La marquise

Ainsi que chaque jour, la marquise sortait à cinq heures et se rendait à l’hôtel de son père, le lieutenant de police de Paris Dreux d’Aubray, malade depuis quelques semaines, et que Marie-Madeleine se faisait un devoir de soigner, ne faisant pas confiance à la domesticité.

Elle entourait son père de prévenances, ne laissant personne d’autre lui administrer le médicament qui devait le soulager de ces affreuses coliques qui le faisaient gémir et parfois hurler de douleur.

Malgré ses soins attentifs, le père mourut et Marie-Madeleine sembla d’autant plus inconsolable que ses deux frères le suivirent rapidement au cimetière, la laissant seule héritière. Mais elle trouva du réconfort dans les bras de son amant le Chevalier de Sainte-Croix qui ne tarda pas à s’éteindre, hélas !

La police découvrit chez ce dernier des documents qui laissèrent penser qu’il savait manipuler les poisons, science qu’il avait acquise auprès d’un autre détenu lors d’un séjour en prison où l’avait fait enfermer le père de son amante, notre Marie-Madeleine… qui décampa en Angleterre aussi vite qu’elle le put, dès que les limiers de Nicolas de la Reynie voulurent lui poser quelques questions.

Car la « poudre de succession » qu’elle avait fait ingérer avec succès à son père et à ses frères lui avait été fournie par son fripon de chevalier. Ramenée à Parie manu militari, elle fut soumise à la question et avoua tout ce que l’on voulait entendre… avant d’être décapitée et brûlée en place de Grève. 

Songeuse, Marie Besnard referma le livre qu’elle avait pris au hasard dans la bibliothèque de la prison de Bordeaux où elle était incarcérée

« La Marquise de Brinvilliers ».

Décidément, elle n’avait rien de commun avec cette réelle empoisonneuse !