"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide"

Aragon en a fait tout un roman.

Et vous, saurez-vous en faire... toute une histoire ?...

Bérénice

Bérénice

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Son visage aux traits irréguliers, sa bouche trop large qui, lorsqu’elle riait, découvrait des dents jaunâtres, mal rangées, et son regard flou témoignait sans conteste qu’elle avait besoin de lunettes. Son ami Louis et sa lumineuse Elsa lui avaient dit avec un air ambigu qu’elle avait un physique « intéressant »… mais c’était un euphémisme ! Sans être repoussante, on pouvait penser qu’elle était passée parmi les dernières le jour de la distribution des atouts de la beauté.

Toutefois, Bérénice avait une grande qualité : elle était cultivée, mais surtout elle aimait rire et son joyeux caractère rendait sa présence légère et divertissante ; en fait, elle ne tardait pas à briller dans le cercle d’amis parmi lesquels Aurélien avait pris l’habitude de la retrouver.

Il était devenu fou de son éblouissante chevelure dont il aimait à dénouer le chignon pour caresser dans le soleil les mèches blondes et légèrement ondulées. Elle aurait pu, elle aussi, être surnommée Casque d’Or… Au fil du temps, Aurélien se rendit compte que Bérénice prenait dans son esprit une place de plus en plus grande, jusqu’au jour où il se surprit à rêver à une vie partagée. Après un temps de réflexion, il se décida à présenter Bérénice à ses parents et une date fut fixée.

Bérénice voulut mettre les chances de son côté en se faisant conseiller par Daisy sa meilleure amie, première chez Coco Chanel. Ses moyens ne lui permettaient pas d’arborer une robe sortie des ateliers de la prestigieuse maison de couture, mais elle avait dans son placard des tenues tout à fait convenables pour la circonstance. Alors… comment se mettre en valeur et paraître modern-style aux yeux de la famille de son futur mari ?

Daisy sut la convaincre et c’est le cœur battant qu’elle suivit son amie dans le salon où elle fut accueillie par le célèbre Antoine en personne. C’est avec ravissement que trois heures plus tard, elle vit son reflet dans un miroir doré.

§

Aurélien impatient sonna à la porte de Bérénice et son sang se glaça lorsqu’elle ouvrit et il ne la reconnut pas : il se trouvait en face de « la garçonne » !