Je l'avoue en toute simplicité, j'ai rarement autant souffert pour rendre mon devoir du lundi à Lakévio dont j'espère l'indulgence... et aussi celle des blogueuses et blogueurs.

Règlements de comptes dans une vitrine de l'avenue de l'Opéra

Le sac

-- Mademoiselle, la gérante du magasin a fini par nous sélectionner tous les trois pour être mis en vedette dans la petite vitrine latérale de l’entrée, à la meilleure place… celle que nul(le) ne peut rater !

Après avoir longuement hésité entre mon alter ego de couleur fauve et l’autre en bordeaux, c’est finalement moi qu’elle a choisi de mettre en valeur au centre… exactement entre vous deux !

-- Tu l’entends, ce gringalet ? Il n’a aucune originalité, ni fermoir de prestige ! Il est d’une banalité à pleurer… Celle qui en héritera aura bien du mal à y loger tous les accessoires indispensables à sa beauté, sans parler des clés de voiture, de la bourse et du porte-billets, du carnet de chèques et du portefeuille contenant la carte d’identité, le permis de conduire et la carte grise… S’il trouve preneur, ce ne peut que pour être offert à une fille de quinze ans !

Et encore ! Sa couleur n’a rien qui pourrait plaire à une jouvencelle… Non, c’est plutôt à une croûlante qu’il conviendrait, non ?

-- Je suis bien d’accord et comme toi, je ne m’abaisserai pas à lui adresser la parole. Pour tout te dire, je pense que Mademoiselle l’a mis entre nous comme faire-valoir afin de bien marquer notre « classe », tout comme on place un laideron pour mettre en valeur la beauté.

-- Mais je…

-- Tais-toi ! Je ne peux pas voir ton étiquette, mais je soupçonne que tu es, sinon bradé (ce n’est pas pratiqué dans notre boutique de luxe) au moins vendu à un prix « attractif » comme le dit si bien Mademoiselle… J’attends avec confiance celle qui me choisira et je ferai avec elle de fabuleuses découvertes…

-- Je te fais remarquer qu’on ne m’a pas attribué d’étiquette, le prix étant secondaire pour l’homme qui l’offrira à l’élue de son cœur. Ma distinction classique reste un atout inégalable pour la suprême élégance d’une grande dame, car ta couleur agressive est tout de même vulgaire, non ?

Occupés à se chamailler, nos trois sacs n’ont pas vu des clients pénétrer dans la prestigieuse boutique… La vitre coulissante a soudain glissé, une main a saisi le petit sac entre le noir et le rouge…

Car ce freluquet brun havane a séduit l’attaché d’ambassade chargé de choisir un cadeau à la présidente d’un pays d’Amérique du Sud, le Chili pour être précis, qui doit venir en visite officielle dans quelques semaines.

-- Au revoir les amis… ou plutôt adieu, car nous avons désormais peu de chances de nous revoir ! Je représenterai désormais Paris dans le monde entier au bras d’une femme superbe sur laquelle tous les regards seront fixés…

Qu’en dites-vous ?