Le pêcheur de Notre-Dame

Le pêcheur de Notre-Dame

 

Comme disait une chanson de la première moitié du XXème siècle à propos des baisers : Méfiez-vous des pêcheurs mesdemoiselles car il y a pêcheur et pécheur…
Je suis sûr que vous avez beaucoup de souvenirs des uns.
Ou des autres…
Je pense que nous aurons tous quelque chose à dire et à lire lundi…

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J’ai vingt ans, c’est mon premier séjour à Paris et je me balade seule à la découverte de la ville-lumière…

J’ai rendu visite à Notre-Dame où j’ai bien failli laisser ma chevelure : afin d’accomplir le vœu d’une amie qui s’apprête à prendre le voile chez les Sœurs Bleues de Castres, j’ai allumé un cierge sans réaliser que le foulard dont j’avais couvert mes cheveux a pris feu et aurait flambé encore plus sans l’intervention d’une touriste qui a su réagir vivement avant le désastre annoncé…

Les genoux encore flageolants, j’ai suivi le quai, traversé le pont de l’Archevêché et longé le fleuve parcouru par les bateaux-mouches.

Mais que fait ce pêcheur tournant le dos à la Seine ? Les pieds bottés posés dans un cercle métallique, il s’apprête à lancer sa ligne à l’aveuglette en arrière et lâchera son moulinet au moment qu’il jugera opportun. Pour l’instant, il se concentre sous les yeux d’autres concurrents qui attendent leur tour pour la compétition…

Prudemment, je préfère m’éloigner avant qu’un autre désagrément ne me pourrisse la journée, et mes pas me conduisent un peu plus loin

Soudain, une scène insolite attire mon attention. Une jeune fille manie une épuisette fichée au bout d’une longue perche. Elle se tient à l’aplomb du quai de pierre, repère quelque chose dans l’eau de la Seine, descend son épuisette, puis la remonte doucement en raclant le quai… et ramène une écrevisse que sa grand-mère ajoute à d’autres dans un panier de pêche en osier ! Cela me paraît incroyable, mais elles me confirment qu’elles viennent ici pêcher une fois par semaine aux beaux jours.

En 1952, l’eau de la Seine à Paris était assez claire pour laisser apparaître des écrevisses accrochées aux quais, et assez saine pour qu’elles puissent y vivre !

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NB – Mon amie n’a pas pu rester dans son couvent : jugée trop ‘’fervente’’ (elle s’infligeait des sévices sévères pour se faire pardonner… mais de quoi ?) les sœurs l’avaient gentiment poussée dehors avant ses vœux définitifs. Elle n’a jamais été internée, mais recueillie en tant que civile dans un autre couvent où je suis allée la voir une fois…

Une seule fois… mais, de retour à la maison, je me suis consolée au Martini, dont je n’ai jamais bu aucun verre depuis !