Ces deux petites, où vont-elles ? C’est Pivoine qui me l’a demandé. Elle n’en sait rien mais elle se le demande...
J’ai une idée car je les connais, je sais pourquoi elles vont vers ces rochers noirs, là-bas. Et ce qu’elles pensent et se disent.
Mais vous ? Je suis sûr que oui mais dites le. Ce sera bien, je crois...

§

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C’est la première fois que Sylvie et sa petite sœur Aurore viennent passer quelques semaines dans la villa familiale de l’Ermitage, où elles ont retrouvé Jean et Pierrot les cousins qu’elles ne voient pas assez souvent. Elles qui ne connaissent que le Nord où elles sont nées et où la mer est trop froide pour s’y baigner, elles ont été fascinées par la plage où, avec leurs cousins, elles passeraient bien toute la journée…

Leur mère les croit endormies pour la sieste, mais elles se sont glissées sans bruit entre les pins pour aller vers la barrière rocheuse de granit sombre qui sépare l’Ermitage de la plage qu’on appelle les Rochelets…

C’est que les cousins ont parlé hier soir d’un certain Bernard, qu’ils ont vu marcher d’une manière étrange, et la curiosité des filles a été piquée au vif. Qui est-il ce Bernard ? Est-il un garçon de leur âge… ? A-t-il une ou des sœurs ? Il doit être un habitué de la plage puisque les cousins l’ont appelé par son nom… Elles n’ont posé aucune question, mais elles ont leur petite idée et sont bien décidées à le trouver pour faire sa connaissance.

Arrivées aux rochers, elles ont appelé le garçon, mais il n’était pas là…

Dépitées, elles s’apprêtaient à revenir à la maison, mais dans les algues que la marée avait découvertes, elles s’amusèrent à observer la marche vive et latérale de minuscules crabes verts, qu’elles s’enhardirent bientôt à titiller prudemment avec une brindille, mais, comme ils dressaient des pinces agressives, elles s’en éloignèrent vite. Des bigorneaux étaient collés au rocher : elles en avaient mangé la veille et furent surprises de les voir se rétracter sous leur opercule et elles réalisèrent soudain qu’ils étaient… VIVANTS !

Sur le chemin du retour, leur regard fut attiré par une coquille qui marchait toute seule sur le sable mouillé ! Comment la chose était-elle possible ? Vivement, Sylvie qui n’avait pas peur de grand-chose s’en saisit pour comprendre pourquoi ce gros bigorneau pouvait se déplacer. Des petites pattes sortaient de l’orifice qu’elle s’attendait à voir fermé par une capsule brune…

Résolument, elle fourra la coquille dans la poche de sa robe, bien décidée à épater ses cousins par sa trouvaille.

Lorsqu’elles réapparurent, personne ne sembla surpris de les voir revenir de la plage alors qu’elles étaient censées dormir… Les cousins montaient des maquettes de bateaux sur la table du jardin… et Sylvie s’approcha en catimini, pendant qu’Aurore riait déjà du bon tour que sa sœur allait faire aux garçons…

Jetant brusquement le coquillage ‘’à pattes’’ parmi les pièces détachées des maquettes, elles s’attendaient à des cris d’étonnement effrayés, mais au lieu de cela :

—     Ah ! Vous en avez trouvé un ! Il est plus petit que ceux que l’on trouve d’habitude. Mais il faut le remettre dans la mer ou sur les rochers… sinon il va mourir.

—     Mais qu’est-ce que c’est ?

—     Vous ne connaissez pas ?

—     Ah ! c’est de ça que vous parliez hier soir à dîner ?

—     Ben oui… c’est un bernard-l’ermite ! ! !

  

Bernard