Une si longue esistence

Une longue existence

 

Les sourires peuvent cacher bien des choses ou révéler d'heureux ou surprenants moments...

A quoi (à qui) pense donc Anna ?

A qui  (à quoi) pense donc Edmond ?

Je suis sûre que vous savez.

Vous partagerez leurs pensées, lundi !

 

Anna : J’ai voulu me faire belle et porter le collier de perles de corail qu’Edmond m’avait offert au cours de notre voyage de noces en Corse pour cette journée exceptionnelle où, après 60 ans de mariage… nous allons célébrer nos noces de diamant !. Le remarquera-t-il ?

Edmond : Ma tendre Anna, mon seul amour… Comme elle est encore belle ! J’ai accroché à son revers ce bouquet de violettes dont elle en a retiré quelques-unes pour les mettre à ma boutonnière, et son geste me bouleverse…

Anna : Je nous revois ce jour radieux d’avril où, sous mon voile mes yeux étaient emplis d’amour pour cet homme que mes parents avaient plus ou moins choisi pour moi… J’étais follement heureuse et je croyais que ça durerait toujours ! Edmond tu as été l’homme de ma vie… le seul…

Que de souvenirs nous rassemblent, que d’événements ont failli nous séparer, que de trahisons et de mensonges ai-je dû subir pendant ces longues années, mais aussi, combien de sanglots, de larmes de repentir ai-je dû encaisser après ses infidélités notoires lorsqu’il rentrait à la maison après une rupture qui le laissait humilié d’avoir été la victime d’une gourgandine, comme il disait, blessé dans son orgueil de mâle… car il lui est aussi arrivé d’être lâché !

Edmond : Je ne te méritais pas, mais j’avais tant le besoin de séduire, de me sentir le maître des événements, d’être le charmeur que les femmes désiraient.

Anna : A-t-il fallu que je l’aime pour attendre qu’il me revienne, au moins pour quelque temps ! Nous avons espéré longtemps que le ciel nous accorde les enfants que je désirais plus que lui. Mais les cures à Bourbon l’Archambault ont fini par faire de nous des parents heureux. Bien sûr, je n’ignorais pas qu’Edmond faisait le joli cœur durant ces après-midis où j’étais curiste, et les concerts au casino auxquels il prétendait assister avaient bon dos… Il était si beau, si élégant, il plaisait aux femmes et les femmes lui plaisaient. J’avais vite compris que le seul moyen de le garder, même infidèle, était de fermer les yeux et de lui ouvrir les bras lorsqu’il était malheureux. Il n’a jamais été question de divorce : dans notre milieu, on ne divorce pas… on s’arrange !

Mais je n‘ai jamais voulu prendre un amant, je n’aimais que lui…

Edmond : Ces perles de corail… Anna n’a jamais su qu’elles étaient le cadeau de rupture destiné à Jeanne à qui, partie se marier avec un lord en Angleterre, je n’ai pu les offrir.

Anna : Et puis, nous voici au soir de notre vie… Edmond m’est aujourd’hui fidèle, et mon vieux compagnon est devenu mon meilleur ami. Même si nous parlons beaucoup, nous n’évoquons jamais les jours douloureux qui ont détruit ma vie conjugale. Je n'ai pas oublié... mais ai-je pardonné ?

Enlacés, la main dans la main, Anna et Edmond sont descendus par l’escalier de pierre qui conduit au jardin où les attendent leur nombreuse famille et les amis, dont peu parmi eux savent que, malgré les apparences, leur long chemin a été jalonné de profondes ornières…