Jeudi 20

Astrakan est un nom que je connais depuis mon enfance, car les élégantes de ce temps portaient des manteaux de fourrure noire aux boucles serrées, dont on savait qu’ils étaient faits d’agneaux naissants ou mort-nés, dépouillés de leur fourrure dans des conditions qui révolteraient aujourd’hui les consciences.

Personne n’a posé la question au cours de la table ronde d’hier, mais le chapitre a été totalement évité, comme si le commerce des fourrures n’avait jamais existé à Astrakhan. Je ne pense pas que le sujet soit tabou… ne serait-il plus d’actualité ? C’est à peine si on a rappelé que la ville se trouvait sur la Route de la Soie.

L’accent est mis sur le caviar, dont Astrakhan est la capitale mondiale. La ville est construite sur une multitude d’îles. Combien de ponts enjambent les bras de la Volga et des autres rivières ? Je ne l’ai pas noté, mais le nom de Venise a été prononcé par allusion à ce point commun. Le premier arrêt du car est pour le Kremlin et, à peine descendus, nous sommes les témoins d’une altercation sévère entre notre chauffeur et des policiers descendus de leur voiture officielle avec clignotants activés. Ces derniers ont exigé les papiers et l’affaire semble mal engagée, d’autant plus qu’un autre chauffeur de car semble dans la même situation embarrassante.

Le kremlin est en pierres blanches, et avant de franchir le porche, on peut penser que l’on va visiter une église tant la façade y ressemble. Comme à Moscou, ce kremlin est triangulaire et un panneau permet d’en visualiser l’ensemble. C’est une vaste cour qui s’ouvre sous nos yeux, mais je ne résiste pas à l’envie de prendre une photo d’un vélo de cross solidement attaché… par crainte des envieux ? Même en ce lieu sacré, son propriétaire reste prudent et ne veut prendre aucun risque.

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La cathédrale de l’Assomption est une église catholique bâtie sur deux niveaux, et c’est au pied de l’escalier de pierres blanches qui permet d’accéder à la nef supérieure que nous retrouvons « les filles » et leur amie russe, qui, elles aussi, visitent ce lieu unique. Il y a quelques années, cette jeune femme fut l’assistante des cours de russe que donnait  Jocelyne à La Rochelle.

Construite au XVIIIe siècle, la cathédrale fut fermée durant l’époque soviétique et ne fut rouverte qu’en 1990. Toutes les églises qui n’ont pas été détruites ont été restaurées ou sont en cours de restauration.

Le marché d’Astrakhan est essentiellement celui du poisson séché et fumé. Les étals sont tenus par des femmes et la variété des espèces de la Volga est étonnante. L’esturgeon est incontestablement la vedette des lieux, et son précieux caviar le trésor indéniable de la Caspienne, où sa pêche serait désormais interdite, tant il s’est raréfié : surpêche et présence de métaux lourds venus des usines sur la Volga ont fini par empoisonner les esturgeons. Les bélougas sont désormais issus d’élevages.

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Le caviar d’Astrakhan sera au menu de plusieurs d’entre nous pour Noël…

Un déjeuner rapide à bord avant de partir (sur option) en expédition dans le delta de la Volga. Hélène m’a laissé aller seule et a filé pour retenir une place pour nous deux dans le car, et je suis la dernière à y parvenir. Juste avant, un vieil homme misérable s’est avancé vers moi, tendant la main et murmurant quelque chose. Que lui ai-je dit ? Il a semblé me bénir lorsque je suis passée à côté de lui. Ce n’est que plus tard que j’ai pensé aux 6 $ qu’il me reste (je n’ai plus d’euros). J’aurai longtemps le regret de ne pas lui avoir donné ces billets qui ne sont rien pour nous, mais qui pouvaient l’aider à s’offrir un ou plusieurs repas.