L'insaisissable  étrangeté

Insaisissable étrangeté

"Il ne faut jamais éclaircir le mystère. De toute façon, un écrivain ne le pourrait pas. Et même s'il cherche à l'éclaircir de manière méticuleuse, il ne fait que le renforcer.

Patrick Modiano

 N'ayez pas peur !

Je ne demande pas une dissertation en trois paragraphes sur la citation de Modiano !

Mais simplement d'écrire, à partir de la toile du jour, une histoire un peu, beaucoup, passionnément ...

ONIRIQUE,  ETRANGEMYSTÉRIEUSE...

 Et le mystère s'épaissit... jusqu'à lundi !

 

Je l’ai promis à sa mère : j’irai rendre visite à N* pour savoir si elle va bien, puisqu’elle ne donne aucune nouvelle et a rompu avec sa famille depuis plusieurs mois… Et quand on parle de famille… Ses deux fillettes qu’elle a abandonnées savent combien il est douloureux de se retrouver rejetées par une maman, même alcoolique et qui a perdu jusqu’à sa dignité.

Me voici au pied de l’escalier de bois de ce vieil immeuble brestois qui a résisté aux bombardements alliés qui ont dévasté la ville. Je suis déjà passée il y a deux heures, et ai laissé à l’intention de N* un billet dont j’ai laissé un angle dépasser sous la porte. Le papier a disparu, elle l’a donc lu et sait que je vais revenir… Va-t-elle ouvrir cette fois ?

Je ne veux pas sonner, et appelle doucement la jeune femme pour laquelle j’ai tant d’affection… Je me souviens de l’adolescente rieuse qu’elle fut il n’y a pas si longtemps, et de son humour dévastateur que ne comprenaient pas ses proches,  tellement plus sérieux ! Ses magnifiques yeux bleus reflétaient la lueur de malice qui me plaisait et son rire clair résonnait à chaque instant…

N* s’était mariée jeune et ses parents avaient été fiers d’un choix sur lequel ils avaient appuyé sans réserve. L’époux était quelqu’un de bien établi socialement, avec de considérables « espérances » ce qui flattait l’ego familial. Deux petites filles étaient nées très vite, mais N* s’était éteinte et nul n’y comprenait rien, puisque, selon l’adage, elle avait tout pour être heureuse… Puis un jour, il fallut bien admettre que l’alcool était devenu son compagnon favori. La désintoxication aurait peut-être marché si le mari avait fait le geste qu’elle attendait de lui… Elle avait un après-midi quitté la maison avant le retour de l’école de ses filles qui avaient attendu dans le froid que s’ouvre une porte dont leur mère avait emporté la clé. C’était même la seule chose qu’elle avait prise de sa vie passée.

§

N* ne répond pas à mes appels et je suis désemparée ; la soirée que j’avais prévue avec elle dans la crêperie proche tombe à l’eau… Je devine sa présence derrière la porte mais seul le silence me répond.

Tristement, je redescends le vieil escalier, avec un cruel sentiment d’échec.

§

Deux mois plus tard, N* a ouvert le gaz et la police révèlera une vérité encore plus dure : pour avoir de quoi se saouler, N* qui se prostituait, acceptait une passe pour une bière…

§

Ce récit n’est hélas ! pas une fiction.