Afin de bénéficier du prix réduit pour 20 participants, nous avons ratissé large, et un couple de Suisses s’est joint à nous, ainsi que Lisa. Une heure et demie plus tard, nous voici dans ce qui doit être une colonie de vacances d’été. Dans l’entrée des photos de pêcheurs aux prises prestigieuses d’esturgeons gigantesques prouvent que le coin est bon ! Depuis un ponton, nous sommes invités à prendre place dans trois canoës après avoir enfilé un gilet de sauvetage. Seule France, et Catherine son alter ego, embarquent les premières dans un endroit plus aisé pour notre invalide en chaise roulante.

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Quant à moi, la doyenne de la troupe, je vais descendre l’échelle verticale du ponton sous les yeux d’Hélène qui guide ma progression et aide à la réception. Nous sommes dans le dernier bateau qui file rapidement sur une eau tranquille. Elisabeth, Lisa et les Suisses sont avec nous. Sainte Claire aussi puisque le ciel est sans nuage et qu’il faut se protéger du soleil avec chapeau, capuche et lunettes teintées.

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Le bras sur lequel nous naviguons est aussi large que l’est la Loire à Cheviré, et nous savons que le fleuve peut être très profond à certains endroits. Les roselières se succèdent et les poissons sautent autour des bateaux. Une incursion dans un bras secondaire et nous voici réunis en un lieu où croissent d’étranges végétaux aux longues racines aquatiques et aux petites feuilles rondes. Nos pilotes cueillent des petites excroissances poussant sur les tiges, qu’ils dépouillent et font apparaître des sortes de noisettes qu’ils nous font goûter : ils les appellent « noix d’eau », et leur goût est plaisant. J’ai voulu rapporter l’une de ces plantes déracinées qui, bien enveloppée dans un sac plastique qui lui garderait son humidité, n’a pas voulu vivre en France. L’eau de pluie dans laquelle je l’ai transplantée n’avait sans doute rien à voir avec celle de sa Volga natale…  

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La balade se prolonge et il n’est pas facile d’imaginer l’incroyable lacis des eaux de ce delta, et le réseau serré des bras du fleuve : de quoi se perdre pour un touriste livré à lui-même. Un autre détour et nous voilà face à un lotus : il en reste un, un seul survivant en ce début d’automne. Vite une photo… Hélas ! le bateau suivant entre trop vite dans la nappe des plants de lotus et, bien sûr, ce rescapé de l’été en perd la moitié de sa parure au grand dam de tous !

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Voyant notre déception, le pilote de notre canoë redémarre et, en quelques minutes, nous trouve un endroit encore fleuri sur lequel on peut marcher et prendre les photos comme les graines des fleurs fanées.

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Notre Suisse n’a pas voulu salir de boue ses chaussures claires et nous sommes restés à bavarder… J’ai voulu l’amuser en lui posant la question :

-          Vous avez donc des comptes en Suisse ?

-          Chuuuuuut ! surtout ne le dites à personne… Ca ferait une affaire d’Etat et ma femme ignore tout !

J’aime les gens qui saisissent aussitôt et embrayent rapidement sur la plaisanterie…

Le soir va tomber et cette balade prendre fin. Le retour au ponton, l’escalade de l’échelle et l’abandon du gilet de sauvetage marquent le terme de notre expérience dans le delta de la Volga si près de la Mer Caspienne. Faut-il le dire ? Cette journée a été pour beaucoup d’entre nous l’apothéose du voyage.

Une modeste basse-cour abrite quelques lapins, un coq et quelques poules, mais celui qui s’en croit le souverain est un dindon blanc qui veille sur ses quatre dindes. J’avais oublié comme c’est laid un dindon ! Il a beau se prendre pour un roi, les pendeloques rouges et charnues qui lui pendouillent  du cou et sous le bec en font un épouvantail à nos yeux, mais les dindes n’ont visiblement la même échelle des valeurs que les humains ! Ils ne savent pas que leur sort sera réglé à la fin de l’année, même si le calendrier russe leur donne une semaine de répit à Noël ou deux au Nouvel An…

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