Le drap ou l'étoffe

Il est six heures du soir, l'été. 

Exercice où il s'agit d'étoffer votre texte autour de la phrase tirée du premier roman de Jean Giono - Colline - 1929.

Le drap ou l'étoffe

Pourquoi cette toile me ramène-t-elle tant d’années en arrière ?

Nous sommes en 1964, il est six heures du soir, l’été est torride et c’est la première fois que nous visitons l’Italie. La confortable DS19 nous a fait traverser la France en douceur, et nos trois enfants sont censés se relayer sur le siège arrière, chacun faisant 100 km à la place du milieu, avant de la céder au suivant ; ils considèrent que c’est l’endroit le plus incommode pour regarder le paysage, même si la vue sur la route y est la meilleure… Hervé le cadet, fait toujours du « rab », parce qu’à l’inverse des deux autres, il ne passe pas son temps les yeux fixés sur le compteur !

Ce qui nous frappe depuis que nous avons abordé la Provence, et plus encore après avoir franchi la frontière, c’est le linge pendu aux fenêtres, aussi bien dans les villages que dans les rues des villes. Comme les grands pavois tendus sur nos bateaux de la Royale les jours de fête, les théories de linge multicolore s’alignent en travers des rues à la hauteur des étages…

Depuis ma petite enfance, j’ai vu ma mère aussi bien que les voisines, étendre le linge à sécher sur les fils du jardin, où parfois il lui arrivait de geler en hiver ! Quelle fut ma surprise de toucher une fois une robe maternelle roidie par le gel ! J’en fus un peu effrayée tant fut grand mon étonnement…

J’ajoute un souvenir de voyage au cours duquel je me trouvais chez des amis à Tuxon (Arizona) dans le ghetto de luxe en plein désert où ils vivaient. Après la lessive, la maîtresse de maison avait enfourné les vêtements dans un sèche-linge, alors que la température et la sécheresse ambiantes auraient suffi pour le même résultat en quelques minutes…

Et avec quel amusement Ruth de Winston Salem (North Carolina) en visite chez moi, avait demandé à Leister son mari, de prendre une photo d’elle, occupée à étendre du linge sur le fil à sécher de mon jardin ! C’était visiblement une « première » pour elle !

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J’ai moi aussi fini par acheter un sèche-linge, mais combien je préfère étendre mes draps et vêtements au jardin où ils s’imprègnent des senteurs florales qu’offre la Nature !

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Et que dire de nos grands-mères qui étalaient leurs draps de métis sur l’herbe des prairies ?

C’était ce que l’on appelait le linge blanchi sur pré…