Le train des vacances est au départ !

Le train des vacances est au départ

 Isabelle est heureuse… Ses parents ont accepté qu’elle accompagne Tante Hortense à Nice pour les deux mois d’été, et peut-être un peu plus puisque la rentrée scolaire ne se fera qu’au 1er octobre.

Plus encore que le séjour dans la belle villa bâtie par l’arrière-grand-père de Maman quand le comté de Nice n’était pas encore français, Isabelle exulte de voyager pour la première fois dans le PLM, le fameux Train Bleu, qui emporte en wagons-lits des voyageurs célèbres, et elle espère bien en reconnaître quelques-uns lors du dîner au wagon-restaurant… C’est la première fois  qu’elle prend ce train prestigieux dont les amies de sa mère parlent avec tant de lyrisme !

C’est que les célébrités, tant françaises, que britanniques, prennent le PLM pour « descendre » sur la Côte d’Azur. Il y aurait même des stars de cinéma qui arriveraient d’Amérique par le paquebot Normandie pour s’offrir une saison de farniente au bord de la Méditerranée !

Pendant que Tante Hortense entame une sieste, elle s’est changée dans la cabine et a enfilé sa robe blanche échancrée, et chaussé les escarpins à talons hauts que sa sœur Juliette lui a prêtés en douce… Ses premiers pas ont été maladroits, mais il ne lui a pas fallu longtemps pour adopter une démarche naturelle qui pourrait laisser penser à une longue pratique. Isabelle en est sûre maintenant : elle paraît plus que ses seize ans et se prend à rêver… Et si Charles Boyer était à bord… ou Errol Flynn ?

Bien sûr, elle a promis-juré à ses parents qu’elle lirait chaque jour au moins vingt pages, et le gentil cousin Robert lui fera travailler les mathématiques, discipline où elle est un peu faible… Car le baccalauréat est pour l’année prochaine, et il n’est pas question de le rater, son honneur est en jeu : benjamine d’une famille dont tous les enfants ont brillamment réussi l’épreuve, il n’est pas question qu’elle soit la première à rater sa « peau d’âne » (comme disent ceux qui ont leur bachot en poche et qui font semblant de le dédaigner).

Isabelle a baissé la vitre du couloir et laissé le vent caresser son visage. Elle pressent que ces vacances vont être pour elle une parenthèse enchantée…