L'homme au balcon

L'homme au balcon

Mais que regarde, qu’attend –ou non- cet homme à la fenêtre.
Je sais qu’il regarde par la fenêtre d’un appartement que je reconnais près de la gare Saint Lazare.
Attend-il ou regarde-t-il simplement cette femme qui s’éloigne du côté à l’ombre de cette rue ensoleillée ?
Si vous avez une idée de ce qui occupe ses pensées, dites le lundi.

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L’homme est inquiet. Nadejda devrait être de retour depuis près d’une heure. Il ne se risque pas à descendre pour aller au-devant d’elle, parce qu’il sait qu’il peut être abordé par ses ennemis, arrêté ou, pourquoi pas ? être abattu dès qu’il apparaîtra sur le trottoir. Ils ont changé plusieurs fois de résidence afin de brouiller les pistes, même si la police française sait parfaitement où le ‘’loger’’, mais tant qu’il ne nuit pas à la sécurité du pays qui l’héberge, on ne lui cherche pas trop de poux dans la tête. C’est sa femme qui est chargée de toutes les démarches administratives, ce qui lui coûte de plus en plus, mais s’ils veulent que leurs desseins s’accomplissent, ils doivent préparer le terrain et répandre la ‘’bonne parole’’ dans des oreilles attentives.

 Il enrage de ne pouvoir aller plus vite : sous le couvert d’un cours de russe enseigné à 17 élèves venus de tout l’empire tsariste, on y dispense surtout les bases du marxisme, la philosophie, le droit ou encore l’économie politique. Afin d’héberger ces futurs leaders, qui se font ici passer pour des instituteurs russes en séminaire,  il a fait louer une partie de l’immeuble attenant.

 Il referme la fenêtre, se remet à ses livres, et prépare pour son pays des lendemains qui chantent. Plongé dans ses réflexions, il n’a pas immédiatement perçu les petits coups frappés par la Kroupskaïa, dont le regard d’acier le transperce lorsqu’il ouvre enfin la porte…

 L’homme qui a abandonné son nom de naissance Wladimir Illich  Oulianov a choisi de se faire désormais appeler Lénine, l’homme de la Léna.

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 Le reste appartient à l’Histoire