A toute serrure, une clé

A toute serrure, une clé

Dix mots à caser, histoire de trouver des serrures à ces clés...

Jeanne jubilait en se rendant au parloir : elle avait encore en tête l’éclat des échos de la symphonie qu’elle écoutait tardivement en douce au dortoir et elle était certaine que la Bonne Mère qui l’avait convoquée dans son bureau allait monter sur ses ergots et qu’elle, la pensionnaire rebelle, allait encore passer un sale quart d’heure…

Elle ne fut pas déçue : le regard dur que la directrice fixait sur elle n’augurait rien de bon

« Trouvez-vous cela correct Mademoiselle, de profiter de l’influence que vous exercez sur vos compagnes pour les contraindre à partager vos goûts en matière d’une musique qui les empêche de dormir ? Vous serez consignée ce prochain dimanche »

Jeanne n’écoutait plus… elle regardait sans la voir la tenue religieuse de son interlocutrice, et la bordure blanche sur laquelle tranchait un cordon grenat au bout duquel dansait un trousseau de clés

Ce trousseau contenait celle qui ouvrait une mystérieuse porte que Jeanne avait toujours vu soigneusement close. Une onde de colère la traversa soudain et elle se jura qu’un jour prochain, elle irait la fracasser afin de savoir enfin ce qu’y cachait la  direction du pensionnat ! Elle finirait bien par trouver l’idée qui ferait que la Bonne Mère ne puisse prendre d’autre décision que de l’exclure définitivement : Jeanne ferait en sorte de commettre quelque chose d’impardonnable en laissant assez d’indices pour qu’il soit aisé de trouver la clé de l’énigme et l’identité de la fautive.

Car Jeanne ne souhaitait qu’une chose : braver les interdits, TOUS les interdits, afin d’être renvoyée de cette boîte où elle étouffait et prendre la clé des champs !