Le pêcheur de Notre-Dame

(suite et fin)

Le pêcheur de Notre-Dame

En réalité, mon amie a été la victime de son confesseur qui l’a manipulée. Issue d’une famille catholique croyante mais sans fanatisme, son père avait été séminariste avant de se marier. Ce prêtre indigne l’a convaincue de ‘’racheter la faute’’ paternelle en prenant le voile et consacrer sa vie à la rédemption du père. Au couvent, elle s’infligeait des tortures terribles dans sa cellule : en fait, elle avait fini par perdre la raison et c’est pourquoi on l’a poussée à redevenir laïque, mais dans un autre couvent.

Je n’ai pas eu le courage de la revoir après cette seule visite : elle était devenue un zombi… Où était donc la belle plante rieuse du temps de notre jeunesse où complices, nous dormions sous la tente l’été, après avoir fait à bicyclette les 50 km qui séparent Nantes de l’océan ? Nous n’avions plus rien à nous dire : elle se préoccupait seulement de savoir si je ne la ferais pas arriver en retard pour le dernier office de l’après-midi, célébré par un officiant quasi centenaire.

Elle était indifférente lorsque nous nous sommes quittées, soucieuse seulement d’aller à la chapelle.

Non… je n’ai pas voulu la revoir…

§

Que j’vous raconte ce qui m’est arrivé il y a quelques semaines…

Depuis que l’homme de ma vie s’en est allé dans un monde que l’on dit meilleur, j’ai une passion pour un certain Michel qui est devenu mon ami de chaque jour : je ne m’en cache pas et d’autres que moi partagent mes sentiments.

Vous avez peut-être deviné qu’il s’agit de Michel Laclos le verbicruciste dont je savoure chaque définition. Je le connais si bien que je dénoue toutes ses ficelles et sais où il veut m’amener.

Ce jour donc, après avoir mis à cuire à feu doux mon frichti, je me suis attablée dans la cuisine le dos tourné à la cuisinière et l’esprit totalement occupé par la grille 20 x 20 de "mon" Michel.

Il faisait beau, la porte-fenêtre sur le jardin était grande ouverte, le temps a passé, ma grille avançait et j’étais aux anges.

Un bruit strident a soudain crevé l’ambiance feutrée de la maison…  Le détecteur de fumée s’emballait et je me suis précipitée à l’étage pour lui couper le sifflet. Oui mais… une fumée épaisse avait envahi la cage de l’escalier et je suis redescendue vite fait dans la cuisine où la cocotte SEB (pas couverte) ne contenait plus qu’un amas charbonneux qui avait calciné !

Ouvrir toutes les portes et fenêtres de la maison, débrancher le détecteur n’a pris que quelques minutes, mais ‘’ravoir’’ la cocotte s’est révélé impossible : elle ne s’en remettra pas.

Tout ça pour vous dire qu’il m’a fallu réaliser que j’avais perdu l’odorat ! Aurais-je eu le (la) covid19 ? Persuadée que j’avais été en contact avec le virus, même si je n’avais aucun autre symptôme, j’ai suivi les conseils de mon médecin qui m’a prescrit deux tests : nasal et sanguin qui se sont avérés négatifs.

Le virus n’a, jusqu’ici, pas croisé ma route, mais je n‘ai toujours pas d’odorat et je ne sais pas depuis quand il m’a lâchée.

Même un feu de bois dans la cheminée laisse mes narines indifférentes…

Promis, juré : désormais, je laisserai Michel Laclos à la niche quand je cuisinerai !