C'était bien chez Laurette Robert...

Dimanche 20 août

JY a prévu un départ aux aurores afin d’éviter l’être pris dans un trop gros trafic, car il est prévu que les Américains seront nombreux à vouloir assister à l’éclipse totale qui va demain balayer leur pays, et sachant que la Californie est l’état le plus peuplé des USA, il est à prévoir que nous ne seront pas seuls sur la route. 

Un modeste panneau annonce l’entrée en Oregon. Je ne résiste pas aux bracelets special eclips en pur plastoque censés briller dans l’obscurité que vend 4$ le visitor’s center : un rose pour Coccinelle, un blanc pour Blanche…

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Un atlas mural invite les visteurs à situer avec une épingle le lieu d'où ils viennent : personne avant nous n'est venu de Genève... ni de Nantes ! Deux épingles vertes marqueront notre passage.

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Un camion citerne a plusieurs réservoirs attelés, transportant une énorme quantité de lait jusqu’à une laiterie proche nous donne une idée du gigantisme de l’élevage de ce pays..

Le décor a changé : la route longe maintenant une série de lacs et le sol aride laisse voir de gros blocs de roches volcaniques puis une zone désertique où apparaissent de larges taches de sel en surface.

Une voiture nous double, arborant un panneau sur sa vitre arrière : Path of totality or bust

  Le chemin de la totalité… ou c’est foutu !

 Cet adage deviendra notre formule favorite tant qu’il sera dans l’actualité, mais il est aussi devenu le sous-titre de ce carnet de voyage !

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La route est balisée de jaune, comme l’étaient autrefois les nôtres avant 1960. A Burns nous faisons boire les chevaux (entendez que l’on fait le plein de ceux de la Toyota). La première fois que je suis venue en Oregon en 1996, les taxes étaient de… 0% ! Ce n’est plus vrai ; même s’il n’y a toujours pas de taxes d’état, il y a désormais des taxes fédérales.  

- Mais ils nous « ont » d’une autre façon (le pompiste dixit)

Le relief a changé, la route devient sinueuse et les feux de forêt ont laissé des troncs noirs dénudés. La nature reprend ses droits et risque d’être à nouveau anéantie puisque un panneau avertit le public DANGER EXTREME.

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Canyon City est l’endroit qu’a retenu JY pour dormir ce soir. Un tour au stade où il reste des places, mais monter la tente en plein cagnard n’emballe personne. Il y a beaucoup d’animation et la foule est dense. Allons donc faire un tour au cimetière, perché en haut de la butte qui domine la ville. Nous y serions tranquilles, on ne dérangera personne…

Réflexion faite, filons donc un peu plus haut à John Day, village qui porte probablement le nom d’un anthropologue qui a découvert les premiers fossiles à cet endroit (à vérifier)

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La foule est ici moins dense qu’à Canyon City, mais s’y loger pose problème. JY est parti discuter avec un autochtone mais son regard a été attiré par une annonce qui propose un camping pour 40$

Rendez-vous est pris et le GPS nous mène droit en haut d’une colline où attend un personnage comme il y en a quelques uns ici. Robert, qui a le look d’un vieux motard hors d’âge, indique d’un geste vague que l’on peut s’installer où l’on veut dans le grand pré où sont déjà plantées quelques tentes et caravanes. Avant toute chose, JY négocie et enlève l’affaire à 40$ pour nous quatre… Le dixième de ce que nous aurait coûté une nuit à Madras !

Un coin d’ombre resté libre nous fait signe, mais un caravanier se pointe dire qu’il est réservé pour l’un de ses amis qui viendra… peut-être... mais qui n'est pas encore là. Chuck (Charles) est Canadien et parle parfaitement notre langue, sa mère était Française et, son père Américain dit-il. Chez eux, on ne parlait que le français qu’il continue de pratiquer avec ses cousins de Montréal, car il a fait sa vie aux USA.  Sa femme Annette est anglophone uniquement. La tente est vivement montée à l’ombre et sur un sol plat, et la Toyota juste à côté, entre le camping car de Chuck, et non loin des cabines-toilettes roulantes dont plusieurs exemplaires sont disséminés sur les deux terrains de Robert. La porte intérieure précise que ces toilettes sèches permettent d’économiser 125.000 gallons d’eau douce par jour. A méditer.

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  Robert se déplace sur un quad rouillé avec un garçonnet qui doit être de sa famille (fils ? petit-fils ?) et il tente de vendre 5$ des bouteilles d’eau. Un grand bassin de plastique bleu permet aux enfants de patauger dans ce qui doit être un fameux bouillon de culture ! Une grande croix de bois de 7/8 m domine la colline. Chuck m’a expliqué que, pour contrer les difficultés que lui faisait l’Administration quand il a voulu créer son camping, Robert a déclaré faire de son terrain un sanctuaire où viendraient des adeptes susceptibles de le fréquenter (et peut-être a-t-il été dispensé de payer des impôts comme le sont ici les églises ?)

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Notre pique-nique dans un parc en ville a permis à Coccinelle de se détendre avant une visite à Dairy Queen et de découvrir ses savoureuses glaces à l’ananas. Il est aussi proposé un "eclipse menu" !

De retour chez Robert, la grande croix brille dans la nuit, équipée de LED dont les couleurs s’irisent…  Nous voici donc protégés et pouvons sereinement entamer la nuit qui précède l’événement qui a suscité tant d’agitation dans les campagnes retirées de cet Oregon forestier.