Balade hivernale

Balade hivernale

Quelque chose m’est suggéré en regardant cette toile.
Mais vous ? Que vous dit cette toile ?
Si voulez bien faire ce « devoir de Lakevio du Goût », vous le commencerez par cette phrase « J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier. »
Et le clorez par « Ce fut un chagrin désordonné. »

J’ai arpenté pendant plusieurs jours le XVIème arrondissement, car la rue silencieuse bordée d’arbres que je revoyais dans mon souvenir correspondait aux rues de ce quartier.

Confortablement chaussée de mes hautes bottes, celles que je préfère et que je traîne depuis des années, j’étais bien décidée à faire remonter de mon subconscient les détails qui me permettraient de reconstituer les faits tels qu’ils s’étaient déroulés et que les années avaient estompés. Bien sûr, les rues de Ste Barbe-sur-l’Ellé même en hiver ne ressemblaient pas vraiment à ce quartier de Paris où la neige s’était invitée inopinément, mais tout de même, l’ambiance s’y prêtait : je voulais absolument tenter de reconstituer  un bref instant de mon enfance.

Je devais avoir six ans et la neige épaisse qui recouvrait notre rue m’avait incitée à quelques timides glissades… Nous les filles étions désavantagées par rapport aux garçons, car il n’était pas question qu’en cas de chute, on put laisser voir ne serait-ce qu’un bout de notre culotte ‘’Petit Bateau’’ ! J’étais seule et j’avançais prudemment sur mes ‘’claques’’ de bois en glissant sur la neige tassée, et ma foi, je m’en tirais assez bien et savourais ma performance avec un plaisir sans mélange.

J’avais bien remarqué une voiture stationnée au bout de la rue, mais sans y avoir vraiment prêté attention. Après plusieurs allers et retours, je fus frappée par le visage de cet homme au volant qui ne me quittait pas des yeux en me fixant intensément. Ses traits me paraissaient familiers et cependant, j’étais certaine de ne l’avoir jamais vu auparavant. Qui pouvait-il être ? On m’avait tellement recommandé de ne jamais parler à des inconnus que, malgré mon envie, je ne fis rien pour m’approcher de lui.

Mes glissades finirent par me lasser, et l’homme était toujours là. Il avait baissé la vitre de la voiture et, visiblement attendait que je m’avance. 

Pourquoi, rentrée à la maison, n’ai-je parlé à personne de cette rencontre qui n’en était pas une puisqu’aucun mot n’avait été échangé ? Quelque chose m’avertissait que c’était un terrain brûlant et qu’il valait mieux ne rien dire…

Me voilà aujourd’hui dans cette rue de Paris si pareille à celle de la maison de mon enfance, et je laisse remonter les images enfouies. Le visage de l’homme au volant se précise. Un flash : je comprends pour la première fois qu’il s’agissait de mon grand-père maternel, celui dont on ne parlait jamais, dont aucune photo ne figurait dans le panthéon familial. Je sens confusément qu’on a voulu me protéger d’un danger en puissance…

Malgré moi, j’ai levé les yeux vers le bout de la rue parisienne que je parcours avec difficulté dans la neige molle. Une voiture est garée mais personne n’est au volant. 

Je sais qu’aujourd’hui je suis assez forte pour aller demander des comptes à ce grand-père inconnu dont l’existence même a été effacée. Mes parents sont morts et je n’ai jamais su de quoi était accusé ce fantôme inexistant…  

Même si je crois aujourd’hui en avoir deviné la cause, ce n’est peut-être qu’une hypothèse… une terrible hypothèse…  

Mon enfance fut privée de la tendresse que mes petites amies avaient pour des grands-parents ‘’gâteaux’’, puisque, me disait-on, mes quatre grands-parents étaient morts, et qu’il n’y avait de photos que de trois d’entre eux.

Ce fut un chagrin désordonné.

§

Mes inondations sont derrière moi et tout est réparé : je vous tiens au courant et vais voir avec l'assurance !