Noces de diamant

Noces de diamant

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Ça a débuté comme ça." (emprunt à Louis-Ferdinand, qui voyage au bout de la nuit.)

2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "En fait, Madame Polant déléguée par la famille avait seule suivi le corbillard." (emprunt à Maurice des Grandes familles.)

Ca a débuté comme ça… et Fanch ce vieil homme, se souvenait de leurs jeunes années lorsqu’il avait épousé Soizick, sa jeune voisine, qu’il savait être la femme de sa vie. C’était au sortir de l’Occupation et le pays avait bien du mal à se relever des ravages de la guerre. Ils avaient dû travailler dur, mais les salaires étaient si bas qu’il n’avait pu offrir à sa jeune épouse qu’une alliance en plaqué or.

FIX

Mon armure est en or

C’est ce que disait la « réclame » de la marque de bijoux bon marché destinée à ceux qui n’avaient pas les moyens d’acheter du massif.

Bien entendu, l’armure en or de l’alliance s’était vite usée au contact des légumes que Soizick manipulait à la conserverie où elle travaillait, et elle avait fini par renoncer à porter cet anneau en métal commun qui pouvait devenir dangereux à l’atelier.

Fanch s’était promis que, dès qu’il le pourrait, il offrirait à son épouse une alliance en or véritable 18 carats. Mais les années avaient passé, les enfants étaient nés, ils avaient construit leur maison vaille que vaille, l’une aidant l’autre pour économiser encore et encore…

Il avait dû renoncer à son métier de bûcheron lorsque le bois de chauffage se s’était plus vendu, parce que d’autres combustibles étaient apparus. Il n’avait pas renoncé au bois, et son voisin artisan l’ayant initié à la menuiserie, il avait fini sa vie professionnelle dans cet atelier où on ne lui confiait que des travaux « tout venant », ses grosses mains ne lui permettant pas de maîtriser les travaux délicats. Le temps de la retraite étant venu, il bricolait encore de ci de là pour arrondir des fins de mois restées toujours très difficiles… mais il n’avait pas renoncé à une idée qui lui était restée chevillée dans l’esprit : offrir enfin un vrai bijou à Soizick. Et il était là, penché à la vitrine du bijoutier, tentant vainement de déchiffrer les prix inscrits sur des étiquettes minuscules…

§

Et puis les choses s’étaient précipitées : Soizick un matin, ne s’était pas réveillée, alors qu’ils s’apprêtaient à célébrer leurs 60 ans de mariage. Ecrasé de chagrin, il pu avait pu échapper un moment à l’attention de ses enfants venus de loin pour les obsèques de leur mère.

§

Fanch d’un pas mécanique marchait aux côtés de ses deux filles qui le soutenaient, et malgré sa profonde tristesse, au fond de lui, il était heureux : il avait pu enfin glisser au doigt de Soizick l’anneau d’or serti d’un tout petit diamant qu’elle emporterait pour l’éternité. En dehors de la famille proche, il n’y avait pas beaucoup de monde à suivre le convoi mortuaire, les vieux n’intéressent plus personne de nos jours. En fait, Madame Polant, déléguée de la famille, avait seule suivi le corbillard.