Ouille ! J'ai oublié de programmer hier mon devoir du lundi, mais je peux fournir un mot d'excuse à la maîtresse Lakévio : mes Gwad'loupéens venus passer quelques jours avec moi sont repartis très tôt ce matin et ils sont maintenant au-dessus de l'Atlantique...

Le vieux fauteuil

Heure exquise

 Depuis la mort de ma mère, son vieux fauteuil défraîchi était resté au grenier ; je ne lui trouvais aucune place dans la maison mais pour rien au monde je ne l’aurais jeté… Je ne suis pas certaine que mes parents l’avaient acheté neuf, mais dans mon enfance, il était revêtu d’un tissu à fleurs dans lequel j’aimais plonger mon regard, fascinée que j’étais par la délicatesse des guirlandes de roses aux teintes fanées. Et puis au fil du temps, l’étoffe usée était partie en lambeaux et il avait bien fallu l’habiller de neuf. Or au sortir de l’Occupation, le textile était rare et cher ; mais l’artisan tapissier avait fait de son mieux et nous avait livré le fauteuil revêtu d’un grossier reps beigeâtre que nul d’entre nous n’aurait choisi… Grossier peut-être le reps… mais solide, puisque, s’il donnait ici et là quelques signes de fatigue, il avait bravement traversé toutes ces années. Hormis quelques taches à peine visibles que mes enfants y avaient laissées au fil des ans, on pouvait dire qu’il était en bon état s’il avait fallu le mettre en vente sur Le Bon Coin. Mais de cela, pas question !

Et puis hier Marc, l’un de mes petits-fils, l’a descendu du grenier au salon et a suggéré qu’en le faisant recouvrir, il retrouverait une utilité… et puis a-t-il ajouté…  il est tellement vintage !

Tu peux m’expliquer ? Qu’est-ce qu’un fauteuil peut avoir de commun avec le vin ?

Allons Granny, ne me fais pas croire que tu ignores que ce terme désigne les vêtements, meubles et objets marquant une époque s’ils ont plus de trente ans… Je t’assure, le fauteuil de Mamée sera du meilleur effet dans le loft qu’avec Elodie nous allons acheter sur les bords de l’Erdre…

C’est ainsi que j’ai appris deux-trois choses : que Marc allait désormais quitter le nid familial pour vivre en couple avec Elodie, dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à ce jour… et enfin qu’il se sentait assez mûr pour se lancer dans une vie de co-propriétaire.

Aujourd’hui, Marc m’a présenté sa délicieuse Elodie que j’ai immédiatement adoptée dans mon cœur.

Ils ont jeté leurs vêtements sur « leur » fauteuil avant de s’étendre au jardin sur les fauteuils de rotin qu’ils ne tarderont pas à « vintager », je le sens !