Au retour tout est différent

Au retour, tout est différent

 Geneviève avait bien tenté de l’éviter depuis le petit déjeuner qu’ils avaient pris ensemble sur la terrasse du château transformé depuis quelques années en hôtel de luxe où il avait la veille convoqué ses actionnaires.

Ce qu’elle avait à lui dire le rendrait furieux, elle le savait depuis si longtemps ! Tant d’années pendant lesquelles sa vie lui avait été totalement consacrée afin de le seconder, être à la fois sa servante, sa secrétaire, son attachée de presse, sa camériste et souvent aussi, son chauffeur.

  Il devait être transitoire ce rôle qu’elle avait au début assumé avec tant d’enthousiasme, si soucieuse de l’aider dans son ascension sociale ! Et puis, il lui avait confié un beau jour qu’il n’envisageait plus de se passer d’elle, car personne d’autre n’aurait sa compétence ni sa disponibilité.

Elle en avait été flattée, ne voulant pas lui faire remarquer qu’à force d’être son ombre indispensable, il en avait oublié qu’elle était aussi son épouse et qu’ils n’avaient pas d’enfants, dont la venue était programmée… mais plus tard…    

Elle avait un beau jour pris conscience qu’elle travaillait sans être rémunérée. Bien sûr, elle ne manquait de rien, et Laurent était généreux, lui offrant des bijoux et des vêtements de grands couturiers qu’elle ne choisissait pas. Ils vivaient en plein Paris dans un duplex cossu de l’avenue Foch où elle n’avait rien à faire puisqu’il y avait assez de personnel pour assurer l’intendance. Même lors des rares dîners où il y réunissait des hommes d’affaires, il n’était question que de business et elle se contentait d’être la maîtresse de maison souriante, car nul ne savait le rôle important qu’elle jouait auprès de son P.D.G. de mari.

Bénévole… oui, elle avait enfin réalisé un beau jour qu’elle faisait du bénévolat ! Et, au lieu de discuter avec Laurent, elle avait décidé d’agir en douce pour donner enfin un autre sens à sa vie…

Revêtue de sa vieille veste beige en velours côtelé qu’elle aimait porter pour monter sa jument au début de leur ascension sociale, elle s’était répété la phrase liminaire qu’elle allait lui asséner.

-- J’ai proposé mes services à John Goldwin ton principal concurrent, et je commence demain !