Le chemin qui longe la mer

Le chemin qui longe la mer

Vous l'avez compris : thème imposé : la mer !

J’ai sifflé mes chiens qui guettent, impatients le moment privilégié où nous allons tous les trois, ainsi que chaque jour, faire une balade matinale le long de ce chemin que certains nomment encore « sentier douanier ».

L’air vif me fouette le visage et je me remplis les yeux du spectacle de l’Atlantique qui s’est revêtu du gris-bleu pâle que je préfère… Nous sommes ici en Bretagne et notre océan n’a pas les audaces de la Méditerranée qui aime à se parer du bleu intense que mettent si bien en valeur les roches rouges de l’Estérel. Notre granit est sombre. L’air iodé et l’odeur forte des longues lames de varech brun réveillent en moi des souvenirs d’enfance. C’est que, autrefois, nous n’allions pas si souvent sur la côte distante d'à peine 20 kilomètres de la maison. Le dimanche nous sortions bien la Rosengard, mais c’était pour rendre visite à la famille. Dans notre milieu, les loisirs étaient une notion inconnue. Le Front Populaire avait bien institué les congés payés quelques semaines auparavant, mais mon papa photographe et mes oncles exploitants forestiers, non plus que les cousins fermiers n’étaient concernés...

Ce doit pourtant être à l’été 36 que j’ai vu la mer pour la première fois, et mes souvenirs sont restés intacts de ce choc que j’ai ressenti : des photos, bien sûr, ont fixé cette journée exceptionnelle. Des têtes de roches émergeaient de l’eau et mes parents m’ont plus tard raconté que j’avais dit qu’il y avait du crottin de cheval dans la mer… ce qui les avait bien fait rire mais m’avait mortifiée.

Le pli étant pris, chaque été nous allions à quelques occasions passer une journée sur la plage, mais si j’aimais faire trempette, je n’ai jamais vu mes parents se baigner. Une photo montre mon père sur une chaise longue : en costume de ville, il a cependant tombé la veste mais est resté en gilet.

Très myope, j’ai longtemps porté d’épaisses lunettes… L’année de mes 13 ans, du haut d’un sémaphore qui laissait découvrir la mer sur un large éventail, j’ai doctement déclaré que je voyais la courbure de la terre… ce qui a fait s’esclaffer bruyamment mes cousins. J’ai persisté, sûre de ce que je voyais… jusqu’à l’année suivante où mes lunettes ont été changées !

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Suivie de mes chiens, j’ai dévalé une sente le long de la falaise pour arriver sur le sable blond que la marée montante va bientôt grignoter. Maïa la cocker noire et Ulysse l’épagneul blanc et roux m’ont précédée et s’ébrouent dans une gerbe de gouttelettes irisées.

Je reviens en marchant dans cette mer dont je suis amoureuse et dont je ne saurais plus me passer…

Et si c’était ça le bonheur ?

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Tante Marthe qui a pris cette photo n'avait vraiment pas le compas dans l'oeil !

Trempette au Pouldu