vingt quatre heures par jour…

Mémé Luisa au Louvre