S’ensuivent cependant trente ans de paix et de prospérité, même si les Anglais se méfient de ces gens qui ont deux tares majeures à leurs yeux : ils sont Français ET catholiques (ils disent papistes).

Dès avant 1755, les Anglais veulent s’emparer des possessions des Acadiens qui occupent les plus belles terres de la Nouvelle-Écosse qu’ils ont gagnées sur la mer, et leur présence constitue un obstacle à l’établissement de leurs propres colons arrivés en 1749.  Mais les Anglais ne sont pas encore prêts à expulser ces populations en contrevenant au traité d’Utrecht. Les Acadiens leurs sont utiles, parce qu’ils fournissent une main-d’œuvre pour l’approvisionnement des denrées essentielles à leur survie. De plus, les Acadiens les protègent contre les "Indiens" Mi’kmaq auxquels ils sont alliés. Puis en 1755, le gouverneur Lawrence, exige à nouveau le serment  d’allégeance au souverain anglais. Mais il se heurte au refus massif des 13.000 Acadiens qu’il peut maintenant expulser sans états d’âme. Les Britanniques confisquent alors brutalement le bétail, brûlent les maisons, séparent les familles et déportent des milliers d’Acadiens qui se retrouvent sans foyer. Néanmoins quelques milliers peuvent se réfugier dans les colonies françaises voisines.

Beaucoup périssent de maladies ou par noyade au cours des traversées. De 1755 à 1763, environ 10 000 Acadiens sont déportés. Beaucoup meurent d’épuisement ou de faim à cause des conditions épouvantables qu’ils subissent à bord des navires ou à terre. Au cours des mois suivants, ceux qui ont survécu sont rassemblés par les miliciens anglais, embarqués sur des bateaux avec leurs maigres biens et répartis dans les colonies anglaises. La plupart se retrouvent  dans ces territoires qui seront les futurs Etats-Unis en 1776, et dans les Antilles, où ils sont contraints aux travaux les plus pénibles. Ceux qui étaient prisonniers en Angleterre ont pu, après quelques années, venir en France, à Belle-Ile, Nantes, St Malo, La Rochelle… Ce sont eux qui figurent sur la fresque de Nantes, avant leur départ pour la Louisiane où ils allaient commencer une vie nouvelle. Même si certains ont choisi de rester en France (à Belle-Ile)… Dans la colonie anglaise du Maryland, les déportés ne se résignent pas à la tutelle anglaise et s'enfuient au péril de leur vie vers la Louisiane... juste avant que cette colonie française ne passe sous souveraineté espagnole !

Établis dans les mangroves du delta du Mississipi, ils donneront naissance à la communauté des « Cajuns » (une déformation du mot Acadien). Ils seraient aujourd'hui 800 000 mais très peu parlent encore l'ancien dialecte français.

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Un auteur américain Henry Longfellow, écrivit en 1847 un long poème épique où Evangéline, une jeune Acadienne, attend désespérément de retrouver son Gabriel dont elle a été séparée lors de la déportation… Cette œuvre aura un tel retentissement que l’héroïne est devenue le symbole de cette douloureuse histoire, et qu’à l’instar de la Juliette de Shakespeare à Venise, Evangéline a pris vie et est, dans l’esprit de tous, l’incarnation du peuple acadien.

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La fresque initiale a beaucoup souffert de l'humidité générée par le mur sur laquelle elle a été peinte. l'artiste Robert Daffort est venu des Etats-Unis en faire une copie de son oeuvre qui recouvre et protège la fresque initiale, et je file dès le début de l'après-midi  à son inauguration officielle.

Promis, je vous tiens au courant !