Un balcon

Un balcon

Fabian Pérez - Cendrillons de la nuit

Pour une bouffée... d'air.

 Nous saurons si la soirée a été bonne, lundi !

 

Quittant le salon où continuent de bavarder les autres invités, Geneviève et Jackie se sont isolées sur le balcon qui surplombe la rue violemment éclairée par les lampadaires équipés d’ampoules LED récemment installées pour des raisons d’économie… selon les édiles municipaux.

La douceur de ce printemps précoce a fait que les deux cousines ont toutes deux choisi, par le plus grand hasard, de porter la même petite robe noire qu’elles ont achetée sans le savoir dans la même boutique qui habille les élégantes de la ville. Elles en ont ri et lorsqu’elles se sont vues, et n’en ont pas été gênées… bien au contraire ! Cela prouve seulement que leur entente est si réelle que, comme auraient pu le faire des sœurs jumelles, elles ont séparément opté pour le même modèle. Il est vrai qu’on les prend souvent pour telles, et cela les amuse beaucoup au point qu’elles laissent planer l’ambiguïté.

Geneviève fume nerveusement, contrariée par l’annonce qui a été faite au cours de la semaine passée : il va falloir vivre dès demain à l’heure d’été et avancer sa montre d’une heure… Elle va devoir se lever plus tôt, alors que les soirées se prolongeront, et elle n’aime pas se coucher de bonne heure… Geneviève est une couche-tard dont les programmes TV qu’elle préfère passent en dernière partie de soirée. 

Elle déteste cette obligation qui date de bien avant leur naissance, alors que Jackie s’en réjouit.

-         Justement, dit-elle, nous pourrons rester au jardin ou sur la terrasse bien après avoir dîné, et, comme chaque     été, se baigner sur la plage jusqu’à la tombée de la nuit avant de dormir…

Ce n’est pas souvent qu’elles sont en désaccord… mais cette fois, chacune peaufine ses arguments.

-         Oui mais lundi matin et jusqu’en octobre… il va falloir sortir du lit trop tôt ! Ma grand-mère aussi dit que sous l’Occupation, les Française devaient vivre à cette heure de Berlin, l’heure allemande comme on disait, qui la faisait aller à l’école dans la nuit noire chaque matin d’hiver. Mon horloge biologique refuse de se plier à cette décision inepte, d’autant plus qu’il y a d’autres moyens d’économiser l’énergie avec les nouvelles technologies…

-         Dis-toi que peut-être… peut-être… cette heure d’été sera permanente dans quelques années… Alors, console-toi en attendant le mois d’octobre où tu la retrouveras, « ton » heure de sommeil en plus ! Plus de 54 % de ceux qui ont répondu à la consultation proposée par l’Assemblée Nationale ont choisi de garder cette heure d’été que tu détestes… Ce n’est pas rien…

-         Cause toujours, ma belle, tu ne me convaincras pas !

 §

 Les deux amies ont retrouvé  dans le salon leur groupe d’amis qui débattaient avec fièvre … de quoi au juste ? Vous l’avez deviné…

 Le passage à l’heure d’été !