Tout finit par s'arranger ?

 

Tout finit par s'arranger !

Mais que diable vient-elle d’apprendre ?
Cette toile qu’on pourrait croire de Hopper si cette impression de joie ne venait assurer qu’il ne pouvait avoir peinte vous inspire-t-elle ?
Si oui, il faudrait que vous y glissiez les mots :
- Amour.
- Sandwich.
- Lèvres.
- Téléphone.
- Besoin.
- Tournevis.
- Caleçon.
- Seins.
- Gare.
- Cheveux.
- Toilettes

 

Dès qu’il eut posé le pied sur le quai de la gare, Alexandre fut assailli par une tornade en rouge qui lui sauta au cou en lui criant ‘’Mon amour… mon amour !’’

 Au téléphone, il était pourtant resté vague, mais la diablesse n’avait pas eu  besoin de plus de détails pour comprendre… Comprendre quoi ? Qu’ils allaient enfin pouvoir vivre au grand jour leur passion dévorante que sa famille trop stricte avait condamnée. La mort brutale du ‘’pater familias’’ semblait avoir mis fin à l’ostracisme dont Marilou était la victime. Ta ‘’gigolette’’… disait son père avec mépris, tu ne vois donc pas qu’elle ne s’accroche à toi que parce que tu es l’héritier des Aciéries Françaises de l’Est ?

 Il avait pris le train le soir même pour Paris, et il comptait bien revenir à Wassy avec Marilou avant les obsèques. Il saurait bien imposer à tous la femme dont il était fou ! Il était si troublé que, dans les toilettes du train, il avait taché son caleçon  avec le trop-plein resté sur sa main, de la mayonnaise d’un sandwich trop bien garni.

 Ses lèvres carminées ne quittaient pas les siennes tandis que ses seins se pressaient contre lui et le troublaient, tout comme le parfum de ses cheveux qui le faisait chavirer.

 Marilou ne le lâchait pas, et il commençait à se lasser : une crampe s’annonçait dans sa main crispée sur les quelques fleurs qu’il n’avait pu s’empêcher de couper dans le parterre qui s’ouvrait sur le parc de la propriété familiale.

 Alexandre  réalisa soudain à quel point Marilou était commune… il n’osait pas penser ‘’vulgaire’’ mais… Elle restait accrochée à lui et il saisit soudain des mots noyés dans un verbiage torrentiel, qu’il eu du mal à remettre dans leur contexte : elle avait clairement dit ‘’ton daron était un grippe-sou !’’

 Il la repoussa avec force et Marilou semblait ne rien comprendre… Alexandre allait devoir passer la nuit sur place, mais demain, il reprendrait seul le premier train pour Wassy. Discrètement, il posa les fleurs sur un banc tandis que Marilou le précédait vers la sortie en se déhanchant à la manière d’une… il chercha le mot qui lui revint à l’esprit. Elle se déhanchait à la manière d’une gigolette !

 ‘’Papa avait raison’’ se dit-il.

 C’est en montant dans le taxi qu’il s’aperçut que dans la poche droite de son pardessus, se trouvait un tournevis.