Une belle rencontre

Comme toujours désormais, j’ai demandé une assistance qui me facilite bien la vie dans les aéroports. Nous sommes deux dans la salle d’attente de Nantes-Atlantique et n’échangeons que quelques mots. C’est une femme d’une cinquantaine d’années, plutôt fluette qui marche sans difficulté, et un bref instant, je me suis demandée ce qu’elle faisait là. Elle rentre en Guyane ses vacances finies, pour reprendre son travail.

C’est dans le hall du nouvel Orly que nous avons eu le temps d’entamer une conversation au cours de laquelle elle me parle se sa prothèse. Sa prothèse… quelle prothèse ? Elle rit : « Ah ! vous n’avez donc rien vu ! »

Je n’ai en effet pas remarqué ce que ses manches courtes ne dissimulent pas : elle a un bras artificiel. J’ai, bien sûr, posé la question :

-       Que vous est-il arrivé ?

-       C’est de naissance

-       La thalidomide ?

-       Je me doutais que vous y penseriez, mais non, Maman a fait une chute alors qu’elle était enceinte de 2 mois ½. Les médecins ont dit que mon cerveau avait alors été lésé et qu’il en avait ‘’oublié’’ de programmer la croissance de mon bras.

Elle parle avec légèreté. Je sens qu’elle a décidé de ‘’faire avec’’ ou plutôt sans. Son père, dit-elle a contribué à mettre au point la prothèse qu’elle porte, au bout de laquelle est fixée une main en sillicone au toucher tellement naturel qu’on pourrait la croire vraie. La prochaine dit-elle, sera vieillie pour ressembler à sa main, parce qu’en plus, son corps est victime d’un vieillissement précoce.

Elle parle aussi de son ‘’petit coude’’ et de sa ‘’petite main’’, mais je n’ai pas voulu lui poser trop de questions. Aurait-elle dans sa prothèse, une main gauche qui n’a pas pu grandir ?

Elle a été mariée peu de temps, son mari est mort alors que leur fils n’avait qu’un peu plus de trois ans. Elle a grandi à Lorient où son père était dans la Marine (la Royale). Il a ensuite travaillé en Guyane où sa famille l’a suivi et où ‘’N’’ vit toujours en attendant sa retraite. Sa mère est à Vannes où vit sa sœur, dans un ehpad parce qu’atteinte d’Alzheimer.

Dans la salle d’embarquement où elle attend l’avion qui décollera dans peu de temps, elle m’apporte un croissant tiède et doré et nous échangeons nos coordonnées. Sa prothèse lui sert d’appui pour écrire ou utiliser son téléphone.

Aujourd’hui, j’ai fait une belle rencontre : j’ai connu une femme épanouie, lumineuse, qui a sûrement passé de sales moments, mais il émane d’elle un tel optimisme, un tel concentré de bonheur, que je souhaite que nos chemins se croisent à nouveau…