J’écoute pas ! J’entends…

J'écoute pas ! j'entends

 J’avais bien senti qu’il se préparait quelque chose. Julien, mon fils, mon adoré, mon unique amour était sous l’influence de cette voleuse d’enfant qu’il a épousée le mois dernier contre ma volonté…

J’avais bien tenté de lui ouvrir les yeux, mais il n’a rien voulu savoir : cette gourgandine sans morale le manipule et elle a réussi à se faire passer la bague au doigt. Il m’a abandonnée, moi, sa mère, qui avais tout sacrifié pour son bonheur à lui. A la mort de son père, j’ai tenu à déménager pour ne pas le laisser vivre auprès de ses grands-parents paternels trop présents, et qui prétendaient avoir leur mot à dire sur l’éducation que je donnerais à Julien… Et puis quoi encore !..

Nous avons donc traversé la France pour nous installer en Normandie, loin de la famille, dans ce petit bourg où nous pourrions vivre tranquilles tous les deux, enfin seuls !

Bien sûr, au collège du village, puis au lycée de la grande ville, il avait noué de nouvelles amitiés, et j’accueillais ses copains avec grand plaisir. Je préférais le savoir sous mon toit avec eux plutôt que de laisser Julien fréquenter des familles étrangères, et tout se passait bien.

Un jour cependant, entre deux sanglots, mon fils m’avait avoué qu’on se moquait de lui « qui restait dans les jupes de man-man ». J’ai alors fermé la porte de la maison à ses prétendus amis…

Puis son bac en poche, j’ai voulu faire de lui un médecin et vendu la maison pour nous installer à Caen près des Facultés.

Je restais en alerte, mais ne pouvais plus trier ses fréquentations… Comment a-t-il échappé à ma vigilance ? Les stages au Centre Hospitalier devenaient de plus en plus fréquents, mais je ne pouvais tout de même pas le suivre à chaque fois !

Et puis un jour…

Cette fille a tout fait pour me plaire, mais j’ai immédiatement senti le danger, et mis Julien en garde. Mon petit garçon était devenu un homme de 25 ans qui m’a tenu tête violemment pour la première fois de sa vie.

J’ai tout de même obtenu qu’elle vienne vivre sous mon toit après le mariage. Malgré moi, je venais chaque soir derrière la porte de la chambre écouter leurs ébats et chaque soupir me transperçait, ravivant ma frustration d’avoir perdu mon enfant.

Ce soir, aucun bruit ne traverse la porte close. J’ai beau tendre l’oreille, je ne « sens » que le silence…

Cette clé posée sur la table du vestibule ? Mon sang ne fait qu’un tour… J’ai compris ! La gourgandine a gagné et ils ont quitté le nid douillet du foyer familial, et je ne peux même pas aller au commissariat porter plainte pour rapt d’enfant !

§

Si vous voulez me suivre, je preprendrai mardi notre croisière sur la Volga...