Changement de programme : c’est à Marie-Galante que nous allons, et personne ne s'en plaint… L'île porte le nom du vaisseau amiral de Christophe Colomb qui y débarqua lors de son 2e voyage.

J’ai fait cette nuit un rêve  étrange (mais pas pénétrant) : j’avais la charge de m’occuper quelques heures d’un jeune bébé (l’enfant d'une jeune cousine) et le soir, lorsque sont arrivés les parents pour le chercher, je me suis aperçue avec grande honte que je n’avais vraiment pas été à la hauteur…

Embarquer à 7 demande beaucoup de préparatifs et de provisions, car nous ne mettrons pas pied à terre…J’appréhende un peu l’ascension jusqu'au pont du Gros JeF, qui atoujours l’étrave tournée vers le quai. Quatre ans que je suis pas montée à bord, mais une échelle a été prévue : accrochée au bastingage c'est le nouvel accessoire qui va me permettre de franchir l’obstacle, sinon avec élégance, du moins avec une apparente facilité. Le plus dur étant fait, j’essaie de me faire oublier pour ne pas gêner l’équipage et m’installe à l’ombre du rimini dans le cockpit. Matthieu et Joan ont investi les lieux avec l’esprit de la découverte…

Hélène est aux commandes, Bernie et Antoine à la manœuvre, le Gros JeF sort de la marina et, aussitôt, le triste spectacle de deux voiliers échoués surles rochers nous rappellent que le cyclone Maria est passé par là…

 

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Bouées vertes, bouées rouges balisent la route entre les hauts-fonds et les cailles redoutables pour les bateaux, qu’ils soient quillards ou non. Dès l’obstacle franchi, les voiles sont hissées, grand-voile et génois, et… à nous la haute mer ! Le vent est bon, la mer belle, il ne reste qu’à se laisser vivre tandis que l’équipage veille. Regarder la mer  que les nuages nuancent du bleu outremer aux reflets émeraude jusqu’au gris breton reste un spectacle dont je ne me lasse pas. Marguerite Duras attendra bien encore quelques heures que mon esprit soit disponible pour elle. Joan a le pied marin et se déplace avec aisance sur le pont.

 

Nous approchons des eaux profondes où pêcher autre chose que le barracuda, interdit de consommation pour cause de ciguaterra… Délaissant la barre au profit de captain Bernie, Hélène a libéré un leurre rose fluo rubané de paillettes, mais cachant en son sein un redoutable hameçon  Ce leurre a déjà fait ses preuves et il les confirmera très vite puisque, à peine cinq minutes plus tard, une belle coryphène s’y est laissé prendre ! Pas facile de remonter un tel bestiau qui se débat, saute… et qui peut à tout moment, casser la ligne et aller mourir ailleurs… On le voit dans le sillage, magnifique dans son bel habit bleu-vert.

 

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Une gaffe aux mains d’Antoine et le poisson est enfin à bord… d’un coup, il s’est revêtu d’une teinte dorée et ses fines écailles brillent comme des paillettes. Pour le faire mourir rapidement, on lui a versé une large rasade de rhum dans les branchies, et Hélène peut alors le saigner, l’éviscérer et en rejeter un bon kilo à la mer, qui fera le bonheur de ses congénères voraces ! Les dorades mangent beaucoup, et elles ont une croissance très rapide : elles ne sont donc pas en danger de disparition.

 

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Chacun a supputé le poids de la bête. La précédente, dégustée le soir de notre arrivée, pesait 3 kilos. Même si Diego prévoit 1 kilo, Matthieu n’a pas d’avis mais Maria pense autour de 8 kilos ! Quant à moi, je pense que 4,8 est plus raisonnable… La balance annonce que Maria a gagné : 7,6  kg … vidée ! Quelques photos (il faut bien garderle souvenir du trophée) avant le dépeçage, et le séjour au réfrigérateur avant le dîner…

Hélène dit n’avoir jamais pêché une aussi grosse pièce.

La mer toujours recommencée… Paul Valéry avait raison, et chaque vague est différente de la précédente. Le Gros JeF a jeté l’ancre à Anse Canot et chacun prend le temps de se remplir les yeux du décor. L’îlot du Fort est toujours coiffé de ses quatre coctiers qui ont résisté à tant de cyclones, et il a pour locataires des centaines d’oiseaux de mer…

Chacun s’adonne à ses loisirs favoris avant que le captain pense que nous serons plus au calme à Saint-Louis, près du « jardin de plongée ». Nous y dormirons plus au calme, bercés juste par le clapot ; nous en profitons pour faire trempette dans l’eau tiède et transparente. Seul Antoine s’est éloigné du bateau… Mes performances de nageuse sont loin derrière moi et, entraînée par le courant, je préfère rester à proximité immédiate du bateau et m’accrocher à l’échelle de poupe.

Joan nage bien et n’a peur de rien. Nous irons plonger demain dans le jardin dont l’espace a été délimité par un cercle de bouées.

 

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La nuit est maintenant tombée : les  restaurants sur la plage et les maisons du village s’éclairent. L’enseigne verte de la pharmacie clignote au loin. Hélène a préparé du poisson (comment ne pas le goûter si frais ?) et, après le planteur pour les uns et la bière locale pour les autres, la dorade sera servie avec du riz.

Je crois bien m’être couchée avant 9 h, et j’occupe pour la première fois la cabine tribord arrière. Habituellement, c’est la babord qui m’est attribuée, mais c’est celle de Maria et les enfants. Antoine passera la nuit dans le cockpit.

Je ne m’éveillerai qu’à 6.05 h, avec les petits pieds de Matthieu qui trottinent dans le cockpit au-dessus de ma couchette. Il fait grand jour.

 

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