Avril à Paris

Avril à Paris

Si vous commenciez votre devoir par :
« Distendu, ralenti, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal. »
Le terminiez par :
« Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains. »
Tout ça en brodant pour lundi une histoire autour de cette aquarelle de John Salminen.
Ça vous dit ?

Distendue, ralentie, comme dans un rêve, c’était la musique d’Avril au Portugal  qui me trottait dans la tête. Lorsque j’étais entrée dans le cinéma, le ciel était lourd, et il ne pleuvait pas. Mais en sortant, cela m’avait paru irréel de marcher sur ce trottoir parisien encore enneigé par la chute inattendue survenue au cours de l’après-midi. La météo avait bien annoncé un risque probable de neige en Ile de France mais je n’avais pas pris la prévision au pied de la lettre et regrettais bien de n’avoir pas chaussé mes snowboots au lieu de mes chaussures de ville qui laissaient mes chevilles se geler sous le bas de mon pantalon…

 Le ciel avait pris une étrange couleur ocrée et les réverbères comme le kiosque à journaux dispensaient une lumière crue qui semblait anachronique en avril, à cette période de l’année qui devrait sentir le printemps.

 C’est bien la silhouette familière de Jeanne qui s’avançait, et sa chevelure était nimbée de la clarté du lampadaire. Elle ne semblait pas m’avoir vue et ; chaussée confortablement, marchait d’un pas allègre. Je reconnus le sac de la boutique de luxe où elle a l’habitude de renouveler sa garde-robe à chaque saison, et je souris en pensant qu’elle avait sûrement choisi une petite robe légère pour un printemps radieux !  

 Jeanne m’avait sauté au cou et enlevé l’un de ses gants pour me faire admirer la ravissante tunique de soie légère qu’elle venait d’acheter… mais qu’elle ne porterait pas dans l’immédiat, ainsi que je lui fis remarquer en riant !

 Ce faisant, elle remarqua soudain mon manteau boueux puis mes mains nues qui portaient les traces sévères de la chute dont j’avais été victime quelques minutes auparavant : mes semelles de cuir avaient dérapé sur le trottoir verglacé et j’étais lourdement tombée en essayant de me protéger le visage de mes mains qui avaient pu amortir le choc. Je fus surprise de les voir meurtries et sanguinolentes : le froid avait endormi la douleur et je ne ressentais rien. Si seulement j’avais pris des gants…

 Jeanne proposa que nous allions me faire panser à la pharmacie toute proche. Après un instant de réflexion, je finis par accepter afin de prolonger ce moment d’intimité avec ma délicieuse et si prévenante petite sœur.

 Jeanne entoura mes épaules de son bras libre et je me sentis soudain envahie par une onde de tendresse pour elle, si pleine de sollicitude pour moi son aînée.

 - Et si nous allions à Cannes voir Marion ? Le printemps de la Côte nous fera oublier celui si détestable d’avril à Paris. C’est décidé : je t’accompagne chez toi et nous bouclerons ta valise. Plus un mot, je m’occupe des billets dès ce soir…

 Comme une petite fille, je m’étais laissé entraîner jusqu’à l’officine où Jeanne d’autorité m’avait fait asseoir avant de prévenir qu’une ‘’blessée’’ avait besoin de soins urgents. Jeanne a toujours aimé dramatiser et s’en amuse.

 - Quelqu’un va s’occuper de toi dans quelques instants. Je suis certaine que tu n’aurais pas pris tes blessures au sérieux et que tu te serais contentée de les passer rapidement sous l’eau du robinet. Ai-je tort ?

 Et de nouveau son regard s’attardait sur mes mains…