C'est la rentrée !

C'est la rentrée à l'atelier

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure : je n’avais pas le choix et les coupures d’électricité de cette époque nous laissaient chaque soir 30 à 45 minutes dans l’obscurité complète parce qu’il fallait que le courant aille dans les usines qui tournaient à plein régime pour redresser notre pays, ruiné par une guerre perdue et quatre ans d’occupation germanique.

Enfant obéissante, je ne protestais pas, parce que j’avais un secret que mes parents n’ont jamais découvert. Déjà avide de lecture, j’avais dissimulé le livre que j’ouvrais le soir sous mes draps… et j’allumais une lampe de poche que j’empruntais à mon père sans le dire. Il en avait plusieurs, et je faisais en sorte de ne jamais prendre la même que la veille. Papa s’étonnait tout de même du peu de durée des piles, mais ces temps de pénurie et d’ersatz pouvaient expliquer la chose, et je ne lui ai jamais avoué que j’en étais la seule responsable !

Devenue grande et indépendante, je me suis bien rattrapée, et, sans être une noctambule, je suis devenue une couche-tard, les émissions de la TV qui m’intéressent passent souvent après minuit à des heures où les gens normaux sont lovés sous leurs draps… ne lisent pas en cachette, mais dorment du sommeil du juste !

Rencontrée au marché,  Léa m’avait fait une remarque que je n’avais pas aimée : Tu as des poches sous les yeux ; tu devrais te coucher plus tôt…

Peut-être avait-elle raison ?