Sans têtes

Deux sans tête

       Claude et Dominique ne s’étaient pas vus depuis si longtemps, et ils bénissaient Internet d’avoir permis qu’ils se retrouvent. Ils avaient convenu de se rencontrer sur un banc du boulevard qui les avait vu grandir.

Ils avaient menti tous deux en prétendant que l’autre n’avait pas changé, mais leur plaisir était immense de renouer les liens qu’ils avaient tissés dans leur jeunesse si complémentaire que leurs familles auraient pu les juger suspects.

Aujourd’hui, ils en riaient, et trouvaient aberrant que leur profonde amitié ait pu susciter autant de suspicion : ainsi, le jour où, au cours d’une baignade, Claude avait failli se noyer et Dominique avait sur la plage longuement continué le bouche à bouche alors que celui-ci respirait normalement depuis un moment déjà… cela sous les yeux sidérés de leurs proches !

C’était tout de même époustouflant de se retrouver ainsi sur un banc après de si longues années sans nouvelles l’un de l’autre.

« Es-tu devenu chanteur comme tu le rêvais ? Tu interprétais si bien l’immortel triomphe de Johnny « les portes du pénitencier » que j’avais fini par croire que tu ferais carrière… Bien sûr, autrefois, j’imaginais que le héros de la chanson était une victime innocente qu’un affreux tortionnaire avait fait condamner à sa place ! 

Pour ma part, je suis ingénieur dans le nautisme et je conçois des yachts pour une clientèle huppée qui naviguera dans les Caraïbes et profitera des alizés mais qui tremblera chaque fois qu’une tempête tropicale risquera de devenir un cyclone »

Et maintenant, on se revoit quand avec nos « légitimes » ?